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Et si on allait faire un petit tour... à Marseille ?


January

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January Modérateur 62 594 messages
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Nous sommes en 600 av. JC,les Phocéens (grecs installés dans le golfe de Smyrne-Turquie), fuient les invasions perses qui ravagent leurs pays et cherchent en vain un endroit où s’installer. Après avoir découvert une calanque bien orientée et facile à défendre, les Phocéens décident d’y construire une ville.

Pour ce faire, ils envoient Protis, un séduisant jeune homme, habile négociateur, pour tenter d’amadouer les Ligures Ségobriges (la population locale) et obtenir d’elle la possibilité de s’installer sur ses terres. Ils bâtissent Massalia (nom antique), cité résolument tournée vers la mer et le commerce, prospère, qui s’agrandit jusqu’à occuper une surface qui ne variera jamais jusqu’au XVIIe siècle.

C’est un haut-lieu du commerce méditerranéen. Les échanges avec la Grèce, Rome et les villes d’Asie Mineure en font le centre du monde. Totalement indépendante, Massalia possède sa propre constitution.

Malheureusement, la puissance grandissante de ses voisins commence à menacer Massalia. Prise entre les Gaulois et les Romains, la cité choisit pour faire face à la menace des premiers de s’allier aux seconds. Cette union ne dure pas. En 49 avant J.-C., la prise de position des Phocéens en faveur de Pompée lors de la guerre civile romaine leur est fatale. César assiège la ville, la soumet et la prive de sa flotte, de ses remparts et de tout son empire maritime.

Désormais fédérée à l’empire, devenue Massilia –son nom latin –, elle connaît de nouveau la prospérité. Sous le règne d’Auguste, la ville est un gigantesque chantier. On construit l’agora forum, le théâtre et les thermes. Plus tard, pendant le Haut Empire, c’est au tour du port, véritable poumon économique de la cité, de subir d’importants travaux de modernisation. On installe un peu partout d’importants entrepôts, on creuse un immense bassin.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Au Vème siècle de notre ère, des guerres civiles déchirent les provinces alentours et les réfugiés affluent de toutes parts. Parallèlement à cela, la peste s’abat sur la ville et décime une grande partie de la population. Et voilà Charles Martel, qui vient de reprendre la Provence et qui finit par entrer dans Marseille et la pille. Cette succession de malheurs affecte profondément la ville et ses habitants qui auront bien du mal à s’en relever. Il faudra attendre l’an mille pour voir la cité phocéenne se redresser.

À nouveau, l’activité du port se montre florissante à la faveur des croisades. Les Marseillais possèdent même un quartier de Saint-Jean d’Acre jusqu’à sa chute en 1291. En 1347, la peste est de retour. Venue d’Asie par l’entremise des Génois, elle débarque en Europe, à Marseille, et provoque des dégâts sans précédent. En cinq ans, elle décime la moitié de la population européenne et Marseille n’échappe pas à la règle. Encore une fois, la ville est touchée et devra attendre un siècle avant de relever la tête.

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(Carte de 1545)

En 1437, le comte de Provence René d’Anjou, s’installe à Marseille pour en faire le point de départ de sa reconquête de la Sicile. Il fait reconstruire les remparts. Quelques années plus tard, c’est au tour de Louis XIV de s’intéresser à Marseille. S’il se lance lui aussi dans l’édification de remparts et autres fortifications autour de la ville, c’est moins pour la protéger que pour se l’approprier. C’est le seul moyen qu’il a trouvé pour en finir avec le comportement rétif des Phocéens. Marseille lui doit les FortsSaint-Jean et Saint-Nicolas qui encadrent l’entrée du port. (photo Saint Jean en 1900)

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Au début du XVIIIème siècle, la peste frappe à nouveau Marseille. Elle tue environ 30 000 personnes,soit un tiers de la population. C’est la dernière épidémie de peste en France.

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http://fr.wikipedia....Marseille_(1720)

Quelques années plustard, une grande politique de travaux est lancée. D’une simple place, la Cannebière devient l’artère que l’on connaît. Les faubourgs de la ville se développent d’une manière fulgurante. Mais surtout, le port retrouve son prestige d’antan. Marseille se tourne à nouveau vers l’étranger, l’Océan Indien, l’Amérique du Sud. Ce nouvel essor marquera à jamais la ville qui semble n’avoir jamais été aussi prospère. La démographie explose et tous les indicateurs sont au vert. Les huiles, la minoterie, le savon deviennent des moteurs de l’économie locale et la ville se dote de raffineries de sucre et de manufactures de tabac.

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Dès 1839, Marseille est en plein essor industriel. La ville s’étend et en 1840, le service d’Omnibus de Marseille est créé, bientôt remplacé par la Compagnie des Tramways. C’est également à cette époque qu’est construite la gare Saint-Charles qui va relier la cité phocéenne au reste de l’Europe.

Marseille est alors à son apogée. Sa réputation dépasse de loin les frontières hexagonales. Ses richesses et son activité attirent des gens du monde entier. Chaque jour, la ville voit arriver des flots continus de migrants. Ce sont d’abord les Italiens qui au début du XXème siècle viennent travailler dans le bâtiment avant d’être remplacés, à partir de 1915, par les Arméniens qui fuient le génocide. Marseille est plus que jamais capitale du bassin méditerranéen.

La Seconde Guerre mondiale éclate. Occupée à partir du 12 novembre 1942, la ville subit une violente répression de la part des nazis. La « rafle de Marseille » au cours delaquelle 4 000 juifs sont déportés et le quartier du Panier entièrement détruit marque particulièrement les esprits.

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(Destruction des vieux quartiers)

Marseille libérée n’est plus ce qu’elle était. La Seconde Guerre mondiale et la décolonisation qui suit effacent une à une toutes les traces économiques de sa splendeur.

Le chômage frappe la ville comme...la peste d’antan. L’arrivée massive de populations déplacées par la décolonisation n’arrange rien. À partir des années 1980, la politique de modernisation instiguée par Gaston Deferre commence néanmoins à payer. L’activité redémarre et en quelques années, la ville retrouve son dynamisme.Cette politique sera poursuivie et même amplifiée par la suite par ses successeurs.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Marseille

http://www.marseille...urel#&panel1-20

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Doïna Membre+ 19 713 messages
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Bravo pour ce topic sur Marseille. La légende veut que cette ville soit née des amours entre le Phocéen Protis et Gyptis, fille du chef ligure qui la lui donna en épousailles.

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Ci-dessus : une plaque commémoratrice visible sur le quai du Vieux Port.

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January Modérateur 62 594 messages
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Merci Loargan :) C'est un bien humble résumé, il y a tant à dire, quelle richesse que l'histoire de cette ville ! Je reviendrai parler des ports et du commerce.

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January Modérateur 62 594 messages
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Des bassins du nord aux calanques de Cassis, Marseille compte plus d’une dizaine de ports.

Mais c’est le Vieux Port qui est bien sûr le plus emblématique de la ville. Il est le cœur de Marseille, c’est ici que les Phocéens ont pris pied. A l’époque, c’est juste une calanque creusée dans le massif calcaire du littoral marseillais. C’est ici, qu’est né le rayonnement maritime de la ville. (Le vieux port aujourd'hui, vu du parc du Pharo)

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Dans l’Antiquité, les bateaux étaient souvent tirés à terre. Il n’y avait sans doute pas de quais sur le vieux port. Malgré ça, que de marchandises sont parties ou arrivées à cet endroit !

L’épave du Grand Congloué a largement démontré toute l’importance de ce commerce antique. Mise en valeur par Jacques Yves Cousteau, son étude a permis de connaître la teneur exacte des cargaisons des navires marchands de l’époque. (Céramiques provenant du Grand Congloué)

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La vocation commerciale remonte aux origines mêmes de Marseille. Celle de port de pêche demeure sur le Vieux Port, qui est un haut lieu de l’animation marseillaise ! Une fois leur pêche débarquée, les bateaux regagnent le plus souvent un des autres ports de la ville. Devenu trop petit, le Vieux port est de plus en plus voué à la plaisance.

Il était pourtant port de guerre au temps des galères ! Il comportait un bassin et un arsenal. Au milieu du XVème siècle, lorsque Marseille établit des relations commerciales avec le Levant, les armateurs se regroupent et constituent le Corps des Galères, placé sous le commandement d’un général des Galères. L’arsenal dédié à la construction et l’entretien de ces bateaux est installé sur la partie sud du Vieux Port. La demande en rameurs devenant de plus en plus forte, des condamnés sont extraits des prisons, puis la justice finit par condamner directement aux Galères.

Plus tard, ce fut surl’archipel du Frioul que la marine royale, puis nationale, s’implanta. Les deux îles furent reliées en 1822 par une digue dédiée au duc de Berry. Elle permit d’offrir un bel abri à la flotte.

Cet archipel qui comprend l’île d’If servait de lieu de quarantaine pour maintenir à l’écart de la ville les navires et équipages suspectés d’être vecteurs de maladie et d’épidémie. Le Grand Saint Antoine, navire de retour de Smyrne et Tripoli avec une cargaison de tissus n’y fut malheureusement pas placé. Certains échevins de la ville avaient trop intérêt à faire débarquer rapidement la cargaison.

Or celle-ci portait les germes de la peste, ce fut l’épidémie de 1720 qui fit des dizaines de milliers de victimes avant de s’étendre à toute la Provence. Le Grand Saint Antoine fut brûlé et coulé sur injonction de Philippe d’Orléans. Son épave fut retrouvée il y a quelques années à proximité de l’île de Jarre par trente mètres de fond. (Le Grand Saint Antoine - http://www.atlaspalm...intantoine.html)

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Malgré les catastrophes que le commerce maritime a pu provoquer, il a toujours été le cœur économique deMarseille. La colonisation et le commerce vers l’Orient et même l’Extrême-Orient lui offrirent de nouvelles opportunités. La conquête des pays du Maghreb, les installations du Levant, puis la prise de la péninsule indochinoise placent Marseille au coeur d’un nouveau trafic.

Les Messageries Impériales qui deviendront plus tard les Messageries Maritimes doivent permettre de répondre aux nouveaux besoins : envoyer colons et marchandises en Afrique du nord, établir une liaison régulière avec les conquêtes de l’est lointain, mais aussi avec l’Amérique du Sud. C’est l’époque où la vapeur commence à supplanter la voile.

Les armateurs locaux s’adaptent rapidement à cette révolution. Le percement du canal de Suez va leur offrir de nouvelles possibilités. Jusqu’alors, leurs navires devaient faire escale à Alexandrie pour transborder cargaisons et passagers à Suez. D’autres navires affectés à l’océan Indien y prenaient le relais. L’ouverturedu canal évite désormais cette « rupture de charge ». Marseille gagne de nouveaux marchés vers ce qui allait devenir l’Indochine. Dans le même temps, le trafic avec l’Afrique du nord s’accentue. Le port est contraint à l’agrandissement.

En 1853, on ouvre les bassins de la Joliette. D’autres vont se succéder vers le nord à l’abri de la digue du large qui les protège. Sept kilomètres de long pour une construction débutée en 1845 et achevée en 1925. C’est le rempart qui protège tous les navires s’amarrant à Marseille.

Les lignes régulièresvers la Corse, mises en place dès le XIXème siècle et celles menant vers l’Algérie, assurent une bonne part de leur présence. Et voici venir le trafic des croisiéristes, de plus en plus important !

Mais l’essentiel est ailleurs. Avec Fos sur Mer, Marseille s’est étendue à l’ouest et capte une bonne part du transport pétrolier et gazier méditerranéen. Cela lui vaut d’être devenu le premier port français.

Cette ville, fondée par quelques Grecs en quête d’un refuge, demeure tournée vers le large et lelointain.

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January Modérateur 62 594 messages
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Notre Dame de la Garde

Elle surplombe la cité depuis une colline au dessus du Vieux Port, la Bonne Mère fête cette année ses 800 ans.

En 1214, la colline de la Garde accueille son premier édifice religieux, une chapelle dédiée à la Vierge Marie construite par Maître Pierre, prémices de l'église de Notre Dame de la Garde que nous connaissons aujourd'hui. Une véritable dévotion populaire accompagne la chapelle et elle devient le lieu de prière des marins ayant échappé à un naufrage au détriment de Notre Dame du Mont.

Au cours des siècles, elle est de nombreuses fois agrandie pour mieux accueillir des foules de pèlerins de plus en plus denses.

En 1536 pour la protéger, elle est ceinturée par un fort. Malheureusement, le passage de la Révolution laissera des traces et l'église ne sera ré-ouverte qu'en 1807. Finalement elle remplacée en 1853 par l'église actuelle.

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Ici : http://www.notredame...-Histoire-.html vous découvrirez comment ce style Romano-Byzantin a voulu à la fois lier ce lieu à son histoire et à la place particulière de Marseille comme porte de l’Orient.

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  • 2 semaines après...
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January Modérateur 62 594 messages
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Le Château d'If

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François 1er ordonne l'édification de cette forteresse, au milieu de la baie de Marseille sur un îlot de l'archipel du Frioul, pour protéger l'accès du port.

Le château d'If est la première forteresse royale de Marseille. La construction d'un tel édifice est un acte politique, un projet de contrôle des côtes provençales : Marseille est au XVIe siècle « la plus belle fenêtre du royaume de France en Méditerranée du nord ». Le principal atout du bâtiment est sa situation au centre de la rade Nord de Marseille sur les routes de navigation les plus fréquentées.

Longtemps, les Marseillais le perçurent comme une première et arbitraire tentative de contrôle de leur cité, autrefois autonome, par le pouvoir royal - avant même l’édification des forts du Frioul par Henri IV, et surtout des forts Saint-Jean et Saint-Nicolas par Louis XIV. C’est un monument méconnu, archaïque par ses formes encore médiévales, mais moderne pour son rôle dans la défense des côtes du royaume. La fonction carcérale a très tôt pris le pas sur le rôle militaire : trois siècles durant, le château a servi de prison à des hôtes célèbres, ou anonymes.

Si on se souvient parfois de prisonniers célèbres tels le Chevalier Anselme au XVIe siècle ou le Comte de Mirabeau au XVIIIe, il faut reconnaître que la renommée mondiale du Château d'If est liée à un personnage de fiction d'Alexandre Dumas, Edmond Dantès, futur Comte de Monte-Cristo.

En dehors des cellules du rez-de-chaussée, dans lesquelles la promiscuité associée à une hygiène déplorable laisse aux prisonniers une espérance de vie de 9 mois, il est possible, moyennant finance, de louer une cellule au premier étage, appelée aussi « chambre passable » ou « pistole » (du nom de la monnaie servant au paiement) ; plus spacieuses, ces cellules ont généralement des fenêtres et des cheminées. Les prisonniers fortunés y étaient enfermés.

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Jusqu'en 1950, le gardien de phare Marius Maurel et sa famille vivaient encore sur cette île. La prison devint finalement un simple lieu de tourisme. Le Château d'If est l'un des sites les plus visités de la ville de Marseille. Il a été classé monument historique en 1926.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_d'If

http://if.monuments-nationaux.fr/fr/

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