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Le couvent à l'époque de Louis XIV


January

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Modérateur, ©, 109ans Posté(e)
January Modérateur 62 508 messages
109ans‚ ©,
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Au XVIIème siècle, les couvents étaient en premier lieu destinés à l'éducation, l’enseignement, des jeunes filles.

L’imaginaire (mais pas toujours si imaginaire que ça) a fait du couvent un lieu de complots, de faits scandaleux, enlèvements, ou pire encore. Les couvents étant des lieux clos et retirés, ils apparaissaient tout à fait indiqués à des activités à dissimuler au reste du monde. La réalité générale est tout autre mais certains faits divers témoignent que de temps en temps, il ne faisait pas bon vivre dans certains couvents.

Au temps des Lumières, du libertinage, des carrosses et du faste de Versailles, quelle était la vie de ces institutions ?

Premièrement les futures pensionnaires sont sélectionnées rigoureusement. On n’entre pas au couvent comme dans un moulin ! Il faut tout d’abord être en bonne santé (les institutions craignent les épidémies) et il vaut mieux venir d’une famille riche, au rang élevé (question de prestige pour l’établissement).

Plus une institution est cotée, plus la sélection est sévère… Les tarifs s’étalent entre 100 et 1000 livres par an et il y a une différence considérable entre les couvents qui accueillent les filles de nobles et les filles de ferme.

Selon l’établissement, les jeunes filles peuvent être logées par dortoir de plusieurs dizaines de lits. Dans une institution cotée, les pensionnaires ont leur propre « chambre ». Il existe des couvents où l’on reçoit filles riches et pauvres. On prend alors bien garde à ne pas mélanger « torchons et serviettes » et les emplois du temps sont savamment étudiés pour que les pensionnaires ne se rencontrent jamais.

La richesse des jeunes filles conditionne le confort du couvent. Les institutions pauvres ne possèdent pas d’ornements, les locaux ne sont pas chauffés (pas de cheminées) et l’eau est extraite d’un puits ou d’une fontaine.

Dans les couvents qui reçoivent des jeunes filles de la noblesse, les dortoirs peuvent être chauffés, ou les chambres individuelles équipées de petites fontaines, et une domestique est même attachée aux pensionnaires les plus riches.

L’uniforme est le plus souvent imposé mais varie en couleur et en coupe, en fonction des institutions. L’uniforme doit recouvrir toutes les parties du corps. La coquetterie est très mal vue, généralement pas de miroirs au couvent et les jeunes filles sont sommées de se déshabiller et de se vêtir le plus rapidement possible afin d’éviter toute pensée narcissique et toute impudeur.

On trouve en haut de la hiérarchie du couvent la Mère Supérieure, qui porte les mêmes signes distinctifs, symboles de l’autorité spirituelle, que les évêques : bague, crosse. On doit s’adresser à elle un genou à terre, les deux genoux mains jointes et yeux baissés si elle réprimande. Elle a autorité sur la totalité du personnel. Le « lieutenant » de la Mère Supérieure est appelée Prieure. Elle s’occupe du bien-être de la Mère Supérieure, veille à ce que ses ordres soient obéis (surveillante générale), et l’informe de tout ce qui se passe. Elle fait office de médiateur également, entre les sœurs et la Mère Supérieure. Viennent ensuite les Maîtresses des novices et des pensionnaires, religieuses aguerries. Portière (responsable de la porte), Cellière (s’occupe de l’administration), Dépositaire (Econome), Infirmière, Chantre, Ausculatrice (écoute les conversations lors des visites) et bien d’autres complètent l’organigramme de l’établissement. Les sœurs les plus haut placées sont nommées « les Discrètes ». Elles se réunissent en conseil avec la Mère Supérieure.

Les pensionnaires se lèvent à 5h00 et jusqu’à 6h00 en hiver. Elles s'habillent et rejoignent rapidement la classe pour les premières prières. La toilette se fait ensuite, vite fait puisqu’à 7h00 leur présence est requise à la chapelle. Une heure plus tard c’est le petit déjeuner, et à 8h30 elles commencent leurs cours ou leurs ouvrages. Le déjeuner est servi à 11h00 et une pensionnaire fait la lecture pendant le repas. Celles qui sont punies mangent à la porte, ou parterre. Récréation ensuite et la "cloche sonne" à nouveau pour la classe ou l’ouvrage. Les vêpres ensuite, retour en classe, catéchisme pour les plus jeunes, activités diverses pour les autres, complies (prières), repas du soir, les dernières prières sont avancées car à 20h00 tout le monde est couché.

Les religieuses n’avaient pas toujours beaucoup de connaissance et n’étaient pas toujours pédagogiquement habiles… Mais la priorité est d’enseigner l’obéissance, la soumission, l’humilité, de raboter les caractères trop affirmés et de réprimer à tout instinct. On n'enseigne pas la science, qui risque de faire naître la curiosité, ni la littérature, qui risque de donner des idées romantiques. Néanmoins on apprend aux jeunes filles à s’exprimer dans un bon style, à écrire de même, à calculer. A cela s’ajoute des leçons de maintien, de bonnes manières et de travaux ménagers. Dans les couvents les « mieux fréquentés », on enseigne le latin, la poésie, même l’histoire et la géographie. Côté arts, le chant est quotidien, l'apprentissage d'un instrument de musique accessible, la danse certainement pas ! Tout contact physique entre les jeunes filles est sévèrement puni.

La discipline appliquée dépend de l’établissement. Les institutions les plus sévères considèrent derechef que les pensionnaires portent le mal en elles. Il leur est absolument interdit de partager les nouvelles qu’elles reçoivent de l’extérieur, la familiarité entre pensionnaires est punie. Le courrier est lu, contrôlé. Si l’on en reçoit trop, il est brûlé. Par deux fois chaque semaine (coulpes), les « sœurs zélatrices » dénoncent les fautes commises par les pensionnaires…qui n’ont pas le droit de s’expliquer.

Les fautes légères (maladresses, retards, etc..) reçoivent comme punition une récitation de prières. La distraction pendant les offices est punie de prières, prosternations et coups de « discipline » (fouet). Les fautes graves (manquement aux ordres, secrets etc) sont punies de jeûne et de plus de coups de fouet. Quant à celles qui commettent des fautes très graves (frapper quelqu’un ou blasphémer etc), elles mangeront parterre, resteront à la porte pendant les offices, seront enfermées dans la « cellule » (cachot) et seront sévèrement fouettées. On utilisait ce dernier châtiment néanmoins avec parcimonie, de vieux ouvrages religieux indiquant que les pensionnaires les plus âgées pouvaient prendre goût à la flagellation !

La punition était publique pour les pensionnaires, à huis clos pour les sœurs.

Les pensionnaires n'étaient pas toujours l’unique revenu des couvents. Il était loué des chambres à des femmes qui avaient les moyens de s’offrir ce retrait au monde. La vie était difficile pour une jeune femme seule: le couvent permettait une certaine indépendance en mettant sa réputation à l'abri. Orphelines, célibataires ou veuves trouvaient au couvent plus de liberté qu’auprès de leur famille. La vente de produits fabriqués sur place assurait également un revenu au couvent.

La littérature a généralement amplifié ce qui se passait réellement dans les couvents, ou n’a retenu très souvent que les faits divers atroces qui ont marqué les esprits. Des sœurs abandonnées pleurant leur amour perdu, des Mères Supérieures perverses, des intrigues politiques, des pensionnaires cachant de lourds secrets, des enlèvements, des crimes, etc …

Quels siècles !

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Membre, Posté(e)
le merle Membre 21 605 messages
Maitre des forums‚
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bonjour

un film tiré d'un roman écrit en 1780 " la religieuse " , retrace une partie de la vie d'une jeune religieuse de 16 ans que ses parents ont contraint à entrer au couvent .elle y vivra un petit enfer et finira par s'en échapper.

dans de nombreux couvents , avant et après cette époque , il y eu quelques amitiés particulières entre les jeunes religieuses et certaines mère supérieur révélant l'homosexualité féminine .

bonne soirée

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Modérateur, ©, 109ans Posté(e)
January Modérateur 62 508 messages
109ans‚ ©,
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Bonjour le merle,

Tout à fait, ce roman anti-clérical célèbre est de Denis Diderot. Je viens de le terminer (ceci explique cela ;) mes recherches, ce topic).

La sortie en dvd du film "La Religieuse" est prévue le 5 Septembre.

http://www.forumfr.com/sujet518117-la-religieuse.html

Cette jeune fille de naissance irrégulière, séquestrée dans deux couvents successifs et qui se débat contre les machinations de ceux qui en veulent à son argent, fit couler les pleurs des âmes pures, tandis que les autres étaient surtout intéressés par le haut goût de ses aventures avec des nonnes très spéciales. La Religieuse est un livre trouble et troublant ; ce n'est point un livre gai, mais plutôt un coin particulier de l'enfer où sont parquées certaines damnées de la luxure et de la névrose. Ce n'est point un chef-d'oeuvre ; c'est pire : une œuvre qui déconcerte, qui choque souvent le goût et qui fascine l'imagination. Quand on l'a lue, on est peut être irrité contre l'auteur et contre soi, mais il est absolument impossible qu'on l'oublie, ce qui arrive pour un certain nombre de chefs-d'oeuvre.

(Notice issue de l'édition de La Religieuse par la librairie Alphonse Lemerre)

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Membre+, Posté(e)
Doïna Membre+ 19 706 messages
Maitre des forums‚
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Les filles sortaient de là "toutes pétries de religion" comme diraient certains auteurs... Une véritable aliénation !

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Modérateur, ©, 109ans Posté(e)
January Modérateur 62 508 messages
109ans‚ ©,
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Les fondations religieuses parisiennes au XVIIème siècle

Le XVIIe s., notamment de 1600 à 1660, moment décisif de la Contre-Réforme catholique, connait une floraison de fondations religieuses que Paris n’avait pas vue depuis le XIIIe s.

Sous l'impulsion du cardinal de Bérulle, de François de Sales, de Monsieur Vincent, des Jésuites et des Capucins des ordres nouveaux apparaissent, des couvents sont construits dédiés à l'enseignement (Jésuites, Oratoriens), à la formation des prêtres (Saint-Lazare, Compagnie de Saint Sulpice), à la charité (Filles de la charité, Enfants trouvés), à la contemplation (Carmes, Carmélites, Visitandines...). Beaucoup sont fondés par de grands personnages saisis, en fin de carrières, par des inquiétudes religieuses, de riches veuves, des femmes de la cour, par souci de conversion ou devant la misère du temps.

Les couvents de femmes sont particulièrement nombreux : en 1790, à la veille de leur suppression, ils sont une centaine, deux fois plus que les couvents d'hommes, en très grande majorité (4/5) fondés au XVIIe : Carmélites (1602), Ursulines (1603), Capucines (1604), Augustines des Madelonnettes (1618), Filles du Calvaire (1620), Bénédictines du Val-de-Grâce (1621), Annonciades célestes (1622), Visitandines (1623), Feuillantines (1623), Recolette (1627), Filles de la Charité (1633), Filles de la Croix (1641)... Ursulines et Visitandines (ces dernières fondées par Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal en 1610) se consacrent à l'instruction des jeunes filles. En 1633, Saint Vincent de Paul aidé de Louise de Marillac crée la confrérie des Filles de la Charité qui prennent en charge les hôpitaux, les enfants trouvés et de nombreuses écoles primaires. Vincent de Paul s'intéresse également à la formation des prêtres, aux missions, à l'accueil des vieillards. Installé dans la Maison Saint-Lazare, il crée dans le faubourg Saint-Laurent plusieurs établissements.

Le plus important de ces couvents, et l'un des rares conservés, est l'abbaye du Val-de-Grâce, fondée par Anne d'Autriche en 1621 pour des bénédictines. La chapelle fut construite à partir de 1645 sur les plans de François Mansart.

La quasi-totalité de ces couvents seront vendus à la Révolution comme biens nationaux et disparaitront. Certains bâtiments se maintiennent, transformés souvent en hôpitaux (Val-de-Grâce, Port-Royal, Institution de l’Oratoire –Hôpital St Vincent-de-Paul -, Séminaire des Oratoriens - Institut des Sourds-Muets), en casernes ou en prisons.

http://paris-atlas-historique.fr/24.html

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Membre, 33ans Posté(e)
Arthur. Membre 2 858 messages
Baby Forumeur‚ 33ans‚
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Si tu veux une version alternative, l'antithèse des lumières, tu peux lire les bouquins de Marion Sigaut ou écouter ses conférences sur le sujet

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Modérateur, ©, 109ans Posté(e)
January Modérateur 62 508 messages
109ans‚ ©,
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Merci pour l'info, je commanderai prochainement "la marche rouge".

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Modérateur, ©, 109ans Posté(e)
January Modérateur 62 508 messages
109ans‚ ©,
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La maison royale de Saint Louis

La Maison Royale de Saint Louis est un pensionnat pour jeunes filles créé en 1684 à Saint-Cyr (actuelle commune de Saint-Cyr-l'École, Yvelines) par le roi Louis XIV à la demande de Madame de Maintenon qui souhaitait la création d'une école destinée aux jeunes filles de la noblesse pauvre. Cet établissement, bien qu'il perdît sa place de premier rang à la suite de la disparition de Louis XIV puis de sa fondatrice, marqua une évolution certaine de l'éducation des jeunes filles sous l'Ancien régime.

L'établissement fut maintenu pendant les premières années de la Révolution française, mais ferma définitivement ses portes en mars 1793. Napoléon Ier s'inspira de la Maison Royale de Saint-Louis pour créer la Maison des demoiselles de la Légion d'honneur, qui existe encore aujourd'hui sous le nom de Maison d'éducation de la Légion d'honneur.

L'origine de la Maison Royale de Saint-Louis est fortement liée à la jeunesse de Madame de Maintenon. Issue elle-même d'une famille noble, mais ruinée, elle ne connut dans sa jeunesse qu'une instruction limitée, celle dispensée par les couvents qui assuraient l'instruction des jeunes filles nobles. On n'y enseignait qu'un minimum de connaissances en français, latin, calcul et travaux ménagers, l'accent était mis principalement sur la religion et la liturgie, et on n'y donnait aucune ouverture sur le monde réel.

Après une représentation théâtrale jugée scandaleuse, les deux directeurs de conscience de Madame de Maintenon, Fénelon et l'abbé Godet des Marais, devenu évêque de Chartres, lui demandèrent de renoncer à la gloire et de faire revenir à Saint-Cyr « l'humilité et la simplicité ».

La discipline de l'école devint plus stricte, la coquetterie et les livres jugés trop profanes, admis aux débuts de la Maison Royale, furent bannis. Madame de Maintenon recommandait également de ne pas hésiter à punir les élèves et à contenir leur orgueil:

« Nos filles ont été trop considérées, trop caressées, trop ménagées ; il faut les oublier dans leurs classes, leur faire garder le règlement de la journée et ne pas leur parler d'autre chose. »

Elle demanda également que soit bannie de la Maison Royale toute présence masculine, à l'exception des prêtres, qui ne devaient rencontrer les pensionnaires qu'au confessionnal.

Alors qu'en novembre 1692, le pape prononçait l'extinction du titre abbatial de Saint-Denis, la transformation de la Maison Royale en couvent fut décidée en septembre 1692 ; la requête au pape fut faite par Godet des Marais. La conversion fut effective le 1er décembre. Les éducatrices eurent le choix entre prononcer des vœux solennels et devenir religieuses, ou quitter la Maison Royale.

À la mort de Louis XIV en 1715, Madame de Maintenon se retira à Saint-Cyr jusqu'à sa mort le 15 août 1719. Elle fut embaumée et enterrée dans la chapelle de l'école le 18 août.

Histoire complète http://fr.wikipedia...._de_Saint-Louis

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