Aller au contenu

Ecrire à l'eau de rose - métier : rewriter


January

Messages recommandés

Modérateur, ©, 109ans Posté(e)
January Modérateur 62 507 messages
109ans‚ ©,
Posté(e)

Voilà bientôt huit ans que je « rewrite » – que je récris si vous préférez – des romans pour une célèbre collection (que nous appellerons ici, pour ne pas nuire à son prestige en en dévoilant les dessous, « H. »).

Le plus terrible, on s’en doute, c’est les gros. On n’en voit pas la fin. D’autant que ce sont généralement des « historiques », c’est-à-dire que leur palpitante intrigue se passe dans l’Angleterre élisabéthaine, ou victorienne, ou encore au temps des Croisades ou de la conquête de l’Ouest, et qu’à ce titre, le style se veut « littéraire » (contrairement aux petits, contemporains, parlés, décontractés du gland), ambition dont l’effet le plus remarquable est l’emploi immodéré d’« assurément », d’« or donc », de « céans », d’« aussi », de « derechef ».

De toute façon, l’ennemi du rewriter, historique ou pas, c’est l’adverbe. Les traductions brutes de décoffrage qu’il reçoit en sont truffées comme une dinde de marrons. Ce sont des torrents de « cependant », « toutefois », « néanmoins », « alors ». Mais surtout des « mais ». Sur ces pages traduites à la truelle d’un anglais ou plutôt d’un américain indigent qui se devine sans peine à la brutalité des images et au sordide matérialisme des préoccupations, les mais pleuvent sans discontinuer.

[...]

Bêtisier :

« J’ai peur pour lui, s’inquiéta-t-elle avec angoisse d’une voix blanche de frayeur. » Et le rewriter, lisant cela, hausse les épaules, soupire d’un air las, et fait ce pour quoi on le paye : il remplace le tout par « dit-elle d’une voix blanche » (ou, s’il peut se le permettre, par rien du tout) et passe à la redondance suivante.

« Nerveuse, elle arpenta fébrilement, comme un lion en cage, le couloir sombre et obscur, tout en se disant en même temps à elle-même, silencieusement, dans l’intérieur de sa tête, d’essayer de tenter de calmer la fièvre de ses nerfs surexcités.

"Sa gêne grandissante mettait le comble à son embarras, qui s’accroissait de minute en minute, plus fort et plus puissant à mesure que le temps passait. Puis, soudain, le choc surprenant de la révélation la fit se figer net sur place, subitement pétrifiée par la stupéfaction. »

"sa brève érection n'avait pas duré".

« La chaleur et l’humidité la poursuivaient partout sur l’île, même dans l’eau »

« Il la suivit dans l’escalier et le spectacle de sa poitrine lui coupa le souffle »

« Sa brève érection n’avait pas duré »

« Elle se sentit fondre entre ses bras comme une mousse au chocolat abandonnée au soleil » ;

« Elle s’était intéressée aux grottes et avait lu nombre d’articles à leur sujet. C’était des endroits frais, humides et pleins de boue » ;

« Elle n’avait qu’une envie : s’allonger sur son canapé avec un bon roman et un verre de vin blanc. Se détendre. Ne plus penser à rien. »

« Au secours, hurla-t-elle à voix basse dans le silence seulement troublé par le tic-tac du réveil digital. »

Comme j'ai bien rigolé, je me suis dit : il faut que je partage !

Article complet :

http://www.rue89.com...tors_picks=true

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant
Membre, Tête en l'air, 41ans Posté(e)
Feuille Membre 10 893 messages
41ans‚ Tête en l'air,
Posté(e)
« J’ai peur pour lui, s’inquiéta-t-elle avec angoisse d’une voix blanche de frayeur. »

Et le rewriter, lisant cela, hausse les épaules, soupire d’un air las, et fait ce pour quoi on le paye : il remplace le tout par « dit-elle d’une voix blanche » (ou, s’il peut se le permettre, par rien du tout) et passe à la redondance suivante.

:smile2:

Bon, j'ai lu quelques romans "historiques" de la collection H. Ils me faisaient déjà bien rire, tant l'intrigue état creuse et le style... euh... j'ai du mal à trouver un qualificatif, mais du coup je n'aurais jamais imaginé qu'on partait de plus bas encore... miséricorde !

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Membre+, I. C. Wiener, 34ans Posté(e)
konvicted Membre+ 26 925 messages
34ans‚ I. C. Wiener,
Posté(e)

« Au secours, hurla-t-elle à voix basse dans le silence seulement troublé par le tic-tac du réveil digital. »

:smile2: Énorme ! C'est tiré d'un roman humoristique ?

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Modérateur, ©, 109ans Posté(e)
January Modérateur 62 507 messages
109ans‚ ©,
Posté(e)

Ah oui là ça fait carrément peur hein ? :smile2:

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité Grenadine33
Invités, Posté(e)
Invité Grenadine33
Invité Grenadine33 Invités 0 message
Posté(e)

Le meilleur est le suspens intenable avant que les amoureux passent à la casserole. J'en ai lu étant jeune, et j'ai passé de bons moments. :D bon maintenant, c'est de la vraie littérature, dois-je conclure que je ne crois plus au prince charmant ? :snif:

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Invité morphee_
Invités, Posté(e)
Invité morphee_
Invité morphee_ Invités 0 message
Posté(e)

ai lu quelques books de cette auteure :

http://www.fayardnoir.fr/catalogue.php?page=phyllis-dorothy-james

un peu dans l'même genre style très gothique dès primes paragraphes on a la sensation le sentiment d'admirer avec l'auteure sorte d' cathédrale de papier

bien sûr dans l' genre s'agit plutôt d' policiers

HL (loevenbruck : le louvetier, etc) présente + un style de "conteur d'autrefois" agréable à lire enfantin..

Lovecraft a fait le "nègre" aussi vis à vis d' ses "collègues" -cependant il était auteur lui aussi si bien que tel asimov, philip k.dick, etc l'on peut le définir comme un maître par rapport aux disciples

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant

Archivé

Ce sujet est désormais archivé et ne peut plus recevoir de nouvelles réponses.

×