Aller au contenu

Archivé

Ce sujet est désormais archivé et ne peut plus recevoir de nouvelles réponses.

17 mars 180 : Mort de l'Empereur philosophe Marc-Aurèle


Messages recommandés

Invité David Web
Invité David Web Invités 0 message
Posté(e)

17 mars 180 : Mort de l'Empereur philosophe Marc-Aurèle

De tous les empereurs que Rome a connus au cours de son histoire, Marc Aurèle est le seul à avoir été qualifié de philosophe, et ce dès l’Antiquité. Empereur philosophe ? Les deux termes peuvent paraître aujourd’hui antinomiques. Ils ne l’étaient pas à l’époque : « Dans le monde antique, la philosophie ne consistait pas en des spéculations abstraites, mais dans une discipline de vie qui engageait toute l’existence », souligne Pierre Hadot, spécialiste de philosophie antique et auteur de la Citadelle intérieure - Introduction aux Pensées de Marc Aurèle (Fayard).

Les rapports de la philosophie avec le gouvernement de la cité ont été une des obsessions du monde gréco-romain. Dans la République, Platon appelait déjà à l’union du pouvoir et de la sagesse. Pour préparer le jeune Alexandre à son futur métier de roi, Philippe de Macédoine confia son instruction à Aristote qui l’adjura – en vain – de ne pas céder à la démesure. Cet idéal politico-philosophique fut repris par les Romains. L’empereur Auguste, nous dit Suétone, était non seulement entouré de philosophes, mais il écrivit des Exhortations à la philosophie.

Sénèque fut l’ami de Néron avant que ce dernier ne le pousse au suicide sous prétexte de conspiration. Plutarque affirmait à qui voulait l’entendre que les « rois devaient philosopher ». Certains empereurs finirent d’ailleurs par prendre ombrage de l’influence des philosophes sur la conception et l’organisation des pouvoirs. A la fin du Ier siècle, l’empereur Domitien fit bannir de Rome Epictète ainsi que tous les autres philosophes. Mais loin de les réduire au silence, cette mesure de bannissement leur conféra au contraire une auréole de « martyrs » et leurs idées continuèrent d’influencer l’aristocratie romaine. On ne peut pas comprendre Marc Aurèle sans ce détour par la culture antique.

710542STATUE2.jpg

Marc Aurèle est né le 26 avril 121, à Rome. Sa famille, nous dit Pierre Grimal (Marc Aurèle, Fayard), appartenait à la nouvelle aristocratie romaine qui s’était constituée depuis la création de l’Empire. Par sa mère, il descendait d’un célèbre orateur d’origine gauloise – Domitius Afer – qui avait accumulé une immense fortune sous Caligula, Claude et Néron. La famille de son père était, elle, originaire de la fameuse province de Bétique – l’actuelle Andalousie – qui, en la personne de Trajan et d’Hadrien, avait déjà donné plusieurs empereurs à Rome.

Repéré dès l’enfance par Hadrien, le jeune Marc Aurèle fut ensuite adopté par Antonin le Pieux, en vertu d’une sage tradition romaine qui assurait l’héritage de l’Empire à un homme dont les qualités avaient été éprouvées par son prédécesseur. Programmé pour être empereur, Marc Aurèle reçut une éducation de prince, marquant une inclination pour la rhétorique et la philosophie, en particulier pour le stoïcisme.

Apparu en Grèce vers la fin du IVe siècle avant Jésus-Christ, le stoïcisme fut une des écoles philosophiques les plus importantes de l’Antiquité. Outre son fondateur Zénon, elle eut pour principaux représentants, à Rome, Sénèque, Epictète et, bien entendu, Marc Aurèle lui-même. A la base de la pensée stoïcienne se trouve l’idée de force ou de tension. Pour les stoïciens, cette force est inséparable de la matière. Elle crée le mouvement et l’harmonie. Elle est en quelque sorte « l’âme du monde ».

La morale stoïcienne établit en outre que le bien réside dans l’effort pour arriver à la vertu. Tout le reste est indifférent : le plaisir comme la douleur, la richesse comme la pauvreté, la santé comme la maladie. La vertu consiste à vivre conformément à la nature, c’est-à-dire en harmonie avec soi-même, avec ses semblables et avec l’univers tout entier. « Supporte et abstiens-toi », disait Epictète. Marc Aurèle en fera un de ses principes de vie.

Au début IIe siècle de notre ère, le stoïcisme est devenu presque exclusivement une doctrine morale chargée de fournir à l’homme des règles de conduite fondées sur la discipline et l’ascèse. La traduction politique de cette morale est que l’empereur stoïcien ne saurait en aucun cas céder à l’impulsion de la colère ou à un mouvement d’orgueil. « Au milieu du tumulte et des révoltes que tend à provoquer le spectacle du monde, il est essentiel [pour l’empereur] de maintenir calme et sérénité », écrit Pierre Grimal.

Cette morale a profondément imprégné le jeune Marc Aurèle. Dans son Marc Aurèle ou la Fin du monde antique, Ernest Renan nous dit qu’il revêtit le « manteau philosophique » dès l’âge de douze ans : « Il apprit à coucher à la dure et à pratiquer toutes les austérités de l’ascétisme stoïcien… Ses heures étaient coupées comme celles d’un religieux. Sa santé fut plus d’une fois compromise par cet excès de rigueur. Cela ne l’empêchait pas de remplir ses devoirs de prince… »

Marc Aurèle fut associé très tôt à l’exercice du pouvoir. En 138 – il avait alors dix-sept ans –, il fut élu questeur et désigné comme césar, c’est-à-dire comme héritier officiel de l’empereur. Il exerça le consulat à deux reprises en 140 et en 145. L’année suivante, il reçut la puissance tribunicienne – ensemble des pouvoirs des anciens tribuns de la plèbe sous la République – et l’imperium proconsulaire. En mars 161, à la mort d’Antonin le Pieux, il devint tout naturellement empereur.

L’historiographie traditionnelle présente volontiers Marc Aurèle comme le dernier empereur d’une Rome heureuse. C’est en grande partie une fiction. Marc Aurèle a régné dix-neuf ans au cours desquels l’Empire eut son lot de calamités, notamment, à partir de 167, une terrible épidémie de peste. Celle-ci n’a peut-être pas provoqué la saignée démographique décrite par certains historiens qui en ont fait la cause principale de la décadence de Rome, mais elle a eu de graves conséquences économiques et sociales.

D’autres historiens modernes ont beaucoup ironisé sur le fait que cet empereur, pacifique par nature et par principe, a passé le plus clair de son temps à faire la guerre contre les Barbares le long du Rhin et du Danube, ou encore contre les Parthes sur l’Euphrate. L’argument est un peu spécieux. La défense des frontières (limes) de l’Empire l’exigeait et le devoir faisait aussi partie des vertus stoïciennes. Il arriva encore à Marc Aurèle de couvrir de son autorité les persécutions contre les chrétiens (notamment à Lyon, en 176) dont il était pourtant à même – mieux que quiconque – de comprendre l’esprit charitable. Mais pour de nombreux Romains de l’époque, les chrétiens, par leur comportement, troublaient « l’ordre du monde », autrement dit le péché majeur pour un stoïcien.

Le « cas Marc Aurèle » a été longuement discuté par les historiens. Une question revient de manière récurrente : sa politique fut-elle inspirée par le stoïcisme ? Pour les uns, sonoeuvre administrative et législative reflète parfaitement sa philosophie. Il rétablit ainsi le Sénat dans ses anciennes prérogatives comme pour mieux équilibrer son propre pouvoir. A l’intérieur de l’Empire, il prit un certain nombre de mesures en faveur de la protection des enfants, des femmes et des esclaves.

A Rome, il exigea encore que les gladiateurs combattissent avec des glaives mouchetés, une volonté dont l’historien Paul Veyne, dans l’Empire gréco-romain (le Seuil), relativise néanmoins la portée, davantage dictée, dit-il, par un souci d’économie financière – la constitution d’une « écurie » de gladiateurs coûtait très cher – que par humanité. Pour d’autres, à l’inverse, Marc Aurèle fut un empereur « médiocre et affaibli par la maladie » qui trouva dans la philosophie un refuge face à une triste réalité. Mais, selon Pierre Grimal, les décisions qu’il fut amené à prendre furent moins suggérées par le stoïcisme que par la tradition romaine et le souci de poursuivre la politique de ses prédécesseurs. A telle enseigne que l’on peut se demander dans quelle mesure l’opinion publique du moment prit réellement conscience que l’empereur était philosophe.

MARC AURÈLE mourut en mars 180, au cours d’une de ses multiples campagnes militaires le long du Danube. Sur la cause de cette mort, les versions, ici encore, divergent. Estil mort de la peste rapportée d’Asie mineure par les légions romaines comme le laisse entendre l’Histoire Auguste ? A-t-il été assassiné sur ordre de son fils Commode comme le suggère l’historien Dion Cassius ? Cette dernière thèse a été reprise de manière spectaculaire par le cinéaste Ridley Scott dans le célèbre film Gladiateur. Mais rien ne permet de la vérifier. On sait en revanche qu’une des obsessions de Marc Aurèle était de ne pas se laisser « césariser ».

Il savait qu’au contact du pouvoir, le meilleur des hommes risquait de sombrer dans le despotisme. On peut sans doute s’étonner encore que le sage Marc Aurèle ait eu la faiblesse de laisser le trône à son fils, le tyrannique Commode. « Mais s’il avait nommé un autre successeur, il aurait plongé Rome dans une guerre civile où des prétendants se seraient affrontés les armes à la main », remarque Paul Veyne. C’est d’ailleurs ce qui arriva en 193, après l’assassinat de Commode qui ne laissait pas d’enfant.

Faut-il encore, avec Ernest Renan, considérer la mort de Marc Aurèle comme la fin de la civilisation antique ? A la fin du IIe siècle, l’Empire romain est à son apogée et a encore quelques siècles devant lui. Mais il est vrai que c’est sous son règne que commença à se détruire l’équilibre entre la résistance des frontières et la poussée des Barbares, équilibre qui donnait jusque-là à la pax romana son harmonieuse stabilité.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Annonces
Maintenant
Bran ruz Membre 8737 messages
Artisan écriveur ‚ 53ans
Posté(e)

:plus: Le risque du stoïcsime, c'est que sa pratique rigoureuse peut faire oublier le temps de repos nécessaire à l'humain.

Savoir se "poser" de temps à autre peut permettre d'y voir plus clair.

Marc Aurèle aurait-il péché par trop de rigueur envers lui-même ?

C'est possible lorsque l'on voit son manque d'initiative pour assurer sa succesion d'une manière plus claire en la prévoyant dans le long terme.

Il n'a pas osé songer à faire perdurer son oeuvre personnelle. Trop humble.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Bran ruz Membre 8737 messages
Artisan écriveur ‚ 53ans
Posté(e)

David Web, le 17 mars c'est aussi le jour de la mort de Saint Patrick, ce qui a donné la fête nationale irlandaise...:drinks:

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Invité David Web
Invité David Web Invités 0 message
Posté(e)

Je sais, je sais... il y a même un topic ouvert sur ce sujet... sinon : :drinks:

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

×