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Les dérives et le naufrage de la diplomatie française


existence

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existence Membre 5 823 messages
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En Tunisie, pendant une semaine, on a "tiré sur la ligne" sur des sujets qui se ressemblent, les envoyés spéciaux fleurissant sur le terrain, chaque média possède son ancien prisonnier politique à interviewer, son "décryptage" de la transition démocratique et l'enquête "exclusive" sur les biens du clan Trabelsi placés en France ou en Suisse. Pourtant, pendant des années, les militants exilés se butaient désespérément au déni de la plupart des rédactions parisiennes. Omniprésent ces derniers jours dans la presse, l'opposant Moncef Marzouki était à l'époque quasi inconnu et seul le site web bastamag.net lui consacrait une interview en 2009.

Ainsi, la diplomatie française a maintenu le cap, jusqu'au naufrage benalien. De leur côté, après avoir été bien timides, les médias généralistes ont paru découvrir la violence et l'arbitraire du régime Ben Ali à sa chute. S'ils ont jugé indignes les propos tenus par Michèle Alliot-Marie, leur silence systématique pendant ces longues années de répression n'est-elle pas plus répréhensible ? La volonté de la ministre MAM d'offrir une aide sécuritaire au régime Ben Ali n'est pas une gaffe politique, mais la politique de la France qui prévalait en Tunisie. D'ailleurs la ministre des Affaires étrangères ne s'est pas fait piéger au micro d'une radio puisqu'elle a lu un texte officiel. Rappelons aussi que la ministre est bien rodée aux dérives sécuritaires de la Sarkozie. Fervent défenseuse de lla télésurveillance et promotrice de la disparition du juge d'instruction, MAM était le ministre de l'Intérieur pendant l'affaire Tarnac et, dernièrement dans son fief, elle était restée totalement insensible au mandat d'arrêt européen prononcé contre la militante basque Aurore Martin. En Tunisie, le président Zine el-Abidine Ben Ali a toujours bénéficié de la bienveillance du gouvernement français, tout particulièrement celle de Jacques Chirac qui parlait toujours du "miracle" économique du pays.

Le clan des Tunisiens

Comment expliquer les raisons d'un soutien inconditionnel de Paris au régime Ben Ali ? D'autant que les dérives mafieuses ses proches dépassaient largement le sud de la Méditerranée. En 2006, les frères Trabelsi, deux neveux par alliance du président déchu, avaient été mis en cause dans le vol à Bonifacio, du yacht d'un ancien président de la banque privée Lazard, Bruno Roger, un proche de Jacques Chirac. Une enquête privée menée par les assureurs du navire avait permis de le retrouver, maquillé et repeint, dans le port de Sidi Bou Saïd, une banlieue huppée du Nord de Tunis, puis, le yacht avait été discrètement restitué à son propriétaire. On sait que la défense des droits humains passe bien après les intérêts commerciaux ou stratégiques de la France. De surcroit, en Tunisie, la répression policière et le non-respect des droits fondamentaux étaient intimement liés avec le système économique. Surnommé le "clan des Tunisiens", un groupe de Français très influent s'est toujours distingué par sa loyauté indéfectible envers le président tunisien : parmi eux, l'actuel ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, qui avait contesté la dénomination de "dictature" à l'encontre du régime benalien. Une minorité de célèbres natifs du pays, tel Bertrand Delanoë, et le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur Pierre Lellouche ont longtemps promu une vision tronquée de la Tunisie. Seule une minorité de français pouvait connaître la panoplie de privilèges offerts par le président Ben Ali. Tant que le pays continua d'accueillir "de manière formidable" Michèle Alliot-Maire, celle-ci ne pensa qu'à défendre sa police. Car l'été dernier, MAM avait passé quelques jours à Hammamet, dans une suite présidentielle de l'hôtel Phenicia. Fin décembre, alors que la contestation prenait forme dans le pays, elle célébrait le Jour de l'an dans le nord-ouest de sa ville de Tabarka. Elle y a peut-être croisé son compatriote Dominique Baudis, qui appréciait pleinement la "réalité" tunisienne.

Les bonnes affaires chez Ben Ali

Bien entendu, le Code du travail, de rigueur sous le régime Ben Ali semblait très bien convenir aux milliers d'entreprises hexagonales présentes. Premier investisseur étranger avec un record de 280 millions d'euros, la France est particulièrement représentée en Tunisie dans les secteurs du textile, de l'électronique (Valeo, Faurecia, Sagem ou EADS) et des services avec les centres d'appels. Exemple parmi d'autres : Ben Ali a toujours été très bien accueilli sur le site d'exploitation de la Sagem qui emploie environ 3500 personnes dans le gouvernorat de Ben Arous. En 2009, Eric Faubry, directeur industriel et logistique du groupe français, recevait des mains du Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, le premier prix du gouvernement pour la promotion de la qualité. Et qu'importe si les emplois générés sont peu qualifiés alors que le pays souffre du chômage de jeunes diplômés. La Chambre franco-tunisienne du commerce et de l'industrie est aussi le pilier de la proximité des milieux d'affaires entre les deux pays. Hosni Djemmali, qui contrôle tout un pan de l'hôtellerie de luxe, demeure un intime de la famille Debré et de Guillaume Sarkozy. Surnommé "l'ambassadeur bis de Tunisie", il a été promu chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur en 2008 par le secrétaire d'Etat au tourisme, Hervé Novelli. Djemmali est considéré comme la pierre angulaire de la "Tunisie française". Ancien journaliste, il est resté en contact étroit avec Christian de Villeneuve, directeur des rédactions du groupe Lagardère, Jean Daniel du Nouvel Observateur ou Etienne Mougeotte, ancien directeur de TF1 et directeur actuel du Figaro.

Une diplomatie dépassée

Il y a quelques semaines Wikileaks révélait un télégramme diplomatique de l'ambassade des Etats-Unis à Tunis, daté du 14 août 2007, où l'on pouvait lire que Serge Degallaix, ambassadeur de 2005 à 2009, avait jugé que "la Tunisie n'est pas une dictature et ses leaders sont vraiment à l'écoute du peuple". L'année suivante, le mouvement social dans le bassin minier de Gafsa se concluait par la répression sanglante par le régime Ben Ali. En visite dans le pays à l'époque, Nicolas Sarkozy avait suscité l'indignation pour s'être félicité des progrès de l'espace des libertés publiques.

Billets d'Afrique et d'ailleurs, n°199, février 2011

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Invité Toto75019
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Membre, 80ans Posté(e)
bibifricotin Membre 12 828 messages
Mentor‚ 80ans‚
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Il ne faut jamais oublier que la France est le pays des libertés et des droits de l'homme......enfin, c'était :cray:

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