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au nom du 11 sept, les démocraties à l'épreuve de l'antiterrorisme


eklipse

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Membre, Dazzling blue², 53ans Posté(e)
eklipse Membre 14 471 messages
53ans‚ Dazzling blue²,
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Les logiques de l'antiterrorisme

C'est l'une des ambitions de cet ouvrage. Rassemblant les contributions d'universitaires européens et nord-américains, issus de diverses disciplines (sociologie, science politique, droit, anthropologie), mais aussi de journalistes ayant enquêté sur des cas précis et d'avocats ou de militants d'organisations de défense des droits civiques, il entend balayer de manière aussi large et complète que possible le paysage contemporain de l'antiterrorisme.

Le livre est structuré en trois parties, allant du général au particulier. La première dessine ainsi les tendances globales de l'antiterrorisme après le 11 septembre 2001. Privilégiant l'approche transnationale, elle met en perspective une série de faits généralement appréhendés de manière séparée, qu'il s'agisse des origines, des modalités et des pratiques de la guerre contre le terrorisme ; de celles du développement continu de la surveillance ou de celles de la coopération internationale (pour les échanges de données ou dans la lutte contre le financement du terrorisme). Que signifie l'interventionnisme militaire pour les relations internationales ? Comment des pratiques comme la torture, la détention illimitée (à Guantanamo notamment) ou les enlèvements de suspects peuvent-elles se développer dans des états de droit ? Quelles sont les conséquences de l'extension de la surveillance et de la suspicion sur les groupes qui en sont la cible directe (les musulmans) ou indirecte (les migrants) ?

La deuxième partie présente ensuite des analyses des différentes situations nationales en matière antiterroriste, en Europe (France, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Allemagne) mais aussi aux états-Unis et en Russie. Les auteurs y dressent un panorama des principaux dispositifs législatifs, policiers, judiciaires et même militaires, en les reliant à des histoires spécifiques de la violence politique qui ne débutent pas, loin s'en faut, avec le 11 septembre. Cette perspective permet de faire ressortir les singularités nationales comme les convergences parfois observables d'un état à l'autre. Au-delà des discours des différents gouvernements, elle permet de relativiser la supposée « nouveauté » des préoccupations antiterroristes (les continuités l'emportent souvent), tout en pointant l'effet d'aubaine qu'a parfois pu constituer la mobilisation internationale contre le terrorisme pour durcir les lois nationales et rogner sur les tolérances ¿ notamment politiques ¿ induites par une conception ouverte des libertés publiques.

Enfin, à partir d'études de cas concrets, la troisième partie revient sur certains des usages politiques et médiatiques de l'antiterrorisme. La réalité de la violence de nombreux groupes clandestins n'est en effet pas séparable des cadres d'interprétation dans lesquels elle est prise et des luttes sur son sens. Un « terroriste » n'est terroriste que pour celui qui le condamne. Aucun groupe clandestin ne se revendique comme tel, préférant selon les cas se qualifier de « soldat de l'islam », « combattant de la liberté », « militant nationaliste » ou « avant-garde du prolétariat ». Et celui qui est « terroriste » pour un état peut être un réfugié politique pour un autre.

Il s'agit donc de questionner les narrations produites par les gouvernements, les médias, les experts en terrorisme ou les agences de sécurité et de rendre visibles leurs contradictions et leurs silences, voire les arrangements qu'ils prennent parfois volontairement avec les faits. Loin de justifier les actions des groupes clandestins ou de leur apporter un quelconque soutien, cela permet de montrer que les récits participent pleinement des dynamiques du conflit, puisqu'ils sont l'un des moyens d'enrôler ceux qui n'en sont pas directement partie prenante dans le soutien d'un camp ou de l'autre. é rebours de ces logiques de mobilisation, nous entendons donc favoriser la distanciation, condition essentielle d'un débat serein sur cette thématique si sensible.

La mise en série de l'ensemble de ces éléments permet de mesurer le chemin parcouru par les démocraties occidentales, « au nom du 11 septembre », dans la remise en cause des valeurs de respect de l'individu qui les fondent. Un chemin parcouru depuis une époque pas si lointaine, où le contrôle étroit de la vie privée et des déplacements était associé aux régimes au pouvoir de l'autre côté du Rideau de fer ; où les tortures et les enlèvements semblaient être l'apanage des dictatures latino-américaines ou africaines ; et où des opposants politiques ayant recours à la violence pouvaient bénéficier du soutien d'états démocratiques, ou du moins du statut de réfugié politique.

Mais ce travail permet aussi de prendre de la distance par rapport à deux thèses dominantes qui se confortent malgré leur opposition apparente. La première est de considérer que le « scénario du pire » justifierait le recours à des pratiques interdites par les valeurs démocratiques incarnées dans les textes sur les droits fondamentaux, et de tromper les citoyens avec des discours requalifiant ces pratiques comme un « moindre mal », comme une nécessité pour la survie. La seconde est d'inverser le raisonnement et de prétendre que les attentats ne seraient qu'un prétexte pour renforcer une tendance séculaire de l'exécutif à s'émanciper du contrôle du législatif et du judiciaire, au nom de l'action préventive et de la protection des populations face au danger. Car, même si nombre des évolutions étudiées par les auteurs de ce livre apparaissent préoccupantes, il serait réducteur d'y voir un état d'exception permanent qui se perpétue et soustrait les gouvernements à la loi. Et, a fortiori, l'expression d'un régime global d'exception fabriqué par un « empire » en voie de constitution.

Nous assistons bien en revanche au développement de ce que l'on peut appeler des pratiques « illibérales » des régimes politiques libéraux, qui tendent à devenir l'un des modes de gouvernement de groupes sociaux supposés vivre en dehors de la norme dominante. Les politiques antiterroristes contemporaines contribuent en effet à (re)fabriquer en permanence des sociétés clivées entre individus « conformes » et individus « déviants », redevables de traitements différents : les premiers continuent à bénéficier de la protection et des libertés démocratiques, alors que les seconds sont soumis à des pratiques d'exception.

C'est l'étude de cette exception ordinaire, de ces poches d'exceptionnalisme enchâssées au c¿ur même des régimes politiques libéraux que propose cet ouvrage. Il a l'ambition de livrer quelques clés d'analyse et de lecture de ces mécanismes, qui régissent dans l'urgence et le secret les existences d'un nombre sans cesse croissant d'êtres humains.

Didier Bigo, Laurent Bonelli et Thomas Deltombe

http://www.mecanopolis.org/?p=2160

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Les logiques de l'antiterrorisme

C'est l'une des ambitions de cet ouvrage. Rassemblant les contributions d'universitaires européens et nord-américains, issus de diverses disciplines (sociologie, science politique, droit, anthropologie), mais aussi de journalistes ayant enquêté sur des cas précis et d'avocats ou de militants d'organisations de défense des droits civiques, il entend balayer de manière aussi large et complète que possible le paysage contemporain de l'antiterrorisme.

Le livre est structuré en trois parties, allant du général au particulier. La première dessine ainsi les tendances globales de l'antiterrorisme après le 11 septembre 2001. Privilégiant l'approche transnationale, elle met en perspective une série de faits généralement appréhendés de manière séparée, qu'il s'agisse des origines, des modalités et des pratiques de la guerre contre le terrorisme ; de celles du développement continu de la surveillance ou de celles de la coopération internationale (pour les échanges de données ou dans la lutte contre le financement du terrorisme). Que signifie l'interventionnisme militaire pour les relations internationales ? Comment des pratiques comme la torture, la détention illimitée (à Guantanamo notamment) ou les enlèvements de suspects peuvent-elles se développer dans des états de droit ? Quelles sont les conséquences de l'extension de la surveillance et de la suspicion sur les groupes qui en sont la cible directe (les musulmans) ou indirecte (les migrants) ?

La deuxième partie présente ensuite des analyses des différentes situations nationales en matière antiterroriste, en Europe (France, Royaume-Uni, Italie, Espagne, Allemagne) mais aussi aux états-Unis et en Russie. Les auteurs y dressent un panorama des principaux dispositifs législatifs, policiers, judiciaires et même militaires, en les reliant à des histoires spécifiques de la violence politique qui ne débutent pas, loin s'en faut, avec le 11 septembre. Cette perspective permet de faire ressortir les singularités nationales comme les convergences parfois observables d'un état à l'autre. Au-delà des discours des différents gouvernements, elle permet de relativiser la supposée « nouveauté » des préoccupations antiterroristes (les continuités l'emportent souvent), tout en pointant l'effet d'aubaine qu'a parfois pu constituer la mobilisation internationale contre le terrorisme pour durcir les lois nationales et rogner sur les tolérances ¿ notamment politiques ¿ induites par une conception ouverte des libertés publiques.

Enfin, à partir d'études de cas concrets, la troisième partie revient sur certains des usages politiques et médiatiques de l'antiterrorisme. La réalité de la violence de nombreux groupes clandestins n'est en effet pas séparable des cadres d'interprétation dans lesquels elle est prise et des luttes sur son sens. Un « terroriste » n'est terroriste que pour celui qui le condamne. Aucun groupe clandestin ne se revendique comme tel, préférant selon les cas se qualifier de « soldat de l'islam », « combattant de la liberté », « militant nationaliste » ou « avant-garde du prolétariat ». Et celui qui est « terroriste » pour un état peut être un réfugié politique pour un autre.

Il s'agit donc de questionner les narrations produites par les gouvernements, les médias, les experts en terrorisme ou les agences de sécurité et de rendre visibles leurs contradictions et leurs silences, voire les arrangements qu'ils prennent parfois volontairement avec les faits. Loin de justifier les actions des groupes clandestins ou de leur apporter un quelconque soutien, cela permet de montrer que les récits participent pleinement des dynamiques du conflit, puisqu'ils sont l'un des moyens d'enrôler ceux qui n'en sont pas directement partie prenante dans le soutien d'un camp ou de l'autre. é rebours de ces logiques de mobilisation, nous entendons donc favoriser la distanciation, condition essentielle d'un débat serein sur cette thématique si sensible.

La mise en série de l'ensemble de ces éléments permet de mesurer le chemin parcouru par les démocraties occidentales, « au nom du 11 septembre », dans la remise en cause des valeurs de respect de l'individu qui les fondent. Un chemin parcouru depuis une époque pas si lointaine, où le contrôle étroit de la vie privée et des déplacements était associé aux régimes au pouvoir de l'autre côté du Rideau de fer ; où les tortures et les enlèvements semblaient être l'apanage des dictatures latino-américaines ou africaines ; et où des opposants politiques ayant recours à la violence pouvaient bénéficier du soutien d'états démocratiques, ou du moins du statut de réfugié politique.

Mais ce travail permet aussi de prendre de la distance par rapport à deux thèses dominantes qui se confortent malgré leur opposition apparente. La première est de considérer que le « scénario du pire » justifierait le recours à des pratiques interdites par les valeurs démocratiques incarnées dans les textes sur les droits fondamentaux, et de tromper les citoyens avec des discours requalifiant ces pratiques comme un « moindre mal », comme une nécessité pour la survie. La seconde est d'inverser le raisonnement et de prétendre que les attentats ne seraient qu'un prétexte pour renforcer une tendance séculaire de l'exécutif à s'émanciper du contrôle du législatif et du judiciaire, au nom de l'action préventive et de la protection des populations face au danger. Car, même si nombre des évolutions étudiées par les auteurs de ce livre apparaissent préoccupantes, il serait réducteur d'y voir un état d'exception permanent qui se perpétue et soustrait les gouvernements à la loi. Et, a fortiori, l'expression d'un régime global d'exception fabriqué par un « empire » en voie de constitution.

Nous assistons bien en revanche au développement de ce que l'on peut appeler des pratiques « illibérales » des régimes politiques libéraux, qui tendent à devenir l'un des modes de gouvernement de groupes sociaux supposés vivre en dehors de la norme dominante. Les politiques antiterroristes contemporaines contribuent en effet à (re)fabriquer en permanence des sociétés clivées entre individus « conformes » et individus « déviants », redevables de traitements différents : les premiers continuent à bénéficier de la protection et des libertés démocratiques, alors que les seconds sont soumis à des pratiques d'exception.

C'est l'étude de cette exception ordinaire, de ces poches d'exceptionnalisme enchâssées au c¿ur même des régimes politiques libéraux que propose cet ouvrage. Il a l'ambition de livrer quelques clés d'analyse et de lecture de ces mécanismes, qui régissent dans l'urgence et le secret les existences d'un nombre sans cesse croissant d'êtres humains.

Didier Bigo, Laurent Bonelli et Thomas Deltombe

http://www.mecanopolis.org/?p=2160

j'ai rien lu mais j'suis d'accord avec le but de la démonstration annoncé dans le titre :cray:

le wtc7 mérite une meilleur enquête!

et le patriot act, quelle aubaine!

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Membre, Dazzling blue², 53ans Posté(e)
eklipse Membre 14 471 messages
53ans‚ Dazzling blue²,
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La France à besoin de croire à Al-Qaeda au Maghreb. Jean-Claude Mallet, le « père » du Livre Blanc sur la Défense est allé le dire à Washington. Ca tombe bien car c'est ce qu'ils voulaient entendre.

« Personne n'est plus concerné par Al-Qaeda Maghreb que la France, excepté peut-être l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne ou la Grande-Bretagne », a déclaré sans rire le président de la Commission du Livre blanc, faisant écho aux inquiétudes récemment exprimées par Washington vis-à-vis de cette « menace croissante ».

«Nous sommes clairement visés par le terrorisme jihadiste », a-t-il encore assuré à quelques journalistes médusés. Le « terrorisme jihadiste », cela ne veut strictement rien dire, mais il est certain que le terme plaira aux médias, il sonne bien.

Al-Qaeda au Maghreb est assurément une nécessité pour le renseignement français. Et comme l'indique J.-C. Mallet, il est d'ors-et-déjà nécessaire de « renforcer l'arsenal de nos lois », de sorte a « investir le renseignement de nouveaux pouvoirs si nous ne voulons pas perdre la bataille du 21ème siècle». En clair, il s'agit de restreindre les libertés individuelles. Pour cette raison, quelques attentats attribués à la « nébuleuse » Al-Qaeda ne manqueront pas de se produire prochainement en France, car il est urgent de provoquer le choc émotionnel nécessaire afin de faire accepter ces lois liberticides. C'est une méthode classique, et dans le langage très spécial du renseignement cela s'appelle une « stratégie de tension ».

L'histoire du terrorisme a démontré qu'il s'agit toujours, pour une faction politique, de manipuler des groupes terroristes en vue de provoquer un revirement avantageux de l'opinion publique dont le but est de renforcer des dispositifs policiers pour contrer une agitation sociale, présente ou prévisible. Les Brigades Rouges en Italie étaient manipulées par les services secrets italiens et la CIA. On sait aujourd'hui qu'à la même époque des groupes d'élite de l'OTAN ont mené des opérations de « False Flag », c'est-à-dire actes terroristes qui ont ensuite été attribués à des activistes d'extrême gauche. Les terroristes existent, bien sûr, et il est toujours aisé de manipuler la foi ou le désir de vengeance d'un homme, qui sera opportunément présenté, le moment venu, comme un coupable à montrer sur un plateau. La tâche première des services secrets est de gérer la perception que les gens ont de la société, en maniant les émotions comme la peur, le besoin de sécurité, etc. En imposant leur représentation du monde ils entretiennent les populations dans une psychose qui permet toutes les manipulations.

Le danger qui guette les démocraties occidentales n'est pas le terrorisme islamiste. Si les services secrets ont besoin d'accroître leur capacité de contrôle c'est parce que nos systèmes économiques sont en train de s'effondrer. Les populations occidentales ne manqueront pas de se soulever quand elles auront compris que les promesses du néolibéralisme n'étaient motivées que par une volonté de domination. C'est pour prévenir les futurs soulèvements de la faillite inéluctable de nos sociétés que l'on agite sans cesse le spectre du « terrorisme islamiste » et que les services de renseignement ont urgemment besoin d'obtenir de plus larges pouvoir. La guerre contre le terrorisme n'est qu'un leurre.

Mecanopolis

http://mecanopolis.wordpress.com/category/aaron-russo/

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