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Des contes pour ta Nuit.


Invité Karbomine

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Les frères Grimm - LE LINCEUL

Une femme avait un fils âgé de sept ans. Cet enfant etait si beau et si bon, qu'on ne pouvait le voir sans l'aimer; aussi etait-il plus cher à sa mère que le monde entier.

Il arriva que le petit garcon tomba tout-a-coup malade et que le bon Dieu le rappela a lui.

La pauvre mère fut inconsolable et passa les jours et les nuits à pleurer.

Peu de temps apres qu'on l'eût mis en terre, l'enfant apparut, pendant la nuit, à la même place ou il avait coutume de s'asseoir et de jouer lorsqu'il était encore en vie. Voyant sa mere pleurer, il fondit lui-même en larmes; et quand vint le jour, il avait disparu.

Cependant, comme la malheureuse mère ne mettait point de terme à ses pleurs, l'enfant vint une nuit dans le blanc linceul ou il avait été enseveli et avec sa couronne de mort sur la tête; il s'assit sur le lit, aux pieds de sa mère, et lui dit:

-Hélas! ma bonne mère, cesse de murmurer contre les décrets de Dieu, cesse de pleurer, sans quoi il me sera impossible de dormir dans mon cercueil, car mon linceul est tout mouillé de tes larmes, qui retombent sur lui.

Ces paroles effrayèrent la pauvre femme, qui dès-lors arrêta ses pleurs.

La nuit suivante, l'enfant revint de nouveau, portant dans la main une petite lumière. Il dit a sa mere:

-Tu le vois, mon linceul est déjà sec et j'ai trouve le repos dans ma tombe.

Alors la malheureuse mère offrit a Dieu sa douleur, la supporta désormais avec calme et patience; et l'enfant ne revint plus.

Il dormait maintenant dans son lit souterrain.

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Savannah Membre 25 643 messages
Very bad fille,
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Les créatures de Dieu et les bêtes du diable (les frères Grimm)

Le bon Dieu créa tous les animaux et choisit ensuite les loups pour chiens , mais il avait oublié la chèvre. Et le diable se mit en tête de créer lui aussi, et il créa des chèvres avec de longues queues soyeuses. Lorsqu'elles allaient paître, elles s'accrochaient avec leurs queues aux buissons épineux; le diable en fut si las de les en délivrer qu'il leur arracha la queue à toutes... é présent, le diable les laissait paître en toute liberté mais le bon Dieu voyait les chèvres ravager les riches vignobles. Il fut obligé de lâcher ses loups sur les pâturages. Ils se jetèrent sur le troupeau et déchiquetèrent toutes les chèvres qui s'y trouvaient.

Lorsque le diable l'apprit, il alla se plaindre à Dieu :

- Tes créatures ont déchiqueté les miennes.

- Pourquoi en as-tu créé qui nuisent ? objecta Dieu.

- Je ne pouvais pas faire autrement, se défendit le diable. C'est dans ma nature de faire du mal ; donc tout ce que je crée doit être comme moi. Et ces chèvres, tu vas me les payer !

Bien entendu, je te les paierai ; reviens quand toutes les feuilles des chênes seront tombées, ton argent est déjà compté.

Dès que les feuilles des chênes furent tombées, le diable réclama sa créance. Mais Dieu dit :

- Le grand chêne à l'église de Constantinople est encore tout feuillu.

Le diable pesta et s'en alla pour chercher le chêne. Il erra six mois et lorsqu'il revint, tous les autres chênes étaient à nouveau recouverts de feuilles vertes. Il comprit qu'il n'aurait jamais son argent. Et, de colère, il creva les yeux de toutes les chèvres qui lui restaient et leur mit ses propres yeux à la place. C'est pourquoi toutes les chèvres ont les yeux du diable et des queues courtes. Et le diable adore prendre leur forme.

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Le diable et sa grand-mère

Il y avait une fois une grande guerre, un roi qui avait beaucoup de soldats et des soldats qui recevaient des soldes dérisoires, dont ils ne pouvaient pas vivre. Trois d'entre eux se mirent d'accord et décidèrent de déserter.

- Si on nous attrape, on nous pendra. Qu'allons-nous faire ? dit le premier.

Et le deuxième :

- Vous voyez ce grand champ de blé. Si nous nous y cachons, personne ne nous y trouvera. L'armée n'a pas le droit d'y pénétrer et, demain, elle change de quartier.

Ils se faufilèrent dans le champ, mais l'armée ne partit pas et garda ses positions tout autour. Ils restèrent deux jours et deux nuits dans le blé. Leur faim devint telle qu'ils n'étaient pas loin de mourir. Alors ils dirent :

- é quoi nous a-t-il servi d'avoir déserté ? Nous allons périr tristement.

é ce moment-là, un dragon de feu passa dans le ciel. Il descendit vers eux et leur demanda pourquoi ils se cachaient là. Ils répondirent :

- Nous sommes trois soldats ; nous avons déserté parce que notre solde était trop basse. Mais nous allons mourir de faim si nous restons ici, ou nous pendouillerons au gibet si nous en sortons.

- Si vous acceptez de me servir pendant sept ans, dit le dragon, je vous conduirai par-dessus le gros de l'armée sans que personne puisse mettre la main sur vous.

- Nous n'avons pas le choix et il nous faut bien accepter, répondirent-ils.

Le dragon les saisit entre ses griffes, les conduisit par-delà l'armée et, loin d'elle, les posa de nouveau sur le sol. Or, le dragon n'était autre que le Diable. Il leur donna une petite cravache et dit :

- Frappez-vous avec elle ; il sortira de votre corps autant d'argent que vous en voudrez. Vous pourrez vivre en grands seigneurs, monter chevaux et rouler carrosse. Mais au bout de sept années, vous serez à moi.

Il leur présenta un livre sur lequel ils durent inscrire leurs noms.

- Avant de vous emporter, ajouta-t-il, je vous proposerai une énigme. Si vous la résolvez, vous serez libres et je ne vous tiendrai plus en ma puissance.

Le dragon s'envola. Les trois soldats se mirent à jouer de la cravache. Ils eurent de l'argent en abondance, se firent confectionner des habits de seigneurs, et voyagèrent de par le monde. Où qu'ils fussent, ils vivaient dans la joie et la félicité, roulaient carrosse et montaient chevaux, mangeaient, buvaient, mais ne commettaient pas de mauvaises actions. Le temps passa vite et quand les sept années touchèrent à leur fin, deux d'entre eux sentirent leur coeur se serrer et une grande peur les saisir. Le troisième, cependant, prenait la chose du bon côté. Il dit :

- Frères, ne craignez point ! je ne suis pas tombé de la dernière pluie ; je résoudrai l'énigme.

Ils s'en allèrent dans les champs, s'y assirent sur leur séant et les deux premiers faisaient triste figure.

Arriva une vieille femme. Elle leur demanda pourquoi ils étaient si tristes.

- Eh ! qu'est-ce que cela peut bien vous faire ? De toute façon, vous ne pouvez rien pour nous !

- Qui sait ! répondit-elle, confiez-vous à moi ; dites-moi vos tourments !

Ils lui racontèrent qu'ils avaient été les serviteurs du Diable pendant sept ans. Il leur avait procuré de l'argent à foison ; mais Ils lui avaient donné leurs signatures et ils seraient à lui si, le temps écoulé, ils ne parvenaient pas à résoudre une énigme.

La vieille dit :

- Si vous voulez vous en tirer, il faut que l'un de vous aille dans la forêt. Il arrivera à une falaise éboulée qui ressemble à une maison. Il faudra qu'il y pénètre et il y trouvera de l'aide.

Les deux soldats tristes se dirent : " Cela ne servira à rien. " Et ils restèrent là. Le troisième, en revanche, celui qui était tout joyeux, se leva et s'avança dans la forêt jusqu'à ce qu'il trouvât la falaise. Dans la fausse maison, se tenait une femme vieille comme les pierres. C'était la grand-mère du Diable. Elle lui demanda d'où il venait et ce qu'il voulait. Il lui raconta tout ce qui s'était passé et, comme il lui plaisait, elle le prit en pitié et lui promit de l'aider. Elle souleva une pierre qui cachait l'entrée d'une cave et dit :

- Cache-toi ici. Tu entendras tout ce qui se dira. Reste bien tranquille et ne t'énerve pas. Quand le dragon viendra, je lui demanderai de quelle énigme il s'agit. Il me dit tout. Toi, fais attention à ce qu'il me répondra.

é minuit, le dragon arriva et réclama son repas. La grand-mère mit la table et y apporta mets et boissons pour qu'il soit content. Et ils mangèrent et burent de concert.

Tout en conversant, elle lui demanda comment s'était passée la journée et de combien d'âmes il s'était emparé.

- Je n'ai pas eu de chance aujourd'hui, répondit-il. Mais j'ai attrapé trois soldats ; ceux-là, je les aurai sûrement.

- Eh ! trois soldats, rétorqua la vieille, ce sont des gaillards ! ils peuvent encore t'échapper.

Le Diable dit d'un ton mielleux :

- Ils sont à moi ! je vais leur soumettre une énigme qu'ils seront incapables de résoudre.

- Quel genre d'énigme ? demanda la grand-mère.

- Je vais te la dire : dans la grande mer du Nord, il y a un chat marin, mort ; ce sera le rôti que je leur offrirai. Une côte de baleine leur servira de cuillère et un vieux sabot de cheval creusé leur tiendra lieu de verre à vin. Quand le Diable s'en fut allé au lit, la grand-mère souleva la pierre et fit sortir le soldat.

- As-tu bien fait attention à tout ?

- Oui, dit-il ; j'en sais assez et je me tirerai d'affaire.

Sans bruit, il se glissa par la fenêtre et en toute hâte il rejoignit ses compagnons. Il leur conta comment la grand-mère avait éventé le piège du Diable et comment il avait appris la solution de l'énigme. Ils se sentirent tout joyeux et de bonne humeur, prirent la cravache et fabriquèrent tant d'argent qu'il en roulait de tous les côtés.

Quand les sept années furent complètement écoulées, le Diable arriva avec le livre, leur montra les signatures et dit :

- Je vais vous emmener en enfer ; on vous y servira un repas. Si vous devinez la nature du rôti qui vous sera offert, vous serez libres, et vous pourrez garder la cravache.

Alors le premier soldat commença :

- Dans la grande mer du Nord, il y a un chat marin, mort. Ce sera certainement notre rôti.

Le Diable se mit en colère, dit " hum ! hum ! hum ! " et demanda au deuxième :

- Mais qu'est-ce qui vous servira de cuillère ?

- Une côte de baleine sera notre cuillère.

Le Diable fit grise mine, grogna de nouveau par trois fois - " hum ! hum ! hum ! " et dit au troisième :

- Savez-vous aussi ce qui vous servira de verre à vin ?

- Un vieux sabot de cheval sera notre verre à vin.

Alors le Diable s'envola en poussant un grand cri. Il n'avait plus aucun pouvoir sur eux. Quant aux trois soldats, ils conservèrent la cravache, battirent monnaie autant qu'il leur plaisait et vécurent heureux jusqu'à leur mort.

______________________

La Sorcière amoureuse

Provence

Les pentes des montagnes de Provence n'abritent pas que des gens aussi respectables. On dit même que la vallée de la Roya est hantée par des êtres bien singuliers ...

Certains soirs d'été, lorsque l'orage gronde, les falaises qui bordent la Roya résonnent encore de mille voix inquiétantes. Ce sont celles des sorcières qui jalousent les bergères aux jupons fleuris se hâtant de rentrer leurs troupeaux à la bergerie.

Marion était la plus jolie d'entre les jeunes filles qui surveillaient les moutons et les vaches sur les pentes des montagnes. Ses cheveux de miel semblaient une insulte aux tignasses hirsutes des haineuses magiciennes, dont on apercevait parfois les touffes rebelles aux crêtes d'un vallon. Ses yeux d'un bleu sombre, plus profonds que la nuit, faisaient rêver les garçons du pays. Et la douceur de sa voix n'avait d'égale que celle de son coeur.

Rase-Mottes, la plus hideuse et la plus hargneuse des sorcières, ne pouvait supporter autant de parfaite beauté. Elle s'en ouvrit à ses soeurs :

- Cette Marion me rend malade ! Envoûtons-la... transformons-la en grenouille ou en araignée.

- Impossible ! décrétèrent les autres. Nous avons déjà essayé. Il émane d'elle un charme si puissant que nous n'arrivons à la métamorphoser qu'en biche ou en hirondelle.

- C'est toujours ça ! Elle sera chassée par les loups ou dévorée par un renard...

- Impossible ! dirent encore les autres. Devant elle, les loups deviennent des agneaux et les renards des petits chiens innocents.

- Il ne nous reste qu'une solution : c'est de la rendre comme nous ! décida alors la sorcière obstinée.

- Cela aussi, nous l'avons essayé, mais sa beauté résiste à tout. Même affublée d'oripeaux, elle ressemble à une reine.

- Je ne parle pas de son apparence, mais de son coeur... Toutes les jeunes filles finissent par s'ennuyer dans la montagne lorsqu'elles y gardent longtemps leurs troupeaux. Invitons-la à notre bal. Son envie de danser sera plus forte que sa sagesse. Alors, nous en ferons notre jouet...

- Bonne idée ! s'écrièrent toutes les sorcières. Et elles se mirent à comploter.

Peu de temps après, Marion soupirait en surveillant ses bêtes :

- La montagne est jolie et le ciel est bien bleu... mais je m'ennuie un petit peu ! Vivement la fête du village ! Nous y danserons tous autour d'un grand feu la farandole et la tarentelle...

Aussitôt, elle vit apparaître une vieille femme qui s'adressa à elle en ces termes :

- Je te comprends, petite ! Moi aussi lorsque j'avais ton âge, j'aimais danser et m'amuser avec les autres filles et les autres garçons. Mais j'étais également obligée de garder mes moutons, tout au long de la belle saison... Si tu veux, je peux te remplacer cette nuit. On m'a dit qu'un bal se tenait à quelques lieues de là sur une berge de la Roya. Au matin, ni vu ni connu, tu reviendras ici et personne ne s'en sera aperçu.

Tout d'abord, la jeune fille refusa. Mais la vieille insista si bien que Marion, rassasiée de solitude, finit par se laisser tenter.

Alors, elle se sentit emportée sur le dos d'un cheval invisible. Elle n'eut même pas le temps de s'en étonner qu'elle se posait déjà sur un pré où brillaient cent feux de joie. Autour, dansaient des créatures étranges portant des masques et des foulards. On ne pouvait voir leurs visages mais leurs rires étaient plus inquiétants que les rafales de vent résonnant dans les gouffres menant au centre de la terre. Avant qu'elle n'ait pu prononcer un mot, elle fut entraînée dans une ronde si ardente et si folle qu'elle en oublia ses inquiétudes. Elle gambada et virevolta toute la nuit sans se poser de questions.

Au matin, les feux s'éteignirent, et Marion constata soudain que les autres danseuses avaient disparu, ne laissant dans l'herbe que les traces de pas de leurs rondes et quelques foulards de soie. Les piaffements du cheval invisible la rappelèrent à l'ordre. Elle grimpa sur la selle de vent et retourna sur le versant où l'attendaient paisiblement ses bêtes.

Fatiguée, elle fit plusieurs siestes dans la journée et, quand le soir tomba, elle crut qu'elle avait rêvé tout cela.

- La solitude me rend un peu folle ! se dit-elle. Il est temps que quelqu'un vienne un peu converser avec moi.

é ce moment, elle aperçut, en contrebas, sur un sentier, un berger qui avançait en compagnie de son chien. Avant qu'il ne fût parvenu jusqu'à elle, elle entendit la femme de la veille lui murmurer :

- Veux-tu encore aller danser ?

- Pas ce soir, car j'aurai de la compagnie.

- La compagnie d'un berger du pays qui te racontera des histoires de vaches et de moutons ? Ne vaut-il mieux t'en aller au bal ? Tu t'y es pourtant bien amusée...

Tentée, Marion se dit qu'elle aurait tout le temps de discuter avec ce berger le lendemain. Et elle se laissa de nouveau emporter par sa fougueuse monture invisible. Quand elle passa près de lui, le garçon lui cria :

- Où vas-tu ?

Elle ne répondit pas mais, regrettant de l'abandonner à la solitude qu'elle fuyait ainsi, dans un subit élan, elle l'emporta en croupe de son cheval de vent.

Tous deux se posèrent dans le pré où brillaient cette fois mille feux. Les étranges créatures masquées les accueillirent et les entraînèrent dans une danse effrénée. Marion gambada et virevolta si bien qu'au matin, elle fut surprise de ne voir à nouveau que les traces des rondes folles et les foulards gisant dans l'herbe. Elle appela le berger, car son cheval piaffait déjà.

- Vincent !

Mais il ne répondit pas car, lui aussi, avait disparu. Alors, elle rentra seule et, si elle n'avait retrouvé le chien de Vincent reposant auprès de ses bêtes, elle aurait à nouveau pensé qu'elle avait rêvé tout cela.

Peu avant la tombée du jour, elle aperçut en contrebas, sur le sentier, un voyageur qui cheminait et qui lui cria :

- Tu es Marion ? Dans ton village, où je suis passé, on s'inquiète de savoir si tu as vu un certain Vincent qui était monté te rejoindre...

Marion n'eut pas le temps de prononcer un mot qu'elle entendit la vieille chuchoter :

- Ne réponds pas ! Ce voyageur n'est peut-être qu'un brigand qui veut savoir si tu es seule...

Soudain pressée, la jeune fille enfourcha son cheval de vent. Lorsqu'elle passa près du voyageur, celui-ci hurla :

- Où vas-tu ? Tout le village s'inquiète pour toi et pour Vincent qui n'est pas rentré et qu'on attendait pour dîner.

Prise de remords, Marion l'emporta en croupe de sa monture. Ils atterrirent dans le pré où brûlaient cette fois dix mille feux. Les créatures maléfiques les accueillirent et les entraînèrent dans une farandole endiablée. Marion gambada et virevolta si bien qu'au matin, elle ne vit encore que l'herbe foulée et les foulards abandonnés. Mais de voyageur, nulle trace. Et elle rejoignit son troupeau, au grand galop.

Le lendemain, en contrebas, sur le sentier, elle vit arriver Hippolyte, le plus beau garçon du village. émue, elle resserra sa ceinture et déplissa ses jupons, afin de l'accueillir, quand elle entendit une voix chuchoter :

- Viens donc au bal !

- Non, répondit la jeune fille. Cette fois, je préfère rester ici avec l'ami qui vient me voir.

Furieuse, Rase-Mottes l'obligea à grimper sur le cheval de vent qu'elle fouetta pour le faire avancer plus vite. Lorsqu'elle passa près du jeune homme, Marion cria :

- Au secours ! Je ne veux pas être entraînée vers les feux de ce bal maudit où mes cavaliers disparaissent à la fin de chaque nuit...

Bravement, Hippolyte s'accrocha à la crinière invisible de la monture et fut emporté avec elle. Tous deux atterrirent dans le pré où brillaient cette fois cent mille feux de joie. Les sorcières les y accueillirent et entraînèrent Hippolyte dans une ronde infernale tandis que certaines d'entre elles ligotaient Marion sur une souche de bois mort.

- Arrêtez ! hurla la bergère. Je ne veux pas que ce garçon-là disparaisse. Si vous lui laissez la vie, je vous vendrai mon âme pour l'éternité. Les êtres démoniaques ricanèrent :

- Nous n'en demandons pas tant !

Mais Rase-Mottes intervint :

- Ce garçon me plaît aussi. Et je te propose un marché. Je vais te détacher et t'envoyer danser, là-haut, au bord des précipices, sur la crête la plus escarpée. Si tu tombes, Hippolyte est à moi. Si tu parviens à virevolter sur ces rochers pointus, jusqu'au moment où la dernière étoile s'éteindra dans le ciel, il sera à toi pour la vie, et vous pourrez redescendre ensemble au village sur les ailes de mon cheval de vent.

- Marché conclu ! accepta Marion.

Et elle grimpa sur la crête où elle se mit à danser. Elle gambada sur les rochers sans prendre garde aux pointes qui déchiraient ses pieds. Elle virevolta sur les sommets sous les rayons de la lune... En bas, les habitants du village, attirés par les sons d'une musique étrange, sortirent scruter la nuit et l'aperçurent. épouvantés, ils la contemplèrent longtemps, tournoyant au bord du vide.

Quand la dernière étoile s'éteignit dans le ciel, une pluie de gouttelettes de sang tomba sur le village. Un âne gris en fut tout trempé et devint rouge comme un diable.

Furieux, les habitants de la région accueillirent Marion et Hippolyte qui descendaient des hauteurs sur les ailes d'un cheval invisible. La jeune fille ne pouvait plus marcher et on la transporta sur un lit de fleurs où des femmes lavèrent ses plaies tandis que des bergers robustes partaient à la recherche de la sorcière maudite. Hippolyte la trouva le premier. Rase-Mottes lui cria :

- Mon amour ! Laisse-moi t'épouser... Tu passeras ta vie au bal, dorloté par mes sorcières-servantes qui seront à tes petits soins...

Mais le jeune homme la fit monter sur un chariot attelé à l'âne sanglant qu'il fouetta si vigoureusement qu'il partit au triple galop de l'autre côté de la frontière, jusqu'au fin fond de l'Italie.

Quelque temps après, Hippolyte épousa Marion. La noce fut joyeuse et l'on y dansa plusieurs jours et plusieurs nuits autour de tant de feux de joie que personne ne pouvait les compter. Les jeunes gens s'installèrent dans une maison où ils élevèrent des troupeaux de vaches, de brebis et de moutons, ainsi qu'une ribambelle d'enfants aux cheveux blonds comme le miel et aux yeux de nuit profonde.

Des années plus tard, une louve à l'oeil sanglant rôda autour de leur ferme. Elle s'approcha des enfants devenus assez grands pour avoir envie de danser au bal. Elle leur sourit de ses crocs monstrueux et dit :

- Vous êtes bien seuls ici ! Voulez-vous venir avec moi ? Je connais une berge, au bord de la Roya, où l'on s'amuse toute la nuit...

Mais Hippolyte sortit de la maison et la tua d'un coup de fusil.

http://www.dailymotion.com/video/x785bt_ta...s-ob_shortfilms

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Membre, 50ans Posté(e)
Fiphi Membre 913 messages
Baby Forumeur‚ 50ans‚
Posté(e)

Les contes obscurs de Poe ont-ils leurs places sur ce topic ? Il est cependant impossible de les publier en entier. Je peux en extraire quelques passages ...

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Invité château
Invités, Posté(e)
Invité château
Invité château Invités 0 message
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j'imagine que c'est dans le domaine public, jprends le risque :

UN RéVE DANS UN RéVE

Tiens ! ce baiser sur ton front ! et, à l'heure où je te quitte, oui, bien haut, que je te l'avoue : tu n'as pas tort, toi qui juges que mes jours ont été un rêve ; et si l'espoir s'est enfui en une nuit ou en un jour - dans une vision ou aucune, n'en e st-il pour cela pas moins PASSé ? Tout ce que nous voyons ou paraissons, n'est qu'un rêve dans un rêve.

Je reste en la rumeur d'un rivage par le flot tourmenté et tiens dans la main des grains du sable d'or - bien peu ! encore comme ils glissent à travers mes doigts à l'abîme, pendant- que je pleure - pendant que pleure ! O Dieu ! ne puis-je les serrer d'une étreinte plus sûre ? O Dieu ! ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable ? TOUT ce que nous voyons ou paraissons, n'est-il qu'un rêve dans un rêve ?

source : http://www.vivance.ch/poemes/page13.html

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  • 3 mois après...
Membre, nyctalope, 38ans Posté(e)
Criterium Membre 2 851 messages
38ans‚ nyctalope,
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Quel mortel, quel être doué de la faculté de sentir, ne préfère pas au jour fatigant la douce lumière de la Nuit avec ses couleurs, ses rayons, ses vagues flottantes qui se répandent partout. Oh! comme alors l'âme, avec ce qu'elle a de plus intime, respire cette lumière du monde gigantesque des astres! La pierre aussi la respire, la pierre qui étincelle, et puis la plante qui ouvre ses pores, et puis l'animal sauvage ; mais avant tout l'étranger avec ses regards ardents, sa démarche incertaine et ses lèvres tremblantes! Car c'est elle qui, semblable à un roi de la nature terrestre, opère d'innombrables métamorphoses, noue et dénoue mainte alliance, et entoure de son image céleste les choses d'ici-bas, et c'est sa présence qui nous révèle les merveilles de l'empire du monde.

Et moi, je me tourne vers cette Nuit sainte, mystérieuse, indéfinissable. Le monde est là comme dans un profond tombeau, et triste et déserte est la place qu'il occupait. La douleur soulève ma poitrine, je veux baigner mon front dans la rosée et me jeter dans la cendre des cimetières. Puis les lointains souvenirs, les désirs de la jeunesse, les rêves de l'enfance, les joies si courtes de la vie et les espérances fugitives, se rangent autour de moi, en habits sombres, comme les nuages après le coucher du soleil.

Mais d'où vient donc que tout à coup je sente s'apaiser ma souffrance? Te plais-tu aussi avec nous, Nuit obscure? Et que portes-tu sous ton manteau qui agisse si puissamment sur mon âme? Un baume précieux découle de tes mains et de tes bouquets de pavots. Tu élèves les ailes de la pensée, et nous nous sentons vaguement émus. J'aperçois une figure grave qui se penche vers moi pleine de douceur et de recueillement, et qui, au milieu des baisers d'une mère, me montre ma belle jeunesse. Que la lumière du jour me semble pauvre maintenant, et comme j'en salue avec bonheur le départ! Ainsi, mon Dieu, tu as jeté dans l'espace ces globes étincelants pour annoncer ta toute-puissance. Mais les pensées que la Nuit éveille en nous, peuvent nous paraître d'une nature plus céleste encore que ces étoiles brillantes. Car elles s'élèvent au-delà des astres les plus élevés, et pénètrent, sans le secours de la lumière, jusqu'à l'être qui occupe un des lointains espaces de ces sphères. L'amour t'envoie à moi, oh, ma douce bien-aimée! comme le soleil de la Nuit, maintenant je veille, car je suis toi et moi. Tu as voulu que je vécusse dans la Nuit, tu m'as rendu homme. Viens donc, esprit de feu, détruire mon corps, afin que je m'élance dans les airs auprès de Toi, pour célébrer à jamais notre Nuit de fiançailles.

¿ Novalis,
Hymne à la Nuit

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