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La sourcite aiguë


Invité Long Nao

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Invité Long Nao
Invités, Posté(e)
Invité Long Nao
Invité Long Nao Invités 0 message
Posté(e)

Je n'ai jamais été confronté à une telle aporie¿

Il est d'usage, sur les espaces publics d'internet, d'exiger des participants la citation de sources. Sur les forums comme celui-ci, la source est d'usage lors de l'annonce d'un évènement d'actualité, afin que tous aient l'occasion de s'instruire eux-mêmes de l'affaire, et surtout de vérifier que l'un des intervenants ne raconte pas de salades¿. C'est le B-A Ba. Et je n'ai aucun reproche à l'encontre de cette tendance.

Seulement, dès lors qu'un sujet exige des explications historiques, je pense que les choses se compliquent gravement.

Les sources que peuvent citer les forumeurs proviennent de la Toile. De fait, c'est à la fois plus rapide et plus accessible. Mais les sujets « chauds », comme les Uyghurs contre les Hans, le conflit israélo-palestinien, les noirs aux Etats Unis, sont essentiellement traités par des sites écrivant sus l'égide d'organisations internationales. Or, d'aucuns savent bien qu'une telle organisation parle pour sa cause, sans aller à son encontre. Celles défendant les Uyghurs insistent sur les répressions commises par les Hans, en minimisant les attentats indépendantistes (et meurtriers).

C'est sans compter qu'un nombre non négligeable d'article sur wikipédia sont rédigés par des associations acquises au sujet.

Autre problème : contrairement à un mythe très répandu, tout n'est pas sur la toile.

Je n'ai pas encore trouvé un site qui évoque la résistance Uyghur quotidienne, ou alors les caractères de l'impérialisme chinois (on aura compris que j'adore ces sujets).

Vous êtes à la plage, vous plongez un verre dans la mer. Vous le ressortez, il n'y a que de l'eau : concluez-vous qu'il n'y a pas de poisson dans la mer ?

En outre, quand elles y sont effectivement, tout n'est pas réglé ! Les publications scientifiques, notamment en sciences humaines, sont très avares d'explications gratuites. Beaucoup de bases de données (Jstor, Persée etc.) sont d'un accès payant, alors que quelques sujets ne sont étudiés qu'au travers d'articles ! Quand un article est disponible, souvent il est très court : quelques pages grand maximum.

Et puis, la mise en public est tendancieuse : un chercheur recherchant la gloire publiera ainsi, car il sera plus vite jugé par le public que par ses pairs (et la qualité de son travail peut s'en ressentir !).

Mais dans ce cas, d'aucun ne citera un livre, qu'il aura lu. Mais que vaut cette source, si personne ne peut y accéder ? On peut inventer un livre, après tout¿ ou alors sélectionner son contenu.

Et le pire de tout ! La source en langue étrangère... Dommage qu'au niveau de la recherche, les Français ne sont pas aussi performants que les anglo-saxons... Je sais, en tout cas, que je ne citerai jamais une source française pour l'histoire de la Chine (je veux épargner à mon interlocuteur un lavage de cerveau, voire une cécité temporaire).

C'est la principale question à laquelle je veux en venir : la citation de sources devient peu à peu un lieu commun de discrédit. Celui qui ne source pas, ou qui en est incapable, devient un fieffé menteur et son argumentation ne vaut rien.

D'une pratique tout à fait honorable, et pleine de bonne volonté (voire quotidienne : pour la santé de mon carnet scolaire, il vaut mieux que je cite la source de mes affirmations :coeur: ), on en arrive à la rhétorique. Et même un savoir que tout un chacun prendrait volontiers pour acquis se retrouve sous le joug de cette rhétorique. Je me souviens avoir cité l'épuration qui a immédiatement succédée à la fin de la Seconde guerre mondiale en France, et on m'a contesté le fait et le chiffre de plusieurs milliers d'exécutions sommaires. Pourtant, ce fait est enseigné au lycée, en classe de Terminal.

Est-ce que donc ces références communes sont de l'ordre du mythe ? Ce sera certainement vrai après la fin de l'histoire comme matière obligatoire en S, mais comment considérer cela dans un débat ?

Voilà, on a une sourcite aiguë qui flirt dangereusement, dans ses cas extrêmes, avec un révisionnisme inconscient. Est-ce qu'il existe donc un revers à l'esprit critique ? Quand on utilise l'esprit critique comme argument, oui, je pense que le revers est atteint.

Les alternatives seraient possibles. Quand on regarde la correspondance des intellectuels du XVIIIe siècle, on remarque souvent l'évocation des lectures. Ces lettres constituent en fait de véritables fiches de lecture. Pourquoi ne pas faire pareil avec des articles ? Mais dans ce cas persiste le problème de l'absence d'accès à la source primaire. On tourne en rond.

:blush:

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Membre, 46ans Posté(e)
SN3 The last. Membre 6 166 messages
Baby Forumeur‚ 46ans‚
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Quand le monde donnera de l'importance à ce qui est dit au lieu d'en donner à qui le dit, ce problème n'aura plus lieu d'être. Mais c'est mal barré.

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VIP, Gonade Absolutrice, Posté(e)
yop! VIP 20 446 messages
Gonade Absolutrice,
Posté(e)

Le mal du siècle ?

Bizarrement, cette recherche d'objectivité mène parfois à un aveuglement bien pire que l'absence de source directe. Dans d'autres cas, amener l'information sur le terrain est bien utile.

Toutes les sources sont loin d'être objectives, encore moins dans leur emploi à des fins parfois malhonnêtes, souvent maladroites.

Finalement dans le gloubi-boulga* du net, on se retrouve à nager en eaux troubles, à mettre à mal l'esprit critique en une sorte d'anesthésie. L'apogée de l'information et de l'objectivité, ça n'est pas pour demain.

J'ai toujours pris le parti de ne "sourcer" que rarement, si besoin ou utilité. Je continuerais, on m'accordera crédit ou non, de toute façon c'est pareil ! Seulement, mon avis reste distinct de ce que j'ose exploiter.

* Source : Casimir

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Membre, Posté(e)
Tympan Membre 665 messages
Baby Forumeur‚
Posté(e)

"Quand le monde donnera de l'importance à ce qui est dit au lieu d'en donner à qui le dit, ce problème n'aura plus lieu d'être."

je cite SN3 The last ( déc. 2009)

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