Le peuple de Ste Catherine - Totem de l'Elephant


SteCatherine Membre 1 327 messages
Femme Poulpeuse‚ 38ans
Posté(e)

Après des siècles de migrations, de croisements et d'évolutions , la tribu des Araktags s'était enfin établie à l'Est de l'Aoutie. Basée sur la mise en collectivité des richesses et des expériences, la force de la population passait nécessairement par la sédentarisation.

En dehors des rudes hivers, et malgré les étranges maux qui frappaient parfois aveuglement les Araks et les faisait passer "de l'autre côté" , les conditions de vie restaient plutôt douces dans la vaste plaine où le village se construisait petit à petit.

Quelque soit la saison, des équipées de chasseurs se rendaient de l'autre côté des rocheuses, là où la respiration se fait plus courte et où le sol blanc brûle la peau. Ils y restaient aussi longtemps que leur permettait les réserves ou le corps pour pouvoir ramener leur prise au village. Lorsque les forces vitales étaient suffisamment nombreuses, un roulement pouvait même s'organiser afin d'alimenter régulièrement les réserves fraîches.

La plupart du temps, les Araks devaient se contenter de petites prises. Les gibiers les plus importants étaient plus rares et surtout, plus dangereux à abattre.

La proie rêvée de tous : le mammouth. La mise à mort d'une telle bête était considérée comme le plus heureux des présages, l'assurance d'une saison d'abondance et un gain énorme pour l'ensemble de la tribu.

Malgré les difficultés de transports, les os de l'animal étaient particulièrement appréciés dans la construction des Goumols, habitations familiales faites d'ivoire, de peau de mammouth et de boue séchée mélangée à des herbes blanches et rugueuses appelées minââles.

S'il était évident que la graisse du mammouth, en fondant, donnait un goût incomparable à la viande lors de la cuisson, elle était surtout appréciée pour sa capacité à calmer ou prévenir les brûlures causées par la terre blanche et les grands vents. Lorsque la peau tirait et faisait mal , la graisse de mammouth , l' "omela" , était souvent le remède miracle.

Considérée comme ayant des pouvoirs magiques pouvant donner une force surnaturelle, la trompe de l'animal était particulièrement prisée, notamment des Araks vieillissant ou malades. Enfin, les défenses constituaient un luxe généralement réservé aux Araks-Gemells , les artistes et artisans qui savaient les transformer en objets et décorations agréables au regard. La mort d'un mammouth assurant la survie de la tribu pendant quelques temps, il devenait possible, une fois les tâches essentielles effectuées, de se consacrer à rendre le village plus beau. Les Araks avaient en effet naturellement constaté qu'ils étaient plus heureux quand leur environnement leur présentait au regard une sensation d'harmonie et une douce chaleur à la vue de certains lieux ou certains objets ... utiles ou non.

Avec cette mane et les capacités magiques de l'animal le plus impressionnant des rocheuses d'Aoutie, les Araks ne tardèrent pas à vouer un culte au mammouth et à en faire le symbole de leur survie.

Modifié par SteCatherine

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Annonces
Maintenant

Messages recommandés

SteCatherine Membre 1 327 messages
Femme Poulpeuse‚ 38ans
Posté(e)

Il arrivait parfois que les Araks connaissent des litiges opposant des individus ou des familles. La plupart du temps, ces disputes trouvaient une solution simple et sans implication importante pour le groupe. Un petit acte de violence entre cousins ou une mésentente de voisinage ne mettait pas en danger l'harmonie générale...il n'en allait pas de même lorsque la colère d'un groupe risquait de dégenerer en guerre interne et que le sang coulait plus que de rigueur.

Ils prirent l'habitude de choisir des personnes qui imposaient le respect pour prendre les decisions importantes. Même s'il arrivait que l'on se tourne vers des personnes différentes selon les décisions collectives à prendre ( un chasseur emerite pour élaborer une stratégie d'attaque, ou un artisan pour la conception d'une Goumol ), les veritables décisionnaires, appelés Khegi, étaient généralement en nombre restreint.

Pour être considéré comme un Khegi par les Araks, il fallait avoir un âge mûr ( au moins une vingtaine d'année ), être le membre d'une famille nombreuse et avoir soi même un minimum de deux enfants, avoir fait preuve de bravoure à la chasse et savoir attraper les poissons sans se mouiller.

Les qualités personnelles, physiques et morales, entraient bien sûr aussi en ligne de compte. Certains s'imposaient naturellement par leur charisme, d'autres par leur imposante carrure, d'autres encore se montraient très abiles de leurs mains, ou bien, ils étaient doux et gentils et ne créaient pas de conflits, tout en sachant survivre.

Les Khegis devaient decider de l'emplacement des Goumols, de la distribution des vivres, de l'endroit où devaient être placées les créations des Gemels et qui pouvait les garder. Ils décidaient d'exclure les araks qui causaient du tort à la tribu et ils décidaient quand les réintegrer, si ceux ci avaient survécu à leur exil...

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
SteCatherine Membre 1 327 messages
Femme Poulpeuse‚ 38ans
Posté(e)

Malgré leur sens esthétique développé, le confort restait plus que rudimentaire et les conditions de vie, rudes. Beaucoup d'enfants mourraient en bas âge et peu d'Araks dépassaient les vingt cinq ans. A trente ans, ils étaient des vieillards d'une longevité exceptionnelle.

L'art de la survie devait s'apprendre au plus vite et les enfants araks savaient dès le plus jeune âge, comment pister un animal de petite taille ou pêcher un poisson.

Les Araks avaient vite compris qu'il fallait se protéger du froid, du soleil, de l'humidité, et faire attention à ne pas manger n'importe quoi. Malgré tout, ils se sentaient terriblement impuissants face aux étranges maux invisibles qui frappaient souvent mortellement nombre d'entre eux.

Ils avaient bien quelques idées et recettes leur permettant de se soigner, avec des plantes, de l'eau ou des graisses animales, mais rien ne semblait pouvoir endiguer les épidemies qui décimaient la tribu en plein coeur des saisons froides.

En outre, il leur sembla que, plus le temps passaient, plus le passage des leurs de "l'autre côté" leur était pénible. Les araks souffraient et se posaient des questions.

Pourquoi certains survivaient et d'autres pas ? Pouvait on échapper au passage ? Quelles étaient ces maux invisibles et comment les combattre ? Que se passait il de l'autre côté ? Pouvait on s'y rendre ?

Ils commencèrent à échaffauder des brouillons de pensées mystiques. Les Araks Gemels traduisaient ces pensées sur des objets en ivoire que les membres de la tribu aimaient à posséder sur eux ou dans les Goumols.

Ainsi, Dâacht emportait toujours une petite plaque d'ivoire taillée représentant le sabot d'un sanglier lorsqu'elle partait à la chasse au delà des rocheuses. Elle pensait que cet objet magique lui permettrait d'attirer à elle les proies importantes, et de la preserver d'un mauvais coup lors d'un affrontement.

A l'entrée des Goumols, en priorité celles des Khegis, des défenses de mammouths sculptées s'érigèrent, pour effrayer les esprits malins et les empêcher d'entrer.

Les Araks se mirent peu à peu à réaliser des celebrations specifiques lors des "passages", se rendant compte que ces rituels semblaient alléger leur souffrance.

Ils aimaient souvent garder un souvenir des disparus : un vêtement, une arme, un outil ou une décoration, pensant que les objets conservaient un peu de l'être cher.

Ces pensées n'étaient pas vraiment organisées mais se transmettaient vite de l'un à l'autre, et celles qui remportaient le plus vif succès devenaient les pensées et coutumes de tous.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
SteCatherine Membre 1 327 messages
Femme Poulpeuse‚ 38ans
Posté(e)

Les pensées mystiques les avaient amenés à élire parmi eux des Takanes, personnes qui avaient à la fois la science du corps et celles des âmes.

Les Takanes étaient la plupart du temps des personnes physiquement plus fragiles que les autres ou présentant un handicap tel que la pratique de la chasse et de la pêche leur était impossible.

Leur inactivité physique les obligeant à l'observation et à l'étude, ils devenaient ainsi plus réflechis que la moyenne et parfois plus originaux, n'hésitant pas à tester de nouvelles poudres , à goûter les plantes qui se trouvaient à leur portée, à composer des mélanges sans en comprendre raisonnablement le but. Ainsi, si un chasseur était admiré des autres chasseurs pour sa capacité à pister un animal et sa bravoure face aux bêtes les plus féroce, le Takane qui réalisait une découverte devenait parfois plus puissant que le Khegi le plus admiré.

Les découvertes médicinales étant particulièrement rares, imposer une croyance mystique ou un rituel au sein de la tribu était l'acte le plus souvent réalisé par les Takanes pour être reconnus.

Ergok , le boiteux , fut ainsi le premier à instaurer le rituel du feu , consistant à brûler les cadavres quelques jours après leur mort. Les Araks ne tardèrent pas à constater la diminution des attaques invisibles peu après la mise en place de ce rituel et considérèrent alors qu'il était nécessaire pour apaiser les esprits. Ergok fut alors si respecté qu'il devint le premier Takane-Khergi suprême : au delà des barrières du sang et des territoires, les Araks se reposaient toujours et exclusivement sur sa sagesse pour résoudre les questions les plus délicates.

Si la plupart des Takanes s'intéressaient essentiellement aux élements pouvant préserver la vie, Mergwal s'était davantage penchée sur la question de la mort. Durant plusieurs générations d'Araks, nombre d'entre eux avaient fait les frais des experimentations hasardeuses des Takanes.

Les connaissances étant transmises des plus âgés aux plus jeunes par voie orale, Mergwal bénéficiait de nombres informations sur les plantes et les résines ayant des répercussions violentes, mortelles ou douloureuses. Ayant toujours éprouvé de la tristesse et une certaine forme de honte à ne pouvoir suivre ses frères et soeurs de l'autre côté des rocheuses ( des difficultés respiratoires lui rendaient les longues marches impossibles ), elle s'appliqua à trouver le moyen de tuer tout de même les plus gros gibiers sans effort.

Ayant développé une potion poisseuse à l'aide de résine d'Abramo, arbre puissant des plaines d'Aoutie , et de mirkuik, petits fruits rouges d'arbustres du même nom, elle demanda à Meerk , sa plus jeune soeur, d'en enduire ses armes avant la chasse.

Ce jour là , Meerk tua un sanglier de taille imposante, seule, et en quelques coups.

Quelques Araks parmi ceux qui degustèrent l'animal furent pris de violents maux d'estomac l'espace d'une journée mais personne n'en mourrut, ce qui encouragea la tribu a continuer à employer la potion, appelée mergwali du nom de la takane qui en était à l'origine. Après seulement quelques années, les Araks constatèrent qu'ils étaient tous immunisés contre les effets du mergwali , ce qui n'était pas le cas des animaux.

Modifié par SteCatherine

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
SteCatherine Membre 1 327 messages
Femme Poulpeuse‚ 38ans
Posté(e)

Arriva une époque où les éléments naturels maltraitèrent particulièrement la tribu. Aux durs hivers succédaient des printemps incertains et des étés brûlants. Les pluies torrentielles s'abattaient sur les habitations, transformant le terrain en flaque boueuse. Des cailloux de glace ravageaient la nature et les constructions. Il se passait parfois plusieurs jours avant qu'il ne soit possible de s'éloigner de la plaine pour chasser, et lorsque le temps le permettait, c'était pour se trouver confronté à des territoires ravagés et désertés par le gibier.

En manque de ressources, fragilisés par les éléments et les conditions de vie, la tribu fut dangereusement décimée.

Les Khegis et les Takanes se rassemblèrent alors pour tenter de trouver des solutions. Les takanes proposèrent une multitude de rituels différents qui ne changèrent en rien la situation et ne calmèrent jamais les esprits durablement.

Les Khegis se concentraient sur le matériel et tentaient de trouver auprès des Gemels des solutions pour rendre les Goumols plus solides et les protéger davantage .

Glâârg , un khegis particulièrement doué pour la chasse, avait autre chose en tête : comment garantir un apport régulier de nourriture à la tribu lorsque l'on ne peut pas chasser ?

Les araks étaient totalement dépendant de la nature et la nature n'était pas généreuse pour le moment. Il fallait absolument "soumettre" la nature et empêcher le gibier de s'enfuir.

Glâârg pensa alors à construire clôtures tout autour des rocheuses mais cela prendrait plusieurs vies et ne serait pas forcément utile si les bêtes venaient à mourir à cause des intempéries. Il pensa alors qu'il fallait garder des animaux près de soi, mais il ne savait pas encore comment s'y prendre. Il resta quelques temps dans les rocheuses pour chercher une solution à ses problèmes : quels animaux choisir ? comment les garder ? comment les faire se multiplier ?

Il ne fallait pas prendre des animaux trop grands, même si le mammouth était forcément l'animal rêvé , il était impossible à "garder" et aurait détruit le village en une seule nuit...il décida alors de capturer des lièvres, qui pouvaient consommer des plantes et des herbes disponibles dans les plaines.

Les Gemels de la tribu cherchèrent comment maintenir captif les lièvres. Les animaux se laissaient mourir lorsqu'ils étaient maintenus dans des boites , et devenaient inconsommables car les araks avaient pris l'habitude de ne pas manger des animaux tués par un ennemi "invisible" , de peur qu'il ne s'empare de leur corps.

Il fallait les laisser à l'air libre, mais les lièvres rongeaient les liens d'herbes séchées et même ceux de cuir. Ils decidèrent alors de laisser les lièvres rassemblés aux côtés du village , tout en les surveillant la journée pour les empêcher de s'éloigner.

Cela mis un peu de temps...les chasseurs capturaient les lièvres et les rapportaient vivants au village pour limiter les pertes. Etant donné leur capacité de reproduction, les plaines regorgeaient de petits rongeurs pour peu que quelques araks surveillent leur évolution dans les plaines...

Ils ne savaient toujours pas comment les maintenir captifs mais ils savaient comment s'assurer des ressources alimentaires régulières pendant les périodes difficiles.

Modifié par SteCatherine

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
SteCatherine Membre 1 327 messages
Femme Poulpeuse‚ 38ans
Posté(e)

Les Gemels de talent étaient souvent très appréciés des autres araks et, s'ils n'avaient pas le pouvoir de décision , ni celui de déchiffrer les messages des esprits ( à l'exception des rares Gemels qui étaient aussi des Khegis, mais étrangement, ce cas de figure se présentait peu... ) , ils étaient souvent parmi les mieux lôtis du village.

En effet, si la mise en commun des biens nécessaires se faisait automatiquement, il n'était pas si évident d'avoir les plus belles peaux, les plus belles décorations, les objets protecteurs les plus pratiques et les plus agréables.

Il était rarement vital de profiter des meilleurs productions des Gemels mais la vie s'en trouvait souvent facilitée ou embellie.

Beaucoup d'Araks apprennaient les techniques de base pour coudre, construire des goumols , fabriquer des outils et des armes...mais peu se spécialisaient par manque de temps, d'interêt ou de capacités.

Ainsi, Abet, jeune arak consciencieux, avait commencé son apprentissage par la construction des goumols. Les plus âgés laissant les tâches ingrates aux plus jeunes, Abet avait en charge la préparation de la bâla ( mélange de boue et de minââles ). Bien que cette activité salissante soit delaissée des autres gemels, Abet pris énormement de plaisir à travailler la terre, à évaluer cette matière vivante et chaude, à la voir se transformer sous l'effet des mélanges et de la chaleur.

Lorsqu'il n'était pas mobilisé par les activités de survivance ou la construction des goumols, il réalisait des expériences avec la terre. Il cherchait différentes sortes de terres , améliorait la texture et la solidité de la bâla en fonction de la quantité approximative d'herbes ou d'eau qu'il ajoutait, tentait de concevoir d'autres utilisations de cette terre.

En combinant une certaine qualité de terre trouvée à proximité du fleuve, l'eau et le feu ... il se rendit compte que la matière obtenue était plus dure et étanche. Il commença à réaliser de simples plaques que d'autres gemels gravaient à la demande des takanes pour en faire des protections contre les esprits. Il n'en tira cependant que peu d'interêt ... car d'autres gemels sûrent rapidement produire ces plaques de terres cuites et les araks s'interessaient davantage aux graveurs de terre et aux takanes qui envoûtaient les protections qu'à ceux qui fabriquaient les petites plaques en grand nombre.

L'un des fils d'Abet, Abla, profita davantage des connaissances de son père dans le domaine. L'étanchéité de la terre cuite ne représentait en effet aucun interêt sous forme de plaque , et les gemels qui savaient obtenir la matière ne s'étaient pas pour autant interessés à ses vertues.

Jusqu'alors, les récipients étaient des crânes d'animaux coupés en deux, où des gourdes de peau qui donnaient à l'eau un goût déplaisant. Abla eu l'idée de réaliser des récipients étanches en plaçant la terre dans des moules d'os ou de pierre au moment de la cuisson.

Les objets obtenus étaient plus cassables que l'os ou la pierre, mais ils pouvaient être réalisés en grande quantité et dans des formes diverses. De plus, il suffisait de les plonger dans le courant de la rivière pour qu'ils soient comme neufs, tandis que les autres matériaux retenaient les particules de nourriture.

Cette fois, il ne fut pas de même que pour Abet...Abla fut reconnu pour ses talents et ceux ci étant forts recherchés, il lui était possible de troquer ses compositions contre de belles peaux ou des morceaux de choix.

Quelques décennies plus tard, un apprenti "Abla" ( le nom donné aux artisans de la terre, en hommage au celèbre ancêtre...et sans doute par manque d'imagination ) fit une découverte bien plus cruciale. En collectant de la terre près des rocheuses, il decouvrit d'étrange particules brillantes dans la terre et sur les roches. Après différents essais de mélanges et de cuisson, il s'aperçut que la matière obtenu était encore plus dure que la dirkée ( terre cuite ). Après s'être brûlé à de nombreuses reprises, il frappa sur la pépite brillante obtenue apres la cuisson et parvint à l'applatir tandis qu'elle était encore tiède. Un fois la galette informe refroidie, il l'observa longuement en se demandant ce qu'il pourrait bien faire de cette découverte.

Au bout de quelques jours, il compris qu'il ne trouverait pas seul la solution à ses questionnements. Il ne disposait pas des connaissances nécessaires pour que sa pierre magique serve à quelque chose. Il trouvait juste agréable la façon dont elle renvoyait la lumière.

Il s'adressa à Begham, un gemel spécialisé dans le travail des peaux. Begham utilisait de l'ivoire ou des pierres taillées pour racler et découper les peaux, mais plus l'animal était imposant, plus les peaux étaient difficiles à traiter. Il prit la galette et se mit à racler la peau de mammouth sur laquelle il était en train de travailler. Ce n'était toujours pas facile, mais la dureté et les irrégularités de la galette faisait partir les restes de chaire beaucoup plus facilement que les autres outils.

Comme il s'agissait d'un nouveau matériel et qu'un Abla ne savait pas "façonner" une matière aussi dure, il fallut encore quelques générations avant qu'il fut possible de maîtriser la matière dure et brillante et de lui permettre petit à petit de remplacer les autres : la pierre, l'ivoire et les os ... dans la conception des outils, et surtout, des armes.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Ocytocine Membre+ 17 768 messages
Forumeur alchimiste‚ 45ans
Posté(e)

No-lana et ses compagnons étaient épuisés. Ils n'avaient pu se constituer un campement dans une zone dégarnie de tout abri et avait dû passer la journée blottis les uns contre les autres et éblouis, sous la morsure du soleil. Ils étaient rouges et leur peau désséchée tirait. A la nuit tombée ils étaient repartis tout de même en quête d'eau. Ils étaient à présent sur un sentier et les arbres devenaient plus fréquents. A quelques indices ils savaient qu'ils devaient se rapprocher d'un village et la peur leur mordait le ventre: quel accueil leur ferait-on? Certains n'étaient jamais revenus de cette aventure...

Ils se figèrent soudain en entendant un cri étrange, long et inconnu. Ils virent surgir des ténèbres un animal qu'ils n'avaient jamais vu, immense, à la fourrure lainée, avec deux dents interminables et recourbées et un étrange nez allongé qui touchait presque le sol. Le petit groupe n'avait jamais même imaginé un animal aussi gros.

No-lana, qui avait pris la tête de l'expédition, fit un signe pour ordonner à ses compagnons de s'éloigner les uns des autres et d'encercler l'animal. Elle ne savait que faire face au monstre, leurs flèches lui paraissant dérisoires.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
SteCatherine Membre 1 327 messages
Femme Poulpeuse‚ 38ans
Posté(e)

Les chasseurs s'étaient mis en route de bonne heure pour pister l'animal. Agrag avait bon espoir en dirigeant ce petit groupe de jeunes Araks...il rêvait de devenir un grand Khegi et la mise à mort d'un mammouth était un bon moyen d'être reconnu par ses pairs.

Après plusieurs heures de marches dans les brumes matinales, ils furent interloqués de voir l'animal s'arrêter et se mettre en position d'attaque face à un invisible agresseur. Rares étaient les autres animaux à se risquer à attaquer un mammouth en pleine force de l'âge, sauf s'il était déjà mal en point...

De drôles de cris se firent entendre à leurs oreilles, comme des cris humains...mais un peu différents. Pour savoir, pour comprendre, il fallait s'approcher encore davantage. Agrag ne savait quelle décision prendre. Il emmena avec lui les quatre chasseurs les plus abiles et forts en laissant derrière lui la majorité du groupe.

Les silhouettes qui se dessinaient étaient bien humaines...similaires tout en semblant étranges, curieuses. Les araks ne reconnaissaient pas les visages, ni le langage. Les vêtements étaient différents et même la façon de se mouvoir semblait l'être.

Il n'y avait que peu de temps pour réflechir , il fallait réagir au plus vite : Les chasseurs appelèrent le reste des leurs en lançant des cris de ralliement. Les étrangers se tournèrent vers eux, interloqués, dans un instant qui sembla durer une éternité, quelques secondes immobiles dans le temps...avant de revenir à l'urgence : la survie.

Les araks s'acharnèrent sur le mammouth à coups de lances empoissonnées. Les élans de la bête se faisaient plus hésitants, plus lents , mais toujours aussi dangereux et brutaux. Certains étrangers avaient déjà péris sous les énormes pattes de l'animal, n'ayant pu ou n'ayant su s'éloigner avant d'être surpris. Les araks connaissaient la bête, savaient se tenir à distance. D'une certaine façon, les nouveaux venus étaient une chance dans cette chasse : ils maintenaient l'attention du mammouth et evitaient aux araks d'avoir à s'approcher de trop prêt. Le bilan sera pourtant lourd pour eux : l'animal vénéré ne pouvait être si aisément combattu.

Après deux heures de lutte acharnée, l'animal vascilla enfin et, sentant la fin proche, n'opposa bientôt plus de résistance lorsque les hommes l'escaladèrent pour l'achever.

Agrag était fier : il avait mené le groupe qui avait abattu le mammouth et il pourrait ramener lui aussi une découverte au village...

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Ocytocine Membre+ 17 768 messages
Forumeur alchimiste‚ 45ans
Posté(e)

Les chasseurs s'activaient à dépecer la bête, trop grosse pour être trainée telle quelle jusqu'au village. No-lana était encore sous le choc. Seule la vue des corps de ses compagnons baignant dans leur sang, l'arracha à la contemplation de l'animal. Elle tomba à genoux en gémissant devant le corps du plus jeune. Il était encore vivant, mais son souffle était presque inexistant. De leur groupe, il ne restaient que trois debout et ce garçon au bord de la mort. Elle fit signe à ses compagnons de rapprocher les cadavres des uns des autres. Ils ne pourraient pas effectuer la cérémonie mortuaire habituelle. Heureusement il y avait ici des arbres pour former un bûcher. Elle fut soulagée de voir que les étrangers n'hésitaient pas à les aider. Elle avait été impressionnée par leur efficacité dans le combat. Ces hommes-là étaient bien plus costauds que les membres de leur expédition. Ils avaient des armes différentes, plus grosses, maniées avec dextérité.

En peu de temps, un bûcher était construit et les âmes des membres du peuple-chat s'envolèrent vers la lune. Il était temps, le soleil se levait.

Un jeune homme s'approcha d'elle sans aucune crainte et lui parla. Elle ne comprit rien, mais à ses gestes, il lui sembla qu'il leur demandait de les suivre jusqu'au village avec le corps en sang du jeune garçon, Sa-cham. Elle ne prit même pas la peine de répondre, mais montrant sa poitrine, elle prononça distinctement son nom. Il hocha la tête et fit de même. "A-gra", comprit-elle. Elle fit la salutation rituelle de son peuple, qu'il ne parut pas comprendre, puis prit elle-même les épaules du blessé que son compagnon, Ban-fhe, prenait par les pieds. Elle ne voulait pas rester là sous le soleil et s'éloigna derrière Agrag sans un regard pour le bûcher.

Ils marchèrent un moment. Ban-fhe et Do-vor lui jetaient des regards inquiets car ils marchaient de jour et étaient donc impurs. No-lana tenta de les rassurer en parlant très doucement, pour ne par inquiéter leur escorte: ils ne pouvaient faire autrement que de suivre les étrangers dans leur village pour se mettre à l'abri et soigner Sa-cham. Ils n'étaient plus protégés par la lune mais du moins ne leur en voudra-t-elle pas de sauver leur vie. La morsure du soleil était terrible sur leur peau pâle et leurs yeux brûlaient du mélange de la lumière et des larmes. Son couvre-chef rabattu sur les yeux, No-lana distinguait à peine le chemin et sa vue brouillée se raccrochait à un motif de l'habit d'Agrag.

C'est avec un immense soulagement plutôt que de l'appréhension qu'ils parvinrent au village.

Ils suivirent les guerriers qui ramenaient triomphalement la viande sous les hourras et les cris de joie des enfants. On les conduisit devant un vieil homme paré de bijoux et d'ornements, le chef ou un chaman, se dit No-lana. Il lui parut plus prudent de faire preuve d'humilité c'est pourquoi elle s'agenouilla et toucha le sol de son front, priant en son for intérieur pour que ce peuple ne soit pas un adepte du soleil...

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
SteCatherine Membre 1 327 messages
Femme Poulpeuse‚ 38ans
Posté(e)

Les nouveaux venus semblaient appeurés, affamés et mal en point. Le plus jeune, gravement blessé, risquait bien de franchir les portes de la mort dans la journée.

Agrag les avait menés en premier lieu chez Migkili, le takane le plus érudit de sa tribu, pour qu'il puisse sauver le petit homme et qu'il empêche les autres de se fletrir. Ils avaient, en effet, l'air de craindre particulièrement les morsures du soleil, leur peau incroyablement blanche avait brûlé plus que de rigueur sur le chemin du retour.

L'ensemble de la tribu s'était rassemblée, curieuse, autour de la Goumol abritant la famille de Migkili. Même la mort d'un mammouth ne pouvait mobiliser autant les esprits que cette rencontre aussi incroyable qu'inattendue. Bien sûr, il y avait des légendes, des récits qui se transmettaient de génération en génération, laissant entendre que d'autres êtres de la même espèce pouvaient habiter par delà l'Aoutie. Après tout, les Araks avaient eux même longtemps voyagé avant de s'établir dans ces terres généreuses, certains s'étaient parfois éloignés de la tribu, d'autres avaient été exclus.

Cependant, il était clair que ces étrangers n'étaient pas des Araks : ils étaient plus grands , plus fins, plus pâles, parlaient un autre langage et se mouvaient un peu différemment. La femme qui apparaissait être le khegi de ces voyageurs effectuait des gestes étranges, comme rituels, lorsqu'elle rencontrait quelqu'un.

Après avoir étendu le jeune garçon et recouvert ses plaies de feuilles aux vertues cicatrisantes, Migkili tendit un pot d'omela à sa compagne pour qu'elle passe l'enduit sur la peau rougie des nouveaux venus. Les hommes étaient sur leur garde, decontenancés par ce que l'on voulait leur faire. La femme chat leur fit signe d'optempérer. L'omela sentait fort, mais il suffit de quelques secondes pour comprendre qu'elle apaisait leurs brûlures.

Bientôt, Letôl, le Khegi d'Agrag et Migkili, se présenta dans la Goumol. Après reflexion, il décida d'accueillir en fête l'arrivée des autres hommes. La mort du mammouth et leur participation à cette chasse ne pouvait être qu'un bon présage. Migktili approuva. Cette nuit, un grand feu illuminera la nuit , les chants et les dances s'éleveront pour remercier les esprits de la nature, et on se partagera la viande savoureuse et fraîche du grand mammouth abattu dans la matinée.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Ocytocine Membre+ 17 768 messages
Forumeur alchimiste‚ 45ans
Posté(e)

Si cette tribu ne révérait pas le soleil, du moins n'en avait-elle pas peur: à la grande surprise du peuple des chats, les Araks ne dormaient pas le jour et au contraire le village bruissa de vie pendant tout le temps où les trois jeunes gens prirent du repos. On avait eu la délicatesse de les laisser ensemble, mais ils étaient trop fatigués pour discuter de leur situation. Ils furent réveillés par Agrag et conduit auprès de Sa-cham, qui venait d'expirer.

A la nuit tombante ils furent conviés à un grand festin. No-lana n'avait pas le coeur à manger, à cause de son escouade décimée, mais elle dut reconnaître que le mamouth était excellent et que son corps réclamait son dû. Elle observa en silence la tribu autour du feu qui partageait ce bon moment. Ils n'étaient bien sûr pas en deuil, elle ne pouvait leur reprocher d'oublier les morts de la journée. Les Araks les avaient chaleureusement acueillis, c'est tout ce qui comptait. Elle se sentait grasse et sale de cet onguent dont on leur avait enduit le corps, mais sa peau lui brulait moins. Ses yeux retrouvaient peu à peu leur acuité d'avant. Elle apercevait ainsi avec netteté à l'opposé du cercle Ban-fhe qui tentait de converser avec Agrag. Ils s'étaient trouvé d'instinct beaucoup d'affinités et le naturel ouvert de Ban-fhe l'avait poussé à essayer de comprendre leurs hôtes. Parfois les gestes ne suffisaient pas, mais les jeunes gens avaient déjà réussi à acquérir mutuellement quelques mots de vocabulaire entre deux bouchées de viande juteuse. No-lana observa le plat dans lequel lui avait été servie la viande: beaucoup de choses l'étonnaient, notamment le fait que certains Araks parvenaient à creuser les dents de mammouth pour en faire des objets aux motifs délicats. Son propre totem pendant à son cou lui paraissait soudain si grossier!

Elle vit Ban-fhe rire avec Agrag et l'envia. Elle sentait la responsabilité des défunts sur ses épaules. Cette tribu ne semblait pas forcément connaître le même problème: les gens importants étaient assez nombreux, et pourtant ils ne semblaient pas l'être pour les mêmes raisons. Elle avait pu remarquer quelques différences d'apparence entre ceux qui bénéficiaient d'un respect incontestablement plus marqué. Ainsi, l'homme qui avait soigné Sa-cham ne devait visiblement pas chasser, tout comme la femme aveugle assis à droite de Do-vor, qui tissait malgré son handicap de merveilleuses étoffes avec des tiges teintées d'une plante inconnue. Pourtant on les servait comme n'importe quel guerrier pourvoyeur de la tribu. No-lana ne parvenait pas à voir qui était le chef.

Do-vor était resté avec elle, intimidé, mais elle remarqua vite qu'il n'avait d'yeux que pour une jeune fille au teint mat et aux longs cheveux ondulés qui gloussait tout bas avec une autre à quelques pas du jeune homme.

La nuit n'était pas terminée que la tribu se dispersa. Le vieil homme appelé Mi-kili ou quelque chose comme ça, les invita d'un geste à les suivre dans son étrange cabane à dents de mamouths. No-lana secoua la tête et lui montra la lune. Il parut perplexe, mais sourit et les laissa. Ban-fhe hésita, puis les rejoignit, plaisantant sur l'onguent puant qui avait dû faire fuir les danseurs. Jusqu'à l'aube, ils évoquèrent les morts et leur arrivée ici, et s'endormirent ensuite à l'ombre d'une paroi rocheuse sans avoir évoqué leur avenir.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
SteCatherine Membre 1 327 messages
Femme Poulpeuse‚ 38ans
Posté(e)

Les nouveaux venus semblaient préférer vivre la nuit. Les Araks n'en furent pas étonnés quand ils comprirent que ces hommes veneraient l'esprit du chat sauvage. Ils en avaient également l'agilité, facilitée par leur longs membres graciles, tandis que les Araks étaient souvent plutôt petits et trapus.

Les membres les plus valides se révelèrent d'incroyables chasseurs, bien qu'ils ne participaient qu'aux battues les plus matinales ... ou partaient parfois seuls la nuit pour poursuivre les petits gibiers.

Leur chef, No Lana, peinait pourtant à s'intégrer à la nouvelle tribu. Elle communiquait essentiellement avec ses pairs , à l'exception d'Agrag, de Migkili et de sa famille. Cela provoquait de l'irritation chez certains Araks, eux même mal à l'aise vis à vis des hommes chats.

L'autre sujet d'irritation était l'attrait que ces mêmes hommes chats paraissaient avoir auprès de nombreuses femmes Araks. Même si leur venue avait été considérée comme un évenement heureux par la grande majorité de la tribu, la notion de mélange n'avait pas forcément frappé les esprits. La plupart des Araks avaient pensé que les hommes chats resteraient les hommes chats et les Araks...des Araks. L'idée d'unions possibles entre les deux en effrayait plus d'un, et quelques takanes commençaient à souffler discretement l'idée que les esprits en seraient fort mécontents. Jamais on avait vu des chats sauvages et des mammouths aller ensemble dans les rocheuses...

Par opposition, une grande majorité des takanes s'interessaient de près à la spiritualité des hommes chats, qui avaient une reflexion et une conception de la nature plus approfondis que la plupart des Araks. Surtout, ils en savaient plus sur les esprits de la nuit, et sur la Lune, qu'ils veneraient...

Les Araks s'étaient jusqu'à présent peu souciés des éléments, les considérants plus comme des outils manipulables par les esprits , que comme des entités à part entière. Cette perception différente pouvait autant provoquer l'interêt que le rejet.

Si les Araks étaient évolués et ingénieux, ils étaient en même temps parfois assez refractaires au changement et ceux ci ne parvenaient souvent à s'imposer que dans le temps, à moins que leur interêt ne soit immédiat.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Ocytocine Membre+ 17 768 messages
Forumeur alchimiste‚ 45ans
Posté(e)

Les semaines avaient passé. Le peuple chat ne s'était pas complètement intégré car leur spiritualité et leur mode de vie était par trop différents: le fait de vivre la nuit avait été toléré par les Araks, mais ne leur laissait que quelques heures en commun avec eux. No-lana avait veillé à construire une hutte à l'écart du village pour que les siens puissent dormir en paix le jour et cela avait contribué à les mettre à l'écart. Elle veillait farouchement à respecter ses us et coutumes au risque de se voir rejetée, mais se rendait compte peu à peu que cette position l'obligerait à faire un choix pressant: rester ou partir? Ban-fhe parlait déjà presque parfaitement la langue des Araks et participait volontiers à leur chasse en décalant quelque peu son sommeil. No-lana ne lui avait pas posé la question, mais elle devinait qu'il n'était pas pressé de partir. Do-vor jouait les don juans auprès des demoiselles de son âge. No-lana pressentait que cette situation poserait très vite problème.

Elle-même appréciait les Araks et se sentait vraiment bien en la compagnie d'Agrag, mais elle se sentait responsable de ramener à la tribu les savoirs accumulés au cours de leur voyage. Ici, elle avait partagé les techniques des hommes-chats pour apprendre de ses hôtes. Comme il n'y avait pas de mamouth chez elle, ni certaines plantes, bien des choses ne leur serviraient pas ou ne seraient pas acceptées, mais certaines découvertes permettraient de réels progrès. Elle apprit aux Gemels à utiliser la glaise rouge, dont ils faisaient tant d'usages, pour tapisser les murs des grottes de dessins magiques à l'intention des dieux. Elle leur expliqua comment façonner certains pièges pour les rongeurs. Ban-fhe leur montra comment les siens se servaient d'un arc, comment grimper à un arbre et y faire un poste de guet. Do-vor fit montre de ses talents culinaires, bien qu'il ne put réaliser certaines de ses fameuses sauces, faute des baies appropriées.

Ce qui fascina le plus les Araks, fut la carte du ciel réalisée par No-lana. Sur une peau fine tannée avec soin, elle dessina les étoiles du ciel des Araks pour retrouver le chemin de sa tribu. Elle nota sur le côté des repères dont elle se souvenait. Elle espérait ainsi, s'ils parvenaient à rentrer, qu'ils seraient en mesure de revenir chez les Araks. En prévision de leur rite d'initiation, chaque homme-chat apprenait dès le plus jeune âge à se repérer au ciel étoilé, à l'ombre au couchant, et à décompter le temps avec les phases de la lune.

Elle était en train de peaufiner sa carte quand Agrag s'approcha respectueusement. Elle s'étonna qu'il ne soit pas encore couché, le soleil l'ayant fait depuis plusieurs heures. Il lui expliqua qu'il avait voulu terminer un présent pour elle et le lui apporter. Avec curiosité elle ouvrit un petit sac de peau et y découvrit un délicat petit pendentif d'ivoire représentait un chat. Il rougit, elle rougit et le remercia avec émotion pour ce cadeau. Elle enfila le cordon autour de son cou avec une hésitation: comment cela serait-il interprété par les Araks? Un peu gênée, elle lui proposa de lui faire une copie de sa carte et de lui apprendre le nom des étoiles, mais il n'eut pas le temps de répondre, de grands cris les faisant sursauter.

Ils se précipitèrent vers le lieu du raffût pour voir avec consternation qu'un Arak et Do-vor étaient en train de se battre sous les yeux horrifiés d'une jeune fille dénudée, celle-là même qu'il avait dévoré des yeux le soir du grand festin. Personne ne tentait de les séparer - une question d'honneur se réglait enre les intéressés - et au contraire certains Araks encourageaient leur champion. Des ranc¿urs accumulées ressortaient enfin, inévitablement.

Le c¿ur de No-lana se serra. Il était temps d'avoir une conversation avec les Khegis pour savoir si le peuple-chat resterait, avec promesse de changer de comportement, ou s'en retournerait chez lui, avant que le sang coule.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
SteCatherine Membre 1 327 messages
Femme Poulpeuse‚ 38ans
Posté(e)

Letôl était reputé pour sa bienveillance et sa sagesse. Les Araks qui s'étaient regroupés sous son autorité le portaient tous en grande estime et se montraient prêt à appliquer ses décisions.

Letôl avait considéré l'arrivée du peuple chat comme un présage heureux depuis le premier jour de leur arrivée, mais les jours et mois passant, d'inévitables tensions étaient nées de cette rencontre.

Même s'ils étaient tous des hommes, les araks devaient rester les araks et préserver leur territoire et leur culture. Il en allait de la survie de la tribu.

No Lana s'en remettait à Letôl. Bien qu'elle respectât profondément les Araks et les remerciait de leur hospitalité, No Lana se sentait profondément liée à la vie nocturne. Son coeur était pour toujours resté lié à ses racines, sa terre, ses cultures. Cela s'était révelé encore plus vrai après la perte de ses frères.

Ce n'était pas le cas de Do-Vor et de Ban-Fe qui se plaisaient en Aoutie..même si Ban-Fe regrettait au fond de lui la liberté de la vie nomade.

Agrag avait conscience qu'il ne pourrait se réaliser en tant qu'homme auprès de sa tribu. Son destin s'était intimement lié à celui des hommes chat, et plus particulièrement No-Lana , depuis le jour de leur rencontre. Il avait toujours rêvé d'un grand destin et ses talents de chasseurs ne suffisaient pas à faire de lui une personnalité reconnue de tous les Araks. Il était respecté de son groupe et de ses frères et soeurs...mais ça ne lui suffisait pas. Agrag était jeune, fougueux, aventureux. Il avait goûté à cet ailleurs, cet autrement possible, il avait compris que le monde était vaste et qu'il y avait beaucoup à apprendre. Agrag voulait connaître le monde des chats, la vie nocturne, leur méthode de chasse , leur culture, leur croyance.

Agrag serait toujours un Arak, mais il voulait partir.

Letôl proposa à No Lana de faire d'Agrag son compagnon et de l'emmener sur le territoire des hommes chats. En échange, il lui proposa d'accepter Do-Vor et de tout mettre en oeuvre pour qu'il puisse s'integrer à la tribu des Araks, s'il décidait d'abandonner la vie nocturne. En gage de bonne volonté, Do-Vor pourrait fonder un foyer avec la compagne de son choix au sein de ses protégés. Letôl, comme No Lana, ignorait la volonté de Ban-Fe. Il lui faudrait de toute façon prendre une décision.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Ocytocine Membre+ 17 768 messages
Forumeur alchimiste‚ 45ans
Posté(e)

No-lana fut soulagée que l'incident de soit terminé par une proposition de Lethôl plutôt que par une punition de Do-vor. Elle tint conseil avec ses deux compagnons, car il fallait prendre la décision sans plus tergiverser. Elle allait retourner vers la tribu avec Agrag avec la promesse des Khegis de maintenir des liens d'alliance et d'échange. Do-vor fut content de pouvoir rester en sachant qu'ils reverrait de temps à autre les siens. A leur grande surprise, Ban-fhe n'eut pas d'hésitation: il souhaita repartir vers le peuple-chat, le rejet manifesté par certains lors de l'affrontement l'ayant mis un peu mal à l'aise. Mais il comptait revenir un jour voir les Araks.

Les décisions prises furent annoncés à leurs hôtes qui les laissèrent partir avec un mélange de regret et de soulagement. Une grande fête précéda le départ. Le coeur gonflé d'enthousiasme, Agrag quitta son peuple avec une promesse de revenir un jour. Au moment où les silhouettes des Araks s'estompaient en faisant de grands signes, No-lana prit la main du jeune homme pour lui donner du courage.

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites
Annonces
Maintenant

Créer un compte ou se connecter pour commenter

Vous devez être membre afin de pouvoir déposer un commentaire

Créer un compte

Créez un compte sur notre communauté. C’est facile !

Créer un nouveau compte

Se connecter

Vous avez déjà un compte ? Connectez-vous ici.

Connectez-vous maintenant