La gauche, propositions alternatives.


PASDEPARANOIA Membre 27 326 messages
In girum imus nocte et consumimur igni ‚ 43ans
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Professeur de sociologie à l'institut de Sciences humaines et sociales de l'université de Puebla (Mexique), John Holloway avait publié en collaboration avec Eloina Pelaez, Zapatista ! Reinventing revolution in Mexico (Pluto Press, London, 1998. Il s'est imposé comme une figures théoriques de l'altermondialisme avec la publication en 2002 de Change the World without taking Power (London, Pluto). Ce livre a eu écho important en Amérique latine et dans le monde anglo-saxon. On en retrouve la thématique notamment chez le sociologue uruguayen Raul Zibechi (La Genealogia de la Revuelta, La Plata, Letra libre, 2003), mais aussi chez Florence Aubenas et Miguel Benassayag, Résister c'est créer, Paris, La Découverte 2002.

S'il partage avec Tony Negri et les autonomistes italiens nombre de préoccupations et de références philosophiques (Deleuze et Foucault notamment), Holloway s'en distingue également par son refus de la grande généralisation théorique tentée par Michael Hardt et Tony Negri dans Empire et Multitude. Le revue ContreTemps a publié en français deux textes de John Holloway : Douze thèses sur l'anti-pouvoir (ContreTemps n°6, février 2003) et Conduis ton char et ta charrue sur l'ossuaire des morts (ContreTemps n°8, septembre 2003), ainsi que deux réponses critiques de Daniel Bensaïd dans ces mêmes numéros.

Thèses

1. Viser plus haut. Retenant comme « nouveauté centrale » de l'expérience zapatiste, le « projet de changer le monde sans prendre le pouvoir », John Holloway récuse toutes les politiques gravitant autour de la question de l'Etat et d'assumer le « dépassement définitif de l'illusion étatiste » qui met l'Etat au centre du changement radical. La grande contribution zapatiste serait donc de « briser le lien entre révolution et contrôle de l'Etat », ou encore de « briser l'identification entre révolution et conquête de l'Etat ». Si les révolutions du XXe siècle ont échoué, ce n'est pas parce qu'elles visaient trop haut, mais parce qu'elles visaient « trop bas » : « leur conception de la révolution était trop limitée » [1].

2. Espérance. Nous ne pouvons plus nous contenter de penser à la vie après le capital. Nous devrions apprendre à la penser contre et au-delà du capital, car l'espérance est nichée dans la vie de tous les jours. L'héritage le plus triste du XXe siècle, c'est « la perte de l'espérance » : « Nous avons rétréci notre horizon et réduit nos attentes. » Mais il serait ridicule de s'accrocher au grand récit illusoire de l'émancipation. Il faut penser désormais en termes de récits particuliers, tels que le combat des femmes, des gays, de noirs, des indigènes, sans rêver à la lutte finale de l'humanité pour l'humanité. L'histoire nous a déçus. Vive donc le présent absolu, le cri au présent, libéré du poids de l'histoire et du souci de l'avenir. Crier « Non » est le premier mot d'une nouvelle grammaire de la révolte.

3. Histoire. « Crache sur l'histoire ! », car l'histoire est « la grande excuse pour ne pas penser ». Et « crache aussi sur le concept de stalinisme » qui nous dispense de nous critiquer nous-mêmes et nous sert à cacher notre propre culpabilité. « Il n'y a rien de plus réactionnaire que le culte du passé ». Cracher sur l'histoire pour s'en libérer, c'est faire du passé table rase.

4. Utopie. « Le problème n'est pas de détruire cette société, mais d'arrêter de la créer ». Si nous cessions de la produire, elle « cesserait d'exister » [2]. Il faut donc concevoir la révolution, non comme la destruction du capital, mais comme le refus de l'engendrer. C'est ce que résume le mot d'ordre jailli en 2001 en Argentine : « Que se vayan todos ! » (« Virons les tous ! »). Et c'est ce qu'illustrent les soulèvements de décembre 2001 en Argentine, d'octobre 2003 en Bolivie, du 1er janvier 1994 au Chiapas. Si la transformation de la société ne peut plus passer par l'Etat, il faut « chercher ailleurs ». Le refus de jouer le jeu de la reproduction du capital se traduit, comme pour Tony Negri, par une politique de l'exil et de l'exode : « S'évader du capital est vital pour nous. Lui échapper est « facile », le vrai problème, c'est de réussir la fuite et « d'éviter d'être repris » [3].

5. Aliénation. Sous le règne du capital, notre pouvoir créatif (ou « pouvoir de... ») est confisqué. Mais l'aliénation n'est pas un état, c'est un rapport et une lutte. Si on la comprend comme état de fait, la désaliénation devient une question pour l'avenir. Or, ce n'est pas une question pour demain ou après-demain. C'est la question de savoir, ici et maintenant, « comment nous vivons et comment nous luttons » [4]. C'est pourquoi, nous devons cesser tout de suite de contribuer à l'accumulation du capital, en développant « des niches de refus, de désobéissance, d'insubordination », en opposant « la valeur d'usage à la valeur d'échange ». C'est ainsi que peut se concevoir l'émancipation du faire contre le déjà fait, du flux contre la pétrification. Ce qui implique une notion du temps différente, « une grammaire différente, une intensité de vie différente [5] », en un mot une reconquête de notre créativité.

6. Autonomie. : « Nous avons raisonné avec une conception qui pose comme premier le développement capitaliste, et les travailleurs en second ». La force de la théorie autonomiste, qui revendique une « inversion copernicienne du marxisme » consiste au contraire à « partir du sujet, de la classe ouvrière : alors que le marxisme orthodoxe ferme l'horizon, la poussée autonomiste l'ouvre. Negri a tort cependant, de poser encore sujet et objet, Prolétariat et Capital, en extériorité réciproque. Il fonde ainsi l'autonomie sur « une base ontologique positive et sûre » incompatible avec la dialectique et le rôle du négatif. Pour lui, le moteur du processus historique est forcément positif (c'est la potentia - « pouvoir de... » - opposée à la potestas - « pouvoir sur... » ; le pouvoir constituant face au pouvoir étatique institué). Son modèle du militant communiste n'est autre que Saint François d'Assise. C'est « l'apogée répugnante de la pensée positive » : après le Parti, le Prolétariat, le Militant majuscules, l'image ressuscitée du Pur Sujet, incarnation du Bien absolu contre le mal absolue.

Or, « nous ne sommes pas un pur Sujet, ni Parti, ni Dieu, ni Saint François, mais plutôt Méphisto, l'esprit qui toujours nie. Car sujet et objet, prolétariat et capital, ne sont pas extérieurs l'un à l'autre, mais interdépendants, associés dans une étreinte indissoluble, mais asymétrique. Il s'agit « d'une relation de domination et de dépendance, dans laquelle la domination s'efforce sans cesse d'échapper à la dépendance ». C'est donc le prolétaire, ou l'esclave, qui a l'initiative, le maître se contentant de « fuir sans cesse sa dépendance envers lui » [6]. Le Capital ne saurait donc être le point de départ de la pensée révolutionnaire. Nous ne devons pas céder à son ordre du jour, accepter qu'il soit le seul sujet. Au contraire : il dépend de nous, qui sommes « les seuls créateurs ».

7. Espace. La subordination de l'agir à l'être détermine une spatialité spécifique. L'espace capitaliste est d'abord le résultat d'un travail de séparation et non de connexion. L'Etat retranché dans ses frontières est au centre de cette organisation spatiale. Ses citoyens forment un peuple d'êtres enfermés dans cet espace clos. La domination capitaliste se caractérise pourtant par un espace à deux dimensions : l'espace commandé par l'Etat, et l'espace global de domination du capital sur le travail. Ce sont deux formes antagoniques d'espace et de pouvoir : le flux sans frontières de l'activité sociale, d'une part ; et l'espace linéaire fragmenté de la domination capitaliste, de l'autre. Accepter, comme le fait Lénine dans sa théorie de l'impérialisme et dans son rêve d'indépendance nationale, le concept spatial capitaliste, c'est accepter la défaite avant même d'avoir livré bataille (N40). Le combat pour l'autre monde possible exige au contraire « une affirmation confiante de notre propre spatialité. »

8. Temps. Le capital prétend aussi imposer sa temporalité, celle d'un temps physique linéaire comme mesure abstraite universelle du travail et de la richesse. Quand la révolution prétend délimiter un avant d'un après, elle se soumet à cette temporalité linéaire. Il s'agit donc de « s'attaquer à la durée pour la démystifier » [7]. Le communisme n'apparaît plus alors comme une fin de l'histoire, mais comme une interruption de la continuité historique, un moment si intense « que le temps mécanique de l'horloge en est brisé. ». Il s'agit de se débarrasser de la dictature du réveille-matin, et plus généralement de refuser le calendrier dicté par le capital.

9. Pouvoir. « Nous voulons faire un monde nouveau, nous ne voulons pas prendre le pouvoir ». Mais où est le pouvoir ? Le capital prétend asservir « pouvoir de » (la capacité de faire) au « pouvoir sur » (la contrainte exercée), du faire au tout fait. « Qualitativement différent » du pouvoir du capital, « notre pouvoir est partout » [8]. Il est un « anti-pouvoir », car le terme de « contre-pouvoir » maintient la possibilité qu'il s'agisse d'un pouvoir symétrique encore à celui du capital. La crise du capital favorise-t-elle l'émergence de cet anti-pouvoir et de son espace autonome ? A cette question, « la réponse est probablement contradictoire » [9].

10. Etat. Etant donné que « toutes les tentatives de changer le monde par le moyen de l'Etat ont échoué », il est urgent d'inventer un marxisme anti-étatique. La conquête du pouvoir d'Etat débouche inéluctablement sur une politique bureaucratique, hiérarchique, aliénante, puisque « l'Etat est une forme d'organisation sociale qui s'oppose à l'autodétermination ». Il existe cependant de mauvais Etats, et d'autres pires encore, de mauvais gouvernements et de bien pires. Il est donc « inévitable que nous soyons impliqués par l'Etat, mais l'important est de ne pas reproduire à travers cette implication la logique et les formes d'organisation de l'Etat. » [10]. Le mouvement accéléré du capital tend à accroître, et non à réduire, le besoin de protéger les rapports sociaux capitalistes. C'est pourquoi « la déterritorialisation croissante s'accompagne d'une extension, et non d'une diminution, de l'étaticité » [11]. Il n'en demeure pas moins que le zapatisme dépasse « l'illusion étatiste ». Il part du présupposé que la transformation de la société ne saurait passer par l'Etat, car l'Etat n'est ni un lieu de pouvoir, ni une chose. C'est un processus de séparation permanente entre privé et public, national et étranger.

11. Propriété. La propriété n'est pas une chose, « le procès quotidiennement répété d'appropriation du produit de notre faire », la transformation en chose (la chosification) du produit de notre action. Elle est la limite imposée à notre autodétermination. Comment, dès lors, aller de l'avant ? « Possiblement, en défétichisant la propriété [12]. »

12. Révolution. L'apport des zapatistes, c'est d'avoir « brisé le rapport entre la révolution et le contrôle de l'Etat ». Ce ne sont pas pour autant des « réformistes armés », car « le cheminement lui-même est la révolution ; la dignité elle-même est la révolution » [13]. Si ce mot de révolution semble démodé, il n'en demeure pas moins important. Certes, Marcos a pu dire que les zapatistes étaient des rebelles et non des révolutionnaires, et il a pu critiquer à juste titre « le vieux concept de révolution », « l'idée de prise du pouvoir ». Pourtant, « révolte et rébellion ne peuvent subsister sans aboutir à la révolution ». Forcer tel ou tel président à démissionner, c'est bien ; mais c'est insuffisant. La Révolution n'est donc pas synonyme de prise du pouvoir. Elle signifie un accès direct à la socialité du faire, enracinée dans la vie quotidienne, dans l'amitié, la solidarité, l'amour, et dans des milliers de formes coopératives.

13. Stratégie. « Nous devons admettre que nous n'avons pas de réponse ». Nous avançons en nous interrogeant (« preguntando caminamos »). Nous devons cependant être impatients. Car le procès de destruction de l'humanité va vite. Dire « Non », refuser, c'est exprimer une impatience, une volonté de « briser le temps » et de « briser l'histoire » [14]. Mais les zapatistes disent aussi : « Ne courrons pas, marchons, car nous allons loin ». Il s'agit de construire une temporalité alternative. Ce qui est décisif désormais, ce n'est plus « la confrontation, mais la construction de notre propre monde » [15]. Nous devons prendre l'initiative, dicter notre agenda au capital : « Nous ne pouvons pas être autonomes dans une société capitaliste », mais nous pouvons « pousser l'autonomie le plus loin possible ».

Si nous concevons le rapport entre l'Etat et le Capital comme un rapport entre le Capital global (la société globale) et l'Etat national, alors les Etats ne sont plus la clef de voûte du système comme le supposaient les théories stato-centrées, celle révolutionnaire de Rosa Luxemburg, comme celle réformiste d'Edouard Bernstein. Une grève de masse globale anéantirait la domination du capital, mais les conditions d'une telle grève n'existent pas. La seule façon de concevoir la révolution, c'est donc « pour le moment » en termes de « fissures », où le capital ne règne plus, qui se propagent dans l'édifice social. Il est difficile d'imaginer une pratique émancipée autrement que sous des formes « interstitielles », de résistance à l'aliénation du travail et d'efforts pour lier ces expériences différentes « dans-contre-au-delà du capital » [16].

14. Parti. Le cri des zapatistes, « Ya basta ! » (« Maintenant, ça suffit ! ») ne s'adresse pas seulement au Capital, mais aussi à toute une gauche aliénée et aliénante. Il signifie aussi bien le rejet du réformisme étatiste, que celui de l'avant-gardisme révolutionnaire. C'est ce que signifie le mot d'ordre dialectique du « mandar obedeciendo » (« diriger en obéissant »). Il s'agit donc de rejeter les variantes de la forme parti au profit d'un conseillisme ressuscité ; de privilégier l'horizontal (le rhizome, le réseau), au détriment du vertical. De renouer des liens communautaires à partir de toutes sortes d'expériences : centres sociaux, cafés alternatifs, regroupements affinitaires informels. Ainsi, derrière le fameux passe-montagne qui protège l'anonymat, les zapatistes, ce n'est pas « eux », mais « nous », nous tous.

15. Transition. « Il est courant de prétendre que la transition du capitalisme au communisme, à la différence de ce qui s'est passé entre féodalisme et capitalisme, ne peut pas être interstitielle, et que le communisme ne peut pas croître dans le cadre du capitalisme ». La représentation de la révolution comme un Grand Evénement » et celle du Parti comme le guide de ce Grand Evénement en découlent. Nous ne pouvons pas imposer au capital de disparaître simplement en nous emparant du pouvoir d'Etat, que ce soit par la voie parlementaire ou par la violence. Le cri « Que se vayan todos ! » doit conduire à la construction de formes de sociabilité alternatives. Renverser le règne du capital, c'est cela : développer des formes alternatives de relations sociales », car toute confrontation directe nous forcerait à « adopter des formes de rapports inhérentes au capital » et à nous couler dans « l'image inversée de notre ennemi ». Rien ne ressemble plus à une armée qu'une autre armée.

16. Démocratie. La montée de l'abstentionnisme électoral révèle la crise de la représentation. Il existe en effet deux conceptions de la démocratie : celle des dominants et celle de la résistance. La représentation exclut au lieu d'inclure. Elle produit un monde politique coupé de la vie quotidienne. Elle est partie prenante du procès général de séparation capitaliste qui atomise les individus et coupe les représentants de représentés. Ce ne sont donc pas les dirigeants qui trahissent, comme on l'entend souvent : « La trahison, c'est la forme électorale elle-même. [17] » Peut-on éviter tout contact avec la forme représentative ? Certainement pas, mais il importe de ne pas confondre formes de domination et formes de résistance. Elles sont inconciliables : « Notre démocratie ne peut être conçue comme partie prenante de l'Etat, car elle est la dissolution même de l'Etat [18]. » Le mérite des zapatistes, c'est d'avoir dit clairement dès le début que « le but de l'armée, c'est de disparaître. »

Antithèses.

1. Il existe bel et bien une « illusion étatiste » qui rétrécit la politique à la sphère de l'Etat. Il existe aussi une « illusion sociale » qui prétend se protéger de sa contamination bureaucratique en restant à l'écart de la lutte politique des partis et de ses moments électoraux. Cette fuite, non seulement du domaine de l'Etat, mais du champ politique était assez répandue parmi les mouvements utopistes du XIXe siècle ; ce qui ne les empêcha pas, de pratiquer le compromis tacite avec les pouvoirs établis au nom d'une rigoureuse division du travail entre social et politique. Cet abstentionnisme revient en effet à abandonner le monopole de la politique à ceux qui en font profession. Une authentique politique de l'opprimé consisterait à redéfinir sans les confondre les rapports que le Capital prétend dissocier entre le social et le politique, le privé et le public, l'homme et le citoyen.

On retrouve dans le rejet des grands récits de l'émancipation le thème postmoderne des micro-récits, des libérations miniatures, et de la politique en miettes, aux antipodes de la « praxis unifiée » rêvée par les générations militantes des années soixante et soixante-dix. Subissant la spirale des défaites infligées depuis plus de vingt ans par la contre-réforme libérale, cette rhétorique de la résignation prétend nous alléger du poids d'une histoire trop lourde à porter. Pourtant, « on recommence toujours par le milieu », répétait sagement Deleuze. Pas de table rase en politique. Qui n'a pas de mémoire des luttes passées, des défaites comme des victoires, n'a guère d'avenir. Le travail de mémoire consiste à rejouer sans cesse au présent l'héritage du passé, à sauver la tradition du conformisme qui sans cesse la menace, à redonner leur chance aux vaincus d'hier et de toujours. Le pur Présent du Cri célébré par Holloway exprime une révolte. Il ne saurait fonder une politique.

S'il est impossible de « penser » historiquement, qu'appelle-t-on encore « penser » ? Nul ne songe à ressusciter un âge d'or imaginaire des révolutions passées. Personne ne prétend sortir indemne du « siècle des extrêmes ». Est-ce une raison pour effacer les ruptures et les discontinuités, pour mêler dans la même culpabilité vainqueurs et vaincus, bourreaux et victimes ? L'enjeu de la question n'est pas moral, mais politique. Il commande la possibilité de « continuer » ou de recommencer. La tradition pèse comme un cauchemar sur le cerveau des vivants, martèle Holloway. Mais la tradition au singulier n'existe pas. Il y a des guerres de traditions et des guerres de mémoire. La politique de la page blanche sur laquelle on prétend dessiner à volonté le visage de l'homme nouveau est grosse elle aussi d'inquiétantes dérives autoritaires. Nietzsche, le plus impitoyable critique de la raison historique, récusait une histoire qui serait « une sorte de conclusion et de bilan de la vie », de jugement dernier. Mais il reconnaissait aussi que « nous avons besoin de l'histoire, autrement que n'en a besoin l'oisif promeneur dans le jardin de la science : pour vivre et pour agir, et non pour nous détourner nonchalamment de la vie et de l'action ».

Le droit de se retirer de la partie est un des fondements de la théorie des jeux. Mais, lutter n'est pas jouer. On est embarqué. Faute de renverser la table et l'échiquier, on est toujours repris par le système. Il existe des promotions individuelles, des réussites sociales édifiantes. Mais on ne s'est jamais évadé en masse de la condition ouvrière et de la domination du capital. L'émancipation n'est pas un plaisir solitaire. « Que se vayan todos ! » criait la rue argentine en 2002. Ils sont pourtant revenus. Et la lutte continue. Si l'on veut sortir des abstractions de la politique spéculative il faut discuter concrètement du bilan respectif de l'expérience cubaine, du gouvernement Lula, de la révolution bolivarienne, et maintenant de la situation bolivienne (sans oublier l'évolution du zapatisme lui-même).

Et si on arrêtait tout, suggère en somme Holloway ? Si l'on faisait la grève générale des fétiches ? Ce discours magique du du retour à « l'An 01 » eut son heure de gloire avec les illusions lyriques consécutives à Mai 68. Il suffisait, prétendaient déjà certains de « chasser le flic de sa tête ». Pour Holloway, il suffirait de chasser le Capital de sa tête, comme si l'aliénation n'était qu'une fausse conscience à dissiper, un cauchemar dont se réveiller, et non la conséquence réelle du fétichisme de la marchandise. La désaliénation n'est pas un pèlerinage aux sources d'une créativité originelle étouffée, une archéologie de l'humanité authentique, le retour au paradis perdu. Elle ne se réduit pas à une robinsonnade, qui prétendrait délivrer la valeur d'usage de la gangue de la valeur d'usage, le travail concret du travail abstrait, la division technique du travail de la division sociale. Le despotisme du capital et du marché les mêle et les soude inextricablement.

2. L' « inversion copernicienne » évoquée par Holloway a tout d'une conversion religieuse. Il suffirait d'y croire pour que le prolétariat dominé devienne conscient de sa propre puissance de domination, pour qu'il échappe à la subordination et à la subalternité. « On ne peut se défendre que dans les termes de l'attaque », constatait amèrement Hannah Arendt au lendemain de l'épreuve du nazisme. On ne peut échapper à l'emprise du capital et à l'enfer de sa reproduction sans faire intervenir les catégories stratégiques de situation et de crise révolutionnaire, où s'interrompt la routine des travaux et des jours. La révolution n'est pas pour autant un saut sans élan, un pur événement apparenté au miracle religieux. Elle mûrit dans les contradictions de l'ordre existant. Elle se prépare par une lutte pour l'hégémonie. Elle combine le processus et l'acte, le mouvement et le but, l'événement et ses conditions de possibilité.

Le capital produit son espace, son paysage, son territoire. La loi de la valeur opérant à l'échelle mondiale détermine un développement inégal et combiné, une refonte permanente des espaces de la domination, un partage sans cesse remis en jeu entre ville et campagne, capitale et province, centre et périphérie. Territorialisation et déterritorialisation ne sont pas deux phénomènes parallèles, ou chronologiquement distincts, mais deux procès simultanés, tressés l'un à l'autre : la mondialisation déterritorialise, fluidifie, favorise l'expansion réticulaire ; mais elle reterritorialise, édifie des murs, déplaces de frontières sans les abolir, fait surgir de nouveaux Etats.

Désensorceler le temps du capital ? Démystifier sa durée, dit Holloway ? Il ne suffit pas pour cela de critiquer le « temps homogène et vide » de l'horloge et du chronomètre. Le temps social du capital est rythmé par ses cycles de circulation, de reproduction, d'accumulation. Le temps abstrait n'est que le corollaire de l'abstraction monétaire et de l'abstraction marchande. On ne peut s'en libérer sans se libérer du rapport d'exploitation et sans briser la loi de la valeur-travail. Mais il ne suffit pas jeter son réveil-matin par la fenêtre ou de tirer sur les cadrans pour arrêter la grande horloge du capital qui continue inexorablement de tourner.

La logique du capital est d'une fuite mortifère devant ses propres contradictions. Les gains de productivité libèrent du temps libre d'un côté, mais ils se traduisent par davantage d'exclusion et de précarité. Les techniques de communications peuvent favoriser la démocratie, mais elles peuvent aussi renforcer l'aliénation. Sous le règne du capital, chaque progrès a sa contre-partie de dégâts et de régressions. « Pouvoir de » et « pouvoir sur » ne sont pas face à face, extérieurs l'un à l'autre, mais inextricablement enlacés.

3. L'Etat n'est pas un lieu ou une chose, mais aussi un rapport social. S'il existe une « illusion étatiste » - au sens où Marx dénonçait déjà « l'illusion politique » de ses contemporains, réduisant l'émancipation humaine à l'émancipation « seulement politique » - l'Etat ne se réduit pas pour autant à une illusion. Le rapport social dont il garantit la reproduction se cristallise en institutions et en appareils qui ne sont pas qu'idéologiques. Holloway concède qu'on ne peut se désintéresser des formes de l'Etat, comme si tous les Etats et les gouvernements étaient uniformément gris, et s'il la différence entre une démocratie parlementaire et une dictature militaire était anecdotique. Les rapports de forces sociaux traversent le champ des institutions et de la représentation politique. On a beau prétendre que le pouvoir d'Etat n'est qu'un parmi les multiples rapports de pouvoir, il en est la clef de voûte et la garantie. On a beau prétendre ignorer ce pouvoir, lui ne nous oublie pas. Les libertaires catalans ou les révolutionnaires chiliens (allemands, indonésiens, etc), l'ont hélas vérifié à leurs dépens.

Démystifier, défétichiser ? Pour Holoway, tout semble se jouer dans les têtes. Si la propriété des uns est la dépossession des autres, si la propriété des uns est de la plus-value extorquée et cristallisée, il n'en demeure pas moins que la propriété est aussi un pouvoir, et même la force secrète du pouvoir, plus concentré aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été. Pour la « défétichiser », il faut donc s'attaquer non seulement à sa sacralisation, mais aux rapports réels de propriété : en opposant à la concurrence de tous contre tous et de l'appropriation privée du monde, une logique du bien commun, du service public, de l'appropriation sociale. La charte de l'eau soutenue par les mouvements altermondialistes définit l'accès à l'eau potable comme un droit imprescriptible de l'humanité, considère l'eau comme un bien commun inappropriable, exige que les pouvoirs publics en garantissent à tous l'usage. C'est un bon exemple à suivre.

Holloway renvoie dos à dos le réformisme étatiste et l'avant-gardisme révolutionnaire comme s'il s'agissait d'écueils symétriques. Lénine était plus avisé qui distinguait la maladie sénile du socialisme parlementaire de la « maladie infantile » du communisme. On peut guérir de la seconde ; on survit rarement à la première. On voit mal pourquoi une orientation conseilliste serait antinomique à l'existence de partis. La libre confrontation des programmes et des propositions portées par des partis est plutôt une condition nécessaire à la construction d'un socialisme « par en-bas ». Sans cette lutte des partis, porteurs de projets d'ensemble, le réseau des conseils et des comités se réduirait vite à un puzzle d'intérêts particuliers et d'expériences en miettes que ne tarderait pas à coiffer une bureaucratie prétendant incarner l'intérêt général.

Le cheminement est tout, le but n'est rien ? La révolution réduite à une disposition éthique - la dignité - ne suffit pas à changer effectivement le monde. Holloway admet que la révolte, point de départ nécessaire, ne saurait s'éterniser sans devenir révolution. Si le but ne justifie pas les moyens, il les conditionne. Sans perspective révolutionnaire, ne resterait que la politique du moindre mal - qui est si souvent le plus court chemin vers le pire -, les accommodements au jour le jour, la tactique sans stratégie, la politique politicienne sans vision historique. Combien de présidents démissionnés ou renversés, sans que soit pour autant brisé l'éternel retour de l'exploitation et de la domination ?

4. Rosa Luxemburg et Bernstein même combat ? La première fut pourtant assassinée par les chefs de la social-démocratie. Ce n'était pas par malentendu. Et cette histoire, hélas, n'a cessé de se répéter. Entre réforme et révolution, Holloway cherche une troisième voie, mais reconnaît n'avoir pas de réponse. S'interroger chemin faisant ? D'accord, tant il est vrai que les révolutions sont toujours inédites, qu'elles ne sont jamais la simple répétition des révolutions passées, et qu'à l'instar des militaires, toujours en retard d'une guerre, les révolutionnaires risquent toujours d'être en retard d'une révolution. Mais s'interroger n'est pas effacer les leçons du passé, repartir de zéro, comme si nous l'avions rien appris. Or, Holloway ne se contente pas de s'interroger, il répond à sa manière : en réduisant la révolution à des résistances interstitielles, à des fissures censées se propager, à des niches d'anti-pouvoir dans les remparts imprenables du capital. Comme si les situations de double pouvoir n'étaient pas un moment d'équilibre instable avant un dénouement brutal, où la question cruciale est bien celle que posait Lénine avec obstination : « Qui l'emportera ? ».

La stratégie révolutionnaire ne se réduit pas au Grand soir, ni à la préparation conspirative du coup de force ou du coup de main, à la manière des sociétés secrètes du XIXe siècle. Il n'y a en effet de stratégie que dans la durée, dans son articulation à la tactique, dans la construction des rapports de forces et des alliances. L'asymétrie structurelle entre révolutions bourgeoises et révolutions prolétarienne n'en subsiste pas moins. Devenir bourgeois, c'est accumuler du capital (économique et culturel), du pouvoir et du temps libre. En revanche, devenir prolétaire, c'est être dépossédé des moyens et des finalités de la production, c'est subir l'aliénation du travail et la domination idéologique, c'est devenir rien. Comment de ce rien devenir tout ? Telle est la question stratégique des révolutions sociales depuis le XIXe siècle.

La montée de l'abstention électorale est symptomatique dans de nombreux pays de la crise de la représentation. Mais c'est un symptôme ambivalent. Le retrait de la politique peut aussi déboucher sur un repli égoïste de l'individu privé ou sur un populisme plébiscitaire. Si la trahison est inhérente au jeu électoral, il s'agirait de s'en retirer purement et simplement. C'est laisser le champ libre aux politiciens et aux démagogues. Le conflit des légitimités, entre souveraineté étatique et souveraineté populaire, traverse aussi le champ électoral et les élections sont un élément constitutif du rapport de forces, comme l'illustrent les élections boliviennes ou vénézuéliennes. Le changement radical des rapports sociaux implique le dépérissement - non seulement de l'armée comme corps spécialisé de répression - mais de l'Etat en tant qu'appareil de pouvoir séparé. Mais il ne suffit pas de proclamer leur abolition. Il faut en réunir les conditions : un certain niveau de développement des forces productives, une modification radicale de la division du travail (entre travail manuel et intellectuel notamment), une transformation tout aussi radicale des rapports entre ville et campagne. C'est pourquoi le dépérissement est pour Marx un processus historique et non une utopie.

5. Deux grands craquements, résume Holloway, fissurent la chape de la domination : la crise du travail et celle de la représentation. Elles ne sont que deux symptômes d'une crise qui touche au c¿ur du système : la crise de la loi de la valeur comme mesure du monde. La réduction des rapports sociaux à leur valeur marchande est un facteur d'irrationalité et de violence croissantes. Au lieu de se traduire par du temps libre et créatif, les gains de productivité produisent de la misère et de l'exclusion. Ce dérèglement de la mesure conduit aux catastrophes climatiques et écologiques annoncées. Le capital répond à cette crise par la guerre sociale, la course aux armements et la guerre « hors limites » dans le temps et dans l'espace. Cette crise n'est pas une crise ordinaire, comme le capitalisme en connaît périodiquement, mais une crise historique de civilisation.

Dans une réponse à l'ensemble de ses critiques, John Holloway résume et confirme les thèmes favoris de sa dialectique négative [19]. Le « non » catégorique serait difficile à civiliser et à représenter. Il exprimerait l'urgence, la rupture, l'asymétrie. Ce « non » immédiat - sans médiations - au capitalisme signifierait la révolution ici et maintenant. Au contraire, la perspective d'une révolution au futur transforme la théorie en sociologie ou en science politique, en théorie de - et non contre - la société ; elle fait de l'histoire une prison. Dire non, crier, cracher : John Holloway ou le cri primal de l'altermondialisme ! Ce n'est donc qu'un début. Il reste à apprendre à parler.

Le mouvement alter est arrivé à un premier tournant de sa jeune histoire. A ne considérer que l'Amérique latine, l'heure vient de comparer les bilans de la « voie » luliste au Brésil et de la voie « chaviste » au Vénézuela, d'évaluer le cours nouveau des zapatistes après la sixième déclaration de la Selva Lacandona et « l'autre campagne » du premier semestre 2006, d'approfondir l'alternative bolivarienne au grand marché des Amériques (ALCA) sous hégémonie impériale états-unienne. Face à ces défis actuels, la pensée de Holloway flotte dans l'abstraction spectrale. Son présent absolu, sans passé ni futur, n'est que le degré 0 d'une stratégie renaissante.

Notes

« El zapatismo y las Ciencias Sociales en America latina », Chiapas n°10, 2000.

« Stop making Capitalism », in Werner Bonefeld, Kosmas Psychopedis ed., Human Dignity, Ashgate, Londres, 2005.

« Revolt and revolution, or ¿Get out the way, Capital¿ », in Werner Bonefeld et Sergio Tischler ed., What is to be done, Ahgate, Londres 2002.

« A note on Alienation », in Historical Materialism, n° 146-149, 1997.

« Revolt and Revolution », article cité.

« Stop making Capitalism », article cité.

Ibid.

« Where is Power », in P. Chandra, A. Gosh, et R. Kumar eds., The Politics of Imperialism and Counterstrategies, Aakar Books, Dehli, 2004.

Ibid.

« Walking we ask Questions », entretien avec John Holloway in Perspectives of Anarchist Theory, automne 2004.

« Where is Power », article cité.

« Zapatismo urbano », in Humboldt Journal of Social Relations, Arcata, Californie, 2005.

« El zapatismo y las Ciencias sociales », article cité.

« Walking, we ask Questions », article cité.

« Zapatismo urbano », article cité.

« Stop making Capitalism », article cité.

« Power and Democracy. More than a Reply to Michaël Löwy », New Politics n° 36, 2004.

Ibid.

John Holloway « No ! », in Historical Materialism, vol. 13, n°4, 2005

BENSAÏD Daniel

* Texte écrit pour l'ouvrage collectif « Planète altermondialiste », coordonné par Chiara Bonfiglioli et Sébastien Budgen, Collection « La Discorde », Editions Textuel. Publication en avril 2006.

Mis en ligne le 16 mars 2006

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linouchou Membre 12 messages
Forumeur balbutiant‚ 22ans
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hey, voilà, je suis souvent plutôt d'accord avec ce que tu dis mm si parfois tu t'énerve trop mais...j'ai la flemme de lire désolé.

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R4fale Membre 1 236 messages
Forumeur alchimiste‚ 28ans
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Une synthèse peut être non? Parce que là c'est vraiment répulsif point de vue de la forme!!

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Invité Naphtaline
Invité Naphtaline Invités 0 message
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13. Stratégie. « Nous devons admettre que nous n'avons pas de réponse ». Nous avançons en nous interrogeant (« preguntando caminamos »). Nous devons cependant être impatients. Car le procès de destruction de l'humanité va vite. Dire « Non », refuser, c'est exprimer une impatience, une volonté de « briser le temps » et de « briser l'histoire » [14]. Mais les zapatistes disent aussi : « Ne courrons pas, marchons, car nous allons loin ». Il s'agit de construire une temporalité alternative. Ce qui est décisif désormais, ce n'est plus « la confrontation, mais la construction de notre propre monde » [15]. Nous devons prendre l'initiative, dicter notre agenda au capital : « Nous ne pouvons pas être autonomes dans une société capitaliste », mais nous pouvons « pousser l'autonomie le plus loin possible ».

Si nous concevons le rapport entre l'Etat et le Capital comme un rapport entre le Capital global (la société globale) et l'Etat national, alors les Etats ne sont plus la clef de voûte du système comme le supposaient les théories stato-centrées, celle révolutionnaire de Rosa Luxemburg, comme celle réformiste d'Edouard Bernstein. Une grève de masse globale anéantirait la domination du capital, mais les conditions d'une telle grève n'existent pas. La seule façon de concevoir la révolution, c'est donc « pour le moment » en termes de « fissures », où le capital ne règne plus, qui se propagent dans l'édifice social. Il est difficile d'imaginer une pratique émancipée autrement que sous des formes « interstitielles », de résistance à l'aliénation du travail et d'efforts pour lier ces expériences différentes « dans-contre-au-delà du capital » [16].

C'est dommage qu'il n'y ait pas de stratégie réellement développée car ça permettrait de mieux saisir concrètement l'ensemble de la théorie et surtout les moyens...dire "non", "pousser l'autonomie","organiser la révolution en termes de fissures", pour moi ça reste très vague, trés théorisant et ça fait probablement chouette à aligner sur du papier ou pour scander les foules mais concrètement..on fait quoi? on va où? on arrive à quoi surtout?

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PASDEPARANOIA Membre 27 326 messages
In girum imus nocte et consumimur igni ‚ 43ans
Posté(e)

Concrètement, c'est le mouvement Zapatiste au Mexique. Et plus largement la gauche d'Amérique Latine.

C'est le Que se vayan todos d'Argentine quand les banques ont fait faillites. Là j'ai pas le temps d'expliquer mais recherchez les infos. C'est la preuve que l'on peut faire avancer les choses sans être un bolchevique sanguinaire, sans le système financier que l'on s'évertue à sauver.

L'idée générale, c'est que notre destin nous appartient et que le capitalisme produit les conditions de notre servitude. Arrêtons, au niveau de la vie de tous les jours, de le soutenir, et il tombera de lui-même. Cela implique plus de solidarité, moins de temps pour eux et plus pour nous, refuser de travailler dans certaines conditions pour certaines firmes¿

Je ne dis pas de faire ça aujourd'hui, mais déjà en prendre conscience et s'organiser pour. C'est concrètement partager son temps pour des gardes d'enfants, installer une laverie collective dans un immeuble pour que chacun ne se paye pas une machine à laver, en fait, chercher des solutions collectivement et localement, puis les partager.

Comme partager ses connaissances en générale en développant les licences GNU, le Copyleft, voir le piratage industriel.

Les champs d'applications sont vastes.

Le mot de la fin, c'est que l'on ne veut pas prendre le pouvoir, mais être tranquille, loin de lui si possible et le contraindre à une stricte gestion des biens collectifs dans l'intérêt de tous.

La révolution sans la révolution.

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tsionebreicruoc Membre 74 messages
Forumeur en herbe‚ 33ans
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Concrètement, c'est le mouvement Zapatiste au Mexique. Et plus largement la gauche d'Amérique Latine.

C'est le Que se vayan todos d'Argentine quand les banques ont fait faillites. Là j'ai pas le temps d'expliquer mais recherchez les infos. C'est la preuve que l'on peut faire avancer les choses sans être un bolchevique sanguinaire, sans le système financier que l'on s'évertue à sauver.

L'idée générale, c'est que notre destin nous appartient et que le capitalisme produit les conditions de notre servitude. Arrêtons, au niveau de la vie de tous les jours, de le soutenir, et il tombera de lui-même. Cela implique plus de solidarité, moins de temps pour eux et plus pour nous, refuser de travailler dans certaines conditions pour certaines firmes¿

Je ne dis pas de faire ça aujourd'hui, mais déjà en prendre conscience et s'organiser pour. C'est concrètement partager son temps pour des gardes d'enfants, installer une laverie collective dans un immeuble pour que chacun ne se paye pas une machine à laver, en fait, chercher des solutions collectivement et localement, puis les partager.

Comme partager ses connaissances en générale en développant les licences GNU, le Copyleft, voir le piratage industriel.

Les champs d'applications sont vastes.

Le mot de la fin, c'est que l'on ne veut pas prendre le pouvoir, mais être tranquille, loin de lui si possible et le contraindre à une stricte gestion des biens collectifs dans l'intérêt de tous.

La révolution sans la révolution.

En fait, c'est clair que vu comme ça c'est de l'anti bolchévisme total. Seulement le problème, c'est qu'on passe d'un extrême à l'autre!

D'un pouvoir hyper-centralisé qui nie l'individu au nom du groupe à pas de pouvoir et pas groupe!

Bon, d'une utopie à l'autre...

La solution ne se situe jamais dans les extrêmes c'est toujours dans la recherche du meilleur équilibre possible.

A mon avis, toutes les solutions qui prétendront vouloir rejeter le pouvoir et le fait que l'être humain s'organise en groupe hiérarchique n'aura aucun avenir. Pour moi, il faut se saisir de ces composantes qui semblent pour le moins inaltérables et essayer d'en tirer le meilleur parti possible. Je pense que c'est ça ou alors continuer à foncer dans les murs, tête baissée, sans chercher à comprendre, et s'étonner que ça ne marche pas...

OK, c'est moins "cool" comme solution, mais perso je pense qu'on a pas le choix, on doit faire avec ce qu'on est, on ne peut pas se décréter autre chose. Et si des changements doivent avoir lieu ça ne se ferait que sur du très très long terme. Quand on veux agir, il faut composer avec la réalité, ce qui n'empêche pas l'ambition du changement pour le futur.

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PASDEPARANOIA Membre 27 326 messages
In girum imus nocte et consumimur igni ‚ 43ans
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Ben oui et non. Pour l'anti bolcho, ok, d'ailleurs ça m'amuse beaucoup de me faire traiter de gaucho.

Là, c'est le groupe qui décide localement en fonction de ses intérêts propre. Aux groupes de se fédérer dans un intérêt plus général (énergie, alimentaire, transport). Et surtout, c'est l'action, en dehors de toute idée révolutionnaire, qui fait la différence. On s'en branle du pouvoir, ce qui compte, c'est de vivre heureux. Comment faire. Voilà la problématique, qui est propre à chaque individu, chaque village te région, mais qui peut trouver une réponse avec un peu d'exercice et de patience.

C'est la volonté d'agir qui créée le mouvement, pas l'idée de mouvement. Typiquement je pourrait illustrer ça avec le Vélib à Paris. Il y a tjr eu des cyclistes à Paris, mais bcp ont attendu qu'on leur fournisse (le pouvoir) les moyens de le devenir. Se faisant ils abandonnent une part de liberté en acceptant d'être tracé au mètre prêt dans leurs déplacements.

Ca peut être éteindre sa TV, quand je vois le nombre de personne s'en plaignant, pourquoi les garder chez soi ? Des gouffres à énergie pour s'amollir le bulbe de connerie mercantile, aucuns ou si peu d'intérêt. Ou des villages qui ont repris tout simplement le contrôle de la distribution de l'eau, source vitale, quand ils se sont aperçus de l'arnaque des syndicats des eaux.

On n'est pas dans l'utopie mais dans le concret et à cet égard l'Amérique Latine est à des années lumière de nous.

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PASDEPARANOIA Membre 27 326 messages
In girum imus nocte et consumimur igni ‚ 43ans
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Ahurissante analyse de ce texte par le Club de l'Horloge, marmite à merde de la droite extrème, à lire, par ce qu'il faut voir comment ces gens là perçoivent notre quête de liberté.

http://www.clubdelhorloge.fr/extreme_gauche_02_holloway.php

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669 Membre 4 033 messages
Forumeur alchimiste‚ 43ans
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Concrètement, c'est le mouvement Zapatiste au Mexique. Et plus largement la gauche d'Amérique Latine.

C'est le Que se vayan todos d'Argentine quand les banques ont fait faillites. Là j'ai pas le temps d'expliquer mais recherchez les infos. C'est la preuve que l'on peut faire avancer les choses sans être un bolchevique sanguinaire, sans le système financier que l'on s'évertue à sauver.

L'idée générale, c'est que notre destin nous appartient et que le capitalisme produit les conditions de notre servitude. Arrêtons, au niveau de la vie de tous les jours, de le soutenir, et il tombera de lui-même. Cela implique plus de solidarité, moins de temps pour eux et plus pour nous, refuser de travailler dans certaines conditions pour certaines firmes¿

Je ne dis pas de faire ça aujourd'hui, mais déjà en prendre conscience et s'organiser pour. C'est concrètement partager son temps pour des gardes d'enfants, installer une laverie collective dans un immeuble pour que chacun ne se paye pas une machine à laver, en fait, chercher des solutions collectivement et localement, puis les partager.

Comme partager ses connaissances en générale en développant les licences GNU, le Copyleft, voir le piratage industriel.

Les champs d'applications sont vastes.

Le mot de la fin, c'est que l'on ne veut pas prendre le pouvoir, mais être tranquille, loin de lui si possible et le contraindre à une stricte gestion des biens collectifs dans l'intérêt de tous.

La révolution sans la révolution.

Alors je vais peut être dire une connerie, car là on est très loin de mon domaine de compétence, mais....

Argentine, Mexique, Amérique Latine en générale.......

Ce ne sont pas vraiment des pays qui roulent sur l'or ! Les bidonvilles, les SDF, la mortalité infantile.... ca me semble pas être un exemple particulièrement efficace de politique... sans parler qu'au niveau du "poid politique" sur la politique mondiale..... il font pas de miracles !

Mais tu parlais peut être d'un autre aspect, ou je n'ai peut être tout simplement rien compris............. j'admet volontiers que je ne suis pas en terrain connu là...

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PASDEPARANOIA Membre 27 326 messages
In girum imus nocte et consumimur igni ‚ 43ans
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Effectivement, c'est loin de ton domaine. L'Amérique Latine se relève de 50 ans de dictature néo libérale sous la férule du clergé catholique et de la CIA. Mais depuis que la gauche est au pouvoir, et c'est très récent, les pauvres sont moins pauvres. Car tout simplement les richesses reviennent au pays au lieu d'enrichir les USA.

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Invité Naphtaline
Invité Naphtaline Invités 0 message
Posté(e)
Se faisant ils abandonnent une part de liberté en acceptant d'être tracé au mètre prêt dans leurs déplacements.

Bah je ne suis pas tout à fait d'accord, la liberté n'a rien à voir avec le secret, ce n'est pas parce qu'on connait tes déplacements (et encore juste ton pt de départ et ton pt de retour) que ça t'ote une quelconque liberté...moi j'en ai vraiment rien à taper personnellement qu'on sache que j'étais aux Halles à 18h42 et que j'ai rendu mon vélo à St Michel à 22h38 par ex..'fin bon c'est pas le sujet...

Effectivement, c'est loin de ton domaine. L'Amérique Latine se relève de 50 ans de dictature néo libérale sous la férule du clergé catholique et de la CIA. Mais depuis que la gauche est au pouvoir, et c'est très récent, les pauvres sont moins pauvres. Car tout simplement les richesses reviennent au pays au lieu d'enrichir les USA.

Pour revenir au mouvement zapatiste, ce qui est essentiellement à l'origine de son engouement et de son "relatif" succès c'est qu'il agit avant tout pour des minorités autochtones et pour une revendication, une appropriation des territoires qu'ils rendent autonomes (autarciques?). Maintenant je ne suis pas certaine que dans ces Municipalités autonomes comme elles se nomment, la pauvreté ait vraiment diminuée, l'injustice ou l'exclusion disparue. Et puis, ça reste un mouvement dirigé par des militaires, des miliciens et des soldats...même si une des bases du fonctionnement est le référendum, qui se prononce réellement?

Pour le reste, j'adhère mais je pense que ce qui peut vaguement fonctionner dans un pays en voie de développement où tout est à faire et à imaginer, peut difficilement fonctionner en France par exemple.

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PASDEPARANOIA Membre 27 326 messages
In girum imus nocte et consumimur igni ‚ 43ans
Posté(e)
Bah je ne suis pas tout à fait d'accord, la liberté n'a rien à voir avec le secret, ce n'est pas parce qu'on connait tes déplacements (et encore juste ton pt de départ et ton pt de retour) que ça t'ote une quelconque liberté...moi j'en ai vraiment rien à taper personnellement qu'on sache que j'étais aux Halles à 18h42 et que j'ai rendu mon vélo à St Michel à 22h38 par ex..'fin bon c'est pas le sujet...

Pour revenir au mouvement zapatiste, ce qui est essentiellement à l'origine de son engouement et de son "relatif" succès c'est qu'il agit avant tout pour des minorités autochtones et pour une revendication, une appropriation des territoires qu'ils rendent autonomes (autarciques?). Maintenant je ne suis pas certaine que dans ces Municipalités autonomes comme elles se nomment, la pauvreté ait vraiment diminuée, l'injustice ou l'exclusion disparue. Et puis, ça reste un mouvement dirigé par des militaires, des miliciens et des soldats...même si une des bases du fonctionnement est le référendum, qui se prononce réellement?

Pour le reste, j'adhère mais je pense que ce qui peut vaguement fonctionner dans un pays en voie de développement où tout est à faire et à imaginer, peut difficilement fonctionner en France par exemple.

Pas tout à fait vrai, car historiquement se sont des universitaires, pas des militaires, et que la lute armée n'a durée que deux ans, et tout le monde n'était pas d'accord, ce fut décidé en vote et non imposé. C'est tout le prodige, ils ont tenu tête à l'armée mexicaine des années sans violence. La réponse du gouvernement fut Acteal.

De toute façon, ça ne peut pas être pire. Les indigènes n'ont rien et le premier qui bronche se prend une balle. Etre esclave d'une firme ou travailler la terre de ses ancêtres pour son compte et librement, tu préfères quoi ?

Le vélib, plus la carte intégrale, plus ceci plus cela, et tu te retrouves cerné de pub.

Ca doit rester un choix, pas être un piratage de donnée privées.

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tsionebreicruoc Membre 74 messages
Forumeur en herbe‚ 33ans
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Ben oui et non. Pour l'anti bolcho, ok, d'ailleurs ça m'amuse beaucoup de me faire traiter de gaucho.

Là, c'est le groupe qui décide localement en fonction de ses intérêts propre. Aux groupes de se fédérer dans un intérêt plus général (énergie, alimentaire, transport). Et surtout, c'est l'action, en dehors de toute idée révolutionnaire, qui fait la différence. On s'en branle du pouvoir, ce qui compte, c'est de vivre heureux.

OK, OK, je n'ai aucunement envie de t'empêcher d'être heureux et je n'ai rien contre le fait que des gens veulent être heureux. De bonnes conditions de vie (tant matérielles que psychologiques) et la recherche de celles-ci étant pour moi capitales.

Cependant, être heureux, et appeler des groupes à se former comme ça, ici ou là juste pour cet objectif, ça fait un peu court je trouve.

Dans le sens de ce que je disais dans mon message précédent il me semble que l'être humain est un peu plus complexe que cela, et moi-même ça ne me suffit pas.

Il faut qu'on sache autour de quels principes fondamentaux on forme tel groupe, vers quels objectifs abstraits et concrets on veut que notre groupe se tourne, quelles perspectives on veut lui donner, dans quoi on l'inscrit par rapport au passé et au présent, et enfin comment on organise ce groupe pour le faire fonctionner dans le sens de tout ce qui aura été établi ici.

Tant que tout cela n'aura pas été clairement établi, personellement je ne vois aucune raison de bouger et de faire bouger.

Je ne bouge pas si je ne sais pas où je vais. Et une fois que je bouge j'essaie d'être conscient d'où je suis vraiment capable d'aller avec mes deux pieds et les chaussures que j'ai, ce qui ne m'empêche d'envisager d'autres moyens de transport pour plus tard. Et si d'autres veulent bouger avec moi, il faut quelque chose de fort qui nous unissent si on veut que le groupe tienne sur le long terme.

Je dis pas que tant que tous ces critères ne sont pas remplis faut rien faire. En attendant chacun peut de son côté faire ce qu'il croit bon, et ainsi, au fur et à mesure peut-être naîtront des choses capables de remplir les critères dont je parlais et ainsi de charier de solides mouvements crédibles et qui pourront avoir des perspectives productives sur le long terme.

T'as parlé du vélo, t'aimes pas la télé, etc, tu t'intéresse à l'Amérique latine, etc. Ben en attendant que de grandes choses capables de charier de grands mouvements se détachent, fais à ton échelle ce que tu crois être bon. Tu ne peux pas, comme ça, boulverser les choses et faire que les gens te suivent, comme ça, juste pour... être heureux.

Enfin, j'te dis tout ça mais peut-être que t'en est plus ou moins conscient.

Par contre en ce qui concerne l'état actuel de l'amérique du Sud, de la "gauche" là-bas, perso je serais moins enthousiaste.

D'un côté de cette gauche on a ce qui marche le mieux: Le Brésil et le Chili.

A savoir deux sociétés qui restent fortement super inégalitaires et qui concrètement ne proposent qu'une super "social-démocratie" avec l'accent mis sur l'éducation en plus peut-être. Enfin en tous cas, je ne vois aucune grande perspective qui trancherait avec le monde actuel sortir de cela.

De l'autre côté, on a un truc qui se la pète beaucoup mais qui en ce qui me concerne reste très bancale: appelons ça l'Amérique latine à la Chavez.

Qu'est-ce qu'ils font? Ils nationalisent. Nationalisations des matières premières et d'autres industries, jusqu'à des industries financières. Alors OK, l'argent de ces nationalisations est plus utilisé qu'avant dans le secteur social, médical et dans l'éducation, mais il n'y a là aucun projet de société viable sur le long terme. En effet, économiquement tout dépends entièrement du système capitaliste actuel, cette gauche est prise en otage, elle ne créée rien, elle prend plus d'argent et le redistribue plus qu'auparavant. C'est tout. Intellectuellement il n'y a aucune nouvelle perspective et le système ne reste viable que tant que le capitalisme se porte bien. Par ailleurs il y a là dedans de grands mélanges politico-religieux, notamment chez Chavez, mais aussi au Nicaragua voire aussi au Paraguay pour le cas le plus spectaculaire, qui accentue le fait que psychologiquement, ça sent le renfermé.

Cette nouvelle gauche Sud-américaine est pour résumer plus anti-quelque chose que pro-quelque chose. Quand on veut construire quelque chose, il faut être plus pro-quelque chose que anti-quelque chose, sinon, à mon avis, "no future".

Modifié par tsionebreicruoc

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R4fale Membre 1 236 messages
Forumeur alchimiste‚ 28ans
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Concrètement, c'est le mouvement Zapatiste au Mexique. Et plus largement la gauche d'Amérique Latine.

C'est le Que se vayan todos d'Argentine quand les banques ont fait faillites. Là j'ai pas le temps d'expliquer mais recherchez les infos. C'est la preuve que l'on peut faire avancer les choses sans être un bolchevique sanguinaire, sans le système financier que l'on s'évertue à sauver.

L'idée générale, c'est que notre destin nous appartient et que le capitalisme produit les conditions de notre servitude. Arrêtons, au niveau de la vie de tous les jours, de le soutenir, et il tombera de lui-même. Cela implique plus de solidarité, moins de temps pour eux et plus pour nous, refuser de travailler dans certaines conditions pour certaines firmes¿

Je ne dis pas de faire ça aujourd'hui, mais déjà en prendre conscience et s'organiser pour. C'est concrètement partager son temps pour des gardes d'enfants, installer une laverie collective dans un immeuble pour que chacun ne se paye pas une machine à laver, en fait, chercher des solutions collectivement et localement, puis les partager.

Comme partager ses connaissances en générale en développant les licences GNU, le Copyleft, voir le piratage industriel.

Les champs d'applications sont vastes.

Le mot de la fin, c'est que l'on ne veut pas prendre le pouvoir, mais être tranquille, loin de lui si possible et le contraindre à une stricte gestion des biens collectifs dans l'intérêt de tous.

La révolution sans la révolution.

Ben personnellement ça ne me plait pas ( c'est mon point de vu) !!

Le malheur des uns fait le bonheur des autres!!

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PASDEPARANOIA Membre 27 326 messages
In girum imus nocte et consumimur igni ‚ 43ans
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OK, OK, je n'ai aucunement envie de t'empêcher d'être heureux et je n'ai rien contre le fait que des gens veulent être heureux. De bonnes conditions de vie (tant matérielles que psychologiques) et la recherche de celles-ci étant pour moi capitales.

Cependant, être heureux, et appeler des groupes à se former comme ça, ici ou là juste pour cet objectif, ça fait un peu court je trouve.

Dans le sens de ce que je disais dans mon message précédent il me semble que l'être humain est un peu plus complexe que cela, et moi-même ça ne me suffit pas.

Il faut qu'on sache autour de quels principes fondamentaux on forme tel groupe, vers quels objectifs abstraits et concrets on veut que notre groupe se tourne, quelles perspectives on veut lui donner, dans quoi on l'inscrit par rapport au passé et au présent, et enfin comment on organise ce groupe pour le faire fonctionner dans le sens de tout ce qui aura été établi ici.

Tant que tout cela n'aura pas été clairement établi, personellement je ne vois aucune raison de bouger et de faire bouger.

Je ne bouge pas si je ne sais pas où je vais. Et une fois que je bouge j'essaie d'être conscient d'où je suis vraiment capable d'aller avec mes deux pieds et les chaussures que j'ai, ce qui ne m'empêche d'envisager d'autres moyens de transport pour plus tard. Et si d'autres veulent bouger avec moi, il faut quelque chose de fort qui nous unissent si on veut que le groupe tienne sur le long terme.

Je dis pas que tant que tous ces critères ne sont pas remplis faut rien faire. En attendant chacun peut de son côté faire ce qu'il croit bon, et ainsi, au fur et à mesure peut-être naîtront des choses capables de remplir les critères dont je parlais et ainsi de charier de solides mouvements crédibles et qui pourront avoir des perspectives productives sur le long terme.

T'as parlé du vélo, t'aimes pas la télé, etc, tu t'intéresse à l'Amérique latine, etc. Ben en attendant que de grandes choses capables de charier de grands mouvements se détachent, fais à ton échelle ce que tu crois être bon. Tu ne peux pas, comme ça, boulverser les choses et faire que les gens te suivent, comme ça, juste pour... être heureux.

Enfin, j'te dis tout ça mais peut-être que t'en est plus ou moins conscient.

Par contre en ce qui concerne l'état actuel de l'amérique du Sud, de la "gauche" là-bas, perso je serais moins enthousiaste.

D'un côté de cette gauche on a ce qui marche le mieux: Le Brésil et le Chili.

A savoir deux sociétés qui restent fortement super inégalitaires et qui concrètement ne proposent qu'une super "social-démocratie" avec l'accent mis sur l'éducation en plus peut-être. Enfin en tous cas, je ne vois aucune grande perspective qui trancherait avec le monde actuel sortir de cela.

De l'autre côté, on a un truc qui se la pète beaucoup mais qui en ce qui me concerne reste très bancale: appelons ça l'Amérique latine à la Chavez.

Qu'est-ce qu'ils font? Ils nationalisent. Nationalisations des matières premières et d'autres industries, jusqu'à des industries financières. Alors OK, l'argent de ces nationalisations est plus utilisé qu'avant dans le secteur social, médical et dans l'éducation, mais il n'y a là aucun projet de société viable sur le long terme. En effet, économiquement tout dépends entièrement du système capitaliste actuel, cette gauche est prise en otage, elle ne créée rien, elle prend plus d'argent et le redistribue plus qu'auparavant. C'est tout. Intellectuellement il n'y a aucune nouvelle perspective et le système ne reste viable que tant que le capitalisme se porte bien. Par ailleurs il y a là dedans de grands mélanges politico-religieux, notamment chez Chavez, mais aussi au Nicaragua voire aussi au Paraguay pour le cas le plus spectaculaire, qui accentue le fait que psychologiquement, ça sent le renfermé.

Cette nouvelle gauche Sud-américaine est pour résumer plus anti-quelque chose que pro-quelque chose. Quand on veut construire quelque chose, il faut être plus pro-quelque chose que anti-quelque chose, sinon, à mon avis, "no future".

Je vais te répondre sur la première partie, car les différentes politiques gouvernementales sont hors sujet.

Sur le pourquoi du comment, ce qui c'est passé en Argentine avec « Que vayan todos » qu'ils s'en aillent tous, est éloquent. C'est le jour ou les banques firent faillites, et partirent les clefs sur les pores, mais les coffres vides. La population c'est retrouvée à une grande échelle dans une situation inédite ou ils avaient les moyens de productions sans le capital. Ils se sont mis au travail, avec aussi la liberté. Là ou on leur prédit l'anarchie débile, ils inventaire l'anarchie utile, l'ordre sans l'autorité. Chacun discuta alors dans les hôtels, les usines, les fermes, de ce qu'il savait faire, et ce qu'il voulait faire. Là dessus tout le monde se mit d'accord ou partis mais le mot d'ordre était au travail. Nous n'avons pas besoin de faignants.

La moralité de cette histoire est qu'il est possible de vivre sans le capitalisme financier, et que la réflexion sur le sens de nos vie nous échappe si nous n'y sommes pas confrontés. Pour savoir où aller, encore faut-il se le demander. On sait au moins plus facilement où on ne désir pas aller, c'est déjà ça.

Sur l'Amérique Latine, globalement c'es beaucoup mieux qu'avant. C'est difficile, les USA sont toujours à l'affut, voir Morales en Bolivie, mais si tu lis les indicateurs, une plus large partie de la population accède à l'éducation et la santé, ce qui est primordial pour bâtir une société. C'est pas en nombre de TV couleur qu'on aura un indice de satisfaction. Ces pays partent de rien. Tout appartenait à une élite blanche. Il faut aussi mesurer le chemin à parcourir.

Faire quelque chose de son côté, c'est exactement ce que John Holloway préconise. Pas là bàs, pas demain, mais ici et maintenant, et pas forcément un truc de ouf mais simplement casser l'individualisme capitaliste par plus de solidarité. Et ça passe par de nombreuses formes qui vont du syndicalisme au partage d'idées entre potes. Dépanner sa famille, ses amis, sans y mettre de valeur marchande dedans. A chacun de trouver sa voie.

Ben personnellement ça ne me plait pas ( c'est mon point de vu) !!

Le malheur des uns fait le bonheur des autres!!

Ca ne te plait pas car tu profites du malheur des un, mais s'il était possible de trouver un équilibre qui ne nuirait pas tant que ça. Si nos actes étaient pesé et réfléchis pour amoindrir leur impact négatives ?

Pense au climat. Le malheur des uns fini par être celui de tous.

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tsionebreicruoc Membre 74 messages
Forumeur en herbe‚ 33ans
Posté(e)
Pas là bàs, pas demain, mais ici et maintenant, et pas forcément un truc de ouf mais simplement casser l'individualisme capitaliste par plus de solidarité. Et ça passe par de nombreuses formes qui vont du syndicalisme au partage d'idées entre potes. Dépanner sa famille, ses amis, sans y mettre de valeur marchande dedans. A chacun de trouver sa voie.

A ce niveau là on est d'accord alors. Seulement perso, et peut-être que là on sera plus d'accord:

Faire ce qu'on peut chacun de son côté à son échelle mais ne jamais perdre de vue que notre salut passe par le groupe et que la formation, la productivité et la pérénité de celui-ci dépends de choses qu'il faut impérativement je pense prendre en considération, parmis lesquels je pense les critères que j'ai énoncé auparavant.

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photon84 Membre 224 messages
Forumeur activiste‚ 32ans
Posté(e)
Faire quelque chose de son côté, c'est exactement ce que John Holloway préconise. Pas là bàs, pas demain, mais ici et maintenant, et pas forcément un truc de ouf mais simplement casser l'individualisme capitaliste par plus de solidarité. Et ça passe par de nombreuses formes qui vont du syndicalisme au partage d'idées entre potes. Dépanner sa famille, ses amis, sans y mettre de valeur marchande dedans. A chacun de trouver sa voie.

Tout a fait d'accord avec toi, et je crois que c'est le message principal du texte de départ.

J'ajouterais que les actions à mener doivent être adapté au capitalisme pour s'y développer sans l'encourager pour autant (privilégié un bénéfice global plutôt que monétaire), mais aussi pouvoir s'en émanciper. Voir l'argent comme un moyen et non comme une fin en quelque sorte.

Y aussi l'idée de créer un précédent, un system solidaire (pourquoi pas une entreprise!!) efficace sera sûrement repris par d'autre, créant ainsi les fameuses brèches dans le system capitalisme dont il est question.

Après, je relativise les idées du texte, qu'entend on exactement par capitalisme?

Pars que si on considère tout commerce comme du capitalisme, alors, oui je suis irrémédiablement capitalisme.

Et puis pour l'actualité :smile2: , faut pas confondre action et revendication. Donc la grève d'aujourd'hui n'entre pas dans mon idée d'action solidaire.

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