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La meute, le miroir et l'étranger

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orangine

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orangine Membre 813 messages
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La Meute, le Miroir et l’Étranger

Dans une vallée entourée de falaises vivait une meute connue pour sa force.
On y parlait fort, on y marchait vite, et l’on montrait les dents avant de tendre la patte.
Ici, l’agressivité était une armure, portée par peur d’être blessé le premier.

Un soir d’hiver, un étranger apparut au bord du feu.
Il ne grognait pas, ne provoquait pas, ne se justifiait pas.
Il regardait simplement la flamme, comme on regarde un souvenir.

La meute s’agita.
Il nous juge, disaient certains.
Il se croit supérieur, disaient d’autres.
S’il est silencieux, c’est qu’il cache quelque chose.

Alors ils l’encerclèrent, chacun projetant sur lui ses propres colères, ses hontes, ses peurs anciennes.
L’étranger resta immobile.

Au centre du cercle, il posa un objet au sol : un miroir ancien, fendu mais brillant.
Je ne suis pas venu pour être compris, dit-il calmement.
Seulement pour vous montrer ce que vous montrez.

Un à un, les membres de la meute se virent dans le miroir :
leurs crocs tendus, leurs yeux durs, mais aussi leurs blessures mal refermées.
Ils réalisèrent alors que l’agressivité qu’ils croyaient protectrice était surtout un cri non entendu.

L’étranger repartit avant l’aube.
Il n’avait rien demandé, rien expliqué, rien reproché.

Depuis ce jour, dans la vallée, on se méfie moins du silence des autres.
On apprend que le respect commence là où l’on cesse d’attaquer ce que l’on ne comprend pas,
et que le non-jugement est parfois la forme la plus haute de courage.

Morale :
On croit souvent combattre l’autre,
alors qu’on se défend de soi-même.

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orangine Membre 813 messages
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Les explications de l’Étranger

« Je n’étais pas silencieux par mépris,
mais parce que j’ai appris que le bruit empêche d’entendre.

Je ne vous jugeais pas.
Je vous regardais lutter contre des ennemis qui n’étaient plus là.
L’agressivité que vous brandissez n’est pas une arme :
c’est une cicatrice encore ouverte.

Quand on attaque vite,
c’est souvent pour éviter de sentir.
Quand on juge fort,
c’est souvent pour ne pas se regarder.

Je n’ai rien provoqué, car la provocation naît chez celui qui se sent menacé.
Je n’ai rien expliqué, car certaines vérités ne passent pas par les mots
mais par le reflet.

Le respect ne commence pas par l’accord,
il commence par la retenue.
Le non-jugement n’est pas une faiblesse,
c’est une discipline intérieure.

Je suis parti parce que mon rôle n’était pas de rester,
mais de rappeler ceci :
l’autre n’est pas un danger par défaut,
et ce qui vous met en colère parle souvent de vous, pas de lui. »

Les explications de la Meute

« Nous avons cru attaquer par force,
mais c’était par habitude.

Ici, on nous a appris à montrer les dents avant de tendre l’oreille.
À frapper avant d’être touchés.
À juger vite, parce que comprendre prend du courage
et que le courage fatigue.

Quand l’Étranger est arrivé,
son calme nous a mis en rage.
Non pas parce qu’il nous menaçait,
mais parce qu’il ne jouait pas selon nos règles :
celles de la peur déguisée en autorité.

Nous avons vu dans son silence
tout ce que nous refusons d’entendre en nous-mêmes.
Nous l’avons accusé de jugement
parce que nous vivons en procès permanent —
les uns contre les autres,
et chacun contre soi.

Notre agressivité nous semblait nécessaire,
mais elle nous évitait surtout de reconnaître
que nous avions mal,
et que nous ne savions plus demander autrement.

Devant le miroir, nous avons compris trop tard :
nous ne défendions pas la meute,
nous défendions nos blessures.

Nous avons appris que le respect ne menace pas la cohésion,
qu’il la rend possible.
Et que le non-jugement n’efface pas les différences,
il empêche seulement qu’elles deviennent des armes.

Si nous parlons aujourd’hui plus bas,
ce n’est pas par faiblesse,
mais parce que nous avons enfin entendu
ce que nos cris recouvraient. »

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