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Arkadis

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Tout ce qui a été posté par Arkadis

  1. Je n'ai lu votre message que ce matin, en général je ne lis pas les réponses ou alors je prends le temps car il ne m'est jamais arrivé ici de rencontrer quelqu'un qui cherche à réellement comprendre ce que l'autre écrit. Du coup lassé j'écris sans plus dialoguer. Je suis agréablement surpris par la concision de votre écriture. Cela dit je vais revenir sur le "je", plus tard dans un autre message, mais d'une manière beaucoup plus pratique que philosophique : est il possible de "vivre" "je" ou "moi" là, à l'instant, dans ce moment infinitésimal qu'est le présent ? Je pense que oui mais c'est très malaisé car nous tendons sans cesse à objectiver le "je" ou le "moi" et le langage lui même nous égare. Dans cette recherche dynamique je trouve certaines choses étonnantes qui rejaillissent sur certains problèmes de la physique, qui sont toujours en suspens, mais qui ne sont pas travaillés car la résolution de ces problèmes n'est pas utile dans le déroulement de la technique mathématique. Cette tentative de localisation du "je" qui échoue sans cesse a aussi des conséquences sur les travaux relatifs à la conscience : ces travaux n'avancent pas, je viens de lire ce constat d'une chercheuse en neuro. Le problème est toujours le même : comment objectiver la conscience alors que c'est toujours elle qui étudie la conscience objectivée. Comment connaitre le "moi" ou le "je" (notez l'article qui indique bien le piège du langage) alors que c'est toujours "moi" ou "je" en mouvement qui observe. "Je" cherche à observer "je" mais le premier "je" est mouvement, est vivant tandis que le deuxième est objet, immobile, mort. J'ai dans mon esprit la vision de la pierre qui attient sa cible, je suis alors dans le vivant, le mouvement, je tente d'objectiver cette vision dans une droite dessinée, et je perds le mouvement, je perds la vie, et la pierre n'attient plus sa cible (Zénon). Il est donc impossible d'observer l'observateur en ce qu'il est puisque l'observateur est vivant tandis que l'observateur étudié, objectivé est mort. Nous ne nous rendons pas compte que nous passons du mouvement à l'immobilité, du vivant à la mort, nous ne parvenons pas à saisir la vie car nous la tuons dès que nous voulons la saisir. A ce propos j'ai lu récemment une chercheuse en biologie qui écrit qu'il est impossible de définir la vie. Il y a des centaines de définition et toutes échouent. Dans l'acte de définition même de la vie nous perdons la vie que nous tentons de saisir. Je reviendrai sur ces thèmes. Bonne journée.
  2. Si ce ne sont pas les Français qui se jettent sur les dindes ce seront leurs chiens. Le jour où vous trouverez des dindes sauvages se promenant dans des lotissements français appelez moi. Il y a une autre raison pour laquelle vous ne verrez jamais ce que vous pourriez voir dans le Wisconsin : les Français se barricadent derrière des murs, des clôtures, donc vous ne risquez pas de voir des volatiles sauvages se promener chez vous, pour cela il faudrait que vous laissiez vos jardins ouverts, ce que font les Américains, ce que vous ne faites pas.
  3. Il y a environ un mois je me promenai dans un vaste lotissement de Green Bay, une ville du Wisconsin, où habitent les beaux parents de l'un de mes fils. J'étais étonné par l'ampleur des terrains, des milliers de m², l'absence de haies, la présence de bois entre les maisons, elles mêmes vastes, souvent de simple rez de chaussée (avec un basement parfois), de lacs, d'espaces verts, et d'animaux sauvages, biches, oies sauvages, écureuils et...Et un troupeau de volatiles imposants que je n'arrivai pas à identifier. Ce troupeau se baladait tranquillement dans les jardins des maisons, personne ne les poursuivait, il faisait partie du paysage. Je pris une photo et le beau père m'expliqua que c'étaient des dindes, Turkey en Americain. Je fus surpris, comment se fait il que ces dindes sauvages survivent encore ? Il est interdit de les chasser me dit il mais par exemple en France disais je, malgré l'interdiction, un troupeau de dindes sauvages ne pourrait pas survivre longtemps dans un lotissement d'habitation, les Français les tueraient toutes aussitôt. Il m'expliqua alors que les Américains respectaient les "turkey" car sans elles les Anglais quand ils accostèrent pour la première fois en Amérique seraient morts de faim. En reconnaissance Jefferson songea à en faire l'emblème des USA mais me dit-il ce fut l'aigle qui finalement fut choisi (en fait d'aigle c'est en réalité le pygargue qui fut choisi). D'une manière générale ce respect des animaux sauvages, au milieu des habitations ou encore des entrepôts des zones industrielles dans le Wisconsin m'a surpris. En France ces animaux sauvages, dans ces endroits là, seraient immédiatement tués.
  4. Il y a un moyen pratique pour réussir à annuler toute distance entre "moi" ou "je" et toute localisation de toute intériorité c'est de se dire que tout, absolument tout ce que nous percevons est d'abord une empreinte laissée sur la trame de "moi" conscient, par une réalité extérieure. Tout. Tout démarre par cette empreinte médiatisée par les cinq sens. Mais se donner comme discipline mentale de toujours se rappeler que tout commence par cette empreinte laissée sur la trame de "moi", l'écran de "moi" ou "je" est difficile. Et nous finissons presque toujours par nous affranchir de cette discipline, ce qui produit plein de confusions ensuite. Je regarde "mon cerveau" par exemple, grâce à des méthodes d'observation modernes, et j'oublie aussitôt que ce que je vois ce n'est pas directement le cerveau mais le cerveau médiatisé par une empreinte laissée sur la trame de "moi" conscient. Le cerveau, tel que je le vois (sens de la vision), tel que je le LOCALISE, donc tel que je l'extériorise est d'abord une empreinte intime traitée automatiquement, grâce à des millions d'années d'évolution, empreinte travaillée par des mécanisme inconscients, qui me font "croire" que ce que je vois est un donné extérieur (donc localisable) immédiat. Et c'est faux. Enfin quand je dis que Kant ne fait pas de psychologie je dis qu'il ne s'intéresse qu'à ce qui est donné par les cinq sens, il ne s'intéresse pas aux ressentis tels que les sentiments ou les émotions par exemple lesquels ne sont pas véhiculés par les cinq sens. Kant part donc de la sensibilité (ce que j'appelle l'empreinte) puis ensuite il construit sa philosophie (je parle de la CRP). Mais il a raison, tout ce que je construis (concernant ce qu'il appelle l'objet scientifique) part d'abord de cette empreinte intime (la sensibilité écrit il avant de même de parler d'intuition, entendre : la sensibilité d'une membrane acoustique par exemple). En fait j'écris cela pour me "forcer" moi même à me discipliner ! car sans cesse j'oublie aussi ce point de départ : l'empreinte intime, qui n'est pas localisable, car elle m'affecte directement, sans distance. Ainsi par l'image de l'empreinte, qui vaut ce qu'elle vaut bien sur, j'annule la distance, je m'affranchis de la localisation.
  5. Votre réaction provoque en moi de nouvelles réflexions, pour moi, très roboratives ! Vous écrivez : "Toujours est-il que je trouve toujours plus commode d'identifier cette intériorité, ce lieu, au corps". Ainsi vous localisez cette intériorité dans le corps. Nous pourrions partir de l'Univers, puis converger vers la Voie lactée, puis vers la Terre, puis vers le corps. Ainsi nous convergerions vers...ce qui reste un lieu, c'est à dire un point distant de...soi. Nous pouvons aussi continuer dans cette convergence, et tendre vers une limite, tendre vers..."soi" (ou "moi", ou "je" ou...nous pouvons choisir le pronom qui convient à notre sensibilité). Je pense que, si nous atteignons une limite (faire tendre la distance vers zéro) alors nous sortirons de toute localisation, telle que nous l'entendons usuellement. Mais pouvons nous nous autoriser à atteindre cette limite (distance = zéro) ? Je vais prendre un exemple emprunté aux mathématiques. Si je calcule la somme d'un nombre n de termes d'une suite géométrique de raison q (retenons un nombre rationnel pour la raison q), positive et inférieure à un, si ce nombre n je le fais tendre vers l'infini, alors je m'aperçois que je tends vers une limite finie, vers un nombre discret. Pour moi, quand j'étais enfant (je baignais dans un milieu de haute volée scientifique) cela relevait du fantastique. Nous partions de l'infini et nous arrivions au discret, c'est à dire que nous basculions d'un monde vers un autre, tous les deux de nature différente, nous changions de monde tout en suivant un chemin linéaire (celui de la réflexion, de la pensée). Dans l'enfance la transmission se fait dans un cadre affectif et, dans le cadre affectif, nous nous autorisons beaucoup de choses. Dans ce cadre là nous ne disions pas : quand n tend vers l'infini la somme tend vers une limite finie, nous disions quand J'ATTEINS l'infini J'ATTEINS une limite finie. Ce qu'il est strictement interdit de dire dans le monde conventionnel. Dans le cas qui nous occupe il est nécessaire de s'autoriser à dire ou à penser ainsi que nous nous l'autorisons dans le cadre affectif précité : annulons la distance entre cette intériorité et "moi", atteignons le zéro. Autorisons nous à annuler toute distance. Alors il n' y a plus de localisation. Je sais bien c'est une audace coupable. Surmontons la culpabilité. Mais que se passe t il si j'annule toute distance, si je sors de toute localisation ? Je pars d'un monde spatial classique et je me retrouve "où ? "Le "où" subsiste. Allons jusqu'au bout de l'audace et de l'imagination. Se pourrait il qu'il existe une autre dimension qui permette de trouver une solution au fait d'échapper au spatial classique, à la localisation classique ? Y a t il une limite où la distance entre l'intériorité repérée et "moi" est annulée, et que se passe t il quand j'atteins cette limite, quand j'annule toute distance classique ? Je pense de toute façon qu'il est nécessaire de sortir de toute localisation classique sinon nous ne parviendrons jamais à résoudre ce fameux problème de l'intériorité et partant, de la conscience.
  6. La confusion entre le temps vécu et le temps mathématique est, à vrai dire, extrêmement tentante. Nous avons envie de confondre l'un et l'autre. Nous avons envie de penser que le temps mathématique existe en soi, indépendamment de l'esprit humain qui le pense, que ce temps agit sur le temps vécu. Ainsi il est possible en certaines circonstances de vieillir moins vite, il est même possible d'inverser le temps, le passé peut continuer d'être là dans le présent, il est même présent dans le futur, le futur est présent dans mon présent, bref...tout devient possible si j'identifie temps vécu et temps mathématique. L'espoir de Lamartine, Ô temps suspend ton vol devient possible.. Il devient possible de vaincre la mort, il devient possible de se penser immortel et même éternel si nous pouvons revenir dans le passé. Bien sûr tout cela est vécu "en pensée" c'est la manière de penser le temps, uniquement la manière de le penser qui permet de m'affranchir du temps. Mais alors que je pense le temps ou que je ne le pense pas, de toute façon si je suis en effet immortel ou éternel alors je le suis, indépendamment de ma pensée du temps. Pas la peine de passer mon temps à PENSER le temps. Alors que cherche t on quand nous cherchons à penser le temps de telle manière que nous puissions accéder à l'éternité ou à l'immortalité ? Nous cherchons à nous convaincre que notre éternité ou notre immortalité sont JUSTIFIEES. Si elles ne sont pas justifiées par Dieu alors elles pourraient être justifiées par la science telle qu'elle se développe par exemple dans la quantique, ou telle qu'elle a été développée par exemple par Gödel avec son éternalisme (il a même réussi à convaincre Einstein qui finit, sous l'influence du logicien, à penser que le passé le présent et l'avenir sont des illusions). Ne vaut il pas mieux alors carrément dire : je suis éternel ou immortel ? Ca permet de gagner du temps. Mais en fait nous n'y croyons pas vraiment que nous sommes éternels ou immortels bien que nous désirions être immortels ou éternels. Nous n'y croyons pas, du coup nous sommes obligés de passer notre vie à penser le temps de telle manière que cette pensée nous rende éternel ou immortel avec JUSTIFICATION. S'il y a une justification scientifique alors nous avons le DROIT d'y croire, c'est encore mieux que l'aval de Dieu. Pourtant si nous sommes effectivement éternels ou immortels nous le sommes, indépendamment de notre façon de penser le temps, indépendamment de notre façon de penser Dieu, ou l'âme, ou la mathématique ou la physique ou la quantique...
  7. "Ainsi se dessine la double face du moi. D’un côté, un moi profond, créateur, imprévisible, qui s’écoule dans la durée réelle. De l’autre, un moi superficiel, façonné par le langage et la vie sociale, i.e. par la réflexivité de la conscience sur elle même qui découpe, classe, fige pour communiquer. Entre ces deux niveaux, nous oscillons sans cesse, cherchant à exprimer en espace ce qui n’existe qu’en temps vécu, tension secrète où se joue toute la difficulté de nous comprendre nous-mêmes" Non, ça c'est absurde, c'est introduire une discrimination dans l'ordre des valeurs qui n'a pas lieu d'être. Il y a le "moi" qui ressent, ok. Qui a son champ de création, ok. Mais le moi superficiel, parce que façonné par le langage et la vie sociale, non il n'est pas superficiel. Il n' y a d'ailleurs pas d'existence du moi s'il n' y a pas socialisation. Le moi commence à surgir dans la relation du bébé avec sa mère. C'est la première socialisation. Sans laquelle il n' y a pas même de moi, pas même de moi profond. Ce moi, socialisé, a aussi son champ créatif. Il crée notamment les représentations mathématiques. Qui sont peut être superficielles, et elles le sont d'ailleurs, mais c'est cela le mystère : la superficialité permet de saisir le profond. La forme se saisit du fond. Le filet se saisit du papillon. Bien qu'il n' y ait aucune équivalence entre le filet et le papillon.
  8. L'expression : "acceptez de perdre vos enfants" est en effet une expression défaitiste. C'est le discours d'un homme passif. Quand Israël répond aux massacres du Hamas, les jeunes gens ne partent pas au combat en se disant : je vais perdre la vie, mais en se disant : je vais les tuer. Ils partent en conquérants. Et ils n'ont pas besoin de pères et de mères passifs et mous qui se demandent s'ils vont perdre leurs enfants. Ils agissent indépendamment des pères et des mères. Il m' a fallu trouver de sacrés arguments pour empêcher mon fils ainé de partir faire la guerre là bas. En revanche il est peu probable qu'il aille se faire tuer pour les Ukrainiens. Et si jamais il me venait l'idée de lui dire : va te faire tuer en Ukraine ou en Lituanie, comme sont en train de dire tous les "adultes" de France à leurs enfants (quand ils en ont), sans leur demander leur avis, il s'arrangerait pour quitter la France. C'est d'ailleurs ce que font les jeunes Ukrainiens aisés qui se tirent en Allemagne ou en Pologne. Idem d'ailleurs pour les Russes. Il n' y a que certains Français pour forcer leurs enfants (ou ceux des autres) à aller se faire tuer pour des peuples dont ils n'ont rien à faire. Si les Russes attaquaient la France, sur son territoire, mes enfants iraient se battre avec la rage. Mais aller se battre en Ukraine ou en Lituanie faut pas déconner. Je parle bien sûr ici du contingent. Je ne parle pas des professionnels et de ceux qui acceptent de mourir contre de l'argent (c'est ce qui se passe en Russie actuellement, où Poutine paye pour trouver des combattants. Même Poutine fait gaffe, il n' y a qu'en France qu'on trouve des gens qui prennent plaisir à envisager d'envoyer leurs enfants (du contingent) à mourir de force en Ukraine ou ailleurs. C'est dire le ressentiment de tant de gens contre leurs jeunes)
  9. Il y a ensuite la question du temps. "Le temps des horloges, succession d'instants identiques, n'est qu'un tracé, qu'une ligne, une abstraction commode. Rien de cela ne ressemble à la durée vécue" C'est évident. Bergson veut croire en l'unicité, dans sa compréhension, du temps. Or, il n' y a pas unicité, coïncidence, le temps des physiciens, qui inspire ensuite les mathématiciens, n'est évidemment pas le temps vécu. Le problème c'est que nous employons les mêmes mots pour désigner des réalités différentes. C'est pour cela qu'Einstein a renoncé à discuter avec Bergson, il a tout de suite vu que Bergson était incapable de sortir du champ dans lequel il situait le temps. Le temps des physiciens et des mathématiciens est un temps construit, fabriqué, représenté par une droite, ce qui fait dire à Bergson que ce temps là est un temps spatial (puisque représenté par une droite). Pour Bergson, ce temps fabriqué, imaginé, parce qu'il est imaginé, ne peut pas être "vrai" authentique. C'est pour lui un temps artificiel, donc sans grande valeur, tandis que le temps vécu est un temps réel parce que : éprouvé. Nous pouvons en effet opposer le temps authentique, parce que vécu, du temps ressenti, et le temps fabriqué, artificiel du scientifique. Mais cette opposition est vaine puisque nous ne sommes pas dans les mêmes champs de réflexion. Il y a bien deux temps, le temps vécu et le temps de la science. Ils sont distincts.
  10. Merci pour ce travail et la générosité du partage. Votre exposé me permet de préciser ma pensée sur certains points. Je suis d'accord avec Bergson : s'appuyer d'abord sur les "données immédiates", sur l'expérience intérieure telle quelle se donne avant toute traduction abstraite. Mais alors je récuse le mot "conscience" qui est déjà une traduction abstraite. Personne ne sait de quoi nous parlons précisément lorsque nous employons ce mot. Si je veux rester le plus près possible de l'expérience intérieure alors j'emploierai le mot : "ressenti". La conscience comme vécu c'est le ressenti, ce que je ressens. Je pourrais bien à cet égard trouver d'autres descriptions, qui évitent l'abstraction du mot "conscience". Je suis en recherche de telles descriptions mais ce n'est pas aisé. Restons à "ressenti". De toute façon tout passe d'abord par l'intériorité, même si nous nous en rendons pas toujours compte. Tout a donc la marque de notre intériorité, même en science. "Ce que l'on mesure ce n'est jamais la sensation elle-même, mais la grandeur physique de l'excitation". La sensation elle-même reste en effet une expérience éminemment intime, irréductible à tout équivalent externe. "Ce que ça fait d'être une chauve souris" nous échappe complètement [Thomas Nagel ]. Ce que ça fait d'être un être conscient échappe à toute explication scientifique (je ne réfute pas le qualificatif "conscient", qualificatif qui "parle" communément au contraire de son substantif : conscience ; ici il faudrait ouvrir un diverticule vers les pièges du langage). Je ne pense pas que l'attitude de Bergson s'oppose à celle de Kant, du moins le Kant de la CRP (les autres ouvrages ok, il peut y avoir opposition). Dans la CRP Kant précise tout de suite de quoi il parle, et surtout de quoi il ne parle pas : il ne parle pas de psychologie, il ne s'intéresse pas à l'intériorité vu comme subjectivité. "Bergson dévoile l'erreur...celle de projeter les formes de l'espace sur la vie intérieure" Il y a en effet, quant à l'espace, des erreurs manifestes de discernement. Tout part de l'intériorité, tout transite d'abord par l'intériorité. La perception est toujours intériorité. Mais il y a des perceptions qui renvoient à une extériorité, d'autres non (les sentiments sont aussi des perceptions mais elles ne renvoient pas vers un objet situé dans l'extériorité, dans le spatial ). Quand je vois un arbre son extériorité m'est donné d'emblée alors qu'il s'agit d'abord d'une image intérieure. Mais il y a un automatisme immédiat, l'image me donne une distance, un volume, une couleur, une forme, que je prends comme une information donnée immédiatement alors qu'en fait il y a le truchement de la sensation intérieure. C'est cette immédiateté apparente qui engendre les confusions soulignées par Bergson. Confusion qui consiste à faire équivaloir le spatial (l'extérieur, la donnée apparemment immédiate et instantanée) et l'intériorité. Les capacités de l'être humain sont telles qu'il peut figurer cet extérieur par les représentations mathématiques, notamment la géométrie. Cette capacité lui assure la possibilité de maitriser cet extérieur. Mais la représentation géométrique du mouvement, la courbe dessinée ou imaginée, n'est en effet pas identique à l'expérience intérieure du mouvement. Les paradoxe de Zénon résultent de cette confusion. Là dessus je suis totalement d'accord avec Bergson. Cette confusion perdure toujours aujourd'hui. L'espace temps par exemple n'est pas une réalité vécue, perçue, cet espace temps n'est pas validé comme réel par notre expérience intérieure. Cet espace temps est une construction, une fabrication dont rien ne nous dit qu'elle est réelle. Mais cet espace temps imaginé nous permet de maitriser ce réel auquel nous n'avons pas accès. C'est cette maitrise (efficace quant à la satisfaction de nos désirs matériels) qui finit par nous porter à opérer la confusion : la représentation mathématique, scientifique, est le réel.
  11. "Il faut accepter de perdre nos enfants" Cela en dit long sur la mentalité des gens d'un certain âge. Ce ne sont pas des enfants qu'ils parlent mais d'eux mêmes face à la mort possible de leurs enfants. Toujours être centré sur soi, jamais sur ceux avec lesquels il y a, je l'espère, des liens d'affection. Moi, moi, moi...L'autre, l'enfant, je m'en fous. Acceptons de perdre nos enfants. Et les enfants qui lisent et écoutent cela ? Les enfants ont ils la parole ? Non, ils n'ont pas la parole. Et si c'était tous ceux qui sont encore valides après 50 ans, qu'on envoyait mourir sur le champ de bataille ? Même les plus de 60 ans d'ailleurs, s'ils sont en bonne santé. Il parait que nous vivons une époque où le vieillissement intervient de plus en plus tard (ce qui alourdit le poids des retraites et motive l'élévation de l'âge du départ à la retraite). Ils serviront leur pays de deux façons : en faisant face à l'ennemi et en soulageant leurs enfants du poids de leurs retraites en mourant. C'est à qui affiche la plus grande douceur dans l'éducation de ses enfants, l'absence de toute violence, fusse t elle celle d'une simple gifle, et pourtant les voici prêts à les envoyer affronter la pus grande des violences, et à les condamner, par avance, pour avoir été élevés dans la ouate. Que de contradictions.
  12. Arkadis

    Philosophons

    Si l’attitude de Katie Mack, passer par dessus la survie de l’espèce humaine, a du sens dans le cadre de son métier, la recherche en astrophysique, je me demande s’il est possible d’étendre son attitude aux domaines philosophique, religieux et politique. Non, il n’est pas possible de l’étendre aux domaines religieux et politique puisque ces domaines sont fondés sur sur cette orientation fondatrice (nous parlerions de biais cognitif aujourd’hui) : sauver l’homme, ou, au moins, sauver la communauté humaine dont fait partie le religieux et le politique. Mais dans le domaine philosophique ? Je fais un détour en commentant l’introduction du livre de Luc Ferry : Kant [Biblio essais, Le Livre de Poche ]. Luc Ferry définit la philosophie comme « doctrine du salut » ou sotériologie. Il s’agit, concernant le salut, de nous sauver de la finitude c’est à dire de la mort. La philosophie rentre en concurrence avec la religion en proposant le salut et la délivrance de l’angoisse de la mort par des chemins qui lui sont propres, en gros en s’appuyant sur nos propres forces, notamment la force de la raison. Il est possible ensuite de développer toutes les écoles philosophiques qui ne s’appuient pas sur la foi pour atteindre ce salut. Je ne sais pas si de telles philosophies arrivent à leurs fins, à délivrer de l’angoisse de la mort, mais il s’agit bien, comme en religion, de sotériologie. Est-il possible de développer une philosophie qui renonce, dans son fondement, au souci du salut, au souci de l’existence des humains ? Cela peut sembler impossible, en contradiction avec le socle même de toute philosophie Pourtant, en remontant dans mon histoire personnelle je m’aperçois que cette tentative de se débarrasser du souci de l’existence de l’espèce humaine pour frayer de nouvelles voies de réflexion ne date pas d’hier. Mes ascendants, jadis, avaient déjà commencé à déblayer le terrain.
  13. Cette société idéale telle que je le vois décrite ici est une société d'êtres humains qui aspirent à mourir dans la paix.
  14. Tu écris d'abord un texte qui ouvre sur une réflexion philosophique classique. Puis tu abrèges tout, en femme d'action, en demandant : de quoi se réjouit on au juste ? Tu franchis le marais philosophique conventionnel pour interpeler le quidam en direct : vous, qui avez ressenti une réjouissance, de quoi vous êtes vous réjoui, au juste ? Pour répondre à ton interpellation il faut recourir à l'expérience vécue. Ceux qui ont un certain âge ont vu mourir assez de personnes dont la vie et la mort les concernaient en vrai. J'ai, dans un cas précis, ressenti un soulagement lorsque telle personne est morte. Pas vraiment de joie. Dans d'autres cas j'ai pu ressentir une satisfaction passagère que je n'ai jamais laissé se développer en moi, car s'éveillait alors un autre sentiment, devant cette satisfaction passagère : un sentiment de dégradation intime à développer un tel sentiment de satisfaction. Il est aussi possible de te répondre sur le plan philosophique, non personnel. Je n'ai jamais développer un discours de joie (un jugement donc, pas un sentiment) face à la mort de quiconque, fut il un monstre. Peut être un soulagement, dans une perspective sociale : "Il vaut mieux que cette personne soit morte. Sa mort apaise le tensions sociales". Quant à la culpabilité, liée au sentiment ou au jugement qualifiés de joyeux, je ne la connais pas. Kant était un chrétien fervent. Je ne participe pas, ou plus, de la culture chrétienne, je ne participe plus de la culpabilité. Tu répondrais toi à cette question, si je te la posais : de quoi tu t'es réjouie au juste ? s'il t'est arrivé de te réjouir. Je te souhaite une chaleureuse journée, January.
  15. Arkadis

    Philosophons

    "Comment tout finira" ( The end of everything, version française éditée par Quanto) est un livre écrit par Katie Mack (Catherine J. Mack), une jeune astrophysicienne (44 ans), enseignante-chercheuse à l'Université d'Etat de Caroline du Nord. Je trouve ce livre passionnant surtout parce que l'auteure participe de ma propre culture d'origine si bien que je me retrouve en elle, si bien que cela me permet de donner forme à mes pensées. C'est étrange comme il est possible de franchir les différences d'âge, de genre, de nationalité pour faire l'expérience d'une rencontre. Dans son introduction il est clair qu'elle veut développer des réflexions philosophiques même si le matériel à partir duquel elle réfléchit est de nature scientifique. Elle se définit elle-même comme : cosmologiste. Elle commence ainsi, en résumé, : La tournure que prendra la fin du monde fait l'objet de spéculations depuis toujours. Grace à la science on connait aujourd'hui la réponse : ce sera par le feu. Elle poursuit avec l'inflation future du Soleil, sa phase de géante rouge et la destruction par le feu des planètes proches, dont la Terre. Cette description me rappelle les discours entendus quand j'étais un enfant lorsque mes parents et mon frère parlaient cosmologie. Déjà à l'époque, mes ainés savaient que la Terre allait disparaitre dans le feu. J'écoutais cela et j'étais très étonné que cette information les indiffère totalement. J'imaginais la Terre disparaissant dans les flammes, et tous les humains avec, et je me disais que c 'était tout de même inquiétant. Mais les ainés étaient aussi religieux, catholiques, et la fin du monde c'était pour eux : le Jugement dernier. J'essayais alors de faire coïncider le Jugement dernier et la destruction de la Terre par le feu et je trouvai dans les textes sacrés des descriptions adaptées. Pourtant la coïncidence ne me paraissait pas parfaite, loin de là. Le Jugement dernier se passait ailleurs que dans l'espace, et ça ne marchait pas bien mes essais de concordance. J'en étais resté à ce truc incroyable : la destruction de la Terre par le Soleil n'intéressait pas mes ainés. Katie Mack parle de l'eschatologie (au sens religieux) mais ne s'y arrête pas. Bien sûr elle note quand même que les religions monothéistes terminent toutes par le Jugement dernier mais elle signale que d'autres religions prévoient d'autres fins, ainsi le retour éternel, la vision cyclique, partagée par les Mayas (elle ne signale pas les Grecs ni les Kabbalistes judéens). Notre destinée cosmique, écrit elle, telle que nous l'imaginons selon nos cultures, a une influence sur la façon dont nous percevons l'existence et sur la manière "dont on vit sa vie". Je suis d'accord. Après tout si l'Univers est appelé à disparaitre faut-il vraiment encore sortir les poubelles mardi ? (C'est elle qui écrit cela). Même s'il est possible d'imaginer une humanité survivant à la fin de la Terre, d'imaginer un surhomme bardé de fantastiques machines pilotées par le cerveau grâce aux puces de Munsk tout de même l'Univers à la fin "meurt" (en fait tout ce qu'il contient se désagrège) et le surhomme aussi disparait. Il n' y a pas si longtemps les philosophes et scientifiques pensaient que l'Univers était stable, que nous pouvions donc y bâtir à terme une vie harmonieuse. Einstein s'accrocha à cette vision là, la philosophie de Spinoza n'a aussi de sens que dans cette vison là : l'Univers (la Nature) est stable. Aujourd'hui encore la majorité des humains veulent croire en un univers stable. Mais les découvertes du Bing bang et de l'expansion de l'Univers ont mis fin au rêve écrit Katie Mack. Elle aurait pu citer la découverte du second principe de la thermodynamique, principe qui a affolé tout le monde lorsqu'il fut découvert, principe que les Soviétiques ont qualifié de principe bourgeois (ou petit bourgeois) tant il est insupportable. Ce principe je l'ai découvert assez tôt, pas dans ma famille, mais à l'Université, quand il me prit d'étudier, pour le plaisir, la thermodynamique. Je compris alors que ma famille, bien que scientifique, ne supportait pas ce principe sauf bien sûr dans ses applications techniques puisque tout de même ils étaient tous ingénieurs, mais ils ne voulaient pas voir l'implication de ce principe dans l'évolution de l'Univers. Quand j'interrogeai l'enseignant sur les implications, à terme, de ce principe, il me répondit que l'humanité serait depuis longtemps morte lorsque ce principe dévastera l'Univers. Sa réponse ne me rasséréna pas vraiment.
  16. Arkadis

    Philosophons

    Il y a ces deux panoramas qui se font face. L'un c'est l'intériorisation et la diffusion en moi de l'idée de l'anéantissement de toutes les productions humaines lorsque plus rien dans un univers évoluant vers la dispersion ne se souviendra même que l'humanité a existé, l'autre ce sont les images prises par la mère du baby, le petit-fils. L'expression décidée de ce dernier d'où surgit une volonté nouvelle, encore intacte, comme une aurore. Le baby n'anéantit pas l'anéantissement cosmique à venir, cet anéantissement n'anéantit pas non plus cette aurore ni cette nouvelle existence. D'un côté la puissance d'un temps de dispersion qui parait éternel, de l'autre l'acuité violente d'un moment infinitésimal. Un face à face qui fait son chemin en moi, dans ma singularité propre. J'attends que quelque chose vienne, en évitant de remplir cette attente de tous les discours parasites de toutes les religions, de toutes les philosophies, de toutes les sagesses.
  17. Arkadis

    Mes choix

    Tu sais la rendre sympathique.
  18. Arkadis

    Philosophons

    Il m'apparait de plus en plus certain que l'univers dans son évolution rendra toute vie impossible en son sein. Il y a bien sûr "la mort thermique", subodorée depuis longtemps, mais il y a maintenant l'accélération de l'expansion de l'univers, qui n'arrange rien, et même il y a de nouvelles menaces, comme "la désintégration du vide" menace non certaine mais hautement probable... Bien sûr nous avons du temps devant nous, avant que toute vie s'éteigne, mais il y a aussi de plus en plus d'astrophysiciens qui s'attachent à penser cette fin, si bien qu'il devient difficile, voire impossible de passer outre cette perspective. Il y a même chez les astrophysiciens, du moins chez l'élite scientifique américaine et canadienne, un certain désarroi et même une certain découragement tant il s'avère impossible de faire une synthèse de toutes les découvertes qui s'accumulent, tant tout devient de plus en plus incompréhensible et absurde. Cette mort finale provoquée par des conditions matérielles rendant impossible toute vie (il s'agit de l'extinction de la vie pas forcément de l'univers) est, en vérité, envisagée depuis longtemps mais nous faisons tous en sorte de ne pas en tenir compte. Disons qu'il y a un peu plus de courage du côté de l'Amérique, en attendant que cette lucidité finisse par nous venir aussi. Cette extinction finale de toute vie, localisée dans un temps très lointain (encore que la possible désintégration du vide peut survenir à tout moment, mais heureusement la mort sera si rapide que nous ne la verrons pas venir) conduit à se poser des questions quant à la pérennité de notre espèce, et finalement à regarder en face cette hypothèse qui devient de plus en plus certaine : l'espèce humaine va disparaitre. Dans un premier temps cette extinction engendre une certaine déstabilisation. Mais, une fois passée l'inquiétude, cette extinction, prise comme élément de réflexion, comme "brique" de reconstruction, est assez intéressante. Elle oblige à penser autrement, à renverser toutes nos anciennes façons de penser, à évertir toutes nos représentations. C'est finalement passionnant.
  19. Arkadis

    Un jour, un tableau!

    Igor Egorov 1964 (Belarusian)
  20. Le nazi c'est toujours l'autre, le nazi c'est un gars spécial qui avait donc un ADN spécial. Pas de pot pour le monde, un nuage a passé un jour, et boum, il a fabriqué l'ADN nazi. La plupart des gens qui écrivent ici seraient tranquillement devenus eux aussi des nazis. Tant que le nazi c'est l'autre c'est super, ça permet de dire : c'est fou comme je suis bien. Ce désir puéril de paraitre bien, face au nazi, le contre exemple absolu, est confondant. Il n' y a pas si longtemps les réflexions sur les nazis s'accompagnaient de réflexions aussi sur soi, personne ne se croyait à l'abri de l'excès. Maintenant la pensée devient carrément dévitalisée. Le nazi est un accident biologique, ouf nous sommes exempts de cette contamination. Jusqu'à ce que nombreux se mettent à tuer eux aussi, rejoignant la horde, quand leur confort considéré comme un droit absolu sera menacé.
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