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Tout ce qui a été posté par Arkadis
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Benoit Bréville, historien et journaliste, écrit dans le Monde diplomatique n° 866 de mai 2026, que la convention pour la prévention et la répression du crime prohibe l'"incitation directe et publique à commettre un génocide". Pour le philosophe Mathias Risse [C'est Bréville qui cite] c'est même "l'un des accompagnements majeurs de l'ordre juridique international issu de la seconde guerre mondiale. Celui-ci repose sur la reconnaissance du fait que le discours de la destruction civilisationnelle n'est pas seulement le symptôme de l'atrocité, mais l'un de ses instruments". Pourtant quand Trump déclare dans un tweet "Une civilisation va mourir ce soir, pour ne jamais renaitre" il y a peu de réactions. Quand l'Iran menace de détruire Israël nous nous mobilisons pour l'empêcher de se doter des moyens de passer à l'acte. Dans l'ordre de nos positions morales nous sommes logiques avec nous-mêmes. Mais quelle est notre position morale ? Elle s'enracine dans l'universel : il ne peut pas être admis qu'un Etat menace d'en exterminer un autre. Pourtant quand un occidental menace de détruire une civilisation qui ne lui est pas apparentée, lors même qu'il en a les moyens, nous ne réagissons pas, ou peu. Tout se passe comme si le scandale, concernant l'Iran, n'était pas que l'Iran menace de détruire un autre Etat, mais qu'il menace de détruire Israël. Après tout s'il menaçait de détruire un autre Etat, un Etat qui ne fasse pas partie de notre bloc occidental, peut-être ne réagirions-nous pas. Ce passage d'une morale universelle à une morale clanique se fait doucement mais sûrement. Est-ce que Trump passera à l'acte ? "Trump va t il détruire l'Iran ? A suivre en direct sur BFM TV" cite Bréville. Cette destruction ne semble pas émouvoir outre mesure. Ce pourrait même devenir un spectacle. Bréville note : "En l'absence de toute résistance, ces mots ont fait leur œuvre. Ils ont repoussé la frontière du dicible et déjà commencé à tracer celles du possible." Mais les réactions claniques ou communautaires ne sont-elles pas des réactions spontanées ? Ce serait donc un retour à la spontanéité. La construction de positions morales universelles a demandé beaucoup de temps, beaucoup de réflexions, beaucoup d'efforts, et cette construction a pu paraitre souvent utopique. Peut-on réellement tenir longtemps une position morale qui passe par-dessus le désir de vengeance ? Kant pose l'impératif catégorique mais il pose aussi la nécessité de sortir de l'état de nature. Est-il possible de réellement sortir de cet état de nature ?
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"Ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas qu'ils te fassent" est un attitude pratique, courante, spontanée. C'est évaluer les représailles possibles. Mais cette maxime ne suffit pas comme détermination de notre action sociale. Nous sommes conduits à agir aussi, de notre propre chef, dans nos relations avec autrui. Sur quoi nous nous fondons, sur quoi nous nous appuyons ? Il est possible que certaines personnes s'appuient sur leur conception de la vérité, sur ce qu'il convient de faire, a priori, dans les rapports avec autrui. Il y a par exemple l'impératif catégorique que nombreux suivent. C'est agir par devoir, en donnant à ce devoir une dimension universelle. La notion de devoir est bien sûr à débattre. Elle prend forme, dans notre esprit, au moment de l'éducation dispensée par les parents, les maitres, le milieu. Cette notion est tempérée par le souci d'universalité. J'agis par devoir mais je prends soin que mon action ait un caractère universel. C'est à dire : si chacun agit comme j'agis alors nous convergeons vers une harmonie ou au moins vers un consensus universel, c'est à dire un consensus qui rassemble l'humanité entière. C'est cette universalité qui explose en ce moment, sur le plan mondial, comme explose aussi le droit international. Il est désormais scandaleux qu'un enfant israélien soit massacré, et nous sommes d'accord sur ce point, mais il n'est plus scandaleux qu'un enfant palestinien soit, à son tour, tué. Il est scandaleux que les mollahs tuent des enfants, en Iran, mais ce n'est pas scandaleux que des enfants iraniens soient tués sous les bombes occidentales (je fais référence aux 150 jeunes filles tuées au début de la guerre contre l'Iran). Ce qui explose, devant nous, c'est cette tension séculaire vers l'universalité. Progressivement nous perdons le sens de l'universel. La porte se referme sur les intentions du siècle des Lumières. Cela ne signifie pas la fin de la morale (sociale). Mais cette morale se replie sur la communauté, la tribu, le clan, la famille. C'est une dislocation. Tout cela pour dire que nous ne parvenons pas à stabiliser une Vérité (sur le plan moral, sur le plan des rapports entre les personnes). Sur le plan de nos rapports personnels nous avons tous des a priori quant aux règles à respecter ou à faire respecter. Mais nous sommes sans cesse obligés de revoir nos certitudes car les rapports avec les autres, l'autre, ne cessent de fluctuer, de changer. Soit nous avons pour priorité l'entente avec l'autre, ce qui oblige à l'adaptation permanente, soit nous avons pour priorité la soumission à nos certitudes et les rapports avec l'autre deviennent plus difficiles, nous entrons dans des rapports de force. L'adaptation permanente ne signifie pas céder sur tout, il y a des limites que nous nous donnons, que nous devons, à mon avis, nous donner, des limites à ne pas franchir, mais entre ces limites et la rigidité de la Vérité absolue il y a un vaste espace qui permet de vivre ensemble.
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Je regarde ces montagnes où je vois, à partir de la Lune, la Terre surgir au-dessus de l'horizon. Planète bleue, fragile, extraordinaire, où ce que nous appelons la vie est apparue, où l'être humain est venu. C'est un moment fantastique qui ouvre sur l'émerveillement, sur la religiosité même, le mysticisme. Pourtant si j'accélère le temps humain, alors je vois la planète s'éteindre, et s'éteindre avec elle l'être humain et la vie. Ce sort attend toutes les planètes et étoiles de l'Univers. Pour la Terre il nous resterait environ 5 milliards d'années, beaucoup moins selon d'autres physiciens qui placent l'extinction de la vie dans un milliard ou deux milliards d'années, puisque le soleil, dont la luminosité ne va pas cesser de croitre, va finir par évaporer tous les océans. L'être humain pourrait même disparaitre plus tôt, dans 250 millions d'années, avec la dérive des continents qui engendrera la Pangée Ultima considérée par certains géologues comme invivable pour les humains. A moins que nous disparaissions encore plus tôt, sous la furie des guerres que nous chérissons ou dans l'étuve que nous construisons opiniâtrement ou sous la lassitude d'un monde social à jamais changeant, jamais stabilisé, les humains, fatigués, pourraient bien ne plus désirer se reproduire. Quelle que soit la cause nous disparaitrons, la vie disparaitra. Ce qui disparait aussi c'est le mythe d'une Nature éternelle, permanente, c'en est fini des cadres dans lesquelles pratiquement toutes les philosophies ont fleuri. La Nature de Spinoza n'existe que dans son imaginaire, le sage recueilli devant la beauté des vallées et des monts s'endort dans un phantasme. Tout ce que je vois là, qui m'apaise pourtant, sera pulvérisé, ce coteau, ce bois, cet océan. Rien ne dure dès lors que nous parvenons à franchir tous les temps. Katie Mack, la cosmologiste américaine, auteure de "Comment tout finira" raconte que, dans les conférences qu'elle donne sur ce sujet, certains auditeurs se mettent à pleurer. Si accepter les attendus des scientifiques ne va pas sans difficultés, sans déprime parfois, pourtant, si je laisse reposer doucement en moi ces visions, alors je franchis cette phase désolée et je me rends compte que les pleurs en question sont ceux de personnes que ce dévoilement cosmique heurte dans leur culture, leur représentations usuelles. Peut on bâtir une nouvelle façon de "voir" dans un monde qui pulvérisera toutes les œuvres, toutes les structures vivantes, organisées ? Oui. Mais il faut du temps. Il faut renoncer à la notion de sens, renoncer à notre survie, renoncer à la mystique de la beauté devant une Nature qui n'a pas les attributs que les philosophes, les artistes, les religieux lui donnent, renoncer à beaucoup de choses. Dans le même moment, quand l'infirmière me fait obstacle au moment où je veux accompagner J. dans sa chambre, je me cabre, une violence froide, intense, je cède pourtant et l'infirmière en rira ensuite avec J. Je suis pris dans un mouvement inconscient qui me fait me battre à fond, là dans ce moment, là, pour J., je suis tout entier dans le combat. Juxtaposition d'une vision d'un Univers pulvérisé et vision d'un danger pour J. qui prend, elle, la dimension de l'Univers, soudain. L'impermanence de toute permanence, et ma révolte contre cette réalité. Il reste donc la révolte et cela me fait penser à Camus, dans le mythe de Sisyphe qui constatant l'absurdité du Monde face à nos désirs, ne se soumet pas, il prône la révolte. La révolte c'est repartir à l'assaut, reconstruire quelque chose qui tient, même si ce quelque chose entérine ce fait que tout disparait, à la fin, que nous disparaissons à jamais, y compris celles et ceux que nous aimons, sauf cette ultime existence de poussière partout disséminée. A la fin il reste toujours quelque chose, l'ultime mystère.
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En effet pendant cette décennie, 60-70, nous vécûmes une révolution technique, culturelle, civilisationnelle dirai-je qui apporta un confort et des stimulations incroyables. Il y a un livre qui vient de sortir " 1966, année mirifique" d'Antoine Compagnon qui témoigne de cette étonnante époque. Un feu d'artifice qui bénéficia à tous, y compris les enfants nés à ce moment-là qui subirent beaucoup moins les attentions des parents, occupés à vivre cette révolution.
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Il y a un ressentiment, ou même un mépris pour les Russes qui précèdent le conflit Russie-Ukraine. Ce mépris, ce ressentiment, cette hostilité font partie de ces déterminations pour moi étonnantes (parce que pour moi inattendues) qui inspirent les rédacteurs. Ce n'est pas le conflit Ukraine-Russie qui intéresse, c'est comment utiliser ce conflit pour exprimer certaines passions.
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Il lui apparaissait que les conflits en cours, en Ukraine, en Palestine, en Iran nourrissaient des mondes inconscients chez le particulier. Quand un individu, vivant en France, exprimait son avis, son opinion sur de tels conflits, le lecteur avait face à soi une singularité. La personne signifiait une singularité, la sienne, elle ne disait rien ou pas grand chose, en fait, sur ces conflits. Ces conflits venaient nourrir des positions préalables, des sentiments a priori qui se réveillaient grâce à ces conflits. L'individu disait quelque chose de lui, uniquement de lui (ou d'elle). Il fallait lire en sachant cela, en sachant, que la parole écrite là, consciemment, était en fait déterminée par des mondes inconscients. Cela corroborait ce qu'il pensait depuis longtemps : la conscience était un fantassin, aux ordres d'autres entités. Ce n'était pas la conscience qui pilotait le monde, la conscience était un brave exécutant faisant l'interface entre les mondes inconscients (en général les sentiments) et la réalité, celle qui s'impose à soi quoi qu'on fasse. L'univers n'était pas régi par une Conscience, il était régi, s'il était régi, par des réalités qui déterminaient la conscience.
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La réaction de Luc Ferry lors de lors du rétablissement de la peine de mort pour les Palestiniens en Israël l'étonnait. Ferry ne comprenait pas qu'un Etat théocratique comme Israël institutionnalisait la peine de mort alors qu'un tel Etat se réclamait du Décalogue. Aliocha se rappelait cette discussion avec les cousins de son épouse, juive, auxquels il avait fait une remarque de ce style, ne comprenant pas leur désinhibition totale quant au fait de tuer des palestiniens en masse, dont des enfants. Ils lui avaient répondu en souriant, que l'Alliance de l'Eternel concernait le peuple de l'Eternel, les Hébreux. C'est dans le cadre de cette alliance entre un peuple et son Dieu que le décalogue avait force d e loi. Il était interdit de tuer un Hébreu, pas interdit de tuer un non Hébreux. Bien sûr il existe un mince frange de juifs qui tendent eux à l'universel, qui tentent de dépasser le cadre de cette alliance entre un peuple et son Dieu. Mais cette frange est bien mince, et nous la trouvons surtout dans la diaspora, dans des milieux extrêmement cultivés. Cette frange est aujourd'hui totalement marginalisée. Mais après tout Aliocha se rappelait qu' Anna Arendt aussi avait été marginalisée et traitée de "mauvaise" juive par la majorité des juifs.
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Aliocha se disait qu'il y avait une utilité à disposer dans son environnement d'un milieu hostile. A condition qu'il puisse choisir le moment où s'y frotter, à condition aussi de ne pas personnaliser cette hostilité. Garder près de soi l'hostilité d'un milieu, non l'hostilité d'un individu. L'intérêt de cette hostilité était qu'elle le poussait à écrire plutôt qu' à simplement penser ou parler. Ecrire avait un effet surprenant, l'écriture lui permettait de fixer des idées. Il écrivait par ailleurs, mais en toute quiétude, il ébauchait un essai ou un roman ou un legs écrit, bref il écrivait, mais écrire dans un milieu hostile engendrait une autre écriture, intéressante. Comme un moyen d'explorer d'autres régions mentales. Ce milieu hostile, doté de cette commodité d'y plonger quand il le décidait, il le trouvait dans les réseaux socaiux, il avait fini par en choisir un, ne pas non plus se disperser. Cela pourrait faire l'objet d'un sujet de philosophie au bac pensait-il : "L'intérêt des réseaux sociaux n'est-il pas d'y trouver un milieu hostile à volonté ?" Un milieu hostile permet de mieux souligner, de mieux prendre conscience de ses propres orientations, sensibilités, croyances, philosophies, etc. L'adversaire est nécessaire, l'adversité est nécessaire. Ce qui l'étonnait le plus c'était la communion dans le plaisir, la satisfaction, parfois même la jouissance à voir mourir des gens. Mais aussi les mêmes se désolaient, se lamentaient d'en voir mourir d'autres. C'était un scandale qu'en Iran les mollahs tuent 40 000 personnes, mais c'était une joie que les Israéliens tuent 40 000 palestiniens. C'était une horreur que le Hamas massacre 1500 juifs, mais c'était une joie quand les Israéliens tuaient 300 Libanais dans un même bombardement pour tuer deux combattants du Hezbollah. C'était une joie de rétablir la peine de mort pour les Palestiniens par pendaison, on sablait même le champagne, pourtant Badinter, un juif lui aussi, avait toute sa vie combattu la peine de mort. Tout devenait à ses yeux incohérent. Ce qui était en train d 'exploser sous ses yeux c'était le concept même de "valeur universelle". Il n' y avait pas de valeur universelle bien que les Occidentaux s'évertuaient à clamer le contraire. Le concept de valeur universelle était un mensonge. La vie d'un enfant, d'une femme d'un homme n' avait de valeur que selon leur appartenance clanique, ou tribale, ou communautaire. Il n' y avait que des valeurs claniques, il n' y avait pas de valeurs universelles. Son sentiment, en lisant les discours de haine un peu partout c'était qu'il était probablement le seul à ne pas savoir qu'il n' y avait jamais eu de valeurs universelles, tous savaient qu'il n' y avait que des valeurs claniques, voire des valeurs limitées à soi seul, selon son histoire personnelle. Cette évidence l'obligeait à reconstruire sa vision du monde social, et même sa vision du monde tout court. Il fallait qu'il s'observe, voir qu'elles étaient ses propres valeurs. Après tout s'il ne jouissait pas de voir mourir des gens, qu'ils soient juifs, arabes, russes, ukrainiens, iraniens etc. il restait finalement indifférent. S'il fouillait au fond de lui il ne restait sensible qu'à la situation de ceux qu'il aimait, épouse, enfants, petits enfants, conjoints des enfants, etc. C'était cette communauté familiale qui le mobilisait dans les faits. Qui mobilisait son temps et ses moyens financiers. Pourtant il restait toujours en lui cette volonté de construire une vision globale du monde. Voire de l'univers. Une volonté peut être issue de sa condition d'être humain, qui cherche toujours à se protéger de l'inconnu en tentant de se l'approprier et de le rendre ainsi prévisible par le savoir ou l'imagination.
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Si je conserve bien, comme information, entre autres, que l'espèce humaine comme toute vie disparaitra, je n'en continue pas moins de vivre. Ce qui change, avec une telle information, c'est que je ne donne plus l'importance que je donnais avant à toutes pensées, fussent elles géniales. Rien, du fait de cette information, aucune pensée, aucune théorie, n'atteint quoi que ce soit au-delà de la communauté humaine. Tout provient de la communauté en ce qui la concerne, tout y reste, tout y disparaitra. Mais la communauté vit toujours, là, au présent, tant qu'elle vit. Cette information, tout disparaitra et le souvenir même que l'être humain a pu exister s'effacera, cette information donne du relief, de la consistance, au non humain, au non vivant. Il est possible que ce non humain, ce non vivant qui se déploie devant nous, ces milliards de galaxies, ces infinis à venir pour nous inconcevables, il est possible que tout cela aille son chemin, dans l'indifférence totale du chemin suivi par le vivant. Peut être même que le vivant, l'être humain est une simple curiosité pour ce non vivant, il est possible que nous soyons pour lui une simple expérience. Je comprends mieux, maintenant, la position de Jacques Monod qui estimait que la vie était une simple anomalie, que si l'univers reprenait depuis le début, la vie ne réapparaitrait pas tant sa probabilité d'apparition jouxte le zéro. Puisque l'univers n'est plus absolument déterminé depuis l'introduction, dans la vision quantique, du champ des probables à la place du champ du certain dans le déroulé des choses une réédition de l'univers, même à partir de l'identique, ne donnerait pas la vie. A l'époque je m'étais insurgé contre Monod, je n'acceptais pas sa pensée. Il faut dire que ce n'est pas évident à accepter une telle pensée, ni cette pensée d'un univers in fine disloqué. Sachant de toute façon que ce concept de dislocation ultime n'est signifiant que pour l'être humain.
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C'est une erreur de frappe ! Oui bien sûr 14 + 0 = 14.
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Les Indiens ont au cours des siècles élaboré en effet des signes distinctifs pour les neuf premiers nombres naturels. Les Grecs avaient fait de même, les Romains aussi, les Grecs avaient utilisé leur alphabet, les Romains des traits verticaux et obliques. En 499 Aryabhata publie un ouvrage, Aryabhatiya, dans lequel il présente un système de numération positionnelle, qui constitue un progrès considérable. Au lieu de créer de nouveaux signes pour 10, 100, 1000 etc. Arybhata va se limiter aux seuls neuf premiers nombres pour écrire tous les nombres. Ces nombres deviennent donc la base de l'écriture décimale des Indiens, nous les appelons des chiffres. Comment fait il ? Il positionne les chiffres dans l'écriture des nombres en posant ce principe : la position du chiffre dans le nombre écrit indique les dizaines, les centaines, les milliers, etc. C'est une invention décisive pour l'évolution des mathématiques. Mais les Indiens vont rencontrer un problème. Pour écrire 8 x 100 + 9 x 10 + 3 ils vont écrire : 893. Mais pour écrire 8 x 1000 + 9 x 10 + 3 ils vont écrire aussi 893 car ils ne possèdent aucun signe pour indiquer qu'il n' y a pas de centaine. Pour déterminer de quel nombre il s'agit il faut faire référence au contexte. Ce n'est pas commode. Pour éviter les confusions les Indiens vont mettre un blanc là où il manque la centaine. D'où l'écriture suivante : 8 93 pour signifier 8 X 1000 + 9 X 10 + 3. Mais le blanc est parfois oublié ou compressé, les Indiens finissent par remplacer le blanc par un point, c'est plus sûr. Et nous obtenons alors 8.93. Puis pour bien marquer le point ce dernier devient un petit rond, puis le rond grandit et nous obtenons 8093. A ce stade le zéro n'est pas encore inventé, il ne s'agit encore que d'un signe qui signifie une absence, un manque. En 628 Brahmagupta publie Brahmasphutasiddhanta dans lequel il définit ce signe 0 comme étant un nouveau chiffre : le zéro. Pour lui il ne s'agit plus d'un signe pour indiquer un manque, un néant, il s'agit d'un nouveau chiffre. C'est là la seconde révolution indienne après celle du positionnement. Ce chiffre est aussi un nouveau nombre. Défini ainsi : c'est la différence entre un nombre et lui-même. 7 - 7 = 0. 245 - 245 = 0. Par le truchement de l'opération différence ce zéro intègre l'ensemble des nombres entiers. Pour l'opération somme zéro est neutre, 14 + 0 = 0. Pour la multiplication zéro est absorbant, 18 X 0 = 0. Ensuite Brahmagupta va phosphorer pour la division. Que peut donner la division d'un entier par zéro ? 453 / 0 ça donne quoi ? Il va faire cette proposition : un nombre entier divisé par zéro cela donne 0. n/0 = 0 selon lui. Cette proposition sera rejetée. Il faudra attendre encore un bail pour que l'on parvienne à définir la division d'un entier par zéro.
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Il y a une limite à notre volonté de connaître. Il n’est pas possible de savoir ce qui peut bien exister dans le monde quand nous avons retranché de ce dernier le vivant. Ce n’est pas possible justement parce que nous restons vivant, nous ne pouvons pas nous retrancher du monde en tant que vivant. Nous ne pouvons ni percevoir ni penser le monde sans humaniser le monde. Nous ne pouvons pas accéder à ce qui dans la réalité n’est pas humain. Le non humain pur nous est inaccessible. Il y a une dimension de la réalité qui nous sera à jamais inaccessible du seul fait que, dès que nous accédons à une connaissance quelconque, cette connaissance est humanisée. Je pose l’existence d’un inconnu qui restera à jamais inconnu (sauf si nous arrivions à ne plus être humain). Cet inconnu agit dans notre univers humanisé. Nous pouvons à partir de cette action imaginer cet inconnu, mais même dans notre imagination nous continuons d’humaniser le monde. Il restera toujours un facteur d’imprévisibilité dans toutes nos perceptions, dans toutes nos pensées du fait même que nous ne pouvons pas connaître cet inconnu sans l’humaniser sans lui donner une finalité qui n’est pas la sienne mais la nôtre. Je pense que cette dimension inaccessible de la réalité agit aussi bien dans nos perceptions que dans nos pensées. Nous rejoignons là le concept d’inconscient utilisé en psychologie. Ce qui me paraît en revanche certain, même s’il y a un facteur d’imprévisibilité dans toutes nos projections du futur, c’est que non seulement l’être humain finit par mourir mais que l’espèce humaine aussi finit par mourir. Or la mort de l’espèce humaine ne peut pas être neutre dans notre façon de vivre quotidienne. En particulier une telle mort ruine la notion de « sens » en ôtant à cette notion toute certitude, toute permanence. Le « sens » n’est plus alors qu’un outil, qu’un moyen d’action, ce n’est plus un « donné » qui pourrait nous transcender. Il n’ y a par exemple pas de sens de l’Histoire, un tel sens est un outil, seulement un outil que nous pouvons remiser dans notre boite quand nous jugeons qu’il ne nous sert plus. Il est toujours possible de nier la mortalité de l’espèce humaine, mais toute pensée souple et ouverte doit pouvoir inclure tous les possibles, y compris celui de l’extinction de l’espèce humaine. Une pensée qui présuppose un fait que nous ne pouvons pas observer est une pensée qui a toutes chances d’être aberrante.
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La disparition de l'espèce humaine est posée comme une évidence (non dite toutefois) par les purs physiciens. Quand j'étais enfant j'entendais mes parents parler de la disparition de la Terre et je m'étonnais déjà qu'ils n'en tirent pas les conséquences. Ensuite, quand je fus ado, quand il fut évident que l'Univers avait une histoire je les entendis parler d'expansion et de contraction et je m'étonnais encore que, dans le cas d'une contraction, ils n'en tirent pas les conséquences, l'humanité ne pouvait pas en réchapper. Aujourd'hui ce sont encore les physiciens qui mettent les points sur les i, et encore, uniquement ceux qui font de la recherche fondamentale. Ca fait pas grand monde. Cela dit cette disparition est (parait) si lointaine dans le temps qu'il est inutile d'en faire une question sentimentale. Si je m'applique à faire cette expérience de pensée : j'imagine un univers sans humanité, sans vie même, j'imagine un univers dans lequel même le souvenir que l'être humain a existé est effacé, alors je constate que les concepts et idées, tels que : Dieu, le Bien, le Mal, le Beau, le Vrai, la Conscience etc. n'existent pas. Ces "réalités" n'ont pas d'existence dans un Univers sans homme voire sans vie. J'en tire la conséquence suivante : ces "réalités" n'existent que dans l'univers humain. Se pose alors la nature de leur existence. Je serais tenté de penser : ces réalités n'existent pas, mais j'aurais tort. Elles existent. Je pense que ces réalités sont des instruments, des outils conçus par les êtres humains en vue de gérer, d'animer les rapports qu'ils entretiennent entre eux. La Conscience par exemple n'existe pas comme réalité indépendante de l'humain, c'est un outil de communication entre les humains. Ces outils semblent en outre avoir une fonction essentiellement affective. Ainsi quand quelqu'un vient parler de Vérité il rentre dans un rapport affectif avec les autres humains même si cette affectivité est cachée sous un discours rationnel. S'il y a bien une dimension affective dans l'élaboration de ces outils alors nous n'en aurons jamais fini avec Dieu, la Vérité, le Bien, le Mal, etc. Ces "réalités" resteront fluctuantes comme sont fluctuants les rapports affectifs humains. Si j'en reviens à mon expérience de pensée je me pose alors la question : est-ce qu'il existe encore quelque chose dans un univers débarrassé de toute présence humaine, voire de toute vie (ce qui finira par arriver) ?
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C'est une idée difficile à tenir présente dans le champ conscient : l'espèce humaine (comme toutes les espèces ) disparaitra. C'est une idée facile à énoncer bien sûr, mais à peine énoncée elle est oubliée, tant, en fait, elle anéantit nos espoirs, nos croyances, nos philosophies, etc. J'éprouve une certaine admiration pour Katie Mack cette jeune cosmologiste qui tient cette idée fermement en conscience quand tous ou presque autour d'elle pourtant convaincus eux aussi de la mortalité de l'espèce humaine ne peuvent continuer à vivre qu'en effaçant cette idée. Garder cette idée vivante, en soi, participe de cette autre idée : plus je serai lucide sur les choses et sur soi plus j'aurai de chances de découvrir ce que nul encore n'a découvert. Mais le risque c'est qu'une lucidité trop "intense" de la réalité des choses ne finisse par devenir mortelle. Ce serait curieux que développer l'acuité de notre capacité à être conscient nous conduise à l'anéantissement.
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Katie Mack, 44 ans, astrophysicienne américaine « Comment va finir l’Univers » Il existe une poignée de scénarios (décrivant l’évolution finale de l’Univers) tous se rejoignent sur un point : il y aura bien une fin » [ le Big Crunch, la mort thermique, le Big Rip, la désintégration du vide, le Rebond]. « Il y aura à tout le moins une transition qui...détruira tout, rendant le cosmos inhabitable par quelque structure organisée que ce soit » Pulvérisation ou désagrégation finales. Ce que nous avons donc devant nous, au plus loin, c’est une disparition finale et inéluctable de l’humanité, de toute vie. Cette perspective affecte surtout celles et ceux qui se vouent à la transmission. Transmettre implique cet acte de foi : la vie continue, toujours, le chemin continue, toujours...Si le chemin sombre dans un néant final faut-il encore transmettre ? La volonté de transmettre face au non-sens de la transmission. C’est une contradiction sévère dans laquelle il est difficile de rester. Soit la volonté de transmettre et même le désir de se reproduire s’affaiblit, avant de s’éteindre, soit il faut faire un sacré effort sur soi et engendrer un nouvel imaginaire, qui transcende cette contradiction, sans nier le fait, qu’in fine, disparaissent à jamais tout humain, toute humanité, toute vie.
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Quand je vois les photos du baby prises par O. je vois qu'il perçoit "autre chose" que l’enfant tel que nous avons l’habitude de voir un enfant. C’est non seulement un enfant qui vient mais c’est aussi comme une présence venue d’un autre monde. L'enfant est émerveillé face au monde qu’il découvre, son émerveillement engendre à son tour l’émerveillement de O. qui, du coup, prend cette photo. Ce qui apparaît, ce qui vient est un universel, ce n’est pas seulement propre à un enfant d’une famille, une communauté, c'est propre à tout enfant. Le sens de l’universel ne provient pas de la raison mais de la sensibilité. Quand le sens de l’universel vient de la raison alors cet universel n’est plus respecté dès lors qu’il vient en contradiction avec les intérêts particuliers, Il est possible de clamer le respect pour tout enfant sans être gêné par la mise à mort de l’enfant de l’ennemi. Le Hamas n’est pas gêné de massacrer un enfant juif et les Israéliens ne sont pas gênés de tuer un enfant palestinien. Un anthropologue expliquera cette sensibilité devant l’enfant en produisant un discours explicatif aveugle à ce que présente la sensibilité. L’anthropologue se fera géologue et expliquera pourquoi l’eau de la source-là tient cette position-là mais il ne verra pas l’eau en soi. Il voit le chemin qui conduit, il en voit pas ce qui est conduit. Notre usage de la raison est tel que nous immobilisons par le langage tout ce qui est en mouvement. Le scientifique comprend le monde dès lors qu’il l’a au préalable immobilisé. Pour rendre au monde sa mobilité il faut autre chose que la raison.
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Comment est il encore possible d'agir, c'est à dire de peser sur l'évolution de notre monde ? Notre rayon d'action réel, au delà de soi-même, c'est la famille, le quartier, l'entreprise... Au delà de soi-même. Il est aussi possible d'agir sur soi, seul, en visant sa seule évolution personnelle. Dans ce cas nous nous enlisons me semble t il dans l'élaboration de représentations mentales destinées à être telles que nous nous y sentions bien. A l'intérieur. Si je veux être en accord avec moi la seule action possible que je puisse engager c'est l'action fondée sur la transmission. Le champ d'action pour ma part est alors la famille. A l'heure où mes enfants commencent à avoir des enfants je me rends compte qu'ils sont toujours en attente de leurs parents. Le plus jeune est plus complexe à comprendre, tout est dans le sentiment avec lui. Le sentiment voyage de conscience en inconscience et vive versa, c'est difficile d'agir de manière créatrice, sans faire d'erreurs. Quand il me tend son fils nouveau né je le vois dans une attente que je ne déchiffre pas tout de suite. Je comprends qu'il me demande d'accepter son fils, il attend que je transmette à son fils. Mon attitude va influer sur son attitude avec son propre fils. Je le rassénère, je prends son fils et le lui rend, je tente de lui dire : à ton tour de transmettre, je te confie désormais le soin de transmette. Il prend l'enfant, lui donne le biberon et je sens dans le regard qu'il porte sur son fils un amour qui me touche, c'est comme cela que commence la transmission, dans des actes de partage comme celui là. Donner le biberon ce n'est pas seulement participer aux taches du ménage comme le pense la belle mère c'est d'abord et surtout accomplir un acte d'amour entre l'enfant et le parent. L'acte de transmettre est somme toute délicat. L'ainé je suis obligé là aussi de deviner. De lever en moi toute résistance à son attente, ce n'est pas là non plus facile. Il semble choisir pour lui l'identité juive et je vois bien qu'il attend mon assentiment, plus, bien que je ne sois pas juif moi-même il attend que je l'instruise. La transmission entre sa mère, juive, et lui est fondée sur le seul sentiment. Il attend une transmission plus intellectualisée. Cela m'oblige à reconsidérer toute ma vision du judaïsme, il s'git maintenant de réussir à lui transmettre le meilleur de cette culture. Toutes ces actions peuvent paraitre microcosmiques. Mais au moins elles sont action dans le monde, elles participent à la création du monde.
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Si on vous demandait d'écrire un livre ....
Arkadis a répondu à un(e) sujet de Plouj dans Inclassables
J'ai déjà commencé ce récit...L'évolution des conditions sociales de vie depuis le milieu des années 50 et les interactions avec les individus, leurs ressentis. En me centrant sur mon expérience, dont une mère immigrée russe, née en Russie, un père français de souche, et celle de mon épouse, immigré juive du Maghreb, née au Maroc. Ces interactions entre une évolution globale sociale et les individus qui la vivent permet de mieux comprendre les états d'esprit d'aujourd'hui. Cela risque d'être une œuvre longue.
