Aller au contenu

tison2feu

Membre
  • Compteur de contenus

    3 173
  • Inscription

  • Jours gagnés

    1

Tout ce qui a été posté par tison2feu

  1. Tu ignores tout du monde mélanésien, mais tu as la prétention d'en remontrer. Je ne puis rien pour toi, assurément pas te "montrer" ce que tu as déjà perçu sur le monde mélanésien, sans jamais avoir mis le pied sur le Caillou ni lu le moindre ouvrage à ce propos, grâce au seul prisme déformant de tes propres préjugés. La discussion est impossible parce que tu ne cherches pas à appréhender un monde ethnique dans sa globalité. Cela te permet de faire les questions et les réponses, en doutant qu'un tel "système où tout va bien" puisse exister. Mais qui a prétendu que ce système est sans violence ? Personne. Tu oublies simplement que la violence à l'intérieur du groupe, canalisée grâce à "la" coutume mélanésienne, n'en demeure pas moins virtuellement bien réelle et pourra être extériorisée/ se potentialiser le moment venue en temps de guerre. Mais tu ne peux avoir ce schéma en tête puisque tu as éliminé tout aussi arbitrairement le fait que toutes les sociétés primitives (à part les Eskimo) pratiquent la guerre ! CQFD
  2. Non. Comme je l'avais rappelé plus haut à propos de Clastres, l'argument de la pénurie, de la survie dans un milieu de misère (considération à visée économiste), est rejeté par Clastres. C'est tout juste un cliché occidental, et qui est inapplicable en milieu mélanésien traditionnel (je ne parle pas de la situation actuelle du mélanésien, qui se trouve désormais écartelé entre le monde moderne et le monde traditionnel). Le motif de la pénurie peut être un motif de guerre dans d'autres coins du monde mais pas en milieu mélanésien. Les motifs de guerres perpétuelles sont donc à chercher ailleurs. Doù l'intérêt en effet de lire Clastres.
  3. L'écrit conserve une puissance, mais bien moindre que la parole vive. Une insulte proférée sur un forum aura toujours moins d'impact que si elle était proférée dans la vie réelle, avec la personne que tu insultes en face de toi. La puissance de la parole vive, c'est ce qui, à mes yeux, différencie fondamentalement l'animal humain de l'animal non-humain. La différence entre mythos et logos est bien réelle puisqu'elle est attestée en grec ancien. Le Grec avait deux mots pour dire "parole, discours". C'est bien qu'il existe une différence indéniable dont il importe de tenir compte. Et ce n'est pas un long blabla psychanalysant qui me convaincra du contraire. Juste une précision : le terme "mana" concerne le monde polynésien, à distinguer du monde mélanésien. En ce qui concerne le mythe mélanésien, il n'est pourvoyeur d'aucun pouvoir politique à proprement parler. Que le grand chef ait une case plus grande, ou une porte d'entrée plus basse (pour obliger les visiteurs à se baisser), cela ne suffit pas à lui donner un pouvoir politique. Ce sont les petits chefs administratifs d'aujourd'hui, ceux qui ont été imposés par le colonisateur, qui auront un semblant de pouvoir. J'abonde dans ton sens pour ce qui est de l'exigence de ta démarche explicative. La théorie marxiste/économiste n'est d'aucun secours en ce qui concerne l'explication du fonctionnement de la société mélanésienne traditionnelle : aucun problème de pénurie grâce à une nature généreuse (culture de l'igname, poissons à volonté). Chaque clan a une fonction déterminée confiée, à chaque génération nouvelle, à l'aîné qui deviendra maître des cultures, ou bien maître des terres & gens de la maison du chef, ou encore maître de ceux qui font la police, ou de ceux qui ont la garde des lieux "sacrés". Une égale considération est faite à l'égard de chaque clan. Oui, le système est autoporteur. C'est bien ce que disait Clastres aussi, il me semble. Quant à l'existence des guerres en milieu mélanésien, bien réelles comme dans la quasi-totalité des systèmes primitifs étudiés par les anthropologues, je te renvoie à la thèse de Clastres exposée plus haut. Si bien que ce mode de vie mélanésien aurait pu encore perdurer sans problème pendant des dizaines de milliers d'années.
  4. Par pouvoir extérieur manipulateur, je songeais à l'ingérence politique d'autres pays ayant intérêt à ce que deux ethnies s'entre-tuent ( = une des modalités de la colonisation). Désir bestial ? Désir de détruire tout ce qui fait obstacle aux instincts vitaux, non ? Oui, cela me semble une évidence. Le rite inhibe l'agressivité naturelle de l'homme. Une société sans rite, sans loi, cela n'a jamais existé. La mondialisation, c'est aussi l'émergence de rites à l'échelle mondiale : la coupe du monde de football est capable de mobiliser 2 milliards de spectateurs devant un petit écran au même moment. C'est autant de violence potentielle canalisée.
  5. Non. Ce n'est pas "ma" vision des primitifs, c'est la réalité fidèle du monde mélanésien dont je te parle et à laquelle je te renvoie. Ce qui t'échappe, c'est la force du mythe. Tant sur la forme que sur le fond. Lorsque je dis qu'"un ancien ne ment pas", je me réfère à la parole du chef de clan totémique qui est le grand frère de la fraternité clanique, celui qui est la racine, la source et l'ossature de l'organisation sociale, celui qui vit à part dans une grande case, symbole de l'ancêtre devenu dieu et tout auréolé de sacré. Ce chef est considéré comme le Verbe du clan, l'incarnation même de la parole mythique. D'où la force de sa parole, et la prégnance des règles et interdits fixés par le mythe. Le chef, ou les porte-paroles du chef, ne feront que réactualiser la parole mythique. Forme. Le mythe est un discours, un récit qui fait immédiatement sens pour l'ensemble d'un groupe. Rien à voir avec cetts autre parole de l'homme moderne, le logos ou le discours raisonné et raisonnant. Cette force du mythos t'échappe sans doute parce que tu vis à une époque où l'écrit a supplanté l'oral. Or l'écrit a terriblement perdu en force dissuasive. Au sujet du contenu du mythe totémique. Tu invoques le fait que les mythes peuvent être changés un peu comme on changerait de dessus de table, selon le bon vouloir de quelques esprits un peu plus rapaces que les autres. Là encore, il convient de s'imprégner totalement de la culture clanique pour comprendre à quel point les possibilités de modifier les mythes sont réduits (là encore vision de l'homme moderne qui a l'illusion de changer le monde et ses règles par la seule force de sa volonté individuelle et égoïste). En naissant au sein d'un tel groupe totémique, les jeux sont faits, ta place est déjà tracée dans l'organigramme du clan, en fonction de multiples facteurs, parfois très naturels (en fonction de ton ordre d'apparition dans la famille, suivant que tu seras le premier-né, ou le deuxième, ou le troisième, etc.). Dans le mythe apparaît l'esprit du clan (= le totem) par le truchement d'un élément naturel : un poisson par exemple, ce sera le cas du mythe du requin au contact duquel le rocher de tel endroit a donné naissance à l'aîné de clan, si bien que le requin devient l'élément de la nature qui perpétue la présence protectrice de l'ancêtre, ce qui implique des égards particuliers de la part du clan et des interdits en conséquence (interdit de manger sa chair). L'emplacement du rocher, mentionné dans le mythe, sera considéré comme tabou sauf aux gardes du lieu sacré. Etc., etc. Je pourrais continuer ainsi, il faudrait un livre, voire une bibliothèque pour parvenir à te faire comprendre ce qu'est "la" coutume, avec sa nuée de mythes fondateurs qui forme un ensemble, un tout extrêmement cohérent.
  6. A partir du moment où le meurtre/viol est légitimé, à l'intérieur même de l'Etat, par le pouvoir en place (lui même manipulé par un autre pouvoir extérieur), cela ne peut que contribuer à déclencher un tel processus de masse/guerre civile, celui-ci étant accéléré par l'effet de groupe. Le facteur aggravant, dans le cas de railleries incessantes subies au jour le jour, c'est que l'amour-propre de chacun est atteint au plus profond. Chacun n'a même pas besoin d'imiter le désir de vengeance d'autrui, puisque ce désir sera partagé par une majorité d'individus. La seule chose qu'il puisse imiter, c'est le désir bestial de détruire physiquement l'intégrité physique de son ennemi. Pour que l'Etat fonctionne, il faut ménager la fierté de chaque clan, en limitant le droit à l'insulte ou en le canalisant astucieusement, comme c'est le cas en Afrique de l'Ouest grâce au système de la parenté à plaisanterie, où l'insulte devient alors vecteur positif de lien social.
  7. Je te donne un exemple de mythes chinois relatifs aux graines que l'homme va désormais planter lors de sa sédentarisation. Ces mythes (en chinois "mythe" = récit +sacré) affirment que c'est une divinité qui a appris aux hommes à utiliser un cadeau divin, en l'occurrence le don de l'(agri)culture. Donc, tu te rends compte dans cet exemple que le point de départ de ce mythe, c'est l'inventivité même de l'homme, sa capacité toujours nouvelle à maîtriser la nature, mais chaque découverte nouvelle n'a pu être rendue possible que par l'intervention bénéfique d'une divinité. Cela mérite des hommages, offrandes, etc., qui seront ritualisés. L'homme ne serait rien sans le pouvoir des dieux. Dans le cas de "la" coutume que j'avais mentionnée, le mythe ne peut que dire la vérité puisqu'il est transmis par la bouche des anciens. Un ancien ne ment pas, il est respecté de tous dans une tribu. De plus, ces mythes sont racontés pratiquement tous les soirs où sont réunis tous les membres de la famille. Ils sont connus de tous. Oui, au sujet de la valorisation identitaire, puisque ces tribus ou fédération de tribus seront fières d'avoir comme ancêtres des hommes d'exception qui ont tous été affectés de dons divins ou, disons, dont les actions, activités, exploits, inventions, etc., ont suscité l'attention bienveillante des dieux et leur intervention. Le mythe participe à la fois d'une divinisation de l'humain et d'une humanisation du divin. Je ne vois pas pourquoi tu tiens à "séparer" ce concept de mythe d'avec celui de divin (ou de sacré). Ou alors, oui, cela peut se comprendre dans la mesure où tu réduis le mythe à la légende. Dans le mythe, le héros devient impersonnel, an-historique. Par exemple, Ben Laden, avant son exécution, devenait un personnage de plus en plus mythique : plus l'homme s'effaçait littéralement (ses messages ne seront plus filmés mais enregistrés), et plus il commençait à faire l'objet de culte (des nouveaux-nés portent son nom).
  8. Et si cette loi immanente - qui préexisterait - incluait nécessairement une dose de contingence ? ne serait-ce pas là une hypothèse permettant de sortir du double déterminisme athée ou/et religieux ? Dieu n'existe pas présentement, mais cela n'exclurait pas la possibilité du surgissement d'un Dieu virtuel. Cette hypothèse est défendue par le philosophe français Quentin Meillassoux. https://theoremes.revues.org/623
  9. Eh bien qu'il s'abstienne de donner des leçons de linguistique à un linguiste, n'est-il pas ? Pour ceux qui seraient intéressés, le tome 2 du Vocabulaire des institutions indo-européennes consacré à "Pouvoir, droit, religion" est disponible en ligne : http://fr.scribd.com...-Droit-Religion Et comment va s'y prendre un Primitif pour perpétuer les mythes fondateurs de son groupe ? Je réitère ma demande d'éclaircissement sur ces autres modalités auxquelles tu avais déjà fait allusion précédemment. Veux-tu dire que ces mythes ont pu être empruntés, en des temps reculés, par l'intermédiaire de prophètes venus d'ailleurs ?
  10. Le plus simple serait de proposer une définition claire et précise de ce qu'il faut entendre par "mimétisme" selon Girard. Je sais que tu en as parlé dans des pages précédentes, mais tout cela reste obscur pour moi. Dans le cas de "la" coutume que j'ai citée, le référent est la parole fidèle à ce qu'ont dit les anciens, qui se transmet de génération, celle qui retrace des lignées familiales, qui raconte les mythes fondateurs du groupe, etc. Je ne vois pas trop où tu veux en venir. Je viens de rejeter un oeil au premier paragraphe et, ô surprise, je découvre que ce texte anglais est en fait une traduction de l'ouvrage de Girard, et de plus, je découvre que Girard se permet de critiquer Benveniste. Je m'étais contenté de vérifier si les traductions des termes grec et sanskrit étaient corrects, ce qui était le cas. Bien. Donc, oui, divergence de taille. C'est un comble de devoir lire Girard en anglais, et dès demain je commanderai donc son ouvrage ! Pour le reste, Girard me donne l'impression de ne pas comprendre qu'un linguiste ne fait pas un travail de science-fiction, mais travaille sur le sens le plus fidèle des mots, en s'efforçant ni de forcer leur(s) sens ni de leur retrancher quoi que ce soit. Or si le grec ancien d'une part et le sanskrit védique d'autre part ont , pour le même mot "sacré", des sens susceptibles de se compléter, cela ne signifie absolument pas du tout que le grec possède ces deux sens complémentaires (ce que conjecture Girard de façon arbitraire) ou que le sanskrit possède également ces deux sens. Benveniste tente un travail de reconstruction cohérent, mais il sait jusqu'où il peut aller ou ne pas aller parce que la linguistique est un travail dont Girard ignore sans doute certaines exigences élémentaires. Bref, Benveniste ne peut pas faire dire à un mot grec ancien plus qu'il ne dit. Et c'est profondément ridicule de la part de Girard de vouloir déceler en Benveniste un entêtement à ne pas voir le lien entre "sacré" et "violence maléfique" dans le terme grec, alors que Benveniste soulignera ce lien entre sacré et violence dans d'autres termes du corpus indo-européen mentionnés dans ce long chapitre consacré au "sacré"; c'est bien la preuve que Benveniste a ses raisons - purement linguistiques, et pas du tout idéologiques ou je ne sais quoi d'ailleurs ! - que Girard ignore tout simplement.
  11. Oui et non. Oui pour la perpétuation du sacré. Tu dis que ces rites peuvent être liés à d'autres modalités, lesquelles par exemple ? D'où peuvent bien provenir ces mythes, sinon d'ancêtres dont la lignée est encore bien présente dans l'esprit du Primitif, non ? C'est ce que j'appelle simplement le "génie" d'un peuple qui a su trouvé un mode de vie original mais suffisamment judicieux pour maintenir l'ordre établi, durant des générations, tout en inhibant l'agressivité intraspécifique propre à son espèce. Que ce génie soit le fait de tel ou tel plus malin que les autres est sûrement vrai aussi, mais ces malins sont devenus anonymes, par quoi non susceptibles d'être accusés d'avoir agi en faisant passer leurs intérêts personnels sur l'intérêt du groupe. Sur la question du mimétisme, je me pose encore des questions ! Lorsque je "fais la coutume", je n'imite pas le comportement d'autrui, je me mets pieds nus sur une natte parce que je sais qu'il convient de me comporter ainsi, comme le veut la coutume, durant la palabre d'un chef ou d'un petit-chef ; et tous ceux qui sont présents en font de même. Mais j'agirais de même si je me retrouvais seul devant un supérieur (et donc sans possibilité d'imiter tous les autres). D'un autre côté, il est vrai que lors de l'apprentissage de la coutume, j'ai procédé par imitation. Il y a donc deux types d'imitation : l'une, plus profonde, issue d'une éducation et reposant sur un savoir. L'autre, immédiate, présente et visuelle consistant à imiter sans réflexion aucune le comportement d'autrui (Tu me tires la langue, je te tire la langue).
  12. Ce qui régit les comportements de tous les acteurs d'une communauté dite primitive, ce sont les coutumes (ou "la" coutume, comme disent les Kanaks de Nouvelle Calédonie que j'ai bien connus durant 5 années), qui elles-mêmes ne sont pas le fait des acteurs de cette communauté mais des ancêtres de ces acteurs. Clastres confirme ce fait capital. Dans la "mentalité" du Primitif, les coutumes ont été conçues dans l'intérêt de tous, d'où leur prégnance et leur pouvoir de dissuasion. Je prendrai le temps de lire beaucoup d'autres travaux. Mais si le roi est conspué au moment du sacrifice, reste à savoir si ce comportement n'est pas, comme j'incline grandement à le penser, une pure simulation, elle aussi savamment ritualisée. Ce qui m'a toujours surpris dans une telle société, c'est qu'il n'y a pas un geste que tu puisses faire sans qu'il fasse sens. Cela explique d'ailleurs le fait que les membres de la communauté puissent parfois ne plus faire entrer en ligne de compte, comme le firent leurs ancêtres, la réalité anthropologique dégagée par L. Makarius quant aux pouvoirs magiques du roi obtenus par transgression du tabou du sang. L'important c'est de respecter la coutume. C'est bien ce qui est mis en évidence par Benveniste !
  13. Ouf, un grand merci encore. Ta simple référence à deux auteurs importants, dont celle de Laura Makarius aura suffi à combler mes attentes, puisque mon interrogation était la suivante : tu avais fait allusion à l'interdit de l'inceste en parlant du rite sacrificiel du roi, mais je cherchais à comprendre comment une population pouvait interdire l'inceste tout en l'autorisant - puisque son roi transgresse cette loi. Or, L. Makarius, qui est précisément la spécialiste de la transgression des interdits, donne une explication qui me semble excellente et qui se trouve résumée dans cette présentation par Thierry Rogel (2010) : http://classiques.uq...vi_makarius.pdf L. Makarius fait remarquer que le tabou du sang est le premier des tabous duquel découle d'autres tabous. Le pouvoir magique/sacré du sang se trouve surdéterminé, à la fois bénéfique et maléfique. Dès lors, pour le roi, la transgression du tabou du sang et de l'inceste est une opportunité qui va lui donner des pouvoirs magiques, notamment de fertilité, de fécondité ou de guérison, tous résultats profitables à l'ensemble de la communauté. Je ne peux m'empêcher de faire un rapprochement, non sans imprudence, avec le mot grec hieros, qui outre le sens de "sacré" a également deux autres signifiants plus mystérieux : "fort" et "vif", où la même idée transparaît, celle d'une puissance qui est pleine d'ardeur, gonflée de fécondité (selon le linguiste E. Benveniste dans sa passionnante étude : Le vocabulaire des institutions indo-européennes, tome 2, Pouvoir, droit, religion, "Le sacré", pp. 179-207).
  14. Sans vouloir trop abuser, ne te serait-il pas possible de donner au moins une ou deux sources, le titre des travaux/études/thèses/articles, le nom de leurs auteurs, sur cette question bien précise de la mort sacrificielle du roi, afin de trouver sur le Net des extraits éventuels de ces textes ? Ce qui m'intéresse c'est de mieux connaître le contexte, les circonstances, les raisons invoquées par les natifs eux-mêmes pour expliquer ce rite sacrificiel, etc.
  15. Pour tes archives, j'ai trouvé ce texte de 80 p., "La guerre et le sacrifice humain chez les Tupinamba", par F. Fernandes. Texte ancien (traduit en 1952) mais riche en informations : http://www.persee.fr...2_num_41_1_2401 C'est ce genre de texte détaillé sur lequel j'aimerais mettre la main en ce qui concerne le sacrifice du roi chez certains peuples d'Afrique ou d'ailleurs. Je cherche des travaux d'anthropologues sur cette question, et je n'en ai pas trouvé pour l'instant. As-tu cherché ? Dans l'ouvrage de René Girard, La violence et le sacré, n'y a t-il pas des références précises à certains travaux d'anthropologues ?
  16. Ce que nous perdons de vue, à cause de nos regards contemporains, c'est qu'aux yeux du primitif le mort possède un esprit qui lui survit après sa mort physique, et par surcroît, cet esprit du mort est pourvu de forces tant bénéfiques que maléfiques. Le mort est détenteur de pouvoirs sur les vivants, et seul le "sorcier"/chamane, en tant que médiateur entre le monde des vivants et le monde des esprits des morts (et esprits des ancêtres), va tenter de gérer tout ça : tuer un ennemi, ça n'est pas pour autant éliminer son pouvoir de nuisance, puisque son esprit lui a survécu. Le concept de sacré est à relier, me semble-t-il, avec celui de la mort et du pouvoir des morts. L'espace sacré, consacré par excellence, est celui des morts (cimetières, tombes, etc.), ainsi que tout ce qui concerne l'entourage sacré/tabou du mort ou de celui qui va mourir. A suivre...
  17. @ Déjà Utilisé, J'essaye de te répondre le plus brièvement possible sur ces deux points abordés afin de ne pas trop digresser. Malgré le décalage bien réel entre discours public et discours privé, tu ne peux pas nier que les choses ont bougé et continuent de bouger en matière de traitement, aussi variable soit-il selon les pays, de toutes formes de discrimination à travers le monde depuis l'impulsion donnée par les déclarations successives des droits de l'homme. Je note simplement qu'il y a une tendance mondiale qui a commencé à se confirmer dans les faits. Je suis bien conscient que c'est à moi d'étayer mes propos en multipliant les exemples avérés d'une telle révolution des "mentalités" à partir de faits concrets, et j'aurai sûrement l'occasion d'y revenir. Sur le second point, ma phrase était horriblement formulée, et j'abonde en ton sens sur la nécessité de développer la sensibilité de l'enfant à l'école. J'avais néanmoins repris ton terme de "régulation" émotionnelle, et donc absolument jamais envisagé de "masquer" ces émotions. Je me place dans l'optique même de la psychologie consistant à comprendre l'origine de nos émotions - et je ne fais que proposer ici de sensibiliser l'élève sur ses propres émotions -, c'est-à-dire de commencer par accueillir nos émotions parce que l'évitement émotionnel est à la base de nombreuses pathologies. Ensuite, l'élève pourra s'interroger sur la nécessité de "réguler" ses émotions négatives suivant les contextes (pourquoi réguler, comment réguler, etc.). Ce serait l'objet d'un autre topic.
  18. Même si la violence ne semble pas diminuer, il me semble que les esprits ont évolué ces dernières décennies de façon fulgurante, puisque nous assistons à un écroulement, par pans entiers, et non sans grincements de dents, de la gangrène discriminatoire dont souffrait l'humanité (discrimination de la femme, des étrangers, des homosexuels, etc.). Tout se passe comme si l'humanité prenait corps, ou disons un semblant de corps, qui est à la recherche d'un constant équilibre immunitaire, et cela s'effectue par palier successif où chaque fois l'humanité atteint des limites, le temps d'intégrer de nouveaux agents dans son corps. Les émotions sont essentielles, puisque "motrices" et génératrices de mouvement et de vie. Mais sans régulation émotionnelle, la formation des groupes sociaux ne serait pas possible. Je pense que notre société a cru bien faire en croyant libérer l'ego sans tenir compte de ce processus pourtant naturel de régulation émotionnelle, ce qui n'a fait qu'accélérer le phénomène actuel de déversement émotionnel tous azimuts. Les sciences devraient permettre de mieux connaître les mécanismes de l'émotion, encore très mal connus. Des données expérimentales récentes suggèrent que plusieurs formes de de régulation émotionnelle requièrent un degré d'effort important de la part du sujet, et sont donc coûteuses pour l'organisme en termes de dépense énergétique. Une régulation automatique s'opère afin d'inhiber toute sorte d'émotions exagérées. Une sorte de dressage peut donc très bien être effectué dès la petite enfance, à condition de ne plus traiter l'enfant comme un petit roi capricieux, d'où l'importance de l'éducation. (Je ne parviens pas à uniformiser les polices de caractère).
  19. Dans ce cas, comment expliquer que tous ces groupes ayant un roi (ou un système de chefferies héréditaires) font des guerres cycliques avec les groupes voisins ? Clastres a le mérite d'expliquer l'existence de ce phénomène, éludé partiellement par Levi-Strauss. C'est tout ce que je peux dire pour l'instant (je ne peux plus visionner hélas les videos depuis que j'ai changé de navigateur, ce qui n'arrange rien pour appréhender les problèmes soulevés dans ce topic fort complexe. Désolé...). De toute façon, la violence subsiste aussi bien dans les sociétés traditionnelles que dans les sociétés modernes. La violence ne résulte pas d'un agent externe contre lequel le groupe ou l'Etat se serait immunisé. Avec la mondialisation, nous devrons accepter l'idée que l'humanité puisse constituer un superorganisme, et dans ce cas l'immunisation contre un ennemi extérieur/idéal n'est plus d'actualité (S'il continue de l'être ces derniers temps, ce n'est à mes yeux que purement anecdotique). L'essence de la violence est donc à rechercher du côté de l'ego, de sa fierté et de sa rapacité favorisant un excès d'exploitation de l'homme par l'homme, et qui continue de se manifester par un macroégoïsme de l'Occident rendant impossible toute égalité dans le traitement des gains immunitaires. L'homme désormais ne peut plus se voiler la face en s'inventant de faux ennemis (repli identitaire, xénophobie, etc.). Il doit penser le réel à l'échelle de l'humanité, le contexte des contextes. Les religions révélées avaient accéléré ce processus d'universalisation mais de façon abstraite, le marxisme également mais de façon théorique et purement économiste.
  20. D'abord, merci de nous avoir gratifié d'une si belle réponse permettant de mieux appréhender cette question de la misanthropie qui, je dois bien l'avouer, taraude mon esprit depuis très longtemps. Tu as clairement mis en évidence cette tension provoquée par les sentiments contradictoires de haine du genre humain et d'amour de la vie. Pourtant, je n'adhère pas à cette vision du monde, pour les raisons évoquées plus haut. Cela ne signifie pas que je ne sois pas sensible/blessé par les bêtises que font mes semblables. Bien au contraire. L'abjection/cruauté/ineptie dont sont capables certains hommes est sans limite, et cela reste gravé à jamais, depuis tout petit, dans ma mémoire. Je pourrai y penser chaque soir avant de me coucher, sachant qu'au moment de m'endormir, l'abjection continue de sévir aux quatre coins du monde et que rien ne pourra l'effacer ni en réparer les préjudices. Mais procéder ainsi chaque soir, c'est me condamner à devenir toujours plus fou de douleur et à perdre définitivement le sommeil. Pour ma part, il ne s'agit aucunement de me détourner le regard avec indolence. Il s'agit de savoir, au moment opportun, être sensible aussi à la finesse de mes semblables, si rare soit-elle (elle n'en aura que davantage de prix). Cela aussi mériterait d'être cultivé. Et mon questionnement devient : pourquoi les hommes sont-ils davantage sensibles aux bêtises des hommes qu'à leurs finesses ? Si certains sont capables de finesses/justesse, alors pourquoi porter un jugement global et définitif sur le genre humain ? Qui peut savoir si l'homme ne parviendra pas un jour à avoir une pensée plus cosmopolite et un comportement plus coopératif à l'échelle de l'humanité toute entière, et non plus une pensée sectaire et clanique ?
  21. Ne faut-il pas prendre en considération le fait que plus la haine du genre humain est prononcée, plus cette haine sera augmentée par une haine réciproque ? La haine appelle la haine, et non pas l'amour. Ce sentiment de haine est une passion triste qui ne peut que diminuer ma puissance d'agir. Notre société individualiste et égoïste ne fait qu'accélérer ce sentiment de haine généralisée. Voilà pourquoi je tiens, pour ma part, à dissocier haine de l'homme d'avec haine de l'ineptie. Aux yeux du misanthrope, l'homme serait un animal ami/complice de l'ineptie, donc haïssable, et cette haine éprouvée serait malgré tout une passion utile sans le feu de laquelle la haine de l'ineptie ne pourrait être attisée. Je n'arrive pas à adhérer à un tel subterfuge. D'abord, la haine de l'ineptie, c'est aussi l'amour de la finesse/intelligence, et voilà de quoi non seulement augmenter joyeusement ma puissance de penser/agir mais aussi faire l'économie d'une haine pathologique du genre humain. C'est en découvrant la grandeur/finesse de quelques esprits (artistes ou/et penseurs) que j'ai pris conscience que l'homme est capable de grandes choses, de s'améliorer, à l'inverse du misanthrope qui a besoin de passer par la révélation de l'ineptie/abjection pour éprouver le besoin de mieux faire. Le stoïcien stigmatise toute forme d'emportement. C'est Aristote qui fait montre d'une certaine indulgence à l'égard de la colère, parce que celle-ci, pour peu qu'elle soit intelligemment régulée, peut être une arme utile contre l'indolence.
  22. Par souci de précision, je tiens à ajouter que cette citation de Sartre n'est pas le reflet exact de sa pensée, mais celle de l'Autodidacte (humaniste chrétien) avec qui il discute. Sartre écrit quelques lignes plus loin : "Je trouve, dis-je à l'Autodidacte, qu'on ne peut pas plus haïr les hommes que les aimer". Et une petite rectification : il fallait lire misos ("haine" en grec ancien), avec un "i" et non pas avec un "y", comme je l'avais écrit par erreur.
  23. Je partage tes points de vue, refusant ce style de vie urbain, tellement ordinaire et grégaire, avec toujours davantage d'entassement aérien (à Paris, il s'agirait de surélever les bâtiments) ou souterrain (pendant qu'à Londres, la tendance serait plutôt à creuser sous les bâtiments pour gagner de l'espace !). La solitude me semble être le meilleur camp de base, le temps de faire sécession provisoirement et de gagner intérieurement en profondeur et en hauteur. "Un séjour sur le lieu du crime de l'habitude de la vie ordinaire n'est plus envisageable pour ces marginaux distingués" (Peter Sloterdijk). L'école ou l'Académie des Grecs étaient déjà des espaces de repli méditatif/philosophique.
×