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tison2feu

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  1. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Jolis tons pastels de cette superbe anémone coronaria. Le terrain est plus calcaire dans le Midi (bord de mer), et convient mieux à certaines plantes, comme le Liseron de Turquie (convolvulus cneorum), qui fleurit depuis plusieurs semaines :
  2. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Très belles rosa sinensis, Doug. J'ai abandonné avec les hortensias, dont les feuilles jaunissent, etc. En revanche, les gazanias font de belles fleurs : Avec les bégonias, des fleurs continuellement presque toute l'année : Un Callistemon laevis planté l'an dernier, un peu fragile, avec quelques fleurs en ce moment :
  3. Les états d'âme que je décrivais, sur le mode interrogatif, ne sont pas les seuls bien entendu. La musique a le pouvoir de nous transporter vers toute sorte d'affects, parfois les plus sombres. Dans la composition en question, ce qui me frappe, c'est l'absence de rythme et l'intensification d'un son continu qui contribue à nous faire suffoquer physiquement, comme si nous étions plongés sous l'eau. Nous n'avons plus de repères rythmiques ou harmoniques. Cette musique mystérieuse, déshumanisée au possible, nous sort de notre réalité normée et rassurante pour nous faire toucher du doigt un réel dépouillé de nos attentes quotidiennes, fragiles et insignifiantes, un réel sans but ni finalité qui nous fait éprouver un sentiment terriblement mystérieux, voire tragique de la vie. Mais lorsque je fais allusion à l'unisson jubilatoire de l'être du sujet à l'être du monde, cela implique d'adhérer à ce mystère/tragique de la vie. La joie que je peux éprouver même en écoutant les pires sons noirs suppose l'accommodation paradoxale au tragique de la vie, et non pas à sa négation. La jubilation ne peut résider que dans et par cet accord avec le tragique de la vie. Cette musique me dit dans que je suis quelque chose de perdu et d'insignifiant, mais aussi que je ne peux pas ne pas être quelque chose ; elle me dit que la vie est quelque chose de déroutant, mais aussi qu'elle ne peut pas ne pas être quelque chose. La vie m'est offerte dans la gratuité de l'instant. Tel est le secret de la joie rossétienne : "Toute l'horreur d'exister, pour Cioran, est d'être quelque chose et de compter pour rien. Le secret de la joie est dans une inversion : on ne compte pour rien, mais on est quelque chose" (Clément Rosset).
  4. Ce que je tente de dire ne vaut peut-être pas pour tous les artistes, mais assurément pour une bonne partie d'entre eux. C'est au philosophe de faire l'effort de tendre l'oreille à ce que disent ces grands artistes plutôt que d'établir une hiérarchie dans les modes d'expression de la pensée. Le danger que tu suspectes sera peut-être à chercher dans l'amour exacerbé de l'art pour l'art lorsque le matériau est manié pour le seul plaisir de manier du matériau ; encore qu'il y ait dans ce cas un remarquable effort de perfectionnement, une exigence et une rigueur dans l'expression artistique qui force l'admiration. Mais dans ce cas, le danger reste le même pour certains philosophes qui se hasarderaient à trop manier du concept seulement par amour du concept au lieu de penser par amour de la pensée! Il se trouve que certains ont le goût du concept, d'autres du dégoût parce que ce n'est pas le meilleur matériau correspondant à leur mode de vie et de pensée en exercice. Et parce que le concept risque d'emprisonner et d'empêcher de respirer la pensée. Montaigne, Cioran, Valéry, Musil... et tant d'autres penseurs, écrivains et poètes, ont refusé d'être philosophes sous ce seul prétexte. Est-ce une raison pour ignorer la portée philosophique des oeuvres artistiques ? Bien sûr que non, et si tel est le cas, je trouve cela criminel.
  5. Je me permets de répondre à chaud, avec tous les inconvénients que cela comporte ! Dans toutes tes interventions sur ce topic, je te suggère de remplacer le mot "musique" par "philosophie". Pourquoi ? Parce que l'art est une façon d'exprimer pas seulement des émotions ou du rêve, mais de penser véritablement le monde, de le représenter exactement comme le fera un philosophe. Le philosophe et l'artiste visionnaires ayant parfois une longueur d'avance sur le scientifique, puisque la science elle-même progresse en dépassant ses propres limites et accrédite, ce faisant, certaines conjectures/intuitions artistiques ou philosophiques jugées jusque-là trop "mystico-poétiques" par la science. Il se trouve que l'outil de l'artiste, ce ne sont pas des concepts, mais un autre matériau (des sons, de la pierre ou de l'argile, des mots dans le cas du poète et romancier, etc.). Tu te mets dans la peau de cet artiste un instant. Par exemple, tu es peintre, et comme le philosophe, tu as les mêmes questionnements et problèmes à résoudre, mais tu ne peux le faire qu'avec le matériau du peintre. Et cela, une vie durant. Voilà pourquoi il me semble important de tenir compte de ce que que nous disent les artistes actuels, les grands romanciers, les peintres et sculpteurs, les grands compositeurs, etc., parce qu'ils consacrent leur vie entière à nous faire part de leurs ressentis et de leurs réflexions avec une acuité sans pareil. Avec le même tranchant des concepts nouveaux crées continuellement par les grands philosophes actuels. Ta question ainsi retournée devient : la philosophie rend-t-elle le monde meilleur, les gens meilleurs ? Mais ceci est une autre histoire...
  6. Cette approche psychologisante, somme toute anecdotique (la musique et son instrumentalisation en tant que succédané ou antidote à un problème personnel), a l'inconvénient de mettre à l'écart l'essence de la musique en particulier et de l'art en général. Pour ma part, ce qui m'intéresse chez Nietzsche, c'est plutôt son intuition selon laquelle composer de la musique serait une façon particulière de philosopher. Les pythagoriciens/mathématiciens étaient des musiciens ; d'autres philosophes grecs (Parménide, Héraclite dans une certaine mesure) étaient des poètes. Avant que Platon, trop conscient du pouvoir de séduction de l'art, ne décide de bannir définitivement les poètes de la cité... et, ce faisant, la poésie/l'art de la philosophie. Pourtant, philosophes et artistes (et scientifiques !) s'efforcent d'exprimer/formaliser dans leur langage respectif des idées paradoxales défiant l'opinion commune (la doxa). Par surcroît, leurs créations, ou mieux leurs découvertes/compositions, n'existent que relativement à un problème. Cela suppose bien entendu de concevoir l'art autrement que de façon psychologisante (lié à un problème personnel) ou zoophilosophique (je n'ai jamais vu un animal user de sa voix ou jouer d'un instrument de musique du matin au soir avec autant d'acharnement qu'un homme), kitsch (superficiel) ou divertissante (au sens pascalien), etc., bref autant de boue toxique qui, à mes yeux, ne doit aucunement nous dispenser d'appréhender la musique dans toute sa profondeur existentielle. Toute création artistique et toute pensée philosophique ne seraient-elles pas autant de façons de s'opposer au chaos ? Telle est l'approche deleuzienne de l'art (cf. son concept de "chaosmos") qui m'interpelle au plus haut point : http://distillation....hale.com/?p=938 Pour lors, il ne s'agirait pas pour le musicien d'"idéaliser" le réel (telle était ton objection, et celle de Déjà, portée à l'encontre de l'intervention pertinente de Pascalin), mais de vouloir harmoniser, consciemment ou pas, le tout de l'univers, à savoir l'être extérieur de l'univers et l'être intérieur de l'homme, et d'appréhender méta-physiquement l'essence de l'être du grand tout de l'univers dans ses manifestations A LA FOIS chaotiques (avec son hasard, son désordre, son silence et ses bruits) ET non chaotiques (avec son ordre nécessaire, sa rythmicité, ses symétries, ses lois physiques, ses ajustements fins, qui existent indépendamment de l'homme).
  7. Lorsqu'un topic touche à sa fin (provisoire), cela peut toujours être intéressant de faire quelque "ouverture" portant sur des questionnements plus synthétiques. La musique fait partie des "beaux-arts", d'où ma tentation de reposer la question proposée : "Sans l'art, la vie serait-elle une erreur ?", et encore plus généralement, de m'interroger sur les différences (et points communs éventuels) entre art, science et philosophie. Un travail tout-à-fait intéressant, fouillé et original, a été entrepris dans ce sens par Deleuze et Guattari dans Qu'est- que la philosophie ? (Sur la question de l'art, voir " Percept, affect et concept", pp. 154-188). Je ne cherchais donc pas à réduire ta pensée sur la musique, mais seulement à t'inviter à l'intégrer éventuellement dans une réflexion plus globale portant sur l'art dans son ensemble (musique, poésie, danse, sculpture, architecture, peinture). Même si je conçois tout à fait que cela ne soit pas ta tasse de thé. Ton argumentation physiologique, que je partage en partie, ne me dit pas tout sur l'essence de la musique. Par exemple, tout corps vivant n'a pas le monopole de la rythmicité. N'en va-t-il pas de même du rythme des saisons, du jour et de la nuit, c'est-à-dire du rythme de la matière non organique ? Je ne vois pas ce qu'il y a de "mystico-poétique" à être sensible à ce type de rythmicité - auxquels sont indifférents les gens du commun. L'artiste a besoin d'exprimer ce que l'oreille du commun ne sait ni écouter, ni observer, ni éprouver.
  8. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Merci bien, Metal. Ces grandes dames sont vraiment impressionnantes et je ferai comme tu dis (Je n'en avais jamais vu en vrai, alors je m'émerveille comme un enfant ) Pour fleurir encore ce topic, des coreopsis grandiflora jaunes, qui fleurissent en ce moment. Elles forment très vite des mottes de petits oignons qu'il suffit de dégrossir et replanter : C'est aussi la fête aux pivoines herbacées :
  9. Virtuel... et pourtant actuel, non ? Voilà un paradoxe musical qui inciterait, comme Schelling (pour le peu que j'en sais), à envisager une double appréhension du temps : le temps de l'existence réelle et une sorte de temps intemporel qui aurait commencé avant le temps et se poursuivrait après le temps. Ce temps intemporel serait fondement originel, cause première ayant ordonné la série des causes mais étrangère elle même à cette série des causes. PetitPépin avait également pensé la musique dans son rapport au temps, cf. supra #99 La vie et la musique ne sont-elles pas les manifestations de belles formes, en mouvement, ordonnées dans la durée ?
  10. Pour faire suite à ta demande d'éclaircissement, je songeais à d'autres disciplines artistiques où n'intervient ni rythmicité, ni fonctionnement vocal pour en justifier la "génèse" des arts dans leur ensemble, et non pas seulement de la musique. La sculpture, par exemple, quelle pourrait bien être sa genèse, selon toi ? Pourquoi les arts plaisent-ils universellement ?
  11. Comme l'amour, la musique n'a-t-elle pas ce pouvoir extraordinaire de nous extraire de la médiocrité de la vie ? Pendant quelques minutes, j''accède au meilleur des mondes possibles, je suis à l'unisson avec la vie elle-même. Dans le passage de la petite madeleine, Proust tente de décrire ces instants de joie exceptionnels : "J'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où avait pu venir cette puissante joie ?" Clément Rosset aussi a toujours eu la conviction que la musique lui disait quelque chose d'important, "une intuition de l'existence perçue comme occasion de réjouissance infinie et impersonnelle" ; dans ces instants privilégiés, la vie se suffit à elle-même, "à jamais justifiée et à jamais désirable". Pour illustrer tes propos, Dompteur, cette composition sublime :
  12. J'ai parcouru ce lien, ayant noté en fin d'article que le nombre des artistes dans la population asilaire était à peu près le même que dans les milieux normaux, ce qui ne permet pas de déduire grand-chose quant au rapport entre art et maladie mentale. Même si plus haut, il est fait allusion aux Folias et à la musique baroque, ou à des racines méditerranéennes encore plus anciennes, cette "folie" n'en reste pas moins "douce", maîtrisée et ne fait jamais totalement l'économie de normes artistiques. C'est dans un cadre normatif que l'homme devient libre. Libre d'improviser et de créer de nouvelles formes jusqu'à plus soif. Et ce cadre peut se maintenir ou évoluer de manière infime, durant plusieurs siècles, ou subir de profondes mutations. Les compositions musicales sont, à mes yeux, bien plus que des états-d'âme. Il importe de donner une forme musicale digne à/de l'état-d'âme en question. Il y a donc en oeuvre, et comme venant nourrir la sensibilité de l'artiste, toute une intelligence esthétique, un art de l'ordonnancement formel des sons, une quête insatiable de justesse (---> développement du bon goût) que seul un esprit averti peut éventuellement déchiffrer/intellectualiser, et qui fait toute la différence avec une musique trop facile ou uniquement psychologisante. L'important à saisir, comme en beaucoup d'autres choses touchant au sens du vrai, du juste, etc., ce n'est pas le conditionnement normatif ou le conditionnement émotionnel, mais la conscience de ces conditionnements. Ma liberté de jouer pleinement de la musique naît de cette prise de conscience.
  13. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Et le vent a fait tomber les 3/4 des abricots ! Tiens, des plantes qui tiennent bien le coup d'une année sur l'autre, ce sont les liliacées (de l'ancienne classification), qui viennent d'éclore ces jours-ci. Le lys de Provence vient de fleurir ce matin : Le lys des Incas, à la fleur plus petite mais aux pétales si joliment dessinés : L'amaryllis qui a également commencé à fleurir aujourd'hui. Je l'avais laissé en terre l'hiver et cette plante n'avait pas fleuri depuis 2 ans :
  14. Ouiiiiiiiii, Cajou, rien ne vaut un bon lâcher de Folias et autres tarentules méditerranéennes.
  15. Inutile de préciser que j'abonde dans ton sens, Pascalin. La musique nous fait toucher du doigt, comme dit très justement par toi, cette "union" entre ordonnancement sonore et sensibilité, et c'est de la conscience de ce rapport que naît l'esthétique ou le sens du beau. Cela vaut pour toutes les catégories de l'art ayant chacune un matériau de base particulier (du son, de la couleur, de la pierre, de l'argile, de la pellicule, etc.). L'argumentation de notre ami Déjà ne peut pas s'appliquer aux autres catégories artistiques.
  16. J'y vais aussi de mon petit rajout, cher Swam, parce que je sais que tu n'y verras aucun inconvénient. Je dirais même plus, un rajout plutôt fantaisiste, mais il est parfois utile de se laisser aller sur un forum généraliste (ce que je ne ferais pas sur un forum spécialisé). Pour moi, au final, la sensibilité esthétique serait le sens exacerbé du beau/laid, à savoir une force que nous avons en nous mais qui ne demande qu'à être développée/cultivée, au même titre que le sens du bon/mauvais ou encore le sens du juste/injuste. Cet ensemble de forces constituent la virtu latine ou l'arête grecque (qui a donné le français "aristocratie"). Et j'en viens à me demander si cette conception de la virtu n'est pas à l'origine du concept de conatus spinozien (qui lui aussi est effort), de volonté schopenhauerienne, de volonté de puissance nietzschéenne (il y a ça qui veut en moi), voire de libido freudienne, ou même d'élan vital bergsonien. En m'excusant pour cet instant de folie.
  17. Merci pour cette découverte musicale. En écoutant cette composition, en la lisant comme un récit, je me suis retrouvé aux sources de la vie. A partir de la 3e minute, je tente de me retourner corps et âme vers la lumière pour sortir de la caverne collective de l'habitude. A force d'effort, je passe à l'air libre, je deviens supérieur à moi-même. Un sage-musicien taoïste a écrit un texte prodigieux sur la musique. Le paragraphe (d) traduit à merveille les métamorphoses qui s'opèrent à partir de la 3e minute en question ("surgissement primitif", "sortant d'une obscurité silencieuse", "devenir fruit, pour finir en fleur"). Avec à la clé, les reproches prévisibles du sens commun à l'encontre de la quête musicale du Sage... (a) Pei-men Tch’eng interrogeait l’Empereur Jaune. « Vous entendant jouer la musique de Sien-tch’e au milieu de la nature sauvage, lui dit-il, j’ai d’abord été saisi d’effroi, puis je me suis senti défait, à la fin j’étais égaré, désemparé, incapable de me ressaisir. » (b) « C’est ce que tu devais ressentir, répondit l’Empereur Jaune. Car, bien que jouant de manière toute humaine, j’ai [tout de suite] réglé mon jeu sur l’action du Ciel; j’ai [tout de suite] puisé dans l’énergie pure. [sous mes doigts] les saisons alternaient, les êtres naissaient [et mouraient], l’épanouissement entraînait le déclin et le déclin l’épanouissement le déploiement des formes amenait leur destruction et cette destruction leur redéploiement. J’alternais les timbres purs et impurs; les sons coulaient, s’étendaient; je réveillais les animaux hibernants comme le font le tonnerre et la foudre au printemps. J’achevais sans conclure, j’ouvrais sans ouverture, ma musique mourait et renaissait, tombait et reprenait son essor, constante seulement dans ses infinies métamorphoses et constamment imprévisible. Tu ne pouvais qu’être saisi d’effroi. © « J’ai ensuite joué de l’équilibre du yin et du yang, de la splendeur combinée du soleil et de la lune. Mêlant les longues et les brèves, les douces et les fortes, j’ai unifié les métamorphoses, mais sans jamais me lier. S’il y avait vallée, je remplissais la vallée; s’il y avait ravin, je m’insinuais dans le ravin. Je ne laissais intervenir ni mes sens, ni mon esprit et me coulais ainsi dans les choses. Sous le charme de mes mélodies et de mes rythmes, les esprits se terraient dans l’obscurité et les astres suivaient leur cours au plus juste. Je m’arrêtais aux limites du fini, mais ma musique déroulait à l’infini ses effets. C’est en vain que tu cherchais à comprendre, que tu cherchais à voir, que tu cherchais à suivre. Tu étais là, confondu, sur une voie qui ne menait nulle part, tu gémissais sur un accoudoir de bois. Tu avais l’esprit limité par ce que tu cherchais à comprendre, la vue bornée par ce que tu cherchais à voir et tes efforts n’allaient pas au-delà de ce que tu poursuivais toi-même, de sorte que tu n’avais aucune chance de me rejoindre. Ton corps a cependant commencé à se dissoudre et tu t’es mis à épouser le mouvement. C’est pour cela que tu t’es senti défait. (d) « Puis j’ai aboli toute inertie, j’ai laissé aller les rythmes. Il y eut comme un surgissement primitif, une polyphonie sans forme, un déploiement continu sortant d’une obscurité silencieuse. Cela se mouvait dans l’illimité tout en se maintenant dans un abîme ombreux. On eût dit la mort, on eût dit la vie. Cela semblait devenir fruit, puis finir en fleur – allant, coulant, s’épandant, se déplaçant en dehors de toute norme. Les esprits communs reprochent au Sage ce jeu qui les déroute. Car le Sage entre dans les mouvements de la nature et leur obéit tout entier. Il ne laisse pas son esprit s’égarer, ni ses sens s’échapper. Il ne dit pas un mot, mais dans son for intérieur il exulte. C’est cette joie qu’on appelle la « musique céleste ». Cheng-nong l’a chantée en ces termes : Inaudible, invisible, elle remplit Ciel et Terre, elle embrasse l’Univers.Tu as voulu m’écouter, mais ma musique ne t’a offert aucune prise et tu ne pouvais donc que te sentir perdu. (e) « Par la musique, j’ai commencé par te jeter dans l’effroi, et tu t’es cru la victime de quelque maléfice. J’ai relâché mon jeu, et tu as commencé à perdre pied. J’ai joué l’égarement et tu as sombré dans l’abêtissement. Mais par cet abêtissement, tu as rejoint la Grande activité. C’est en se laissant porter qu’on entre dans la Grande activité. » (Traduction du philosophe-sinologue Jean-François Billeter, dans Leçons sur le Tchouang-Tseu, pp. 123-126, ou encore dans L'art chinois de l'écriture, pp. 244-246). PS : Désolé pour les problèmes de casse, mais je ne parviens pas à uniformiser le texte en employant les caractères d'imprimerie usuels du forum.
  18. Oui, une ou deux personnes dont je précisais que le discours consiste à dire "tout ce que nous leur avons apporté" mais qui sont incapables de porter un jugement autre que négatif sur la culture des peuples colonisés (Cf. dernière intervention de Essayeur qui n'a rien compris à ce que j'essaye de faire passer et qui en rajoute une couche). Tu as bien raison de ne pas leur donner ce plaisir
  19. Ce n'est pas à toi, DDR, que la remarque s'adressait (J'ai cité Gilles Scott). Que c'est pénible de devoir le préciser ! (Depuis le temps, nous apprenons à nous connaître, non ?). C'était seulement sur la question du syncrétisme que j'ouvrais une parenthèse parce que personne n'en avait parlé.
  20. Il y a mourir et mourir. Quid du syncrétisme culturel ? C'est frappant d'entendre ici le discours d'un ou deux vieux nostalgiques du colonialisme (Gilles Scott : "tout ce que nous avons apporté...") et qui n'ont pas encore pris la juste mesure de tout ce que les anciens colonisés leur ont apporté. Personne ne sort indemne dans l'histoire - qu'il conviendra de réécrire. Alors peut-on parler véritablement de mort d'une culture ? Ma conviction est qu'il en reste toujours des traces, comme des âmes ou des fantômes qui vont hanter les lieux colonisés pendant des siècles, même après la disparition du dernier des Mohicans. Un syncrétisme s'est opéré à l'insu des colonisateurs et des colonisés. D'ailleurs, pour donner un seul exemple, les colons conservent la plupart du temps les noms indigènes des lieux, des montagnes, des rivières, parfois des plantes ou des animaux. Ce mystérieux "ensauvagement" culturel a commencé à agir sur le colonisateur, sans même qu'il s'en rende compte. Chaque fois que j'écoute parler un Québécois, je sens bien que cette personne a des parents ou des ancêtres habitués aux grands espaces de liberté, cela se retrouve dans sa liberté d'expression, dans sa spontanéité, dans son ouverture d'esprit, etc. Alors, influence subtile d'un certain état d'esprit typique des Amérindiens, épris avant toute chose de liberté ? (Merci pour ton lien, Lucy).
  21. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Les arums sont également très prolifiques, avec toujours davantage d'oignons d'une année sur l'autre. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'avec les années, l'arum devient de plus en plus gros (feuilles plus grandes, fleur plus majestueuse). Pousse très bien le long des murs, et permet de dissimuler le béton. Cela demande un peu d'entretien, un peu d'eau, un peu d'ombre (mais pas forcément), de couper sans arrêt les fleurs desséchées, les feuilles qui jaunissent, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien en hiver, mais alors apparaissent aussitôt de nouvelles pousses. S'il y en avait un grand champ près de chez toi, peut-être en subsiste-t-il aux alentours du skate park ?
  22. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Pour tes deux pots, alors tu pourrais tenter de planter des perce-neige Ou mieux, le chardon bleu des Alpes, pourquoi pas ? (Sérieux, je trouve cette plante hallucinante de beauté) Allez, courage pour le froid, c'est l'histoire d'une semaine encore, et après vive les belles plantations !
  23. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Chaque coin du monde a ses plantes merveilleuses, mais l'urbain est devenu aveugle. Le paysan vivait au rythme de la vie des plantes (et des animaux). Dans le Midi, la saison des jonquilles doit bien remonter à il y a déjà au moins un mois de ça, suivie de près par celle des narcisses et jacinthes !
  24. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    Certains Asiatiques font le voyage jusqu'en Provence uniquement pour voir et sentir des lavandes au moins une fois dans leur vie. De la même façon, j'aimerais aller une fois au Japon, rien que pour voir et vivre la célébration annuelle des cerisiers en fleurs !
  25. tison2feu

    ça pousse chez vous ?

    C'est amusant, je me rends compte que cette lavande, j'en avais déjà parlé l'an dernier ici même dans ce topic :#82 (2e photo). Il s'agit d'une lavande officinale (angustifolia) que j'avais prise en photo lors de sa floraison. Après la floraison, je l'avais taillée, ce qui a dû contribuer à l'empêcher de se coucher.
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