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tison2feu

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  1. Il est précisé sur ce site : L'impératif négatif est semblable au subjonctif. ex : cantes pas, canten pas, cantés pas, finigues pas, finiguen pas, finigués pas. Il peut aussi utiliser les formes du subjonctif imparfait, pour insister. ex : cantèsses pas, finiguèsses pas eca. (Mais je ne connais pas le sens de eca). http://loucaramentrant.free.fr/cours/cours4/counjug.htm
  2. Ton témoignage a d'autant plus de valeur, puisque le provençal figure en effet parmi les langues "sérieusement en danger" de disparition (Cf. Atlas et liste des langues en voie de disparition selon l'UNESCO). Les seules langues qui résistent le mieux en France sont celles parlées dans des pays voisins, où elles sont plus protégées (flamand, basque et catalan). Je note donc que l'emploi du subjonctif imparfait est/était aussi courant en provençal qu'en espagnol. J'ai trouvé sur un site consacré à des cours de provençal un usage particulier de l'emploi du subonctif imparfait : l'impératif négatif (semblable au subjonctif) peut aussi utiliser les formes du subjonctif imparfait, pour insister. Ex : cantèsses pas ! (Ne chante pas !). Voilà encore un bel exemple de la richesse grammaticale du provençal. Avec la disparition continuelle et exponentielle d'une multitude de langues à travers le monde, ce sont des pans entier de l'histoire de l'humanité qui disparaissent. Et nous sommes loin, très loin, d'imaginer à quel point chaque langue raconte une histoire, avec son génie propre.
  3. J'en profite pour me tourner vers toi au sujet de l'emploi du subjonctif imparfait en provençal. Est-il encore encore en usage très fréquent parmi les locuteurs provençaux, ou bien est-il en perte de vitesse, voire abandonné, comme en français ? Idem pour l'application systématique de la concordance des temps : se fait-elle obligatoirement en provençal ? Par exemple, pour dire : "Ils avaient insisté pour que je vienne". Est-ce que tu utilises systématiquement un subjonctif imparfait en provençal pour dire "...que je vienne" ?
  4. ¡hola! Blancoroblez au lieu de "aterricen" (subjonctif présent), traduire par aterrizaran ou aterrizasen (subjonctif imparfait) car le sujet de la principale est au passé au lieu de "si hice todo bien", traduire par si lo hice todo bien au lieu de "aier", écrire ayer Un saludo cordial
  5. tison2feu

    La langue d'oc

    En cherchant l'étymologie du provençal estrassa "déchirer" (et estrasso "chiffon"), j'ai noté que l'ancien français avait une fois encore un mot presque identique : estracier "arracher, déchirer" ; ces deux verbes étant issus du latin populaire *extractĭāre "retirer de ; arracher de".
  6. tison2feu

    La langue d'oc

    Salut ! En provençal, s'estrassa signifie "se déchirer", et Mistral mentionne l'expression s'estrassa dóu rire "se tenir les côtes de rire" (Lou Trésor dou Félibrige, t. 1, p. 1071). Le rire est associé ("colexifié", comme disent les linguistes) à une déchirure. On retrouve cette même analogie rire ~ déchirer en chinois ! (哧 chī "déchirer; rire, glousser") _________ A l'entrée descalada, Mistral mentionne l'expression manjo que descalado "il dévore, en parlant d'un goinfre" (t. 1, p. 741)
  7. tison2feu

    La langue d'oc

    Plusieurs indices dans ce poème indiquent que boire entre amis est un art : soin apporté au flacon mis au frais dès le matin ; ce savoir "bien" boire est érigé en "devoir" bien boire. Nous pourrions en déduire que le bon buveur - le fouito-fuieto (Mistral) - n'est pas celui qui va se soûler au point de dormir tout son soul, ou dormir sur ses deux oreilles ; si le sommeil le gagne, le bon buveur saura dormir seulement sur une oreille, d'une oreille (= dormir d'un oeil !), c'est-à-dire seulement s'assoupir. Le poète toulousain Peire Godolin utilise également cette expression dans son poème intitulé "Als camaradas de taula" : (...) Dins le brut dels mosquets e tòc dels tamborins Ma sòm doçament se noirís ; Le vin me fa dormir, mès se n'es d'una aurelha Una mirgueta me revelha. Segonda-me, l'Amic, si farè bravament En cançons, en forrups del frut de l'eisserment. Il serait intéressant de connaître ici la traduction exacte de l'occitan mès se n'es d'une aurelha (?? "mais on n'est pas d'une oreille"). Le poète veut-il dire : "mais on ne peut dormir d'une oreille" ?
  8. tison2feu

    La langue d'oc

    Oui, une traduction est indispensable si tu veux être compris (pour ma part, je ne parle ni ne comprends le provençal, ce qui ne m'empêche pas de m'intéresser à cette langue, tout comme je m'intéresse aux 8505 autres langues parlées sur la planète !). J'ai quand même compris : "La tarduccièn vèndra un paouc pus tard"
  9. tison2feu

    La langue d'oc

    Après avoir dit un mot du provençal PRÈIRE, signifiant à la fois "prêtre" et "praire", il était tentant de mentionner le provençal CAPELAN qui signifie "curé", mais qui est aussi le nom d'une variété de morue (gadus minutus). Nouvelle devinette : comment justifier cette analogie provençale entre un curé et une petite morue méditerranéenne ?!!! A noter que le français CAPELAN, désignant deux variétés de poisson, est un emprunt au provençal CAPELAN. CAPELAN (gadus minutus) :
  10. tison2feu

    La langue d'oc

    Sur les traductions audiovisuelles en voix off, nous assistons depuis des années à une banalisation de l'approximation et des erreurs de traduction. Par exemple, les locuteurs de langue anglaise ou espagnole ne connaissent que le tutoiement, mais lorsqu'ils sont interviewés, le traducteur audiovisuel en voix off chargé de traduire l'entretien en français oublie fréquemment de recourir à l'usage du vouvoiement pourtant obligatoire en France dans certaines circonstances. Lorsque l'Anglais ou l'Espagnol dit "comme tu sais", en s'adressant à un auditoire anonyme ou au journaliste, le traducteur audiovisuel oublie de passer au vouvoiement : en français nous dirions "comme vous savez".
  11. tison2feu

    La langue d'oc

    Merci bien. Mais les termes latins ne sont que des termes scientifiques inventés par Linné pour différencier les différents genres de mollusques bivalves auxquels fait référence Mistral. La référence à la coquille Saint Jacques pourrait aussi faire penser au prêtre en tant que pélerin, dont le symbole est une coquille (attestée partout sur le Chemin de Santiago de Compostela). Mais ça ne me convainc pas, car ce terme PRÈIRE, au sens de mollusque, n'est attesté nulle part ailleurs en occitan, catalan, espagnol, italien, etc. En observant une praire, cet animal fouisseur (qui passe sa vie enfoui dans le sable), ça me fait penser à une capuche, comme celle que portaient les moines franciscains (cf. le tableau de Zurbarán Saint François en extase). Mais bon, c'est pure spéculation ! Sinon, comme la praire est un mets très prisé sur la Côte d'Azur, elle pourrait symboliser en effet toutes sortes de désirs interdits au prêtre, comme celui du sexe féminin ou encore le simple péché de gourmandise. En niçart, baio-preire , littéralement un « baise-prêtre », est le nom de plusieurs plantes épineuses. Praire :
  12. tison2feu

    La langue d'oc

    Bonjour Blaquière, Je me tourne vers toi pour te demander ton avis sur l'étymologie du mot provençal PRÈIRE qui signifie à la fois "prêtre" et "praire" (le mollusque). Le français "praire" (mollusque) étant un emprunt au provençal. Je me demande comment les Provençaux en sont venus à établir une telle analogie entre le mot "prêtre" et le mot "praire" (mot formé sur presbytère). C'est l'occasion de faire parler ton imagination en te mettant à la place de tes ancêtres (et de bouffer du curé par la même occasion ).
  13. Puisque tu avais fait référence à ces deux principes chinois de Yin et de Yang, j'en viens à me demander si l'Homme (homme et femme, puisque l'Homme a la particularité d'être double) ne serait pas, par essence, un être fusionnel, étant précisé que lorsque la fusion s'actualise, la scission se potentialise. En termes de Yin et de Yang, l'essence de la femme/féminité est la souplesse, la réceptivité (être pénétré), la sensibilité, l'intériorité, la compression, etc. L'essence de l'homme/masculinité est la fermeté, la résistance, la maîtrise (pénétrer), l'impassibilité, l'extériorité, l'expansion, etc. Dans ce schéma, la solitude d'un être humain ne serait-elle pas le résultat d'un excès de Yang (expansion, éparpillement), conduisant à une diminution de son être profond (cet "être fusionnel" auquel je pense) ?
  14. Soulage-toi Maroudiji. Tu es bien le seul lecteur des écrits sacrés de l'Inde à te vautrer, tel un porc, dans la boue de la grossièreté.
  15. C'est parfait, continue à nous faire rire en nous parlant du Caucase encore de longues années durant ! Au sujet de la croyance allemande en une race aryenne supérieure, tu ne fais qu'enfoncer des portes ouvertes pour mieux salir la philosophie de Heidegger. Mais lorsqu'il s'agit d'apporter une réflexion critique argumentée de ce philosophe à partir de ses écrits tels que "Bâtir Cultiver Penser", comment expliquer ton mutisme persistant ? L'explication est toute simple. Ce mythe aryen allemand t'est resté en travers de la gorge pour la seule et unique raison que tu ne peux admettre qu'un très ancien peuple indo-européen, venu des steppes du nord de la Mer Noire se soit répandu aussi bien vers l'Ouest que vers l'Est, jusqu'en l'Inde. Parce que tu objectes que les écrits sacrés de l'Inde ne font allusion à aucun moment à une migration d'un tel peuple en Inde. En clair, tu prends les écrits indiens pour des livres d'histoire. Hélas pour toi, les faits linguistiques, que tu balaies d'un revers de la main, n'en continueront pas moins de longtemps poser problème aux véritables historiens et archéologues. Bref, rien de nouveau à l'horizon. Bon vent.
  16. Bah, il faut dire qu'en matière d'âneries colportées par toi-même à longueur d'années, le palmarès est édifiant. A titre d'exemple, à propos de l'origine hypothétique des peuples dits indo-européens, c'est toujours cocasse de t'entendre répéter que ceux-ci seraient originaires du Caucase, alors que cette hypothèse n'a jamais été avancée par le moindre historien (Tu confonds steppes du Nord de la Mer Noire avec les montagnes du Caucase). Autre énormité : "C'est aussi ce peuple qui serait à l'origine de la première langue indo-européenne". Hypothèse qui a eu cours au tout début de la grammaire comparée des langues indo-européennes, mais qui a été réfutée, compte tenu de l'ancienneté de langues indo-européennes telle que le hittite. Etc., etc.
  17. Et hop ! une nouvelle fois, tu as fait ton petit numéro sur ce topic, sans jamais apporter la moindre critique argumentée sur le texte proposé. Voilà ce que pourront constater les deux ou trois intervenants, au bas mot, ayant pris soin de lire le texte proposé. Une fois encore, je le répète, tu n'en as rien à faire des sujets philosophiques proposés en section Philosophie. Ton seul désir inconscient est de te soulager de tes propres souffrances en stigmatisant autrui. Toute ta façon de penser, sur ce forum généraliste, est orientée sur la négation, la déformation ou le mépris de la pensée d'autrui.
  18. Eh bien, puisque tu portes un jugement de valeur sur ma décision non tenue à ce jour de quitter ce forum, figure-toi que j'ai décidé de le faire sur un mode progressif, à la mode asiatique, en intervenant de moins en moins en section Philosophie. Il se trouve que je m'étais pris d'intérêt pour la façon de penser d'un forumeur, capable hélas du meilleur comme du pire (il se reconnaîtra). Mais ses outrances verbales répétées me laissent à penser que ses souffrances de jeunesse, tout comme les tiennes, ne peuvent faire place à la moindre critique argumentée. Prends soin de toi, le pangolin est l'ennemi des rats du Net.
  19. Je tiens à te remercier pour ce topic, Groenland, qui a été l'occasion pour moi de découvrir un peu plus la pensée de Heidegger sur ce thème récurrent de l'Être. Et si je n'exclus pas de me réserver un jour le droit d'apporter d'éventuelles critiques aux idées de ce philosophe incontournable, je marquerai un point d'honneur à ne jamais m'être arrêté en cours de chemin au risque d'avoir déformé de quelque façon la pensée de Heidegger. Le pari était risqué pour toi de prononcer seulement le mot de ce philosophe tant les poncifs ou autres fadaisies étaient prévisibles dans la bouche de deux ou tois rats de forum incultes et fiers de leur inculture philosophique crasse. Heidegger lui-même se plaignait de l'absence de réflexions critiques sérieuses sur le seul terrain de sa pensée. Si bien que ce fut Heidegger lui-même qui fut le mieux à même de penser contre Heidegger. Mais n'oublions jamais que notre forum généraliste joue un rôle thérapeutique important, surtout pour les esprits les plus profondément meurtris dans leur jeunesse et qui ont besoin, inconsciemment, de se délivrer de leurs plaies à jamais ouvertes ; mais ils ne peuvent le faire sans se trouver au quotidien un bouc émissaire à stigmatiser. Ils sortent de leur poubelle, s'agitent, viennent faire leurs besoins histoire de se soulager un instant, puis retournent misérablement dans leur niche sans miroir. Tel est le lot à payer sur ce forum Philosophie.
  20. A la lecture de votre intervention adressée à l'encontre de l'auteur de ce topic, je ne puis vous cacher ma surprise de noter un changement radical de discours, tant sur le fond que sur la forme, par rapport à celui qui était le votre jusqu'à présent, à propos de la pensée de Heidegger, dans le topic "Regards sur le monde". Bref, tantôt le discours d'un artisan-philosophie - et bien davantage - sachant nous parler excellemment du tout premier Heidegger (d'avant les années 1930-33), tantôt le discours d'un philosophe de comptoir totalement submergé par l'émotion, comme c'est le cas ici même, et qui fait totalement l'impasse sur ce que fut le long cheminement de pensée de Heidegger d'après les années 1930-33, pour nous dresser, au final, le portrait d'un philosophe de Carnaval condamné à attendre un dieu qui viendrait le sauver mais qui ne viendra pas. Voilà où conduit une pseudo-philosophie empreinte d'émotion et de ressentiment : il faut s'inventer à tout prix un double de Heidegger permettant de conclure à son châtiment, avec toute l'assurance du censeur. Or, faut-il rappeler qu'à la suite de ce sentiment d'échec, reconnu par Heidegger quelques années après la publication de Être et temps (1927), ou encore après sa conférence Qu'est-ce que la métaphysique ? (1929, où est défini le concept de "néantisation"), va se dessiner une autre voie d'accès au questionnement sur l'Être, selon une mise en perspective de la question de la langue, en l'occurrence la langue de très grands poètes ou de philosophes/poètes tels que Parménide et Héraclite, qui tous sont parvenus à laisser advenir l'Être. D'où la nécessité de les lire si l'on entend dépasser la métaphysique traditionnelle. Telle est bien l'une des leçons que je tire, provisoirement et sans parti pris aucun, de mes premières lectures de Heidegger. Mais avant de s'atteler à cette tache, Heidegger va chercher à comprendre pourquoi ce mot "être" avait fini par lui sembler vide de sens, et sa signification évanescente. Ce point est abordé très précisément dans le chapître II de l'Introduction à la métaphysique (1935), intitulé "Grammaire et étymologie du mot "être"". Nous noterons à ce propos que la pensée spéculative, basée sur un doute constructif, comme ce fut le cas chez Heidegger lors de ce "tournant" philosophique, lui aura permis au moins de se remettre en cause (auto-critique par retour de la raison sur elle-même), ce qui ne saurait être le cas chaque fois que la pensée, devenue l'esclave de sentiments rigides, exclusifs et monolithiques, aura atteint un point de non-retour.
  21. Cela n'a sans doute guère d'importance sur le plan philosophique, mais pas sur le plan scientifique ! Car en linguistique, se pose la question des universaux du langage. Plus un événement se répète, plus il devient prédictible. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'éprouve le besoin de me ressourcer de temps en temps en renouant avec le rigorisme méthodologique de la recherche scientifique, histoire de ne pas perdre pied complètement d'avec le raisonnement logique ! Mais ma démarche ne doit pas être interprétée comme un quelconque discrédit à l'égard du raisonnement intuitif du philosophe que je conçois comme un complément indispensable au raisonnement logique.
  22. Oui, davantage de nuance dans le choix du vocabulaire s'imposerait. Je te recopie les deux extraits où Nietzsche fait allusion à cet "X" : "Nous croyons avoir quelque accès aux choses elles-mêmes lorsque nous parlons d'arbres, de couleurs, de neige et de fleurs, et cependant nous ne possédons rien que des métaphores des choses, qui ne correspondent aucunement aux entités originelles. Comme le son en tant que figure de sable, l'énigmatique X de la chose en soi prend successivement l'aspect d'une excitation nerveuse, puis d'une image, enfin d'un son articulé. En tout cas ce n'est pas logiquement que se produit la naissance du langage, et tout le matériel dans et avec lequel, plus tard, travaille et bâtit l'homme de la vérité, le chercheur, le philosophe, provient, sinon de Coucouville-les-Nuées, du moins pas, à coup sûr, de l'essence des choses. (...) "L'omission de l'élément idividuel et réel nous fournit le concept, comme elle nous donne aussi la forme, tandis que la nature au contraire ne connaît ni forme ni concepts, et donc pas non plus de genres, mais seulement un X qui reste pour nous inaccessible et inconnaissable. Car notre opposition entre individu et genre est elle aussi anthropomorphique et ne provient pas de l'essence des choses, même si nous ne nous risquons pas non plus à dire qu'elle ne lui correspond pas : ce serait en effet une affirmation dogmatique et, comme telle, tout aussi indémontrable que son contraire." (Nietzsche, Vérité et mensonge au sens extra-moral)
  23. Je partage avec toi une certaine fascination pour cet essai de Heidegger fondé sur des données étymologiques (qui sont autant de faits linguistiques n'ayant jamais été réfutés jusqu'à ce jour par la communauté scientifique). La seule question que je me pose, c'est de savoir si l'association d'idées établie par les ancêtres des Germains entre "je suis" et "je bâtis" est propre seulement aux locuteurs allemands ou à d'autres peuples du monde. Cette question reste en suspens étant donné que l'étude scientifique des changements sémantiques récurrents et croisés dans les langues du monde est une science qui a pris un retard considérable par rapport à la phonétique historique, d'autant que trop de langues n'ont pas encore été étudiées (absence de dictionnaires, grammaires, etc.). Et si je me fais un devoir de quitter provisoirement la section Philosophie, c'est précisément parce que je souhaite, entre autres choses, consacrer tout mon temps à approfondir cette question des analogies sémantiques identifiables dans un maximum de langues du monde (Ce domaine consacré à l'étude sémantique étant particulièrement prisé par des linguistes russes). L'autre raison qui suscite mon intérêt pour Heidegger, c'est sans doute ma propre expérience du mystère de la vie. Je sens bien que derrière tout ce que nous pouvons découvrir il y aura toujours quelque chose qui échappera à notre compréhension.
  24. Bonsoir, Comme toujours, il n'est pas inutile de rappeler le contexte dans lequel a été écrit cet essai. C'est en 1951 qu'a été prononcé ce texte lors d’une conférence devant des architectes et des ingénieurs qui sont en train de reconstruire l’habitat de l’Allemagne massivement détruit lors de la Seconde Guerre Mondiale. Partout en Europe, sont construits de grands ensembles qui ressemblent plus à des cages à lapins qu'à de véritables logements. Tout le propos de Heidegger est de dire qu’il faut reconstruire, mais en offrant aux gens un logement qui leur permette de réaliser leur être dans leur rapport au monde. A ce propos, la philosophe Céline Bonicco-Donato a publié l'an dernier un essai, Heidegger et la question de l’habiter. Une philosophie de l’architecture, qu'elle a présenté sur France-Culture et où elle apporte des éclaircissements sur les trois termes heideggeriens : Bâtir, Habiter, Penser (https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/larchitecture-un-concept-en-beton-34-batir-habiter-et-penser-avec-heidegger). Pour un bref résumé écrit, cf. https://lcv.hypotheses.org/16326 Sur la question de savoir qui sont ces "divins" dont parlent Heidegger, voici le commentaire avisé d'un prof de philo grenoblois qui accompagne le texte de Heidegger : "Les divins sont les messagers des dieux : ceux qui font signe, nous interpellent, sont capables de faire briller dans le présent ce qui demeure — et permet ainsi de constituer en retour une demeure pour les hommes, le savoir — quel que soit son ordre (les sages, les savants, les artistes, les prêtres, sont ainsi universellement reconnus et vénérés pour les vérités qu'ils laissent ou perpétuent)" (http://www.ac-grenoble.fr/lycee/vaucanson/philosophie/bhp.xml). Ces "divins" n'ont donc rien à voir avec les dieux d'un panthéon ou celui de la métaphysique et de la théologie qui en est issue. Pour une approche plus pointue du "divin au coeur du quadriparti", cf. l'étude approfondie de Franck Darwiche (https://www.cairn.info/revue-philosophique-2009-3-page-309.htm). Ce ne sont là que quelques matériaux devant nous permettre de mieux appréhender la pensée de Heidegger. Dans un second temps, en guise d'ouverture, il serait intéressant de comparer cette philosophie de l’habiter avec celle, fort différente, voire opposée, développée par Levinas dans Totalité et infini (une vingtaine de pages sont consacrées à "La demeure", pp. 162-182, https://monoskop.org/images/5/56/Levinas_Emmanuel_Totalité_et_infini_essai_sur_l_extériorité_2000.pdf). A cet effet, j'ai trouvé le blog d'un passionné d'urbanisme, Urbain Serre, dans lequel la pensée de Levinas me semble très bien résumée : « Le rôle privilégié de la maison, écrit Levinas, ne consiste pas à être la fin de l’activité humaine, mais à en être la condition et, dans ce sens, le commencement. » Et, rompant tout autant avec l’idéologie fonctionnaliste, il précise : « La fonction originelle de la maison ne consiste pas à orienter l’être par l’architecture du bâtiment et à découvrir un lieu – mais […] à y ouvrir l’utopie où le je se recueille en demeurant chez soi ». La maison comme condition de l’activité humaine permet donc à l’homme de réaliser ses fins : « Parce que le moi existe en se recueillant, il se réfugie empiriquement dans la maison. » Si pour Heidegger, l’habiter en tant que mode d’être, est un enracinement, pour Levinas « la maison choisie est tout le contraire d’une racine. Elle indique un dégagement, une errance qui l’a rendu possible […]. » Ainsi, pour le premier, « être homme veut dire : être sur terre comme mortel, c’est-à-dire : habiter » et c’est en ce sens qu’il peut être dit qu’on habite le monde ; pour le second, au contraire, la demeure est arrachement au monde, condition du recueillement. L’habitation suppose la séparation d’avec le monde et en tant que telle elle est potentiellement ouverture au monde. « La séparation qui se concrétise à travers l’intimité de la demeure » doit être mise en rapport avec l’hospitalité, qui en manifeste la féminité, nous dit encore l’auteur de Totalité et infini. L’éthique de Levinas vient relayer l’ontologie de Heidegger : « La relation avec l’infini, demeure comme une autre possibilité de l’être recueilli dans sa demeure. La possibilité pour la maison de s’ouvrir à Autrui, est aussi essentielle à l’essence de la maison que les portes et les fenêtres closes.» ( https://citadinite.home.blog/2014/01/12/xvii-xvi-le-philosophe-et-la-ville-1-batir-habiter-penser-de-heidegger-1951/). Bref, autant de pistes de réflexion pouvant nous permettre de mettre davantage d'ordre, si nécessaire, dans nos propres pensées relatives à l'habiter.
  25. As-tu noté que dans ta formulation "Le propre de l'homme c'est "habiter"", tu ne peux faire l'économie du verbe ETRE (qui figure dans C'EST) ? Et tu utilises pas moins de 10 fois ce verbe être pour te faire comprendre ! Pour contourner la difficulté, je concède que tu aurais très bien pu écrire : "l'habiter caractérise l'homme". Puisque je suis encore là , je ferai une remarque. Je suis d'accord avec toi pour souligner l'aspect anthropomorphique des concepts utilisés dans n'importe quelle langue articulée. Mais si nous nous limitons à penser l'essence de l'Homme, n'est-ce pas intéressant de remonter à l'essence de sa langue, en l'occurrence à l'essence des concepts utilisés par l'Homme, c'est-à-dire à l'histoire des corrélations/analogies humaines faites par le passé et dont il reste parfois des traces précieuses dans toute langue, pour peu que l'on s'intéresse à l'étymologie ? Nietzsche, en tant que philologue, s'était penché sur le problème de la formation des concepts ou encore des métaphores anthropomorphiques qui ont été usées et vidées de leur force SENSIBLE. Puisque, à l'origine de la création de tout concept, figure toujours une perception sensible du monde par l'Homme, un affect, une émotion, un sentiment. Même s'il affirme que la nature ne connaît ni formes ni concepts, Nietzsche reconnaît néanmoins que ce serait une affirmation dogmatique que de dire que ces concepts ne proviennent pas de l'essence des choses ou encore de cet "X qui reste pour nous inaccessible et indéfinissable". Heidegger a non seulement retenu la leçon de Nietzsche mais il a fait le pari singulier de tenter de penser l'être en soi, à tout le moins l'être de l'Homme (pour nous limiter à l'enjeu philosophique de ce topic), grâce à une approche étymologique approfondie qui, à mes yeux, est d'un très grand intérêt du point de vue de l'histoire des idées. (Source : Vérité et mensonge au sens extra-moral, par Nietzsche).
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