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Tout ce qui a été posté par Blaquière
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« Boire un grand bol de sommeil noir... »
Blaquière a répondu à un(e) sujet de satinvelours dans Littérature
Quand je vois ce que je viens d'écrire à côté, j'ai un peu honte !.... -
Tu as raison : on en est là. "Il n'y a plus de vérité." (En même temps! c'est vrai, c'est faux, je mens et je dis vrai.) La vérité du logos s'oppose-t-elle à ce point à celle du réel ? Et la vérité du réel rend-t-elle définitivement le logos caduc ? Je ne sais pas où ça peut nous mener...
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Je ne connais personne d'autre qui soit à ce point capable d'écrire de la musique avec des mots... Tu es pour moi un grand mystère... L'exemple absolu...
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Il me semblait bien que j'avais fini par la jouer à peu près bien cette putain de lettre à Élise ! Lettre à élise.mp3
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Mais revenons à ma mère qui me couvait insupportablement… Ce qui ne veut pas dire que jusqu'à mon adolescence, ce comportement de mère poule, ne me satisfaisait pas pleinement ! Souvent, le soir quand le repas était fini, je lui demandais : "Maman, tu veux ?" Et bien sûr sa réponse, c'était toujours "Oui !" Alors, je m'installais sur ses genoux, la tête contre sa poitrine : tout y était parfaitement souple ! Et je somnolais pendant qu'elle discutait avec mon père. Sa voix résonnait du dedans, grave, indistincte, contre mon oreille droite : Brou, brou, brou, wa, wa, wa... Et celle de mon père bien claire et bien timbrée arrivait par l'autre oreille. Parfois je l'entendais humoriser : – Tu crois pas que tu es un peu grand, pour ça ?... Tes pieds touchent par terre ! Bien sûr que j'étais trop grand, je pouvais bien avoir dix ans et j'étais presque aussi grand que ma mère ! Mais j'étais si bien, là ! Juste avant l'adolescence, il y a quelque chose d'un peu obscène chez les garçons. Dans leur physique, leur gestes, leurs comportements. Une aspect androgyne glabre et vulgaire. Et les pères peuvent craindre à ce moment que leur fils prennent un chemin de traverse... Pas très viril. Ça a pu être le cas de mon père quand je m'attardais à plus d'âge sur les genoux de ma mère ? En ce temps là, il y avait le houla-hop, en plus ! Et je m'imagine à onze ou douze ans en train de me contorsionner sur la Placette avec le houla-hop de Starlette... Et j'imagine mon père qui me voyant me tortiller comme ça devait en avoir des sueurs dans le dos ! Jusqu'au jour où n'y tenant plus, il a envoyé le houla-hop sur la toiture de la maison d'en face. Celle de Maimé Simon, qui donnait aussi sur la Placette. Il doit y être encore ! (ça me plaît de l'imaginer...) Et là, je viens à l'instant de comprendre pourquoi il a fait ça ! Sur le moment, ça nous avait paru un parfait coup de folie de sa part à Starlette et à moi. Et je comprends aussi par la même occasion quand et comment il a pu être tout-à-fait rassuré à ce propos à mon sujet. Quelques années plus tard, j'avais quinze ans. Nous étions allés, une bande de copains, visiter le Régaï. Encore ! La fameuse grotte du village bien connue et très aimée des spéléologues. Nous étions des garçons et des filles. Et il y avait ma copine. Ma première copine. Non, pas ma copine, c'était plus que ça, je vais dire "mon amie". Michèle. Il y avait mes copains Alain, Claude, Christiane, aussi, l'amie de Michèle... Une petite dizaine peut-être, en tout. Et... mon père ! Allez donc savoir pourquoi il était venu avec nous ? Lui qui était si peu aventurier ? Si peu intéressé par la visite d'une grotte ? Donc on s'engage dans la grotte. Elle commençait par un boyau assez serré sur quelques mètres qu'il fallait passer en rampant avant d'arriver dans la première salle où l'on pouvait se relever. Nos équipements ne dépassaient pas quelques lampes de poche... Mais voilà que moi, bête comme peut l'être un garçon de quinze ans, je me sens dans la peau d'un vrai crapahuteur, et je suis là pour faire de la spéléologie ! De l'exploration ! Je fonce donc droit devant avec un copain. En laissant les filles, mon père, qui s'en foutait un peu, et les moins aventureux des garçons, derrière. Et là, Michèle qui me voit partir devant, dans cette grotte froide, humide, sombre... Eh bien elle a peur! Mais elle a peur pour moi et pas pour elle, bien sûr ! C'est de l'amour, ça ! Et l'on entend depuis le début de la grotte et la première salle qu'elle a à peine dépassée, sa petite voix qui s'inquiète : "Manu ! Fais attention !" Et les "u" faibles et pointus des "Manuuu" de Michèle s'infiltrent et courent dans les boyaux resserrés... Et ils m'énervent terriblement, ses "Manuuu", alors ! "Manuuuu ! Manuuu ! sois prudent ! Fais attention !" Je ne comprenais pas, je ne voulais pas savoir qu'elle avait peur pour moi, ni que c'était bien, ça, qu'elle tremble pour moi. Je ne savais pas que ces "Manuuu" plaintifs qui s'insinuaient dans les couloirs du Régaï inauguraient pour moi le droit incontestable d'exister. Parce qu'en plus, il lui fallait braver un peu la honte et le ridicule devant les autres pour me prévenir, ainsi. Mon père ne s'y est pas trompé. Le soir, au repas, entre nous, il m'a un peu "charrié" : – J'entendais ses "Manu, Manu" ! » Et pour imiter la petite voix de Michèle, il prononçais "Menuu, Menuu". Il imitait une jeune fille amoureuse de son fils et il était visiblement aux anges. La preuve objective était faite que son fils pouvait inspirer un attachement... excessif ! Ma mère souriait... Moi j'étais un peu gêné… Et Starlette autant que moi : "Mais qu’est-ce qu’ils avaient les vieux à se mêler de nos histoires personnelles ?" Il y a quelques années, je vois une femme de mon âge, qui me regarde de façon… étrange. Je lui dis : « Je trouve que vous me regardez bizarrement ! » Et elle me répond : « Je suis Michèle » ! Je me suis pris une vague de bonheur en pleine figure ! Mais oui ! c’était évident ! On a un peu parlé… elle m’a demandé si je jouais toujours de la guitare… Et quand je lui ai dit que oui, je l’ai sentie comme rassurée. Elle m’a dit qu’elle avait eu des enfants… Bien sûr elle était avec son mari… (Qui avait l’air un peu énervé, d’ailleurs !) Puis elle m’a dit « Tu te rends compte, ça fait cinquante ans ! » Je crois bien qu’on était toujours les mêmes !… A l’instant, l’un pour l’autre, on ressentait une si grande sympathie ! Rien n’avait changé ! Il n’aurait pas fallu trop nous pousser pour qu’on aille faire un petit tour au Régaï !… Euh !… En copains, hein ? Évidemment ! Après, on sait jamais comment les choses peuvent tourner !..
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« Boire un grand bol de sommeil noir... »
Blaquière a répondu à un(e) sujet de satinvelours dans Littérature
Oui ! j'y ai pensé à "jouissez" ! On peut le mettre! Ce serait même littéral ! Mais ça fait beaucoup sexuel pour aujourd'hui ! En plus, je pourrais pas le répéter, là (j'avais trouver cette astuce pour répondre à la personne (la fille) et à ses parties en répétant le verbe sous deux personnes) "Jouis ! jouissez !" ... Et puis quoi encore ?! -
Bon, c'est un premier jet, il faudra certainement que je reprenne tout... LE CINÉMA CINÉVOG Ah ! Le CINÉMA CINÉVOG ! C’était notre fenêtre grande ouverte sur le monde ! Par lui nous arrivait toutes les nouveautés indispensables à notre époque de progrès. Les actualités, (Pathé avec le coq français, mal superposé qui tremblait son cocorico, ou Gaumont, où toute la planète tournait là sous nos yeux), nous apportaient au village le monde entier, et surtout… Paris ! Avec le commentateur et sa voix acide : « Le Président René Coty parmi nos chères têtes blondes, à inauguré l’arbre de Noël au palais de l’Elysée !... » Et nous étions parfaitement dans le coup ! Puisque c’était ici même au Cinéma Cinévog que toute l’école venait chaque année fêter son arbre de Noël. Il y avait un gâteau ou une brioche pour chacun qui venaient de notre boulangerie, plus un verre de limonade. Les petits avaient un jouet, mais les plus grands, c’était un livre. De la Bibliothèque Rouge et Or. Distribution gratuite d’intelligence ! Sur ce livre mon nom était écrit sur la première page de garde en large écriture bâton à l’encre de chine. « La Guerre du Feu ». C’est là que je l’ai eue ! Et depuis, je le relis tous les cinq ans ! Tous les cinq ans, je fais table rase et je reprends toute l’humanité à zéro, je recommence toute la civilisation depuis les premiers hommes… (Je finirai bien par trouver là où ça a foiré !) Quand nous venions tous ensemble au cinéma, pour un film ordinaire, mon père mettait ses grosses lunettes en écaille, ce qui le transformait en détective Rip Kirby ! Lui, il venait vérifier et voir en image tout ce qu’il avait déjà appris le soir à la radio. Il avait ses dieux, mon père. Il savait ceux qu’il fallait adorer ou pas. L’acteur Raymond Pèlegrin, par exemple, puisqu’il avait un jour interprété le rôle de Napoléon. Napoléon, c'était sacré ! Et surtout Sacha Guitry. Un peu pareil que Napoléon :« Si Paris nous était conté »… ou Versailles... La grande vérité était là. D’une voix encore plus acide que celle du commentateur des actualités : « Je suis contre les femmes… tout contre ! » Mais son héros à mon père, son modèle, c’était incontestablement Gérard Philipe ! La nouvelle vague. Il lui ressemblait d’ailleurs. Subséquemment, j’aurais voulu le voir partout, moi, ce Gérard Philipe. Je me souviens d’une exclamation que j’avais poussée dans un film d’aventure, genre mousquetaires ou corsaires, (le film précédant avait été « Fanfan la Tulipe ») et dont l’intrigue mettait un temps fou à se décider… Moi j’attendais Gérard Philipe pour que ça commence vraiment cette histoire ! Quand soudain, on voyait au loin, vers le milieu du film, arriver un nouveau protagoniste… Je m’étais alors levé dans le cinéma et j’avais hurlé : – GERARD PHILIPE ! » Puis le personnage en question s’était approché… et… C’était pas lui ! C’était pourtant bien le héros du film ! Pourquoi arrivait-il si tard ? Mystère. Il était un peu grassouillet, d’ailleurs. Pas du tout notre genre à nous et à Gérard Philipe, minces, sveltes et élégants, en un mot, modernes. Je me suis rassis plus honteux que jamais ! J’avais voulu faire mon malin et j’avais exposé en plein vol ! Tiens, ça t’apprendra : « Discret, Manu, reste discret, tu ne comprends encore rien à rien ! Et tu n’es capable que de régurgiter le Gérard Philipe de ton père ! » Mais je crois bien que personne dans toute la salle ne m’avait remarqué. A partir de là, en plus de ma honte (qui dure encore, apparemment !), ce film sans Gérard Philipe n’avait plus eu le moindre intérêt pour moi. Je ne pouvais pas cependant, rester sur cette déception, sur cet échec cuisant… Dès la fin du film, j’ai descendu les marches du Cénévog quatre à quatre et j’ai bondi dans la rue. La rue était morne. Cinq heures et demie, un dimanche d’hiver. Le jour faiblissait... Et le lendemain, je devais partir pour toute une semaine au collège. Une semaine de néant. J’étais en sixième. Ca n'était pas possible de mourir comme ça, si bêtement. En me dépêchant bien, avant la nuit, je pouvais encore vivre une vraie aventure. J’ai couru à toutes jambes à la maison de la placette, j’ai pris mon carquois que je m’étais bricolé dans un gros bambou (de ceux qui poussaient près du bassin si dangereux de mon copain Alain, en contrebas du village), j’ai pris mes flèches, mon arc, et je suis parti en courant du côté de La Fraï… (1) En sortant de la maison, j’ai croisé mes parents qui rentraient tranquillement du cinéma : – Mais où tu cours comme ça ? » – Il me reste encore un peu de temps avant qu’il fasse nuit pour essayer mon nouvel arc ! J’avais encore quelques minutes pour me remplir de liberté. La nature sauvage m’attendait à moins de 200 mètres, à peine passés les derniers poulaillers… (1) "La Fraï", aujourd'hui "Place de la Convention". S'y trouvait un vieux frêne, sans doute planté comme arbre de la liberté du temps de la Révolution. "Une fraï" (en provençal) = "Un frêne".
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« Boire un grand bol de sommeil noir... »
Blaquière a répondu à un(e) sujet de satinvelours dans Littérature
ici aussi, il vaudrait peut-être mieux dire "Pis qu'en plomb ou en fleur desséchée" pour "no sólo en plata o víola troncada" plutôt que >> "Pis qu’en plomb (argent), ou en violette fanée" "Fleur" en restant plus générique s'opposerait mieux aux "oeillets" et aux "lys". -
Pourquoi Jésus parle en paraboles ?
Blaquière a répondu à un(e) sujet de prisca* dans Religion et Culte
Ben mon canard : J'en ai connu des Géraldine qu'avaient pas froid aux esgourdes ! Mais com' tézigue avec la bouillotte intégrée c'est RARISSIME ! Respect ! (Faut bien rire un peu !) -
Pourquoi Jésus parle en paraboles ?
Blaquière a répondu à un(e) sujet de prisca* dans Religion et Culte
C'est très intéressant ce que tu dis. Tu as raison : chacun a son cheminement. Un jour j'ai pensé (avec humour et gentillesse, bien sûr) "Le syndrome de Jésus Christ, c'est ça : "mon père (un pauvre -vulgaire- charpentier) n'est pas mon père, mon vrai père c'est Dieu !" " Mais c'est pas si fou : on a souvent besoin de s'accrocher à quelque chose d'absolument solide. La vie est difficile. Notre conscience nous encombre, parfois. -
« Boire un grand bol de sommeil noir... »
Blaquière a répondu à un(e) sujet de satinvelours dans Littérature
Grandiose notre Servantes ! On reste scotché ! "Je fais le guignol, mais au fond de moi, la peine est immense !" C'est toute l'Espagne ! JE SUIS ESPAGNOL ! Pour le poème précédent, j'ai traduit l'argent par le plomb : "no sólo en plata o víola troncada" >> "Pis qu’en plomb, ou en violette fanée" Parce que l'argent dans le poème de Luis de Góngora y Argote signifiait que l'argent était un peu moins que l'or. Pour nous, aujourd'hui, l'argent c'est encore trop bien ! Alors, j'ai exagéré : le plomb, c'est carrément moins bien que l'or ! En plus la sonorité ressemble : l'argent en espagnol = la plata, j'ai dit le plomb en français. (Plomo en espagnol, d'ailleurs je crois) En plus, avec le cinéma de la pierre philosophale qui change le plomb en or, qu'on nous fait depuis plus de mille ans, l'idée que le temps, lui, change (changeât!!!) l'or en plomb, me plaisait bien... Je pense que ça va dans le sens du poète. D'accord, c'est un peu... baroque ! Pile dans l'époque ! PS : j'ai hésité quelques secondes avec "cuivre", mais plomb, avec son "pl" l'a emporté. Le problème, c'est que le plomb, c'est ... lourd ! Une symbolique de la lourdeur qui n'a rien à faire entre l'or et la poussière... Quoi que ce qui est lourd finisse toujours par retomber... -
Pourquoi Jésus parle en paraboles ?
Blaquière a répondu à un(e) sujet de prisca* dans Religion et Culte
Je comprends très bien ton besoin d'exactitude, de vérité. Pour moi le problème, c'est les textes mêmes, et tout ce que l'on nous dit de Jésus Christ, et même de Dieu, Tout est l'oeuvre des théologiens. Même si je passe pour un couillon (mais je crois qu'il y en a beaucoup comme moi) si on ne m'avait jamais parlé du Bon Dieu, je suis sûr à peu près sûr que je ne l'aurais pas inventé.... Où commence et où s'arrête la confiance qu'on peut accorder à tout ça ? A tous ces gens qui ont (un peu) déliré sur ce qu'ils ne savent absolument pas ? D'accord, c'est un peu balourd, ma réaction, puisque systématique, mais là, dans ce cas, en bon cartésien, "ne pouvant pas faire confiance à ceux qui m'ont une fois trompé", je rejette... TOUT ! "Ni Dieu ni maître"... Je me tiens à l'écart de l'univers symbolico-mystique. -
Mais la grande conséquence de tout ça, de cette Neumonie qui m’avait rendu "tant malade" c'est qu'à partir de ce moment, ma mère m'a couvé, littéralement et totalement. Il y avait de la culpabilité, sûrement, de sa part, mais le résultat, c'est qu'elle craignait toujours "qu'il m'arrive quelque chose", comme elle disait, toujours peur que je sois en danger. Et de façon largement déraisonnable… Elle partait régulièrement « comme une chose folle » dans le village à ma recherche. J’avais cinq ans, et je ne pouvais être qu’en danger de mort imminente ! En réalité j’étais au bout de la rue chez Jeannot Emeric, le grand copain de mon père, qui lui avait fait ses faux papiers pendant la guerre, et je l’admirais qui rembobinait les pellicules de ses films sur de grandes bobines en fer presque comme des roues de bicyclettes qui tournaient à toute vitesse ! Parfois, le film était cassé, et là, la bobine s'emballait encore plus vite ! Jeannot arrêtait tout et il avait une machine, une presse spéciale pour le recoller. Il en coupait bien droit les deux parties abîmées et les pressait dans la gorge de son appareil avec une colle spéciale, puis le rembobinage continuait. Moi j’héritais de deux petits bouts de film, que je pourrais regarder à la loupe à la maison. Le plus rigolo c’était les films en cinémascope, parce que les figures, sur la pellicule étaient trop allongées ! Au CINÉMA CINÉVOG, quand il les projetait en vrai sur l’écran, il y avait un objectif spécial qui les élargissait pour revenir à la normale. Mais parfois le film en cinémascope commençait sans le bon objectif et les gens du film apparaissaient tout maigres. Çà faisait rire tout le monde ! Ma mère n’avait pas complètement tort aussi de s’en faire, vu qu’une fois, à six ans, j'étais parti visiter le Régaï avec Gilbert, un copain qui lui en avait huit… Une grotte avec plusieurs siphons, plusieurs lacs et réputée dangereuses par les spéléologues eux-mêmes… Bon, on nous avait rattrapés avant qu’on y arrive. La grotte était bien à deux kilomètres du village... A plus de vint et un ans, un jour que j'avais couché à Marseille chez des amis sans prévenir, comme j’étais parti en voiture, elle a fait toute la route de Néoules à Marseille, soixante kilomètres, en s'arrêtant au bord de chaque virage supposé dangereux pour regarder au fond des précipices où je ne pouvais qu'être en train d'agoniser ! Ça n'était plus possible! J'ai donc été obligé de m'en aller de la maison. De m'échapper. J'ai laissé une lettre genre "ne vous en faites pas, etc." Et j'ai trouvé une chambre au centre de Toulon, 3 Rue Paulin Guerrin, septième étage sans ascenseur, où je suis resté un peu plus d'un an sans jamais lui communiquer mon adresse. Elle l'aurait connue, à coup sûr, le lendemain, je la voyais rappliquer !
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« Boire un grand bol de sommeil noir... »
Blaquière a répondu à un(e) sujet de satinvelours dans Littérature
Non ! je le sentais bien ce poème ! Malgré l'épuisement.... (j'ai taillé la haie tout l'après midi ) Tant que que pour rivaliser avec ta chevelure d’or bruni, le soleil vainement étincelle Tant que ton front immaculé regarde Avec mépris le lis blanc de la plaine Tant qu’à chacune de tes lèvres pour la cueillir S’accrochent plus d’yeux qu’à l’œillet du printemps Et tant que ta gorge gracieuse d’un dédain hautain Triomphe du lumineux cristal, Profite et profitez gorge, cheveux, lèvre et front ! Avant que ce que vous fûtes en votre âge doré Or, lys, œillets et cristal lumineux Pis qu’en plomb, ou en violette fanée Ne se change, mais toi et eux en même temps En terre, en fumée, en poussière, et en ombre. En rien. -
« Boire un grand bol de sommeil noir... »
Blaquière a répondu à un(e) sujet de satinvelours dans Littérature
Je ne mens pas ; je me suis servi de la traduction pour mieux comprendre le texte original ! Mais à mesure que je la rapporte au poème, j'ai l'impression qu'il y a plein de contre sens ! Et le poème me semble très (plus) logique que la traduction. Je vais mieux y réfléchir... Là ce soir je suis trop épuisé ! Demain, je reviens ! à plus ! -
Je crois bien qu'ici, il me faut revenir en arrière. J'ai oublié des choses essentielles. Oublié ou pas osé ni cru bon d'en parler. Il faut repartir du tout début. De la lourde table rectangulaire et pourtant atomique (au sens d’atome primordial) de la cuisine. Ma mère et mon père en constituaient le noyau sur les grands côtés, et donc étaient plus rapprochés comme je l'ai déjà dit. Starlette et moi, sur chacun des petits côtés étions la première couche d'électrons. Il existait donc nécessairement une sorte de solidarité entre nous. La solidarité des enfants face aux parents. C'était évident. Mais ça n'était pas tout. A tous les quatre, nous formions aussi et surtout deux équipes qui transcendaient cette séparation naturelle des générations. Et en tout bien tout œdipe, Starlette et mon père formaient l'équipe des maigres intelligents. Quant à ma mère et moi, nous formions celle des gros et forts pas trop malins... C'était comme un donné a priori. Cet état de fait découlait d'une certaine réalité physique. Puisque mon père et Starlette (jusqu'à ses quatorze ans au moins) étaient du genre mince, filiforme, même, tandis que ma mère et moi étions plutôt mais surtout par comparaison aux deux autres du genre costaud. Costauds donc forcément moins malins ! A priori ! Ce qui de plus n'était pas si faux. Quand on a la force on a moins besoin d’être subtil. Il me faudra attendre comme je l'ai déjà dit la classe de philo pour que je commence à avoir l'impression d'exister de manière autonome et autrement que par ma seule force, par ma seule inertie ou mon poids. Et ce n'est pas pour rien si juqu'ici mes mémoires au lieu de parler de moi et de MES propres impressions n'ont parlé que des personnages qui m'entouraient. Ils étaient plutôt moi que moi-même ! Mais je l'ai déjà dit : le monde était très bien comme il était sans que j'éprouve le besoin d’y rajoute mon grain de sel. Ma médiocrité de spectateur me préservait. Et puis un fort, ça ne peut être que volontaire, un peu ridicule et manquer de finesse. C'était comme ça qu'on me voulait. Ce qui n'était pas sans vexations tout de même, comme ce surnom de "boite à cigare et cheveux raides" dont m'avaient gratifié un jour mon père et Starlette, suite à ma coupe de cheveux "en brosse" et sans doute aussi à quelque raisonnement un peu simpliste de ma part. J'avais sept ans. Je suis donc resté longtemps à l'abri de la chair abondante de ma mère et de sa force. Qui n'était d'ailleurs pas particulièrement grosse : juste une belle plante. Tous les deux, nous regardions admiratifs, et à demi sommeilleux, le couple électrique et passionnel que formaient ces deux indiens qu'étaient mon père et Starlette. Mon père : – Starlette, mange ta soupe ! Starlette : – Non ! – Mange ta soupe ! – Non ! – Mange ta soupe ! – Non, non et non ! Là, mon père prend l'assiette de vermicelles à l'eau et au « Bouillon KUB » et la lui renverse sur la tête ! Starlette s'en retrouve perruquée de vermicelles dégoulinants, le buste raide, les lèvres pincées, crispées, toujours sans dire un mot... Jusqu'à ce que tout le monde éclate de rire. Sauf elle. A bien y réfléchir, ça valait largement mon "boite à cigare et cheveux raides", la perruque de vermicelles ... Aujourd'hui, quand on se rencontre avec Starlette, on en revient souvent à se dire : "Qu'est-ce qu'on étaient heureux quand même à la maison quand on était petits !" Quand bien même quelque verre plein de vin sera allé exploser contre la haute de la cheminée quand mon père n'aura pas apprécié quelque bêtise ou remarque de Starlette. Moi, j'avais moins de problèmes : j'étais effacé, hésitant, gentil, pas fini. Mais peut-être que l'origine de tout cela, la raison de ces deux clans rivaux, celui des maigres intelligents contre celui des cons gros ("gros cons", il ne faut pas exagérer quand même !), avait pris naissance encore plus tôt. Du temps de ma (vraie) préhistoire... bébéique. Quand j'ai été "tant malade"... Ma mère s'occupait du magasin et sa sœur, ma tante Élise, qui pouvait avoir quinze ans, passe voir son petit neveux. Moi. J'avais un an. Pile. Pour une fille de 15 ans, un vrai bébé, c’est une peu un poupon ou une poupée qui la dispenserai de la culpabilité d’encore y jouer. -- Je vais voir Manu ! Mais ma mère ne veut pas : -- Non ! laisse-le dormir ! (J'étais au premier, dans la chambre.) Bien sûr, Élise désobéit et monte me voir quand même. Ce qui m'a sauvé la vie. J'étais tout bonnement en train de me noyer dans mon propre lait, sans doute régurgité... Branle bas de combat. Mais si je ne meurs pas tout de suite, ce lait avalé dans les poumons, provoque une "Neumonie" comme disait ma mère, et une pneumonie carabinée et je vais quand même bien finir par mourir... Des plus de 42° de fièvre pendant plusieurs jours, suivis de chute brusques à 35° où il faut courir me réchauffer devant le four dont on ouvre la porte en grand, à un an, c'est pas l’idéal… C’est sans doute un faux souvenir, mais l’arrondi de la voûte de four, et cette chaleur qui en émane, en pleine figure, il m’arrive encore parfois de les ressentir… mais c’est pas possible… Bref, je meurs !... A part que la Pénicilline qui vient tout juste d'être inventée m'est administrée à forte dose et finit par me... ressusciter. Inventée dix ans plutôt, mon grand père Emmanuel, ne mourrait pas non plus. On gardera toujours dans un placard dans le mur, au fond de la farinière, dans le recoin le plus obscur, comme un hôtel sacré mais oublié, les petits flacons de pénicilline aux bouchons de caoutchouc sertis qu'il fallait piquer et traverser directement avec l'aiguille de la seringue pour aller pomper le précieux liquide... De sa génération, dans la famille, Élise est aujourd'hui la seule survivante. --Tu te rends compte, que c'est moi qui t'ai sauvé la vie ! Et que je t'ai sauvé parce que j'ai DESOBEI ! Elle est comme ça, Élise. Sauver la vie de quelqu'un, soit, c'est bien : de son petit neveux, encore mieux ; mais ce qui vaut vraiment le coup, c'est de l'avoir fait parce qu'on a désobéi ! Parce qu’on se refuse à faire ce qu’on attend de vous. "Tant li ploou davant coumo darnier !" (Tant il lui pleut devant comme derrière), disait mon grand-père. Ce qui pourrait assez bien la définir. Dans la famille où tout le monde se piquait d'intelligence rigoureuse, Élise, c'était une extraterrestre. – Alors, tu l'as eu ton Certificat ? – Non ! Zéro ! Un' Tchoupéta ! La, la, la, un' Tchoupéta !.. "Une Tchoupéta", c'était la dernière chanson à la mode, dont on devine aisément la puissance du texte ! Élise, c'est un sourire, la gentillesse même, c'est la vie. Et je lui dois la vie. (J'édite : j'ai oublié la chute ! C'est tout moi, ça !) Mais revenons à ma résurrection... Mince ! J’ai jamais pensé de le lui dire ça à Élise : « Lison, tu es mon Jésus Christ ! » On en aurait bien rigolé ! Donc je suis pas mort et j’ai un an... C'est là que Lucienne de Danton qui m'avait déjà rebaptisé "Manu va nu pied" un an plus tôt y est allée de son second commentaire à mon sujet. Je venais de passer deux mois entre la vie et la mort. Au premier rayon de soleil du printemps, qui s'annonce, mon landau se retrouve dans le magasin, histoire de me faire prendre un peu l'air et des couleurs. Et bien sûr tout le village est au courant de ma "résurrection". Tout le monde sait que je viens tout juste d'échapper à la mort. Et je suis pâle comme un linge. Pâle, certes, mais... VIVANT ! Entre donc Lucienne de Danton, qui s'approche, se penche sur mon berceau, pour vérifier si j'ai une aussi sale gueule que ce qu'on dit... Et c'est le cas. Alors, elle s'exclame : --Boudiiiiou ! On dirait une merde au soleil !" Voilà, je l'ai dit ! Lucienne était la reine de la métaphore !
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Quand j’étais… troubadour ! A la télé, il existe un petit créneau inoccupé ou très peu occupé. Celui des langues régionales... Puisque pratiquement plus personne ne les connaît ! Quand FR3 est venu faire son émission, une semaine entière sur La Roque, on les a donc dirigés tout naturellement chez moi pour le provençal. (Je ne suis pas du genre à faire des démarches ni à me mettre en avant : il faut qu’on vienne me chercher ! Ce qui est assez rare si vous voyez ce que je veux dire.) Ils étaient déjà venus pour la poterie. Et l’on se souvenait que dix ans auparavant, j’avais appris aux petits de l’école, la chanson provençale de « Jean de Nivelle ». On m’a donné carte blanche pour l’émission du samedi en langue régionale. J’ai donc cherché dans le village, deux « belligérants » capables de présenter une véritable conversation en provençal. (On n’en trouverait plus aucun aujourd’hui.) J’ai ainsi découvert le vieux Callès. Clément de son prénom. Avec Giraudo, le maçon, on les a installés à une table du bar, et on a laissé tourner la caméra. Un vrai morceau d’anthologie ! La figure du vieux Clément Callès avec ses yeux bleus si vivants, si intelligents est resté longtemps au générique de l’émission. Peu avant l’émission, Il était un peu considéré comme fichu. Et quand on l’attendait, avec la caméra en place, et le maçon déjà installé. Les gens doutaient : « Il ne viendra peut-être pas... Il est trop vieux.» Peuchère ! A l’heure dite qui on voit qui descend la Grand’ Rue vers le bar où on tournait ? La cane à la main qui claquait ferme sur le goudron, clac, clac, clac, frais comme un gardon ?!… Pendant les semaines qui ont suivi, ça l’a « réviouté »1 ! Il était devenu la vedette du village ! Lui qui depuis des mois ne bougeait plus de chez lui, maintenant il montait jusqu’à mon atelier sur la déviation. Pour me dire quelques mots en provençal. Il connaissait les anciens, mon grand-père Giraud, aussi qui était né ici, au village. Des hommes droits, dignes, honnêtes, solides. Un jour, avant de redescendre au village Il a sorti cette phrase qui m’est restée gravée : « Ah ! Dins lou tems, l’avié uno grando AMITIÉ ! » (Ah dans le temps il y avait une grande amitié!) Je l’ai déjà dit et je le redis : « pour lui, ce mot français l’amitié, ce n’était pas du français, c’était de l’amitié : du pur provençal ! » 2 Pour le côté culturel de l’émission, je m’y suis collé. Depuis des années que je travaillais pour moi, pour le plaisir sur les troubadours, j’avais la matière ! On m’a donc placé dans l’église pour la sonorité et j’y suis allé d’un couplet d’un de ces poètes médiévaux. Peut-être était-ce « la Lauzeta » (l’alouette) de Bernard de Ventadour ? Je ne me souviens plus. Mais avec sa vraie musique… Et sous les voûtes médiévales de l’église : « dans son jus », donc ! Ça m’a fait un petit succès ! Après ça, depuis un peu partout des gens qui avaient vu l’émission me téléphonaient. Du Vaucluse, même : « Quelle voix vous avez ! » Moi ? Je n’en ai aucune ! Ni je peux « monter », ni « descendre » ! Même pas « baryton », même pas « Martin » ! Je ne suis même pas capable de faire exploser une farinière ! Mais la subtilité de la musique de Bernard de Ventadour, et la bonne… vibration ! C’est pas tout : on me demandait un peu de partout de venir chanter ! Mais j’avais pas prévu ça, moi ! C’était juste pour la beauté de l’art ! Il a donc fallu que je m’exécute, que je mette au point tout un récital. Tant pis pour moi : je n’avais qu’à pas me montrer ! C'était donc à mon corps défendant… (Tu parles, j’étais trop content!) Mais c’était du boulot ! La différence entre la théorie – la matière, la connaissance je les avais – et la réalité : il faut tenir sur scène une heure et demie sans emmerder les gens avec des musiques médiévales souvent… indigestes ! (D’accord, avec moi, et la bonne « vibration » elles ne l’étaient plus indigestes !) ll fallait voir mon installation ! Tout seul avec mon luth ça aurait fait un peu pauvre ! Je me suis donc fait prêter un vielle à roue pour jour "Calenda maia", Je me suis fait une trompe d'appel en céramique, le cor de Roland à Roncevaux pour chanter "Atressi com' l'olifant" ('je suis comme l'éléphant) Plus une genre de Darbouka pour les trucs rythmés... Les gens étaient admiratifs pour le cor. L'oliphant. Dans une église, (c'est là que, je chantais le plus souvent), juste un "pououout" ! Et ça faisait un vacarme ! Une corne de brume ! J'emmenais mes spectateurs dans les couloirs embrumés du temps... J’ai bien dû me « produire » une bonne dizaine de fois ! Quand on m’appelait, j’ai jamais démarché, je l’ai dit. Mais c’était vraiment du travail. Des phrases musicales longues, longues, et il fallait tenir le souffle ! Une semaine avant, tous les jours, footing ! Je faisais le tour de la maison dix, vingt, quarante fois ! L’art, ça devenait quand même (un peu) du sport, là !... 1Révioutar = Redonner vie. 2En « néo-provençal », ou provençal restitué, celui qui s’apprend aujourd’hui, il faut dire « amistat » pour amitié ! Ce mot a-t-il jamais existé ? Sans doute, mais ça fait bien 200 ans qu’il a été remplacé chez les locuteurs authentiques par le beau mot français « d ‘amitié ».
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J'ai retrouvé un vieil enregistrement avec le luth ! Deux petits bouts : -- La "Lauzeta" (l'alouette de Bernard de Ventadour : "Quand je vois l'alouette battre des ailes dans un rayon de soleil..." --et "Pos dé chantar m'es près talent..." "Puisque me prend le désir de chanter, je chanterai ma souffrance..." c'est plus lugubre, mais c'est le thème qui le veut ! C'est pas terrible comme enregistrement, mais ça donne une idée. il suffit de cliquer dessus, l'ordi se débrouille RSOU2572lauzetapos de chantar.mp3
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J'avais joué cette musique, "Loveless love" que d'après la partition... je viens d'entendre Louis Armstrong... je ne l'avais jamais entendu, et c'est exactement comme ça que je l'imaginais ! Je mets les paroles (quelques-unes), c'est plus sympa.... Oh love oh love oh loveless love Has said our hearts are goldiess gold From milkless milk and silkless silk We are growing used to soul-less souls Such grafting times we never saw That's why we have a pure full law In everything we find a flaw Even love oh love oh loveless love Just to fly away from loveless
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Entièrement d'accord avec toi !
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Je vous montre mon... luth ? Chiche : Fabriqué qu'avec des essences de bois rares : Pour les clés ; le bois de l'armoire de la grand mère... J'ai mis des cordes métalliques. Avec des cordes en nylon, il sonnait le cul ! D'un autre côté, au moyen-âge, ils n'avaient pas de nylon, alors... (J'allais pas étrangler mon chat pour lui sortir les boyaux...)
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Merci ! Belle photos et belle musique avec un bon accord entre les deux : merci !
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Waouh ! Bravo pour la Lettre à Elise au luth ! Merci ! Enfin, au "oud" bien sûr !
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Les Shadows. J'ai commencé par la guitare électrique : les Shadows! Puis grâce à Starlette je suis passé au jazz et ça a été Django Raynardt. Ensuite la musique classique avec La fameuse lettre à Elise de Beethoven, jusqu'à Bach, forcément ! (Le prélude pour Luth. Et j'étais même l'un des rares à le jouer entièrement, à une époque...) Puis, la musique de la renaissance espagnole. Un des sommets de la musique. Avec la "Cancion del emperador". La musique de la nostalgie. Un perpétuel recommencement toujours voué à l'échec. C'est ça la Cancion del Emperador. La musique de Sisyphe ! Avec un moment de repos, de calme, en haut et un autre en bas de la montagne. Une luthiste m'avait dit alors, c'était au début des années quatre vingts "Vous verrez que vous finirez par en venir au luth !" Et je ne l'ai pas crue... Jusqu'à ce que je fabrique mon propre luth (merci grand-père Blaquière qui pouvait tout faire pour la motivation et l'audace !) Mais c'était déjà un luth... médiéval, et ma musique d'alors, c'était celle des troubadours (provençaux) du Moyen-âge. Enfin, il a fallu que mes enfants fils et belle fille fasse étudier à leurs élèves les fables d'Esope pour que je termine mon parcours en remontant à la musique de l'Antiquité ! Ou le peu qu'il nous en reste. Normalement, il me faudrait une autre vie pour repartir dans l'autre sens. Refaire tout le cheminement historique dans l'ordre chronologique ! Ce serait un authentique "retour vers le futur", qui me permettrait peut-être de réinvestir "l'ingénieur de Marcoule" ?!!! Mais... Non je blague ! J'ai donc cherché la partition piano de de la lettre à Élise et j'en ai fait une transcription pour la guitare de Tonton Camille ! Je l'ai jouée pour le mariage de Starlette cette lettre à Élise. Puisqu'elle aimait bien cette musique. Que dis-je « jouée » ? Massacrée ! Absolument ! Irrémédiablement ! Je ne savais pas que jouer en public, ça n'a rien à voir avec jouer seul. Jouer en public, c'est jouer à moins de cinquante pour cent de ce qu'on sait effectivement jouer… (Je parle pour un amateur.) Et donc, je pouvais savoir la jouer, cette lettre à Élise, tout seul, à cinquante pour cent ?!!! Tout en espérant qu'en présence d'un public, ça passerait à cent pour cent ? Je suis d'un naturel optimiste ! Imaginez donc le désastre ! J'en suis encore à me demander si le public (qui n'était guère que la famille) a seulement entendu quelques notes !!! Mais les gens du restaurant on demandé qui c'était qui jouait. Et comme on a dû leur dire "le fils" de la famille ou plutôt "le frère" de la mariée, j'imagine, ils ont affirmé sans sourciller... QUEL TALENT !!! (Les bons commerçants !) En plus je crois que je devais avoir un peu bu, puisque je ne savais pas, là encore l’incompatibilité absolue (boire ou jouer, il faut choisir!). Moralité, j'ai bien dû jouer un ou deux pour cent de "la Lettre à Elise": "La, la, La, la, La, la, Lalala ! Mi, mi bémol ! Ce n'était plus une lettre, à peine un télégramme ! (Avec de longs "stops" entre chaque mot !) Vous voulez pas rire, vous ? Quel talent ! En l'écrivant, j'en ris aux larmes. Vraiment ! Mais j'ai une excuse : c'était pour faire plaisir à Starlette ! De toute façon, il faudra bien que je finisse par la jouer correctement, un jour, cette lettre à Élise ! Et voilà : mon optimisme fou qui reprend le dessus ! Donc, j'en suis resté là et depuis la classe de philosophie, je creuse, je creuse !... « Pauvre Martin, pauvre misère, Creuse la terre, creuse le temps ! »1 Et c'est pas si mal de creuser. Car il y a de vraies découvertes, et des effets de seuil. On ne comprend pas, pas du tout, mais alors, rien de rien, et d'un coup... tout s'éclaire ! Le chant par exemple. J'ai dit que tout le monde chantait dans la famille. C'était naturel. N'empêche que j'en ai mis du temps à comprendre ce que c'était que chanter. Tout petit, chanter, pour moi c'était juste crier fort ! Et je me souviens de n'avoir osé faire ma démonstration de chant à la demande de mon père (qui devait se marrer) que derrière la porte fermée de la farinière... – Montre-nous un peu comme tu chantes bien ! – D'accord, mais je vais me mettre derrière la porte ! – Comme tu veux ! J'ai descendu les trois marches du fournil à la farinière, j'ai fermé la porte et depuis la pénombre de la farinière, j'ai fait ma démonstration pour mon père et tonton Camille qui travaillaient dans le fournil. Je me souviens exactement d'avoir vécu ce moment comme un moment historique, définitif. J'ai pris mon souffle et : – Haaaaaaaaaaaaaaaaaa ! Je m'attendais à quoi ? Sans doute à faire exploser la farinière ! Et c'est pour ça que je m'y étais enfermé. Pour protéger mon père et Tonton Camille de cette déferlante sonique ! Au minimum, la porte aurait dû être arrachée... Mais non ! Et je me souviens aussi d'avoir été un peu déçu... Petit, j'en étais donc là : bien chanter, c'était hurler très fort. Mais ça n'était pas de ma faute, encore (je suis réfractaire à la culpabilité, ou quoi ?). C'était la faute du belcanto et de ses ténors qui hurlent dans le seul but malgré tout louable, de faire exploser les clitoris ! Encore trop jeune pour comprendre ces finesses, moi c'était la farinière que j'avais tenté de faire exploser ! Bien plus tard, avec les chansons de Brassens, chanter, c'est devenu "parler en musique". Il aura fallu que j'essaie d'inventer une musique sur des paroles des troubadours – qui avaient perdu la leur – , et j'avais plus de trente ans, pour comprendre enfin ce que c'était que le chant. Il faut que le désir parte de soi. Chanter, c'est une vibration. Une vibration modulée par les sons des voyelles les ruptures des consonnes, et les hauteurs des notes. Comme une promenade, non plutôt un vol. Un vol d'oiseau. C'est se déplacer librement, clairement dans l'espace. La hauteur des sons, oui, mais pas la hauteur absolue, seulement la hauteur relative des sons entre eux. Tel son est à peine un peu plus haut (ou plus bas) que le précédent, ou "nettement plus" haut ou plus bas, et la c'est sur cette différence qu'il faut jouer, s'exprimer, alors. On y fait passer la facilité, la simplicité, la lassitude, aussi, la surprise, la répétition comme un désir d'énergie, la déception, le désespoir, la reprise en main... Chanter, c'est l'exact contraire d'une performance. C’est une danse, pas de l’athlétisme. Et j'ai pu le vérifier un peu plus tard, quand j'ai trouvé précisément des musiques originales des troubadours. Entre la note la plus basse et la plus élevée, il n'y a pratiquement jamais plus d'une octave. Ce qui me va très bien ! Mais quelle subtilité entre les écarts successifs entre les notes... Et l'on pourrait dire aussi que l'art, c'est le contraire du sport. 1De Georges Brassens, bien sûr !
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Puisqu'il s'agit du regard sur notre monde, je le regarde. Et je suis atterré de voir qu'après 2 mois où les gens auraient pu remettre les pendules à zéro, et un peu se remettre en question, il n'ont qu'une hâte, c'est de redevenir des esclaves, de partir dans le métro comme des bourrins, d'aller acheter des tissus... etc. Pour s'oublier. L'appel du vide ! Le problème de l'argent qui manque sans doute, n'explique pas tout. Je sais pas si c'est le côté droit ou gauche du cerveau, mais c'est pas brillant.... Je suis un peu désespéré. Mais à quoi je m'attendais ?
