Classement
Contenu populaire
Affichage du contenu avec la meilleure réputation le 31/01/2024 dans Billets
-
Il y a ce type qui vit près de chez moi. C'est un ancien pandillero qui est revenu vivre dans son village. Il cultive la terre, s'occupe d'un terrain de son père où pâturent des vaches. Quelquefois il passe dans un vieux pick-up vert cabossé, quelquefois il est à pied. On se croise de temps en temps. Parfois on est l'un en face de l'autre dans le minibus qui nous conduit à la ville la plus proche. Il a des tatouages partout, jusque dans le cou, jusque sous les yeux. Il a à peu près mon âge. Nous ne sommes pas du même monde. Je ne sais pas où il est allé. Il ne sait pas non plus où je suis allée, moi. Pourtant, quand on échange quelques mots de politesse sur le temps qu'il fait, je lis dans son regard comme si je regardais des poissons nager sous la surface d'un lac. Et lui aussi me lit comme un livre ouvert, un livre écrit dans une langue qu'il n'est pas sûr de comprendre mais qui lui parle quand même clairement. Je ne peux pas deviner ce qu'on lui a fait exactement, ni ce qu'il a dû faire pour oublier un peu ce qu'on lui avait fait, mais je sais qu'il est le fantôme d'un vivant qui n'a pas eu sa chance. Je ne peux pas être sûre, mais j'ai l'impression qu'il sait cela de moi, lui aussi. Ce n'est pas triste. C'est juste une évidence un peu étrange avec laquelle on vit. Nous avons cela en commun, cet indicible, qui ne fait pas pour autant de nous des gens capables de devenir amis ou quoi que ce soit. On apprend à vivre en sachant que ce monde sera toujours là, au détour du chemin. Triste Tigre - Neige Sinno1 point
-
- Cessez de m'importuner, je vous prie ! avait-elle lancé au coupable. Sinon, je me verrai contrainte de vous frapper d'une arme dont les coups ne vous pardonneraient pas dans une si petite ville. Menace sibylline autant que littéraire, mais il en fallait davantage pour décourager le rustre : - Et ce serait quoi, cette arme, mignonne ? aurait-il demandé. - Le ragot, avait répliqué Gail Godwin. La petite amie imaginaire - John Irving1 point
-
Je continue pourtant à penser qu'ils devraient me remercier, ces faux gentils qui se plaignent de moi. Nous ne sommes pas nombreux à accepter d'avoir le mauvais rôle. Le nombre de gens qui se raccrochent à nous, les méchants, les sans foi ni loi ! Nous servons de prétexte à une ribambelle de faibles qui ont besoin de nous pour céder à leurs peurs et à leur lâcheté. Tout ce qu'ils font, et ne font pas, c'est à cause de nous. Le grand jeu de cette société consiste à se refiler la faute les uns aux autres comme une patate chaude. Alors, il y a les gens comme moi, au bout de la chaîne. Ceux que les impuissants chargent, dès que nous avons le dos tourné, des fagots de leurs péchés et de leurs insuffisances. Mules condamnées à charrier les déchets de la moralité. Fourrure - Adélaïde de Clermont-Tonerre1 point
-
Kevin dut également s'habituer aux codes de la tribu, assez simples mais peu explicites. Clamer la mort du patriarcat mais attendre tout de même que la maîtresse de maison ait saisi sa fourchette avant d'entamer son plat. Placer des mots anglais avec un air de regret, comme si on ne pouvait pas faire autrement. Afficher un mépris blasé pour les politiciens tout en commentant leurs moindres frasques. Revendiquer avec fierté des racines provinciales, limougeaudes dans le cas de Kevin, ce qui aurait bien fait rire ses parents qui étaient de nulle part et fiers de l'être. Toujours se présenter par son prénom, signe de modestie entre gens connus ou qui pensent l'être. Citer des auteurs radicaux à condition qu'ils soient morts et donc inoffensifs. Ne jamais porter une ceinture noire avec des chaussures claires, quand bien même les tenues débraillées étaient permises voire encouragées. Ricaner dans les restaurants prétentieux où les menus indiquent "titiller les papilles" pour "entrée" et "fraîcheurs gourmandes" pour "plat principal". De manière plus générale, critiquer dans les moindres détails tous les attributs de la réussite, afin de bien montrer qu'on les possède. Ne pas parler d'argent, y compris et surtout du montant de la levée de fonds, pour maintenir l'illusion que celui-ci ruisselle naturellement et pour tout le monde. S'indigner des inégalités avec une tristesse fataliste. Rire aux blagues de cul les plus triviales mais baiser le moins possible. Et surtout, surtout, le premier des codes : feindre de croire qu'il n'y en avait pas, qu'on se rencontrait tous par le plus grand des hasards et qu'on s'acoquinait de manière parfaitement spontanée. Humus - Gaspard Koenig1 point
-
Elle cherche consciencieusement tout le long de la voie. Elle choisit plusieurs pierres, essaie un assemblage, en remplace quelques-unes, prend tout son temps, trouve un morceau de bois, une vieille canette. Elle descend tranquillement sur la voie. Elle empile sur le rail les pierres, le bois, les déchets qu’elle a trouvés. Elle remonte, elle s’assoit et attend le train. Elle a trouvé de beaux cailloux ronds, pas trop gros, sinon c’est trop facile. Elle les a alignés sur la rambarde. Elle écoute le bruit des voitures qui arrivent derrière elle et qui se rapprochent pour passer sous le pont. Elles roulent à grande vitesse. C’est pour ça que c’est difficile de toucher les voitures en laissant tomber les cailloux. Elle se penche, concentrée, un premier caillou entre les doigts… Qui veut toujours des accidents Ce serait bien, un accident, personne ne saurait. Elle est fatiguée et elle voudrait partir maintenant mais, elle ne veut faire de mal à personne et surtout, elle répète qu’elle ne veut traumatiser personne. Hein, c’est bien un accident ? - Et vous feriez comment ? - Le train, la voiture contre le train, comme ça je suis sûre. - Vous savez déjà à quel endroit ? - Oui.1 point
-
Vivement les beaux jours. Il pleut, il vente, on a eut cette tempête qui a cassé et déraciné les arbres majestueux, aujourd'hui encore le vent souffle et arrache les dernières feuilles, la nature se recroqueville, les escargots se cachent, les insectes sont à l' abri, les grives et merles sont sous les pommiers se gavant des dernières pommes pour passer l' hiver. Au loin des tronçonneuses rappellent les hommes, les chiens dans la vallée et la chasse mène la meute au son des cornes. Puis le silence retombe, le silence du mois noir (breton)où les jours sont les plus courts, et puis viendra Noël pour mettre fin à cette torpeur, à cette dépression du manque de lumière et égayer de ses bougies, de ses contes nos yeux d' enfants, l' adulte finalement est un enfant qui joue les grands, chut, je veux encore croire au père Noël, je déteste que l' on puisse me dicter ma conduite, que l' on veuille détruire ma crèche et mes rêves d' enfant. Alors je préfère le silence de la nef de ma petite église, sorte de bateau retourné que des hommes ont construit de leur mains de leur espoir, de leurs peurs et leurs joies, et même quand je ne suis pas croyant, je veux croire aux hommes et pousser mes racines dans cette terre qui est mienne, je sais que je ne suis que de passage, je comprends pourquoi cette chaîne dure depuis si longtemps elle est ce lien qui nous uni pour l' éternité. Puis viendra le premier de l' an et l'espoir , ces ombres hivernales diminueront avec la lumière qui revient, parfois sur le sol immaculé par la neige du mois de février, alors le soleil réchauffera la nature engourdie et tout recommencera, le miracle de la vie.1 point
Ce classement est défini par rapport à Paris/GMT+01:00
