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Classement

Contenu populaire

Affichage du contenu avec la meilleure réputation le 28/07/2023 dans Billets

  1. Dans le noir, descendre, ne pas faire craquer l’escalier. S’accroupir puis s’assoir et commencer à glisser sur les fesses, une marche, une autre, le cœur qui tape dans les oreilles. Gagné, le couloir, facile, pas de bruit, pointe des pieds nus, bout des doigts contre le mur pour garder l’équilibre, passer devant La chambre. Le plancher, attention, respiration coupée, ventre creux. Au bout le but, la cuisine. Voler n’importe quoi, vite, les battements de cœur qui déchirent les oreilles, le souffle court, repartir trop vite, fermer la porte du frigo trop fort, et… échouer. Elle est déjà là, dans le couloir. Prendre son compte, et remonter. Rase toujours les murs La nuit, descendre pieds nus, faire le moins de bruit possible, ne pas allumer la lumière, marcher sur la pointe des pieds arriver en bas, guetter les bruits, les ombres, ne rien avoir à faire là, être encore emprisonné, le constater, remonter.
    2 points
  2. C’est le moment espéré où l’esprit se désolidarise du corps qui souffre. L’autre continue à frapper, n’importe où, les jambes, le dos, le ventre, protéger la tête.. Ou pas. Il sent que son corps tressaute sous les coups, il est traîné plus loin, il a entendu le craquement dans son bras, mais ça n’a pas fait mal. Il sourit, il ne sent plus rien, comme s’il avait un super pouvoir, alors ça va. Il respire l’odeur du plancher, rassurante, ça va. Ne ressent plus rien A force d’années de contrôle, d’évasion de soi ou de repli, l’esprit s’emprisonne. Il le sait, mais ne peut rien améliorer, ne plus ressentir, c’est la clé pour ne plus jamais seulement risquer d’avoir mal et de faire mal. Ce n’est même pas lui qui décide, les moyens de la raison se sont modifiés au fil du temps, des coups, de l’enfermement, des humiliations. Il est seul, solitaire, tout le temps. Mais il reste l’odeur du plancher, alors ça va.
    1 point
  3. Dans le cellier, il fait froid, ça sent mauvais, c’est humide et noir. Il y a juste la place pour son petit corps, entre les parasols, les fauteuils pliants, les vieux cartons, les seaux, les petits meubles entassés. Surtout ne rien toucher, rester bien droite, raide, immobile. Elle écoute, et croit entendre. Elle croit entendre des insectes ramper jusqu’à ses pieds nus dans les sandales, alors elle lève un pied, puis l’autre, perd l’équilibre, recule, se cogne, avance d’un pas, reprend son souffle, écoute. Son ventre se tord de peur, il ne faut pas qu’elle les imagine. C’est trop tard. Elle sait qu’au-dessus de sa tête, il y a de grandes toiles denses, de celles qui abritent les plus grosses araignées. Elles vont lui tomber sur les épaules, dans le cou. Elle est glacée, elle serre ses bras autour d’elle, ferme les yeux et commence à réciter : 200, 199, 198, 197, 196… ses larmes coulent, en silence. A toujours peur des araignées Elle en est sûre. Elle est entrée dans cette pièce et il y en a une, c’est sûr. La même angoisse, elle regarde sur les murs, rien. Elle revient en arrière… Elle est là. Au-dessus de la porte. Elle est passée juste en dessous. Frissons, tremblements. Elle essaie de réagir, de raisonner, mais c’est foutu, c’est la paralysie. Elle appelle, l’araignée se contracte, elle se demande, une fois de plus, comment fera-t-elle quand elle sera seule pour de bon. Comment elle fera…
    1 point
  4. Regarde dans ton assiette ! La gifle est tombée, un revers, au coin de l’œil. La claque supplémentaire derrière la tête a fait tomber la fourchette de sa main, elle se baisse pour ramasser, mais on la redresse sur sa chaise par une poignée de cheveux. Assieds-toi correctement ! Elle est assise en travers, ça peut mal tourner. Faut pas se faire voir c’est tout. Il faut mettre les jambes sur le côté, garder autant que possible le buste bien droit. Sa place à table le permet, l’autre ne voit rien, enfin… J’ai dit : Assieds-toi correctement. La fourchette à viande a dérapé sur sa main, elle regarde la petite langue de chair soulevée, stupéfaite. S’assoit encore de travers - Non mais, je me suis toujours assise comme ça. - Oui. Tu te places aussi toujours de façon à voir correctement ce qui pourrait entrer par les portes et les fenêtres. Je me trompe ? - Non. - Et tu préfères ne pas manger à table et quand ça arrive, ça dure moins de dix minutes. - Oui… - Raconte.
    1 point
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