Classement
Contenu populaire
Affichage du contenu avec la meilleure réputation le 29/03/2014 dans Billets
-
Pourquoi le beau est beau? J'y vois tout d'abord un cas : celui d'un objet auquel nous attribuons une valeur esthétique supérieure à celle d'un autre, ces deux objets étant supposés de même type, donc de même utilité. Pourquoi cette voiture aux belles courbes (pourquoi belles?) serait plus belle que l'autre, plus carrée, plus commune? Il n'y a là que deux possibilités de réponse : soit nous attribuons une valeur à chaque chose "socialement", et cela se répercute sur le prix, soit nous allons plus loin lorsque nous parlons du "beau", sans le savoir. Car que serait une belle voiture sans le moteur et le confort qui va avec? Et que serait, sinon, la voiture de tout un chacun, mis à part ce que tout le monde a? L'effet de comparaison serait l'explication donnée généralement, la valeur étant une construction sociale qui juge de ce qui est le mieux et ce qui est le moins bien. Je pense que nous avons plutôt tendance à créer des rapports entre le fond et la forme. J'entends par là que lorsque je songe à une forme, j'y attribue un fond, ce qui fait sa matière, et lui donne ainsi une valeur. Cela non pas socialement, mais objectivement, par la possibilité que nous avons de comparer deux objets et leurs capacités. Autrement dit, quand je vois une voiture estimée comme chère, je le sais parce que je vois avant tout sa forme qui me laisse entendre ce que sera ses caractéristiques. Je le sais d'autant mieux que je connais les voitures, donc que j'ai les connaissances permettant de comparer ce qui est le mieux, ou non, par rapport à ces objets-là. Si le savoir peut être socialement acquis, il peut l'être aussi plus personnellement, ce qui défait l'idée que le social détermine la notion de beau. Prenons un autre exemple pour être plus clair. Qu'est-ce qui fait la beauté d'un texte? Ce qu'il contient, me dit-on. Entendez par là, ce qu'il contient par rapport à ce qui se fait par ailleurs. Car si un texte peut être beau "en soi", cela supposerait qu'un homme n'ayant jamais rien lu en vienne à lire ce texte et à en venir à l'idée qu'il est beau. Là encore, c'est un jugement par comparaison entre plusieurs éléments qui permet de distinguer ce qui est beau de ce qui ne l'est pas. La question est : est-ce que mes goûts sont édictés par le social? Si tel était le cas, nous aimerions tous les mêmes choses, et écririons ainsi les mêmes choses plaisantes que nous trouvons plaisantes. La question ne se poserait donc pas. Or, elle se pose. C'est donc que ce n'est pas si simple, et sans rapport, selon moi, avec le dit social. Que nous ayons des intérêts divergents, des goûts différents, ne peut s'expliquer que par une sensibilité qui est dès le départ différente. Certes, mon lieu de vie, mon vécu, et toutes ces choses qui font une vie, vont jouer sur ma façon de percevoir ce texte. Mais cela se fait en rapport, et avant tout, avec ce que je suis : une façon de réagir. Et parce que la construction se fait en société, nous extrapolons en annonçant cela comme socialement construit. J'attends toujours la démonstration qui m'expliquera, le cas échéant, qu'un homme se mettra à tomber dans le désespoir quand un autre, face à une même situation, trouvera la volonté d'aller au-delà, dans la révolte. Le beau n'a donc de sens que dans une comparaison de valeur que permet la sensibilité et que concrétise la connaissance. Cela n'a rien à voir avec les codes sociaux, codes qui n'existent que dans notre hypocrisie et notre besoin de catégoriser, et donc hiérarchiser, les choses. C'est selon moi une erreur, et c'est pourquoi je trouve chaque chose belle. Ou, au contraire, je les trouve comme elles sont, car la beauté est une notion dont il est possible de se passer. Ce qui est différent n'est pas forcément d'une valeur différente, si ce n'est en fonction de ce qui me plaît à moi. Et ce qui me plaît est strictement personnel, aussi proche cela peut-il être des goûts d'un autre. Nous croyons, à tort, que la mode consiste à s'habiller comme les autres parce que les autres le font. Personne ne vient à se dire que si les autres s'habillent également de cette manière, ce n'est que parce qu'ils trouvent cela beau aussi. Nous vivons dans un monde à ce point obnubilé par le social comme l'explication de tout que nous le mettons absolument en tout. Comme s'il fallait à tout prix nier ce que nous sommes, nous. Celui qui parviendra à me convaincre que je suis le fruit d'une société n'est pas encore né. Car si j'apprends et raisonne selon ce que celle-ci m'enseigne, toujours en fonction de ce que je suis, je ne sens et ne ressens que ce qui m'est propre. Je ne ressens pas ce que je dois sentir. Donc, quand j'apprécie quelque chose, je l'apprécie parce que je suis ainsi fait pour l'apprécier.1 point
-
Froid comme le goût de ta chair. Froid comme la réalité de tes sentiments. Froid comme le marbre que tu n'auras jamais. Bref, tu étais la mienne. Ma peine, mon fardeau. Celle qui réchauffait mes entrailles et me remplit aujourd'hui la panse. L'inexistence de tes sentiments compensée par la chaleur de ta viande. Et, comment le dire décemment? J'avais faim. Pas uniquement de toi, de ce que tu n'as jamais su me donner, mais aussi de ce que je n'ai jamais eu, jamais ressenti autrement que comme une façade. Et tu sais quoi? J'imaginais que ça me ferait du bien, et je me suis trompé. Tu es sans saveur, sans aucune vie. Aussi écoeurante que la mort. Car c'est un fait, j'ai l'impression de manger un cadavre, un être qui s'est mû, qui a prononcé des paroles, et fait des choses, sans avoir été. Je ne sais pas bien s'il est possible de mourir avant même d'avoir vécu. Je sais seulement que c'est ce que tu serais si cela se pouvait. J'ai donc mangé la mort avant d'avoir goûté à la vie, remplacé mes cellules par des zombies. Dois-je m'étonner de ne pas apprécier, dès lors, ce qui a de la couleur et de la gaité? Comment comprendre, sinon, l'attrait que je porte à la nuit? Comment expliquer, en ce cas, que le jour m'agresse et la présence m'oppresse? Vois-tu, même si tu avais été un soleil à son zénith, même si tu possédais en toi cet élan qui donne aux gens la force d'aller toujours au-delà, je crois qu'au mieux, cela aurait mal fini, et qu'au pire, nous ne nous serions pas connus. Peut-être l'aurais-tu préféré, d'ailleurs, maintenant que tu ne donnes plus l'illusion de respirer. Peut-être aussi que nous étions un peu les mêmes : deux spectres qui se trainaient chacun de son côté jusqu'à se rencontrer et se déranger, finalement. Si un jour tu me lis, si un jour tu es en mesure de faire l'impossible, sache que ce que j'ai fait a été la plus belle des preuves de mon amour pour toi. Si nous ne faisions que nous ne regarder vaguement de ton vivant, nous sommes un depuis ta mort. L'idéal même de la relation. L'idéal de tout. Faire du multiple une unité.1 point
Ce classement est défini par rapport à Paris/GMT+01:00
