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A la faveur du néant


Kégéruniku 8

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Le soleil se lève et avec lui ses rayons dardant

Déchirent la couche de rêve lovée derrière mes paupières.

Adieu la nuit, les étoiles, la lune et ses rayons d’argent.

Bonjour la lumière qui s’infiltre comme à travers une meurtrière.

En accord avec l’heure, j’ai l’humeur maussade

De qui se lève moins pour l’aurore que pour éviter le déclin d’une vie.

A mes côtés, la présence que j’ai adoré le temps d’une passade

Devient mon abhorrée pour ne pas être disparue avec la nuit.

Et soudain, j’ai l’impression d’être dévoré par un trou béant.

Comme si j’avais un estomac à la place du cœur.

Habité par Kronos et sa faim de titan,

Je me sens disparaître, englouti par un vide intérieur.

Délesté de toute pensée, j’œuvre de façon mécanique

A l’entretien des rouages insensés qui articulent le matin

Et je m’enfonce plus avant dans la suite arithmétique

Qui me promet que chaque pas de plus me rapproche forcément de la fin.

Et tandis que le temps passe, tandis que les heures meurent,

Je me blottis au cœur de l’impasse comme l’architecte en sa demeure.

Brûlant les minutes et les secondes dans mon infernal labeur

En priant pour que demain puisse survenir avant l’heure.

Ainsi la journée, triste goutte de poix, s’étire sans rien changer

A l’engourdissement de mon esprit fébrile.

Quel effroyable démon, avide de se venger,

A pu bien rendre le temps si stérile ?

Heureusement, il n’y a pas que les bonnes choses qui aient une fin.

Heureusement, les mauvaises compagnies se quittent aussi.

Et peu m’importe si plus jamais il n’y aura de demain,

J’embrasse avec bonheur le crépuscule d’une ancienne vie.

Comme si j’abritais en mon sein les confins du cosmos,

Tout a coup confronté aux errements du temps.

Telle l’étoile qui se recroqueville juste avant qu’elle n’implose,

Enfin, je vois tressaillir la lumière à la faveur du néant.

Modifié par Kégéruniku 8

2 Commentaires


Commentaires recommandés

J'ai attendu une deuxième lecture pour déposer un mot — tu as le don des atmosphères maussades, espérons que tout va bien pour le poète. :)

J'ai bien aimé l'image de la lumière s'infiltrant comme par une meurtrière. Cette lumière médiévale tue - elle a tué les derniers espoirs de la nuit. La réaction post-coitus dégringole en crise existentielle. Le Temps mais surtout les moisissures. Et pourtant, vers la fin, même si ce n'est qu'un pas vers une explosion, l'on devine la lumière, une toute autre lumière... Celle-là tue peut-être aussi, mais elle, ce sera autre chose, et différemment. Nous le découvrirons dans un prochain poème...

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Il y a 14 heures, Criterium a dit :

J'ai attendu une deuxième lecture pour déposer un mot — tu as le don des atmosphères maussades, espérons que tout va bien pour le poète. :)

J'ai bien aimé l'image de la lumière s'infiltrant comme par une meurtrière. Cette lumière médiévale tue - elle a tué les derniers espoirs de la nuit. La réaction post-coitus dégringole en crise existentielle. Le Temps mais surtout les moisissures. Et pourtant, vers la fin, même si ce n'est qu'un pas vers une explosion, l'on devine la lumière, une toute autre lumière... Celle-là tue peut-être aussi, mais elle, ce sera autre chose, et différemment. Nous le découvrirons dans un prochain poème...

Je pourrai écrire juste pour le plaisir que tu me procures lorsque tu commentes. ^^ C'est même probablement pour ça que je reviens toujours ici les rendre public!

Pour la première fois, j'ai essayé d'écrire différemment. D'habitude, j'enfourche un stylo et je me lance dans un premier jet qui fini par être également le dernier. Pour une fois, j'ai rédigé 4 vers que j'ai laissé dans un coin pendant des mois, à maturer ou moisir, c'est selon. Et seulement là, j'ai repris la chose pour lui donner forme. Et je suis plutôt content. C'est la première fois que j'ai le sentiment d'avoir écrit. ^^

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