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On the road again

querida13

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Aux deux tiers d'une année scolaire lourde, je suis mutée sans explication sur la commune voisine.Convoquée dans son bureau,

l'inspecteur me fait savoir sèchement que ma présence n'est pas désirée et qu'il va me remettre au travail.

Avec trois classes sur le précédent poste et quelque chose comme 92 élèves sur trois classes différentes en deux écoles bien distinctes je n'avais pas eu l'impression d'avoir chômé, je reste muette d'incompréhension devant tant de sotte agressivité;je sortais d'une autre opération et année- là je me trouvais très distraite ( l'anesthésie devait encore un peu imprégner mes neurones),harassée et ralentie par les séquelles.Je n'en ai pas moins préparé toutes mes classes effectué mes trois évaluations,corrigé des copies et des cahiers, rempli des bulletins par paquets de cent.

On me fait retourner pour un mois dans une école en ZEP puis on me fait arpenter un territoire inconnu en ce qui concerne les écoles mais plutôt bien connu de moi car dans mon enfance quelques membres de ma famille habitaient dans le coin et nous venions visiter les cousins souvent.

A moi qui n'ai pratiquement enseigné qu'en primaire et le plus souvent dans les classes de cycle III,on me redonne quelque 25 ans après être sortie de l'école normale d'institutrices (actuel IUFM)des maternelles.Il me faut refaire toutes les recherches de matériel, de coloriages, d'instructions officielles,de contes,de comptines,de chansons et en plus on me donna parfois des enfants de moins de trois ans sans qu'aucune instruction officielle n'ait été pondue sur le sujet.Je visite les locaux,me familiarise avec les gens que je vois en coup de vent,pour de nouveau aller vers d'autres cieux...

Je bourlingue donc de classe en classe pendant trois ans sur la quarantaine d'écoles que compte la circonscription,parfois je change d'école du matin au soir,parfois on ne donne aussi les remplacements des maîtres en équipe éducative et pendant la journée j'effectue des remplacements dans toutes les classes trois quarts d'heure chacune,dans les six classes d'une école...Ca se passe bien...Je dois dire qu'à part quatre classes agitées ,j'ai rencontré des enfants bien attachants et globalement très bien élevés et des parents très sympathiques.J'ai acheté une sorte de gros cartable de maître à roulettes en promo à lidl.Le matin,je choisissais dans les classeurs qui sont dans ma voiture,abondamment fournis, ce que j'allais aborder avec les élèves dans la matinée.Car je sais à quel endroit du programme ils sont à ce moment de l'année.En cinq minutes j'élabore mon petit programme.On m'accueille comme le messie qui va sauver les maîtresses de la corvée des répartitions,je fais mes photocopies rapidement,on m'offre du thé aux récréations,à part l'inspecteur,tout le monde est charmant avec moi.

Sur mon cartable noir que je traîne de classe en classe j'apporte mon orgue.

Quand j'arrive dans une école les enfants m'entourent et se disent entre eux :

"Ouaiaiais,la maîtresse au piano est là!

Puis s'adressant à moi:Vous allez dans quelle classe, maîtresse?"

Et quand j'ai annoncé le niveau, ceux du niveau concerné sautent en l'air de contentement et les autres repartent, déçus!"

Je fais mon petit programme,français,maths, lecture,histoire/géo/sciences ou sport suivant les emplois du temps,mais aussi un peu de musique.

Quand j'annonce à mes collègues de quelle commune je viens,il me regardent d'un air soit méfiant,soit goguenard et certains osent me questionner,en me disant:

"Alors,tu viens du sérail?"

Et je réponds tout de go:

-"Eh bien non, sinon j'y serais encore!"

Cette popularité agace un de mes collègues directeurs.

Un jour alors que je cherchais une classe,je le vis carrément jouer les chauffeurs de salle et les gamins étaient remontés comm des pendules lorsque je les pris en mains.On aurait dit qu'ils sortaient du stade après avoir acclamé l'OM!

Je leur donnai un mandala et demandai le silence pendant que je faisais l'appel,je fis le plan de classe avec tous les prénoms et les appelai nominativement un à un dès qu'ils étaient bavards,les laissai se calmer sur le coloriage une dizaine de minutes, puis enchaînai avec une leçon sur la voix passive des verbes.Ils n'avaient jamais conjugué ainsi,ils furent subjugués et attentifs à réussir un exercice inédit qu'ils n'avaient jamais fait.

Le collègue revint au bout d'une demi-heure persuadé que je ne viendrai pas à bout des petits monstres.Ils étaient en train d'écrire la date dans leurs cahiers et écoutaient religieusement les consignes.Je leur appris une chanson à la fin de la matinée et elle était en place en un quart d'heure.

Il y a des jours,comme ça, où tout tourne rond...

Finalement,je m'aperçois que même en maternelle ,je connais tout le répertoire .je me propose parfois pour accompagner les chorales qui chantent le vendredi soir, en improvisant totalement.et c'est là que je m'aperçois que je possède un répertoire commun aux autres maîtresses.

un jour d'inactivité,une collègue m'apprendra deux de ses chansons .Ca occupe.

Quant à moi je reviens avec d'autres chansons dans mon escarcelle.

Une autre fois je récupère un CE1 et l'on me fourre entre les pattes un CD et un lecteur,un paquet de photocopies sur lesquelles sont dupliquées les paroles d'une chanson et l'on me dit:le spectacle de fin d'année est la semaine prochaine voici une chanson (inconnue)il faut la leur apprendre en quarante minutes parce que la maîtresse que tu remplaces n'a pas eu le temps de la voir avec eux,et après il y aura répétition générale de la fête entière!

Après l'appel,je m'attelle tout de suite à la tâche.

Je passe une première fois la chanson et les enfants écoutent.

Je repère l'alternance des refrains /couplets/les thèmes musicaux:la chanson est un peu alambiquée,vocalisante,rapide.

Je vais souffrir?J'ai peur de ramer...

Une illumination me prend:un crayon, du papier et je commence à écrire en me servant de mon oreille absolue les notes de la chanson phrase à phrase,je leur chante la douzaine de mesures d'une phrase et les fais répéter après moi,je joue chaque phrase à l'orgue, rectifie ce qui n'est pas juste en rejouant les phrases erronées au clavier plusieurs fois en déchiffrant immédiatement,le premier couplet est posé puis le refrain,puis le deuxième, le troisième....Nous répétons encore.Une fois deux fois,je sue de grosses gouttes.

Mais ça va tenir le coup.A neuf heures trente la générale commence.Je fais sortir la classeans la cour et aide même à installe la sono.

" Ce n'est pas grave s'il ne la connaissent pas me dit la collègue car ils chanteront avec trois autres classes."

-C'est bon,il la savent" lui réponds-je avec assurance.

La chorale est installée et personne ne la dirige car d'habitude c'est la collègue que je remplace qui joue les chefs de choeur.

Qu'à cela ne tienne ,face à cent élèves, je prends le relais.

Je les dirige, c'est presque en place et c'est moi qui regarde par en dessous la collègue décontenancée qui d'un air incrédule, constate:"non mais c'est pas vrai même les CE la savent et chantent."

Je reprends quelques points qui manquent de clarté,de rythme, de justesse de mise en place avec les autres élèves,rectifie quelques mauvaises habitudes respiratoires, et à la deuxième répétition ,c'est magique,c'est en place...

-regardez la reprend ma collègue,on dirait qu'elle a fait ça toute sa vie.

A vrai dire...

Ce n'est pas moi qui la contredirai...




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