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Mariage

querida13

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Cette année-là, mon cousin se maria dans un joli village provençal.

A ma grande surprise,il me demanda de chanter l'Ave Maria à l'église.

J'adore les mariages,j'y ai été souvent conviée dans ma vie.C'est l'occasion ou jamais de faire toilette, de s'endimancher vraiment de "faire chic", de faire la fête de revoir la famille au grand complet.

Cela réveille certainement en moi la petite fille qui se costumait pour ressembler à une princesse et qui rêvait des tenues que portaient Barbie dans les magasins de jouets en déplorant que tant de tissu soit consacré à l'habillement ravissant d'un morceau de plastique quand moi ,on me vêtait de ces jeans si atroces mais si pratiques pour aller crapahuter sur les chemins.Je choisis pour l'occasion une élégante robe mauve assortie d'un chapeau qui me donnait un petit air d'époque "restauration".

Je préparai mon intervention avec grand soin.

je trouvai les paroles sur internet,achetai un CD pour répéter,je m'entraînai consciencieusement tous les jours précédant l'événement, enregistrai la bande son.Pendant la cérémonie,

le moment venu,le magnétophone,pourtant lesté de piles neuves ,ne se déclencha pas.

Je fus brièvement,légèrement décontenancée mais ne me dégonflai pas.

J'entonnai devant les yeux ébahis de ma famille un Ave Maria a capella.Tous se turent de surprise.

Puis fus chaleureusement applaudie.Le curé me regarda, visiblement enchanté...

Mon parrain, incommodé par la chaleur et l'attente que nous imposa le travail du photographe en plein cagnard d'été,me dit que ce fut un instant de grâce dans ce mariage.

Pour ma part ,je trouvai que tout était soigné et exquis, l'assemblée était sur son trente et un.

Pendant le repas mon parrain m'annonça qu'il avait pendant l'année souffert d'une maladie grave qui avait failli avoir raison de lui et l'emporter.En conversant avec lui ,je ratai

le bal. Mais en définitive, l'animateur/chanteur ouvrit une autre séance et proposa à la famille de participer et demanda qui était volontaire pour pousser la chansonnette.

Je chantai l'hymne à l'amourde Piaf et ma très vieille grand tante fut aux anges.Ma famille proche (frère,père et belle soeur,)s'y colla je rechantai deux autres chansons;mais si cet intermède soulageait la voix de l'animateur ,il stoppait le bal et laissait les parents assis sauf à la dernière chanson disco que j'avais choisie qui en faisait lever beaucoup pour danser.Je fus acclamée, cela piqua mon père,poliment applaudi, au vif.Il me dit que j'en avais fait assez et me dit qu'il fallait laisser l'animateur continuer à faire son travail.

L'animateur ,qui appréciait notre intervention lui jeta un oeil décontenancé.

Que je fasse l'artiste de salon pour épater la galerie,il a toujours aimé,mais l'éventualité que j'aie du succès,ça l'a toujours rebuté.

Ce doute des parents,c'est le lot de nombre d'artistes;

certains luttent contre vents et marées,même s'ils peinent (comme Cézanne par exemple et Claude François à ses débuts) à faire percer leur talent.D'autres devant tant d'oppositions familiales renoncent.

L'artiste montre la limite,il joue avec les limites, il la décrie, il s'en moque,la magnifie,la tourneboule,la chahute,la conteste,la fait parfois reculer, il nous interpelle et nous interroge sur son bien fondé et sur sa place.

Un autre critère qui fait douter les parents est le succès avec ce corollaire: est ce que celui qui exerce son talent pour vivre pourra toujours survivre grâce à son métier?

Car hélas,les chansons vieillissent,les modes passent,un jeune artiste à succès devient vite un vieux ringard,un jeune premier adulé vire vite au vieux beau,un tube devient vite une vieille scie , une rengaine démodée et dépassée,et la danse de l'année est vite remplacée par une autre danse des canards.

De plus et que celui qui a vu l'Ange bleu me jette la première pierre:

l'artiste-femme joue sur scène beaucoup avec des vêtements pas toujours décents et ce jeu la rapproche aux yeux des gens de la bourgeoisie pour lesquels souvent l'habit fait le moine,des femmes de mauvaise vie...Donc elle est socialement dévalorisée.(Pour peu qu'elle ait la cuisse légère).

Quel métier!Et pourtant que tout serait bien triste sans eux!un monde sans danse, sans chant, sans musique, ni poésie, sans littérature, sans télé, sans clown ni cirque,sans fantaisistes, sans jongleurs, sans prestidigitateurs, sans acteurs,tragédiens et comédiens, sans danseuses de french cancan,sans orchestre ni opéra ,ni peintre,ni dessinateurs et humoristes...


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