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Le messager d'outre-tombe

Quentin13

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Une ville près de la cité des papes, un mouroir, une chambre... Des jours comptés, une liberté limitée, une vie sauvée... Peut-être pas. Cette femme, une grande femme, une femme vivante, et vivant chaque jour avec autant d'optimisme, était rattrapée chaque jour un peu plus par le temps, et ses ravages. Il lui volait sa vitalité, sa force, son esprit vif, et clair... Il lui volait son âme. En échange, l'horloge lui offrait rides, vieillesse, faiblesse.

Si faible, si ridée, si vieille, elle lui était méconnaissable. Si méconnaissable qu'il l'a confondit avec une autre patiente. Cela faisait cinq ans qu'il ne l'avait pas vu. Cinq ans, cela peut paraître peu pour une personne de dix-neuf ans, mais cela peut représenter des dégradations physiques, psychiques, et mentales pour une personne de son âge. Elle ne pouvait plus marcher ; elle ne pouvait plus parler ; elle n'entendait presque plus.

Ce qu'il l'avait le plus choquée en rentrant dans la chambre de sa grand-mère maternelle, c'était son corps. Un corps maigre, presque squelettique. Sa peau pendait, retenue par ses seules maigres os. Ses orifices oculaires s'étaient creusés, ses dents étaient tombées, son sourire était scellé. Son regard était plongé dans le vide. Ils semblaient être voilés, comme si elle voyait quelque chose... Quelque chose qui ne lui appartenait qu'à elle de voir.

Mais lui, il savait ce qu'elle voyait. Il le savait car lui aussi l'avait vu quelques années plus tôt... Elle voyait la mer étoilée de l'espace, étincelante, chaude, chaleureuse, magnifique. Elle voyait sa vraie forme, celle d'un être hautement supérieure, et pure. Elle se voyait délivrée de sa tourmente humaine, de ses péchés sans cesse répétés, de sa peur de l'avenir. Elle voyait l'éternité sous la forme d'un cristal bleu, scintillant, avenant. Ce qu'elle voyait, à travers toutes ces couleurs, tout ces mouvements, toutes ces lueurs, c'était son mari, sa sœur, ses parents... Elle voyait ceux qu'elle avait eu le malheur de perdre par le passé.

Elle était à la croisée des chemins. Elle était au bord du précipice, prête à passer le pas, mais sans cesse retenue par l'incompétence des médecins, qui par leur obsession de vouloir bien faire, la fit remonter à la surface. Elle était condamnée à voir le bonheur de près, sans ne jamais pouvoir le toucher...




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