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Longue vie au Roi !


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Ce matin, je regarde du haut de mon balcon la pâleur du ciel froid qui revêt une teinture limpide, bigarrée d’azur, d’ocre et de carmin clairs. Peinture sublimement funeste. Toutes ces nuances diffuses sont comme des gouttes d’encre suspendues dans un temps rompu, dilatées langoureusement sur l’atmosphère aqueuse. Le bouffant vaporeux des nuages, blanc ou gris, est banni par le vent de cette toile où le soleil se fait célébrer en seigneur de guerre.

La scène est solennelle. Tout joue avec pesanteur. Le fracas des boucliers est inaudible. Les armées se heurtent avec force et éclats rayonnants sous un ciel qui couvre les étoiles de douleur, torpeur, terreur. Elles se couvrent quand se déchire, avec une extrême lenteur, le sang des cœurs flottant dans l’air. Un cavalier s’illustre. Il frappe ! La nuit est tombée, personne ne la pleure. Cependant, les combats se poursuivent tout autour, en silence et toujours dans l’indifférence. Au milieu de la mêlée, un auguste Roi s’approche lourdement, conservant une posture de vainqueur, droite et ancrée. Il sait qu’elle est sienne. Elle tend une main trépidante d’une mortelle fraicheur. Un regard fixe, sec, brûlant vers la terre où blessée, elle s’agite avec haine et rage en soubresaut de vitalité. Je n’entends pas mais elle semble l’insulter, sans effets sur la fatalité de son destin. L’épée se lève fermement et au son de Dieu le veut ! Elle revendique impassiblement sa gloire, son prestige, sa force d’acier sur la victime étendue, avant de s’abattre tout entier sur son cou beurré. Ainsi, d’un geste abrupt, il pourfend la nuit dont la tête se détache avec allégresse, à la façon des feuilles d’automne.

Mais il le sait, la gorgone ici achevée, naîtra maintenant ailleurs, là-bas où le regard porte sur demain. À genoux, il pleure donc de reconnaissance ou de fatigue ou d’un je-ne-sais-quoi qui le rend plus déterminé. Car qu’importent les raisons de sa lutte, elle est perpétuelle et cela suffit à l’y contraindre. C’est donc en Sisyphe, qu’il va à nouveau haranguer sa foule regroupée devant lui comme hier. Et derechef, il part vers l’horizon d’un pas usé en colonne rangée sur les traces de son passé là où règne déjà la nuit, comme hier. Et à mesure que son armée avance, les oiseaux chantent avec lassitude : « Vive le Roi, Longue vie au Roi ! ».

Mince je vais être en retard au bureau !

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