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Les affairés.


Circeenne

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Dans la rue d'un soir d'été, des marcheurs égarés n'ont d'yeux que dans la lumière bleuâtre de leurs écrans scintillants. Ils ne voient ni visages ni l'ombre naissante, prélude de la nuit, seule la fraicheur les maintient en vie. Les pas pressés résonnent sur le pavé et se coupent nettement au sons des cloches ou à l'aigreur des vibrations qui rythmes la cadence des passants. Le temps leur est indifférent, il n'existe pas là où ils sont. Et comme les chiens de Pavlov, au tintement cuivré, ils se mettent à tapoter, à sourire, à minauder toutes sortes de plis avec un regard toujours le même, bas, celui du soumis. A les voir rire, seuls ou en groupes, on ne peut s’empêcher de penser à un Poprichtchine croyant qu'une bête lui a écrit des lettres. C'est l'objet qui devient maitre de toutes les attentions. Enlevez leur, et les voilà qui crient à la douleur que le monde réel exerce sur l'âme. Cette drogue numérique, offre ainsi l'échappatoire artificiel d'un paradis que le pavot ne peut qu'à coup de fortes doses concurrencer. Car là-bas tout vous est permis même le meurtre. Et c'est parce qu'elle vous déracine de la terre en absorbant tout entier votre regard jusqu'à la moelle, que votre miroir se déchire dans votre reflet éventré. Par là, elle y pénètre, en salves successives d'images bruyantes, de textes choquants, et de sons enivrants. Elle finit par vous coloniser de réflexes lumineux et vos rêves sont à l'image de ses voeux. Vous ne répondez plus par le oui ou le non, vous faites seulement au son ou à la vibration ce pourquoi vous devez faire car il n'y a plus de temps, plus d'espace, seules les stimuli vous animent. C'est le sens du devoir. Aimez, détestez, agitez-vous, mais dans le silence mécanique de la parole sémiotique. Vous n’êtes plus. Somnambules, vous allez et venez sans connaitre votre finalité. Vous vous calcifiez jusqu'à devenir un élément du décor virtuel. Votre existence se transfère dans une masses fluviales de données diffusent dans les airs. Vous disparaissez au coin d'une rue avec l'entrain des affairés. Tous vous connaissent sous un pseudonyme qui devient votre épitaphe où s'est étiolé votre nom. Le server sait tout de vous jusqu'à vous apprendre que vous est un autre. Courez donc morts-vivants car il ne reste de vous que l'image fluorescente de votre passage. Une chose qui clignote.

7 Commentaires


Commentaires recommandés

Je trouve le texte très intéressant. cependant, il pâtit de certaines lourdeurs, que je pourrais lister ainsi :

- quelques erreurs de syntaxe (« Ils ne voient ni visages ni l'ombre naissante » ; « Cette drogue numérique, offre» ; etc) viennent nuire à la compréhension d'ensemble, comme des entraves regrettables car le texte place d'emblée la barre assez haut avec ses choix lexicaux peu évidents ;

- quelques images étonnantes non-développées comme l'image du reflet éventré marquent une sorte d'immaturité dans le style ; soit il n'est évident pour l'auteur qu'un reflet n'a pas de ventre et ne peut donc être éventré, soit l'auteur l'a laissé comme du grain à moudre mais il faudrait alors une confirmation, un entêtement lexical. Développe ce thème si tu l'avais en tête, fais plus attention à l'étymologie des mots sinon.

- une densité intéressante et cependant maladroite. on sent bien qu'il est ici question de jouer avec le souffle du lecteur mais les structures syntaxiques sont si complexes, les enchaînements de compléments du nom parfois excessifs si bien que même avec un bon niveau de grammaire, il est parfois impossible de faire ressortir la structure correcte. Loin de contribuer à noyer le lecteur de manière intéressante, cela renvoie une impression de brouillon qui, malheureusement, a tendance à décourager.

Sans aller vers de l'épure, je te conseillerais de retravailler ton texte dans le sens d'une clarification. À partir de là, on peut bel et bien parvenir à créer une tension et un effet de psalmodie.

En tout cas, c'est vraiment chouette.

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Bonsoir Karbomine, merci de t'être investie dans une analyse riche en détails qui m’honore très sincèrement mais à quoi je souhaite t'opposer quelques objections.

Par rapport à l'erreur dite de syntaxe j'aurais apprécié que tu m'expliques en quoi c'est une erreur de syntaxe car le ni (les) visages ni l'ombre naissante (sous-entendant la tombée de la nuit) semble agrammaticale de même que "cette drogue offre". Quant à l'image, je ne vois pas pourquoi il faut rester sur l'étymologie puisque c'est une image, notamment quand le fait d'éventrer symbolise la déchirure qu'est-ce qui peut métaphoriquement empêcher d'éventrer un reflet ?

Je cite :

Des tempêtes avaient ravagé les côtes, éventré des falaises (Zola, Joie de vivre,1884, p. 1107).

La foule nous a suivies, mais trop serrée dans le chemin, elle a éventré les haies qui le bordent (Colette, Cl. école,1900, p. 290).

La bête souple du feu a bondi d'entre les bruyères (...) ici elle éventre une chênaie (Giono, Colline,1929, p. 144).

Tout texte est à réécrire surtout les premiers jets :p

Bien à toi et au plaisir de te lire et relire !

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Salut Circéenne,

Pour revenir sur la syntaxe, dans le premier cas il y a une petite rupture de construction, effectivement due à l'absence d'article. Pour ce tirer de là, il faut ruser étant donné qu'il y a une fine nuance. « Aucun » ou « nul » auraient pu être des solutions.

La seconde erreur est due à la virgule, qui sépare le verbe de son sujet.

Enfin, pour cette histoire de ventre, tu écris : « que votre miroir se déchire dans votre reflet éventré ». Le premier problème, c'est qu'un reflet est quelque chose de visuel, presque abstrait et ne saurait donc avoir de ventre. La falaise, la haie et les autres exemples que tu signales ont bel et bien un volume plein qui pourrait évoquer un ventre mais ici, ça ne fonctionne pas, sinon Narcisse ne se noie pas. Entre le miroir et le reflet, tu passes du concret à l'abstrait et l'image semble encore plus étrange car un miroir se brise, la notion de déchirure s'appliquant plutôt à du textile, du papier bref quelque chose de plat ou d'abstrait.

Bref, on sent qu'il y a de l'idée mais le résultat me semble encore trop peu lisible. Si tu dois travailler sur un point, je te conseille de travailler sur la lisibilité (ou son contraire) et le développement des métaphores. Ça mettrait en lumière des images curieuses et encore un peu frustrantes.

Tu me sembles posséder un monde intéressant.

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Salut Karbomine,

L'usage de la virgule n'est pas restreint à la séparation d'un syntagme, il peut être le fait de l'auteur à vouloir interrompre le lecteur dans sa lecture et rien dans la prescription n'interdit cela.

Pour l'abstraction du "ventre" : l'horizon déchirée, la pensée éventrée, l'art éclaté... et des milliards d'autres exemples me font penser que tu rends la langue bien plus pauvre qu'elle ne l'est. En voici un et pas des moindres : "La rue se calcinait au soleil, se tordait sous le ciel éventré." Jean-Paul Sartre

A vouloir le Grevisse comme parangon on nourrit la pauvreté de l'expression. Et quoi de plus misérable qu'une langue qui ne sait dire l'abstraction. Heureusement que la métaphore et la comparaison parmi toutes ces figures de style que la langue française a en son sein (image encore) dément les matérialistes ennemis des poètes, puritains du verbe qui se dit comme ils le disent. Qui ne sait dire la vacuité du mot, ne doit en aucun cas exprimer la parole. Car celui là n'a pas d'imagination. Et faire de la prescription de manière autotélique n'a aucun intérêt hormis paraître "bien parlant" et c'est être comme le disait Barthes un écrivain et non un écrivant.

"...l’écrivain est un homme qui absorbe radicalement le pourquoi du monde

dans un comment écrire. Et le miracle, si l'on peut dire, c'est que cette activité narcissique ne

cesse de provoquer, au long d'une littérature séculaire, une interrogation au monde: en

s'enfermant dans le comment écrire, l'écrivain finit par retrouver la question ouverte par

excellence: pourquoi le monde? Quel est le sens des choses? En somme, c'est au moment même

où le travail de l'écrivain devient sa propre fin, qu'il retrouve un caractère médiateur : l'écrivain

conçoit la littérature comme fin, le monde la lui renvoie comme moyen..."

Les écrivants, eux, sont des hommes « transitifs» ; ils posent une fin (témoigner, expliquer,

enseigner) dont la parole n'est qu'un moyen ; pour eux, la parole supporte un faire, elle ne le

constitue pas. Voilà donc le langage ramené à la nature d'un instrument de communication, d'un

véhicule de la «pensée». Même si l'écrivant apporte quelque attention à l'écriture, ce soin n'est

jamais ontologique: il n'est pas souci. L'écrivant n'exerce aucune action technique essentielle sur

la parole; il dispose d'une écriture commune à tous les écrivants, sorte de koinè, dans laquelle on

peut certes, distinguer des dialectes (par exemple marxiste, chrétien, existentialiste), mais très

rarement des styles. Car ce qui définit l'écrivant, c'est que son projet de communication est naïf :

il n'admet pas que son message se retourne et se ferme sur lui-même, et qu'on puisse y lire, d'une

façon diacritique, autre chose que ce qu'il veut dire : quel écrivant supporterait que l'on

psychanalyse son écriture? Il considère que sa parole met fin à une ambiguïté du monde, institue

une explication irréversible (même s'il l'admet provisoire), ou une information incontestable

(même s'il se veut modeste enseignant) ; alors que pour l'écrivain, on l'a vu, c'est tout le

contraire : il sait bien que sa parole, intransitive par choix et par labeur, inaugure une ambiguïté,

même si elle se donne pour péremptoire, qu'elle s'offre paradoxalement comme un silence

monumental à déchiffrer, qu'elle ne peut avoir d'autre devise que le mot profond de Jacques

Rigaut : Et même quand j'affirme, j'interroge encore.

Roland Barthes, Essais critiques, « Ecrivains et écrivants » (1960).

Bien à toi ma puce.

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