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Cinq sens (partie III : Jouissance)

Loopy

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Sur la table, une dizaine de flacons ouverts.

Les étiquettes, un peu effacées par le temps,

Eurent révélé certains de ces secrets sous verre,

Si la vue n'était bridée par un noir enivrant.

Dans les oreilles, des bouchons solidement ancrés

Bloquant ces microscopiques vibrations aériennes.

Entre le Marteau et l'Enclume, pas une persienne.

Les pieds bien encrés dans l'Étrier.

Sous la langue, une pastille d'un puissant

Anesthésique, local. Cela fait maintenant

Longtemps qu'aucun goût ne se laisse deviner

Longtemps qu'il ne fait plus que respirer.

Sur ses poignets, des bandages. Restes pathétiques

Des lacérations qu'il s'est faites en voulant trancher

Les autoroutes électriques du toucher. Nerfs parasites

A son plaisir. On peinera à les lui reconnecter.

Seul un sens persiste… Il inspire, en se penchant,

Profondément le premier flacon. Une odeur d'alcool.

Soudaine et très perceptible fragrance désorientant

Plus encore que toutes ces choses qu’on inhale.

Il se sent comme ailleurs, transporté.

Cette odeur le pénètre, exacerbée

Le viole de toute part. Elle s'incruste

Dans les moindres recoins et investit tout.

Elle arrache, dans une douleur jouissive

Les minuscules particules de consciences

Qui enferment l'esprit. Elle libère tout,

Elle frappe, elle cogne, elle caresse, elle coure...

Ses idées fusent, instantannées.

Tout se bouscule. Très vite,

Son voyage le mène dans les lieux imperceptibles

De son inconscient. Les monstres de son imagination

Surgissent, l'attaquent, le frôlent, il se sent trembler.

Son esprit frissonne, foisonne, dans une explosion

Gigantesque, gargantuesque. Le big bang de ses paradoxes

Crée l'univers, le modifie, à une vitesse fabuleuse.

Puis, comme si le temps s'était soudain inversé,

L'explosion se rétracte aussi vite qu'elle était arrivée

Laissant place au vide olfactif... apaisant.

Il s'était relevé. L'odeur ne subsistait pas.

Mais son voyage l'avait mené en des endroits

Où la limite de l'orgasme psychologique,

D'ordinaire effluve violente, intemporelle,

Avait des accents d'éternité… Onirique…

Il sourit, se remettant à peine

De ses émotions, l'estomac encore noué

Par ses acrobaties. L’âme toute déchirée.

Son cœur frappe si fort… Il sent sa vibration…

Oh oui ! Encore ! - Il se penche sur le second flacon...




1 Commentaire


Tu vas tellement loin ! J'adore. Tant dans la structure intra et inter poèmes que dans le poème en lui-même.

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