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Tchou tchou

Jedino

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Vite. Il faut faire vite. Tracer ton chemin, ne jamais faire un écart. Tout droit, toujours dans la même direction. Elle ne peut qu'être la meilleure.

C'est ça, que je ne saisis pas : pourquoi voulons-nous toujours aller de l'avant alors que l'expérience nous apprend tout le contraire? Lorsque je suis sur la route, je fais de nombreux virages. Parfois aussi, je ralentis. Ailleurs, j'accélère ou continue. Pire, il m'arrive de faire un détour, de me tromper. Qu'importe? Cela se corrige, inutile de paniquer.

Mais la vie, ce n'est pas ça. C'est différent. C'est complexe. C'est le truc que, tu vois, tu expérimentes tous les jours mais ne connais pas. Parce que la vie, ouai, ça n'est rien de tout ces trucs-là. Une espèce d'au-delà, d'idéal à idolâtrer. Les philosophes me font un peu penser à ces célébrités qui peuvent se taper les nanas les mieux roulées sur le marché : chacun aimerait la meilleure place, rares sont ceux qui peuvent y siéger. Sauf que personne n'envie les faiseurs de pensée.

Là est tout le problème, selon eux : en considérant notre existence comme autre chose que ce qu'elle est au premier abord, nous devrions nous y précipiter. Pourtant, rien. Eux réfléchissent dans un coin bien discret, et les autres poursuivent comme si de rien n'était. Qui a raison? La minorité clame fort que la majorité a trop souvent tort. La majorité ignore cette minorité qui aimerait se donner raison. Conclusion? La solution n'est nulle part car le problème n'est pas. Penser un idéal, c'est déjà créer un carcan. Imposer une vérité, c'est ensuite réduire la réalité. Je crois que cette erreur provient de ce désir d'universalité : nous aimerions tant trouver, comme en la mathématique, le "x" qui manquerait à l'équation. Nous aimerions, oui, que d'une brique dépende tout le reste. Mais le fait est qu'une bâtisse, qu'elle soit modeste ou sublime, se fait de plusieurs briques, toutes aussi nécessaires, et que chacune trouve et use de nouvelles briques. Qui irait penser que pour construire sa maison, il déconstruirait celle du voisin? De même qu'il est absurde de partager en moitié : que faire d'un bâtiment à moitié fini?

Donc j'avance, sans vraiment savoir vers où. J'avance, parce que je ne sais faire que ça. Aujourd'hui seulement j'ai compris à quel point mon raisonnement, mes actions, ma réflexion, et toutes ces belles choses que je cherche depuis longtemps à exercer et aiguiser, souffrent d'un virus à ce point caché et évident qu'il m'a toujours échappé. Il aura fallu que je songe à mes journées, un soir de fatigue, pour m'en rendre compte : dès le matin, je calcule, j'organise les heures qui me sont imparties pour gérer les exigences et les devoirs, les plaisirs et les besoins. Ce poison qui défait toute surprise et détruite toute magie s'impose à moi comme une immense horloge qui, face à moi, tournerait lentement pour me rappeler en chaque instant que je dois optimiser ces secondes, les rendre efficaces et rentables. Il me faut faire vite, il me faut faire tout, il me faut faire bien. Le monde est si pressé qu'il s'empresse et se met en pression. Et de la pression naît nécessairement la réaction.

Alors oui, nous allons. Nous le faisons tantôt bien, tantôt mal. L'essentiel n'est pas là. Viser une fin est honorable, et l'atteindre est admirable. Tout comme la cause doit mener à son effet. Mais aussi noble soit cette mesure, tout est dans son dépassement, dans la démesure. Asseyez-vous un instant, un unique, inutilement, et demandez-vous : est-ce vivre que de vivre pour le temps?


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