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casper2 Blog

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zwijgen 14

casper2

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Une chaleur torride enveloppe tout en cet après-midi. Le bruit assourdissant que font les cigales qui s'en donnent à coeur joie, s'ajoute et ne fait qu'amplifier l'état de léthargie qui submerge la garrigue. Je suis trempé de sueur, mes vêtements me collent à la peau. Par instant je ressens un nouveau et mince filet qui dégouline sur ma tempe. Je n'ai plus rien de sec pour pouvoir l'essuyer. J'ai aussi beaucoup de mal à respirer. L'air est si chaud qu'il me brûle les bronches à chaque inspiration. A tel point que j'ai beau essayer de gonfler mes poumons à fond, l'air peine pourtant à y pénétrer. J'ai l'impression que ma poitrine se resserre de plus en plus comme écrasée par un étau. J'étouffe peu à peu...

Je marche nonchalamment. Chacun de mes pas est mécanique et sans aucune volonté. J'avance machinalement tel un robot. J'avance sans savoir où je vais. Il y a bien longtemps que je n'ai plus aucun but. Mon corps est comme un petit pantin articulé qui avance en traînant des pieds. Il peine mais progresse doucement sans s'arrêter. Il s'est engagé dans une bien lente fuite en avant. Mon esprit n'a plus de prise sur lui, car il est resté en arrière avec toutes mes idées noires qui ne cessent de tourner en rond comme un tourbillon. Mon esprit en vrac se retrouve en décalage et il stagne sur place. Cela fait bien trop longtemps qu'il s'est fait rattraper par le passé. Ce dernier pèse si lourd tel un boulet qu'il est si difficile à traîner...

Mon allure est si lente. Les chaînes du passé m'empêchent de progresser. Tout ce qui m'entoure ne cesse de me le rappeler. Le passé est partout autour de moi. Mon dos et mes épaules ne sont pas assez solides. Il m'écrase irrémédiablement. Je sens que je m'enfonce dans le sol qui s'entrouvre et se dérobe sous mes pieds. Mon corps glisse et descend, aspiré par les ténèbres dans ce puits sans fond. Mes mains ne trouvent aucune prise pour s'agripper. Dans mes paumes je ne parviens à saisir qu'un peu de sable si fin qu'il file entre mes doigts. Je disparais englouti au fond d'un trou au milieu des dunes d'un désert immense et qui s'étend à l'infini...

Je suis et je glisse sur la mauvaise pente. Je crois que je vais bientôt en toucher le fond. C'est ma lente descente aux enfers. Il fait si chaud. Je brûle de toutes parts. Mon corps n'est plus qu'une boule de feu comme un soleil éternel et lointain, une étoile en fusion qui finira un jour par exploser. La chaleur y est si intense, incandescente, éblouissante. Je ferme les yeux. L'air est suffocant comme du souffre. J'étouffe...

Je ne comprends pas. Tout ça ne peut pas être réel. Puisque je n'ai jamais cru à l'enfer, pas plus qu'à un quelconque paradis d'ailleurs. Tout ça n'est qu'une vaste fumisterie pour crédules et naifs qui ont peur du vide. Il les entoure et les enferme aussi. Comme l'air, le vide peut aussi se faire si lourd. Comme l'angoisse qui pèse tant, il s'écrase sur le monde, si petit dans l'univers. Le monde est perdu dans l'immense vide de l'univers. Mais pourtant je ne comprends pas, car ce vide est si noir et si froid. Alors qu'ici il fait si chaud, j'étouffe...

Non, tout ça ne peut pas être réel. Un mirage ou encore un rêve. Je vais me réveiller. Il me suffira d'ouvrir les yeux. Alors maintenant, ouvres donc tes paupières, regardes et dis moi ce que tu vois!

Je ne sais pas. Ma vue est si trouble. La lumière est si blanche, je suis ébloui par une clarté si soudaine et si intense, comme si je sortais de l'ombre à la lumière. C'est insupportable. Je ne peux plus regarder. Je détourne les yeux un instant. Je n'ose pas regarder la vérité en face. Elle se trouve pourtant là juste en face. Je crois que je commence à comprendre maintenant. L'enfer est là, tout simplement , sous mes yeux...

Je ne l'imaginais pas ainsi, mais aujourd'hui cela m'en crève les yeux. Une évidence m'apparaît. L'enfer existe. Il est ici. Je le vois, sur cette pente où cette petite et triste silhouette de pantin articulé soulève un peu de poussière en traînant les pieds. Je vois toute la peine qu'elle emporte avec elle. Elle semble traîner jusqu'à son ombre molle qui s'allonge et se déforme sur chaque irrégularité d'un sol bien tourmenté. Elle avance si lentement que je me demande si elle n'atteindra jamais les ruines qui se dressent si fièrement tout là-haut au sommet. Il fait si chaud. Le soleil brûlant écrase tout. Le feu est partout, sur chaque centimètre carré de rocher dallant le sol. Même les petits lézards qui, avec les corbeaux, sont devenus les seuls maîtres du domaine, lèvent alternativement leurs pattes de ces pierres surchauffées. Rien ne peut résister ici. Il ne reste que les ruines de ce misérable château. Cette imposante citadelle du vertige, vestige majestueux du passé, se meurt éternellement. Pas un souffle ne subsiste. Elle étouffe au dessus du vide...

Je ne me suis jamais senti aussi proche d'eux. Je me sens comme un de leurs descendants, un de leurs enfants. Je crois que je les comprends, eux, que l'on est venu persécuter jusqu'ici. En cet endroit si grandiose, j'imagine les flammes rougeoyantes montées si hautes dans le ciel. Elles crépitent, au milieu des cris d'horreurs, des odeurs de chairs brûlées. Je les comprends si bien. Les Parfaits avaient raison. L'enfer existe. Il est ici, sur cette Terre. Il fait si chaud. Je brûle de toutes parts. Mon coeur brûle. L'enfer est en moi. J'étouffe...



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J'ai l'impression de me lire. Mais, il y a quelques temps, quand la tourmente existentielle prenait le pas et sortait en mots, ou maux.

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