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Envolée merdique

Jedino

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Le soir, ouverture à l'obscurité du monde et des coeurs, m'offre quelques raisons que j'ignore. Le feu du désespoir brûle les dernières joies. Tout est cendre. Tout se vide. Il n'y a d'existence que pour les âmes égarées, celles-là même cherchant vainement la lumière d'un espoir.

Ce serait tellement mieux de raconter des choses positives, des choses qui me tiennent à coeur et dont j'apprécierais partager l'histoire. Mais comment faire si je ne peux qu'avoir honte de moi-même? Comment parvenir à écrire cela? Si je m'y suis essayé, une ou deux fois, ce n'est pas sans un effort énorme, sans prendre trop de temps qu'il n'en faudrait. Et puis, cette horrible impression d'écrire du vide, du raté, du mauvais, d'en recevoir un écho tellement faux. Comment changer ma plainte inutile en un texte beau?

Ce discours est futile, puéril, et j'en passe. Au fond, il nous est difficile de décider de comment nous allons écrire, et de quoi nous allons raconter. Ou peut-être que si. Je n'en sais rien. Et cela importe peu. Du coup, il y a ce sentiment de répétition, de dire ce qu'on a déjà dit mille fois. Les mots changent. Les idées, plus rarement.

Parlons sérieusement : je ne suis pas vous, vous n'êtes pas moi. Vous n'êtes pas non plus lui ou elle. Pourtant, cet homme, cette femme, cet enfant, toutes ces personnes que vous croisez, apercevez, connaissez, ignorez, imaginez, sont à la fois une part de vous-mêmes, et une part de ce que vous auriez pu être, ou ne jamais être. Il y a une part de vérité en ce que sont les autres. Nous avons beau réfléchir, philosopher, creuser livres et maximes, rien ne remplace le secret que porte chacun de nous. Mais trop nombreux sont ceux qui croient qu'explorer l'autre, c'est le blesser : il y a tant à faire sans déchirer l'âme de celui qui donne. Le principe consiste non pas à simplement prendre ou donner, mais surtout à échanger. Nous avons plus à apprendre d'un inconnu qu'on ne le pense. Aussi repoussant soit-il.

"Je" veut ce qu'il n'est pas. Il veut rendre lui ce qui ne lui appartient pas. S'il pouvait aspirer un corps, il le ferait. Il s'échappe, s'enfuit, se retrouve. Et si nous n'étions jamais un esprit? Si celui-ci, ce "Je" que nous semblons être, n'était jamais le même le lendemain? Se pourrait-il que nous ne soyons jamais ce que nous paraissons être : un et équilibré? Pourrions-nous être, malgré nos souvenirs, nos ressentis toujours similaires, un autre, c'est-à-dire, tout le monde? Une sorte de puzzle construit à partir de chaque pièce rencontrée. Un ami, un amour, un étranger.

Je ne suis donc pas moi. Je ne suis pas non plus un français. Je suis ce que j'ai vécu, ce que j'ai connu, ce que j'ai ressenti, perçu ou déchu. Je suis l'amour de l'un, la haine de l'autre. L'espoir, l'indifférence, le sourire, les cheveux blonds, la chaleur, le tissu. Un amas infini de petites choses formant un tout que je sens comme un. Cependant, je ne suis pas rien, car je ne suis pas vide. Personne ne l'est. Le plus insensible des hommes n'a d'insensible que le nom. Jamais il ne peut être sans un ressenti, sans une once de ces perceptions qui font notre essence. Et pourtant, je ne suis pas "moi". Je ne suis pas cet esprit, cette entité étrange et complexe que je ne sais décrire que par la raison, puisque la raison n'est, elle, que la connaissance et la jonction de tout ce que je suis. Voilà pourquoi un homme n'est homme que parmi les hommes. Comment pourrait-il le devenir s'il ne recevait pas ce qui fait de lui ce qu'il sera?

Cessons-là ces bêtises. Je ne suis pas. Je ne serai pas. Les mots ne sont bons qu'à nous tromper. Jouez avec, et vous comprendrez. Vous comprendrez pourquoi la fausseté se trouve partout, tout le temps, inlassablement. Elle nous envahit, nous pourrit. Nous votons pour ça, nous réfléchissons sur ça. Les autres font ce que nous sommes. Mais nous ne sommes pas les autres. Pas exactement. Donc, nous pouvons refuser cela. Nous pouvons retourner l'apprentissage, l'utiliser contre lui-même. Et ceci, c'est notre liberté.

Il n'y a d'homme libre qu'au sein de la rébellion. Mais une société de rébellion est-elle libre pour autant? Tenez-vous en à ce que vous voyez, car je ne saurais vous aider. Moi, je suis aveugle, aveugle d'avoir trop mal regardé.


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