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Zwijgen 6

casper2

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Elle m'a choisi. Parmi tous ces milliers de personnes présentes ici, c'est moi qu'elle a choisi. C'était plutôt flatteur et valorisant pour moi, pourtant je ne suis pas certain de savoir pour quelle raison elle a pu le faire. Je lui ai un jour posé la question mais elle n'a pas été très claire là-dessus. Comme à chacune de mes questions, ses réponses sont toujours et invariablement, très floues. Elle ne me livre que ce qu'elle a envie de me livrer et rien d'autre. Elle m'a suggéré que de mes propos il se dégageait une impression de sérénité, de calme, de patience, un peu comme de la sagesse. Elle ne me l'a pas dit comme ça mais c'est cela que j'ai cru comprendre. Elle apprécie que je sois là et que je l'écoute. Elle me parle...

Elle m'a choisi. Cela fait quelques temps maintenant. Elle me parle. Au début, c'était difficile, je le sentais. Elle n'avait pas encore suffisamment confiance en moi. Elle me disait des choses très surprenantes, même étranges parfois. Elle était à l'affût face à mes réactions. Elle me testait. Elle cherchait à définir où se trouvaient mes limites. Une fois rassurée sur ma placidité, elle a commencé à se lâcher de plus en plus. Un véritable tourbillon...

Elle m'a choisi. Elle me parle. Et depuis c'est comme si un énorme déluge s'abattait sur moi. Je me retrouve comme au milieu d'une tornade. Elle me foudroie comme des éclairs par ses horribles souffrances. Je me cramponne comme un forcené pour résister à ces bourrasques de vents que sont ses terribles révélations qui me bouleversent. Je me débats sous ces trombes d'eaux qui noient tout et notamment toutes mes valeurs et certitudes. Je subis et je reste sans réaction devant un tel ouragan, une terrible bourrasque. Il y a tant de souffrances en elle que cela en était inimaginable. Elles m'éclaboussent à la figure et sur mes joues des larmes coulent. Je suis comme une éponge qui les absorbent toutes. J'enfle au fur et à mesure sous tous les coups qu'elle me donne. Je ne dis plus rien. Je l'écoute...

Elle m'a choisi. Elle me parle. A chaque fois un peu plus, elle dévoile la tristesse de son âme. Elle est si noire, comme la feuille de papier qu'elle serait en train d'écrire. Je suis devenu la plume qui lui permet de coucher les mots qui voulaient sortir de son esprit torturé. Moi, je l'écoute. J'encaisse. Je l'écoute mais je ne sais pas si je l'entends vraiment. Je crois que je ne comprends pas tout. C'est si dur par moment. Alors je ne dis rien. Je l'écoute. C'est la seule chose que je peux faire. Je me sens incapable de l'aider...

Elle m'a choisi. Elle me parle. Et moi, je ne dis plus rien. Je l'écoute ou du moins j'essaye. Je n'ai pas sa force. Je me sens si petit. Je suis si minable, totalement incapable de l'aider. Se sentir impuissant comme quand on découvre un jeune enfant inconnu qui se cache dans un coin pour pleurer. Vous ne savez rien ni de lui ni de ce qui le fait ainsi pleurer. Que faire si ce n'est s'asseoir auprès de lui afin de lui parler un peu. Mais malgré quelques douces et banales paroles pour le réconforter, il ne réagit pas et continu à sangloter. Sans même oser lui mettre le bras sur les épaules pour le serrer, de peur que ce geste puisse être mal interprété. Alors, vous rester là, sans rien dire, sans rien faire avec ce sentiment horrible d'impuissance qui vous accable. Inconsolable, ses pleurs en deviennent insoutenables que partir et le laisser tranquille avec son chagrin , semble devenir une évidence. Incapable, minable...

Elle m'avait choisi. Elle me parlait. Désormais elle ne le fait plus. C'est fini, subitement, sans raisons apparentes. Je devrais me sentir soulagé enfin. Je devrais me sentir libéré de ce poids trop lourd à porter. C'était si dur à entendre. Mais je suis une éponge. Et il n'y a plus personne pour me presser et rejeter tout ce mal que j'ai absorbé. Comme après avoir regardé un film d'horreur, je reste avec toutes ces images insupportables qui me hantent. Je n'en dors plus. Je me demande pourquoi. Je ne comprends pas. J'ai peur. J'ai peur pour elle. J'ai peur pour moi. Elle était si forte. Je suis si faible, si minable. Et je pleure, seul dans mon coin...


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