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Un Corbeau blanc  (des réflexions et des fragments d’existence)

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as.a.bird

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as.a.bird Membre 6 messages
Forumeur Débutant‚ 35ans‚
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On a tendance à interpréter de manière erronée nos gestes instinctifs. Il y a tellement de gens qui cherchent a remplir le vide par le vide et en deviennent si aveugles du cœur et malheureux. 

On vit dans un moment présent où la valeur de l’emballage est plus importante que ce qu’il s’y trouve.

Je n'aime pas les gens pour leur intelligence, intellect ou connaissances. Je les aime pour leur profond soi, leur enfant intérieur et leur but éternel, inconscient. 

Ma recherche personnelle a toujours été tournée vers la liberté et la justice. Quelque soit la fragile frontière entre les deux. De ce que la liberté a de juste ou de ce que la justice respecte et accepte à la liberté. Deux droits basiques de l’être vivant, tant subjectifs qu’universels, dont j’ai réalisé la fragilité très tôt et j’en étais révoltée. Je les ai cherché, voulu de tout mon cœur et mon corps, sans essayer de les comprendre. Depuis (avant) que je ne sois née, dans ma petite enfance ou de ce que mon corps et moi nous en souvenons. 

Le pouvoir d’adaptation humaine que l’on a en nous me surprend énormément. L’être vivant est magique d’image et d’imagination. Communiquer est un miracle pour moi, une fascination. Au delà des mots, de la gestuelle et des vibrations, l’univers bas en entier le même cœur. Comme un arbre seul au milieu de nul part. Visiblement seul, mais ses racines...

Je l’ai aperçu un jour en prenant la route et il a marqué mon esprit. On est seuls et un à la fois.

J’aime le fait de ressentir que je fais partie d’une entité grandiose. Que du moustique, de la fourmi, à l’éléphant, au monde marin, aux étoiles, il y a une organisation parfaite pour que la vie soit pour ce tout. 

Ma liberté d’enfant, c’était le rêve et l’expression par l’art. Je rêvais tout le temps sans interruption. Sur le plafond blanc d’une pièce ou par les fenêtres des classes fermées de l’école, en contemplant le bleu du ciel. J’entendais tout mais je ne répondais pratiquement jamais. Je construisais un monde parfait en permanence. Où tout était justice et équilibre, où tout l’univers et les êtres vivants étaient libres et en parfaite harmonie. Et je dessinais ce que je voyais. Je volais... 

Mon enfance muette et solitaire. Ma pré-adolescence brisée. Un jour, puis des jours, des semaines, des mois, une année entière. Mon monde s’effondrait progressivement. Polluée, blessée, triste à mourir dans l’incompréhension totale. 

Déni.

Ma post-adolescence explosive, ma vie de jeune adulte révoltée et mon envole vers une liberté extérieure à moi ou à ce que j’imagine de moi, de mon lieu de naissance et de ma jeune vie. 

Petite, le monde communément perceptible ne m’intéressait pas. Je ne comprenais pas le langage de ce monde là. Je ne savais pas échanger avec lui. Il ne comprenait pas mon expression et je ne comprenais pas la sienne. 

Et on le traduisit par une extrême timidité. Anxieuse sociale m’ont dit, plus tard, les termes du monde « évolué ». Une forme d’autisme disaient les gens des diagnostics. 

Quand je rêvais, personne ne pouvait accéder à mon être. C’était une liberté suprême et une jouissance délicieuse.

Puis en grandissant, j’ai commencé à mimer les gens qui m’entouraient. En particulier, ceux dont j’observais une fascinante aisance pour la communication. Car je me suis rendu compte que le monde fonctionnait par interactions spécifiques.

À force de les mimer plus ou moins subtilement, je suis parvenue à enfin communiquer. J’ai certes, perdu une grande partie de mon intériorité, mais on ne me regardais plus avec des yeux ronds, dans le meilleur des cas. Et dans le pire, on ne me tourmentait plus parce que j’étais trop différente.

Présente je suis devenue. Je m’absente quand je le souhaite, et cette fois ci, bien volontairement. Dans moi, tout se passe à la vitesse de l’éclair. Dispersée, tête en l’air, dans la lune. Le ressenti au fond de moi est simple, direct, profond, brute, subtil, intense et explosif. À la surface de moi, je me suis menti. 

Je ne veux pas que le regard d’autrui m'enracine dans un schéma. Je ne peux pas y croire. Je suis un être en mouvement permanent. Je veux être libre de toute considération à l'égard de mon être.

On peut être devin, voyant ou visionnaire. Ça nous en dit rien sur le fin fond d’un être en construction. Et on est tous des chantiers éternels. 

La politique et les règles religieuses, inventées par l’homme, tuent tout ce que l'art veut protéger. Tout ce que Dieu veut protéger : La liberté des êtres vivants.

L’intelligence n’est pas inée, elle est héritée et donc prend du volume à travers l’évolution. L’intelligence n’est pas individuelle non plus, mais collective et incompatible à la comparaison. On confond souvent intelligence, expérience et connaissance.

Ma liberté d’adolescente, c’était de fuir à tout prix, par tout les moyens et le plus loin possible de mon cercle connu. 

Reconnue. 

Accompagnée d’une profonde culpabilité et souffrance d’y laisser ma mère que j’aime et que je protégeait par mon rôle, inconscient, de bouclier face à la pression conjugale, familiale et sociale qu’elle subissait. À chaque fois que je pensais à elle, loin d’elle, mon intérieur vivait une sensation de grande chute. Et je faisais cette chute des dizaines de fois par jour. Mais il fallait que je me sauve. 

Je ne me sentais alaise que dans la solitude ou la séduction, avec tout, tout le temps. Et dès que ces portes étaient fermées je me sentais complètement perdue.

La porte physique est magique. Chaque individu la traverse avec ses ambitions, ses craintes et ses attentes quand il va vers une rencontre. On peut lire comme un livre ouvert sur les intentions des gens qui la traversent. Surtout dans leur manière corporelle de la franchir quand il vont de l'extérieur vers l'intérieur. Dans le sens contraire, en quittant la rencontre, c'est sur leur visage qu'il y a toutes leurs pensées.

Plus je grandissais, plus le fonctionnement de groupes a commencé à me sculpter. Par la force des choses, des éléments extérieurs incontrôlables, diront-ils, indispensables. Mais j’ai toujours résisté à ces coups de ciseaux. Ce qui était forcément douloureux. 

On apprend par rapport à la résistance de la matière, disait un ancien professeur de l’école Boulle en parlant du bois et de son exigence envers son manipulateur. 

L’organisation humaine ne cesse jamais sa sculpture, et je ne cesse toujours pas de résister. Je ne veux pas que l’on touche à ma liberté intérieure si précieuse, à ma nature. C’est extrêmement épuisant d’être constamment dans la résistance, mais je continue avec l’idée de garder la défense.

Survie. 

Mon intuition m’a dit de le faire et je l’ai écouté. Je ne suis pas de ceux qui ne veulent pas nager à contre courant. 

Des fois il m’arrivait d’arrêter de rêver pour regarder la machinerie du monde. Et le monde, affairé à se remplir, me paraissait chaotique et insignifiant.

Bien sûr que des fois j’ai envie d’abandonner la nage. Cet effort, vu de l’extérieur, inutile. Ma tristesse de porter un masque du genre commun, et la douleur face à cette décision, que je pensais vital, à un moment, parce que des gens de « confiance » me l’ont conseillé. Et j’ai adopté leur conviction car, à ce moment là, j’étais dans le trou noir de mon existence.

Une longue traversée de mon désert intérieur où ma mémoire s’efforçait à oublier, a détruire pour mieux reconstruire. Et sur son chemin m’a fait oublier ce qu’étaient mes désirs et mes plaisirs. Évidemment que c’est une traversée inévitablement déchirante. Se confronter à ses obscures profondeurs est un voyage sans confort et sans repos.

Puis j’ai commencé à voir la beauté dans l’imperfection et à m’émerveiller devant des maladresses parfaites.

Je me sens comme une feuille de Tremble, cet arbre a l’allure légère, frêle, fébrile qui ne paie pas de mine de résistance mais qui dure dans le temps, aussi fragile qu’à la première impression. 

Combien de fois j’ai utilisé le terme de « la corde dans ma tête » pour dire qu’elle était sur le point de se briser à force d’usure. Ma nature m’a démontré qu’il y avait bien plus qu’une corde en moi. Que j’ai, souvent, été au bord de l’épuisement mais qu’il y a encore une source en moi dont les ressources dépassent toutes lois quantifiables.

Pour protéger l'extrême fragilité, il fallait avoir l'extrême force. 

J’ai toujours vécu une double vie dont les extrêmes sont totalement opposés. J’ai vécu la pauvreté et le luxe en même temps. La force et la fragilité. La joie et la souffrance. La confiance et la méfiance. Le beau et le laid. La bienveillance et la perversion à mon égard. Superposés en permanence. 

Je ne sais pas comment est le monde secret des autres… on est, peut être, tous des funambules. N’y a t’il pas de repos dans la vie? Il y a un moment où il eut une cassure dans mes rêves. Où je les ai oublié. Trop triste, trop seule, trop loin de moi...

Tu as le droit d’exister disait-elle. Cette amie que je ne voit plus. En réalité, elle parlait à elle même. Comme nous le faisons tous à un moment ou un autre. 

J’ai longtemps écouté le silence pour mieux connaître mon corps, mon monde intérieur et surtout pour mieux entendre le monde. Ça m’a appris à écouter les autres personnes et la nature par le même cheminement. Il y a tellement de similitudes. Des fois je disparais dans l’univers ou l’univers en moi, je ne sais pas vraiment. J’aime ces moments d’apesanteur fédérateur, troublant et rassurant.

L’intangibilité, l’instabilité et l’instantanéité des manifestations de la vie me bouleversent. J’ai appris à apprivoiser mon manque totale de contrôle. J’apprends toujours à essayer d’y prendre plaisir. La plus part du temps ça me déchire, mais je n’ai pas encore acquis les outils pour faire autrement. 

J’ai tout le temps l’impression de venir de nul part, d’un perpétuel commencement. Toujours partir et recommencer, pour vivre les choses une première fois, m'étonner à nouveau pour préserver la curiosité, l’émerveillement et la rêverie de l'innocence.  

J'ai choisi d'être ailleurs, toujours ailleurs, partout ailleurs. Écorchée comme un oiseau sauvage qui a vécu la captivité.

Les oiseaux fougueux, même dans une cage, trouvent le moyen de s'évader ou meurent.

Je réexpérimente la solitude. Où l’être est quasi totalement déraciné. C’est une drôle de sensation. Vertige dissimulé dans l’angoisse. Toujours cette peur que l’on voit à travers moi comme une feuille transparente. Peur. Fuir par les moyens que le monde nous propose en échange des coups de ciseaux à humains. J’y plonge pour re rêver, j’y ai plongé et j’y replonge. J’y rencontre des gens aussi révoltés que moi, mais souvent sans réel ambition de bousculer ce monde.

Marcher. Le plus longtemps possible et pas en rond. Voilà la pensée qui me réanime. Marcher à en jouir. Joie. Revenir. Tristesse. Revenir comme un poisson conscient de vivre dans un bocal mais qui a toujours pensé que ce n’était pas une fatalité. Qu’un jour, il nagerait définitivement dans l’immensité des océans, sa nature. Puis il retourne dans son bocal à l’illusoire transparence, en soufrant, comme si la sécurité de son âme dépendait de la petitesse de ce bocal. 

Le bonheur que je ressens quand je vis réellement ma nature, aussi rare que ce soit, est si indéfinissablement bon que l’incompréhension de me fuir me fais éjecter hors de mon corps de colère. 

Le ressenti de vivre sa nature n’a pas de mots pour le définir. Intangible, incompréhensible, sauvage, insaisissable. Il se vis, ne se dit jamais.

Et puis je reviens au présent. Je contemple le ciel et je le trouve drôlement beau.

Une question revient souvent, désaccordée, comme un coucou d’une pendule non réglée. Pourquoi cette vie?

Arrêtes de te poser trop de questions existentielles! Disent les terre à terre, les fonceurs tête dans le guidon, ceux qui pensent que l’on doit avancer, avancer même aveugles. Des fois leur mots sonnent juste. Mais la plupart du temps, ces mots me paressent si vides et dénués de sens, d’essence même de la vie qui bas au fond de nous. 

Je veux vivre pleinement la tristesse mélancolique de m’échapper à moi même. Je veux voir mon visage et dans mes yeux à quoi ressemblent ces vagues de l’infini. M’éloigner d’une couche d’existence illusoire et être dans cette réelle vie des millions de fois plus intense, plus vrai, qui est là tout le temps et que je ne prend jamais le temps d’écouter. Elle vient par moment m’envelopper pendant les grandes souffrances. Elle trouve l’espace de s’imposer à moi qui l’a oublié. Elle vient quand toutes mes armes sont à terre. 

Je voudrais tant l’écouter, tout le temps. Elle est si réconfortante. Mais tout le temps mes pensées m’emportent et m’empêche de l’embrasser, la remercier vivement et voir dans ses bras à quel point l’être humain est une infime poussière dans l’univers.

Ce que l’on voit à la lumière du jour, réel tangible et mesurable, limité. Et ce que l’on perçoit dans l’obscurité de la nuit, instinct ressenti et clairvoyant, infini. Le réel est t’il vraiment de voir dans le clair du jour ou est-il de voir en nous les perceptions de nos instincts abstraits? Je comprends mieux ce que j’aime à l’art de Soulages. 

La nuit pour moi est bien plus limpide que le jour et ce qu’il nous impose dans sa clarté physique. Elle nous laisse à voir en nous ce que le jour nous empêche à voir, en portant l’éclairage à l’extérieur de nous. 

Le jour, une image est reflétée de l’extérieur, passe par nos yeux, pour s’imprimer au fond de notre cerveau. Mais la nuit, dans la solitude et l’obscurité, fait refléter en notre esprit la lumière de nos âmes.

Que trouve t-on de joli à ce monde? 

Pour moi, c’est le silence dans le mouvement. 

Il y a des moments où je ne vois plus le beau. Où tout me paraît insignifiant. C’est des moments de tristesse terriblement dévastatrice. Je cherche souvent, à ces moments là, d’où viens mon manque de vue et l’abandon de mon enthousiasme naturel enfuit au fond de mon être. Comme une flamme oppressée depuis si longtemps, dont le chemin pour y accéder est devenu presque impénétrable.

Ne m’en veut pas de ne pas trouver en moi le sens d’être aimée. J’ai été trop abîmée. Je suis entrain d’éduquer mon cœur à la réception de l’amour. Il y a en moi un puit profond d’insécurité. Il faut du temps et de la patience pour le remplir. 

Silence.

La dernière fois que j’ai eu ma mère au téléphone, je me suis rendu compte qu’après tant d’années de distance, elle me parlait comme si elle s’adressait à une personne qui m’est étrangère. Je ne le suis plus, cette personne avec qui elle parle, ou je ne l’ai jamais été. Je suis partie si tôt…

Et je vois là à quel point nous nous somme vidées l’une de l’autre progressivement. 

Le temps. 

Éloignement. 

Gouffre. 

Mais au fond, j’étais au fond de son ventre. Elle me connais. Elle a juste oublié ou je l’ai juste trop blessée, éloignée de moi.

A chaud le froid m'a envahi, glacée au milieu du feu de mon ventre. Un sentiment profond de déracinement insécurisant. 

J’ai longtemps cru que c’était un état irrémédiable. 

Temps. 

Puis le temps, cet ennemi ou ami, je ne sais où il croise la frontière, m’a montré qu’il est mouvement dans l'espace. 

La perception du temps, c'est le sentiment dans le mouvement. 

Dans la foulée de cette pensée qui me traverse dans le métro, je vois ce mouvement de train par la vitre à travers les néons de lumière superposant le reflet des visages des gens assis de l’autre côté. Et je perçois une vague image de leurs âmes.

L'art abstrait passe par la perception des sens. 

N’aies pas peur de briller m’a crié, un jour lointain, une femme étrangement étrangère. Elle était debout sur le quai du métro. J’en sortais et elle y entrait. Elle était couverte de paillettes de la tête au pied. Venant d’elle, j’ai trouvé ça un peu exagéré. 

Je suis actuellement entrain d’éduquer mon être à briller, à ne pas avoir peur d’exister comme il est, au moment où il est.

Boire de cette source fraîche. La source de l’instinct. Très présente chez moi l’enfant, puis tourmentée chez l’adolescente. Cette source longtemps opprimée par le conditionnement humain et puis, par la suite, par moi même. Moi qui pensais avoir l’esprit libre de tout conditionnement, je pense l’être, un peu, au fond. Ou du moins, je m’efforce à le déjouer aussitôt que le vois commencer à s’installer. 

Je me suis rendu compte à la clarté instantanée de cette source, que j’avais plongé dans le labyrinthe habilement organisé, sans m’en rendre compte. Je re-émerge.

Un jour, mon grand frère que j’aimais profondément. Celui qui me portait sur son dos quand j’avais 5 ans avec nos deux cartables parce que j’étais fatiguée pour marcher jusqu’à l’école. Symbolisant dans mon esprit innocent, et certainement dans le siens aussi, la pureté absolue de l’amour fraternel. Quelques années plus tard, ce frère inconditionnellement aimant est venu me voir dans la nuit pour m’utiliser à ses désirs obscurs. 

J’avais douze ans. 

Pré-adolescence. 

Conscience. 

Grandir. 

Se construire.

Outil. 

Puis il est revenu la nuit suivante, puis il est venu dans mon nid d’intimité presque toutes les nuits pendant une année durant. Jusqu’à ce qu’il s’en aille de chez mes parents pour faire ses études supérieurs. Il avais 18ans. Et j’ai dormi dans son lit dans son absence.

Libération. 

Il a planté en moi des milliers de clous et des blessures que je ne cesse de soigner encore aujourd’hui, vingt-trois années plus tard. 

Temps.

Il a planté en mon innocence les clous de la honte, de la culpabilité, de la solitude, du secret et des non dits.

Filtres. 

Fragilité.

Et j’ai fais semblant de dormir.

Aujourd’hui il y a encore dans ma vision de moi des cicatrices ouvertes. Mais je vois la vie à travers les filtres de l’espoir, la confiance, l’optimisme, la compassion, la compréhension et l’émerveillement. Il n’a pu toucher à ces profondeurs.

Ma nature est sauvage et les blessures, elles, sont prisonnières.

L’amour en moi n’est pas mort. Cet amour porteur, se laisse enfin porter sainement. Tant d’années à croire que je ne le méritais pas. 

Temps. 

L’amour est fluide. Il n’a jamais rien de figé. Ardent et si indispensable à la vie. Où tout est mouvement.

La pensée vierge des mille et un conditionnements. Voilà la lutte intime dans la quelle je me suis mise au gré des basculements et bouleversements intérieurs, de la dépression. 

Le combat est long et ma résistance s’use parfois et me laisse perdue sans elle. 

Voilà que j’ai tout décousue et me voilà sur le terrain psychique neuf que j’ai convoité. Mais maintenant je ne sais quoi en faire. Le processus est en route, sauvage et libre de mes pensées. 

J’aimerai tant comprendre les rouages de l’esprit. Je suis aveugle, comme à chaque objectif de déprogrammation atteint. La suite fait son cours sans moi. Mon désir de contrôle en pâti. 

Comme le mouvement est vie, rouler à vélo est équilibre, j’aimerais ne plus tomber à chaque fois que je laisse tomber une croyance destructrice, ou alors apprendre à mieux tomber.

Aimer, créer et agir. Vivre n’est pas une épreuve et pourtant ça le devient. Comment sortir de cette épuisante maladie de l’esprit? Je lutte. Mais je crois profondément qu’il n’y a pas à lutter. 

Vivre.

Lutter pour l’équilibre, lutter pour le vivant. Une société ultra conditionnée, bombardée d’influences imagées, tellement préoccupée de se faire voir et d’être considérée comme ce que l’on voudrait que ce soit. Oublier qui l’on est pour être ce que l’on voudrait paraître. Ou paraître comme ce que l’on attendrait de nous que ce soit.

Vidés de notre essence originelle. Que somme nous? Somme nous bourreaux de notre propre existence?  Une pathologie contemporaine déconcertante. Pourtant le beau se manifeste toujours. Discret, mais présent à ceux qui veulent bien le voir.

Agir par l’être et dire dans l’agir.

Être, agir, dire.

On agit par notre être et on dit par nos actions.

Un fonctionnement primitivement automatique. Le stress pour se protéger. Hyper vigilance. Transmission ancestrale, pour être prêts face à un éventuel danger. Oui, mais le quel? Nos actions sont elles érigées par la peur? Peur de quoi? 

De ne pas être aimés…

Le rejet ou l’abandon, ne sont t’ils pas nos premières expériences de la souffrance? Ils surgissent en chacun de nous, déjà, à la naissance. On doit vivre l’expérience d’être expulsés de notre premier foyer qu’est l’utérus. C’est d’une violence…

Et j’ai fais semblant d’être mort-née.

Être rejeté signifie ne pas être aimé, être abandonné. La peur la plus primitive qu’un être humain expérimente inévitablement. 

La présence originelle de l’être humain sur terre, n’est elle pas la conséquence du premier rejet?

Alors se dessine la trame de l’existence. 

On doit obéir pour conserver l’amour à notre égard. Puis s’invente la punition pour nuancer la colère face à la bêtise. Pour faire en sorte que la trame à suivre soit respectée justement. 

Justice. 

Pour la sécurité et le maintien de l’amour. La paix.

Et donc la paix intérieure… protégée du sentiment de rejet ou d’abandon. L’amour comme juge… et pourtant, il n’y a pas de jugement dans l’amour. 

Paradoxe.

                                                          As B

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Membre, 55ans Posté(e)
chekhina Membre 317 messages
Forumeur forcené ‚ 55ans‚
Posté(e)
il y a 56 minutes, as.a.bird a dit :

On a tendance à interpréter de manière erronée nos gestes instinctifs. Il y a tellement de gens qui cherchent a remplir le vide par le vide et en deviennent si aveugles du cœur et malheureux. 

On vit dans un moment présent où la valeur de l’emballage est plus importante que ce qu’il s’y trouve.

Je n'aime pas les gens pour leur intelligence, intellect ou connaissances. Je les aime pour leur profond soi, leur enfant intérieur et leur but éternel, inconscient. 

Ma recherche personnelle a toujours été tournée vers la liberté et la justice. Quelque soit la fragile frontière entre les deux. De ce que la liberté a de juste ou de ce que la justice respecte et accepte à la liberté. Deux droits basiques de l’être vivant, tant subjectifs qu’universels, dont j’ai réalisé la fragilité très tôt et j’en étais révoltée. Je les ai cherché, voulu de tout mon cœur et mon corps, sans essayer de les comprendre. Depuis (avant) que je ne sois née, dans ma petite enfance ou de ce que mon corps et moi nous en souvenons. 

Le pouvoir d’adaptation humaine que l’on a en nous me surprend énormément. L’être vivant est magique d’image et d’imagination. Communiquer est un miracle pour moi, une fascination. Au delà des mots, de la gestuelle et des vibrations, l’univers bas en entier le même cœur. Comme un arbre seul au milieu de nul part. Visiblement seul, mais ses racines...

Je l’ai aperçu un jour en prenant la route et il a marqué mon esprit. On est seuls et un à la fois.

J’aime le fait de ressentir que je fais partie d’une entité grandiose. Que du moustique, de la fourmi, à l’éléphant, au monde marin, aux étoiles, il y a une organisation parfaite pour que la vie soit pour ce tout. 

Ma liberté d’enfant, c’était le rêve et l’expression par l’art. Je rêvais tout le temps sans interruption. Sur le plafond blanc d’une pièce ou par les fenêtres des classes fermées de l’école, en contemplant le bleu du ciel. J’entendais tout mais je ne répondais pratiquement jamais. Je construisais un monde parfait en permanence. Où tout était justice et équilibre, où tout l’univers et les êtres vivants étaient libres et en parfaite harmonie. Et je dessinais ce que je voyais. Je volais... 

Mon enfance muette et solitaire. Ma pré-adolescence brisée. Un jour, puis des jours, des semaines, des mois, une année entière. Mon monde s’effondrait progressivement. Polluée, blessée, triste à mourir dans l’incompréhension totale. 

Déni.

Ma post-adolescence explosive, ma vie de jeune adulte révoltée et mon envole vers une liberté extérieure à moi ou à ce que j’imagine de moi, de mon lieu de naissance et de ma jeune vie. 

Petite, le monde communément perceptible ne m’intéressait pas. Je ne comprenais pas le langage de ce monde là. Je ne savais pas échanger avec lui. Il ne comprenait pas mon expression et je ne comprenais pas la sienne. 

Et on le traduisit par une extrême timidité. Anxieuse sociale m’ont dit, plus tard, les termes du monde « évolué ». Une forme d’autisme disaient les gens des diagnostics. 

Quand je rêvais, personne ne pouvait accéder à mon être. C’était une liberté suprême et une jouissance délicieuse.

Puis en grandissant, j’ai commencé à mimer les gens qui m’entouraient. En particulier, ceux dont j’observais une fascinante aisance pour la communication. Car je me suis rendu compte que le monde fonctionnait par interactions spécifiques.

À force de les mimer plus ou moins subtilement, je suis parvenue à enfin communiquer. J’ai certes, perdu une grande partie de mon intériorité, mais on ne me regardais plus avec des yeux ronds, dans le meilleur des cas. Et dans le pire, on ne me tourmentait plus parce que j’étais trop différente.

Présente je suis devenue. Je m’absente quand je le souhaite, et cette fois ci, bien volontairement. Dans moi, tout se passe à la vitesse de l’éclair. Dispersée, tête en l’air, dans la lune. Le ressenti au fond de moi est simple, direct, profond, brute, subtil, intense et explosif. À la surface de moi, je me suis menti. 

Je ne veux pas que le regard d’autrui m'enracine dans un schéma. Je ne peux pas y croire. Je suis un être en mouvement permanent. Je veux être libre de toute considération à l'égard de mon être.

On peut être devin, voyant ou visionnaire. Ça nous en dit rien sur le fin fond d’un être en construction. Et on est tous des chantiers éternels. 

La politique et les règles religieuses, inventées par l’homme, tuent tout ce que l'art veut protéger. Tout ce que Dieu veut protéger : La liberté des êtres vivants.

L’intelligence n’est pas inée, elle est héritée et donc prend du volume à travers l’évolution. L’intelligence n’est pas individuelle non plus, mais collective et incompatible à la comparaison. On confond souvent intelligence, expérience et connaissance.

Ma liberté d’adolescente, c’était de fuir à tout prix, par tout les moyens et le plus loin possible de mon cercle connu. 

Reconnue. 

Accompagnée d’une profonde culpabilité et souffrance d’y laisser ma mère que j’aime et que je protégeait par mon rôle, inconscient, de bouclier face à la pression conjugale, familiale et sociale qu’elle subissait. À chaque fois que je pensais à elle, loin d’elle, mon intérieur vivait une sensation de grande chute. Et je faisais cette chute des dizaines de fois par jour. Mais il fallait que je me sauve. 

Je ne me sentais alaise que dans la solitude ou la séduction, avec tout, tout le temps. Et dès que ces portes étaient fermées je me sentais complètement perdue.

La porte physique est magique. Chaque individu la traverse avec ses ambitions, ses craintes et ses attentes quand il va vers une rencontre. On peut lire comme un livre ouvert sur les intentions des gens qui la traversent. Surtout dans leur manière corporelle de la franchir quand il vont de l'extérieur vers l'intérieur. Dans le sens contraire, en quittant la rencontre, c'est sur leur visage qu'il y a toutes leurs pensées.

Plus je grandissais, plus le fonctionnement de groupes a commencé à me sculpter. Par la force des choses, des éléments extérieurs incontrôlables, diront-ils, indispensables. Mais j’ai toujours résisté à ces coups de ciseaux. Ce qui était forcément douloureux. 

On apprend par rapport à la résistance de la matière, disait un ancien professeur de l’école Boulle en parlant du bois et de son exigence envers son manipulateur. 

L’organisation humaine ne cesse jamais sa sculpture, et je ne cesse toujours pas de résister. Je ne veux pas que l’on touche à ma liberté intérieure si précieuse, à ma nature. C’est extrêmement épuisant d’être constamment dans la résistance, mais je continue avec l’idée de garder la défense.

Survie. 

Mon intuition m’a dit de le faire et je l’ai écouté. Je ne suis pas de ceux qui ne veulent pas nager à contre courant. 

Des fois il m’arrivait d’arrêter de rêver pour regarder la machinerie du monde. Et le monde, affairé à se remplir, me paraissait chaotique et insignifiant.

Bien sûr que des fois j’ai envie d’abandonner la nage. Cet effort, vu de l’extérieur, inutile. Ma tristesse de porter un masque du genre commun, et la douleur face à cette décision, que je pensais vital, à un moment, parce que des gens de « confiance » me l’ont conseillé. Et j’ai adopté leur conviction car, à ce moment là, j’étais dans le trou noir de mon existence.

Une longue traversée de mon désert intérieur où ma mémoire s’efforçait à oublier, a détruire pour mieux reconstruire. Et sur son chemin m’a fait oublier ce qu’étaient mes désirs et mes plaisirs. Évidemment que c’est une traversée inévitablement déchirante. Se confronter à ses obscures profondeurs est un voyage sans confort et sans repos.

Puis j’ai commencé à voir la beauté dans l’imperfection et à m’émerveiller devant des maladresses parfaites.

Je me sens comme une feuille de Tremble, cet arbre a l’allure légère, frêle, fébrile qui ne paie pas de mine de résistance mais qui dure dans le temps, aussi fragile qu’à la première impression. 

Combien de fois j’ai utilisé le terme de « la corde dans ma tête » pour dire qu’elle était sur le point de se briser à force d’usure. Ma nature m’a démontré qu’il y avait bien plus qu’une corde en moi. Que j’ai, souvent, été au bord de l’épuisement mais qu’il y a encore une source en moi dont les ressources dépassent toutes lois quantifiables.

Pour protéger l'extrême fragilité, il fallait avoir l'extrême force. 

J’ai toujours vécu une double vie dont les extrêmes sont totalement opposés. J’ai vécu la pauvreté et le luxe en même temps. La force et la fragilité. La joie et la souffrance. La confiance et la méfiance. Le beau et le laid. La bienveillance et la perversion à mon égard. Superposés en permanence. 

Je ne sais pas comment est le monde secret des autres… on est, peut être, tous des funambules. N’y a t’il pas de repos dans la vie? Il y a un moment où il eut une cassure dans mes rêves. Où je les ai oublié. Trop triste, trop seule, trop loin de moi...

Tu as le droit d’exister disait-elle. Cette amie que je ne voit plus. En réalité, elle parlait à elle même. Comme nous le faisons tous à un moment ou un autre. 

J’ai longtemps écouté le silence pour mieux connaître mon corps, mon monde intérieur et surtout pour mieux entendre le monde. Ça m’a appris à écouter les autres personnes et la nature par le même cheminement. Il y a tellement de similitudes. Des fois je disparais dans l’univers ou l’univers en moi, je ne sais pas vraiment. J’aime ces moments d’apesanteur fédérateur, troublant et rassurant.

L’intangibilité, l’instabilité et l’instantanéité des manifestations de la vie me bouleversent. J’ai appris à apprivoiser mon manque totale de contrôle. J’apprends toujours à essayer d’y prendre plaisir. La plus part du temps ça me déchire, mais je n’ai pas encore acquis les outils pour faire autrement. 

J’ai tout le temps l’impression de venir de nul part, d’un perpétuel commencement. Toujours partir et recommencer, pour vivre les choses une première fois, m'étonner à nouveau pour préserver la curiosité, l’émerveillement et la rêverie de l'innocence.  

J'ai choisi d'être ailleurs, toujours ailleurs, partout ailleurs. Écorchée comme un oiseau sauvage qui a vécu la captivité.

Les oiseaux fougueux, même dans une cage, trouvent le moyen de s'évader ou meurent.

Je réexpérimente la solitude. Où l’être est quasi totalement déraciné. C’est une drôle de sensation. Vertige dissimulé dans l’angoisse. Toujours cette peur que l’on voit à travers moi comme une feuille transparente. Peur. Fuir par les moyens que le monde nous propose en échange des coups de ciseaux à humains. J’y plonge pour re rêver, j’y ai plongé et j’y replonge. J’y rencontre des gens aussi révoltés que moi, mais souvent sans réel ambition de bousculer ce monde.

Marcher. Le plus longtemps possible et pas en rond. Voilà la pensée qui me réanime. Marcher à en jouir. Joie. Revenir. Tristesse. Revenir comme un poisson conscient de vivre dans un bocal mais qui a toujours pensé que ce n’était pas une fatalité. Qu’un jour, il nagerait définitivement dans l’immensité des océans, sa nature. Puis il retourne dans son bocal à l’illusoire transparence, en soufrant, comme si la sécurité de son âme dépendait de la petitesse de ce bocal. 

Le bonheur que je ressens quand je vis réellement ma nature, aussi rare que ce soit, est si indéfinissablement bon que l’incompréhension de me fuir me fais éjecter hors de mon corps de colère. 

Le ressenti de vivre sa nature n’a pas de mots pour le définir. Intangible, incompréhensible, sauvage, insaisissable. Il se vis, ne se dit jamais.

Et puis je reviens au présent. Je contemple le ciel et je le trouve drôlement beau.

Une question revient souvent, désaccordée, comme un coucou d’une pendule non réglée. Pourquoi cette vie?

Arrêtes de te poser trop de questions existentielles! Disent les terre à terre, les fonceurs tête dans le guidon, ceux qui pensent que l’on doit avancer, avancer même aveugles. Des fois leur mots sonnent juste. Mais la plupart du temps, ces mots me paressent si vides et dénués de sens, d’essence même de la vie qui bas au fond de nous. 

Je veux vivre pleinement la tristesse mélancolique de m’échapper à moi même. Je veux voir mon visage et dans mes yeux à quoi ressemblent ces vagues de l’infini. M’éloigner d’une couche d’existence illusoire et être dans cette réelle vie des millions de fois plus intense, plus vrai, qui est là tout le temps et que je ne prend jamais le temps d’écouter. Elle vient par moment m’envelopper pendant les grandes souffrances. Elle trouve l’espace de s’imposer à moi qui l’a oublié. Elle vient quand toutes mes armes sont à terre. 

Je voudrais tant l’écouter, tout le temps. Elle est si réconfortante. Mais tout le temps mes pensées m’emportent et m’empêche de l’embrasser, la remercier vivement et voir dans ses bras à quel point l’être humain est une infime poussière dans l’univers.

Ce que l’on voit à la lumière du jour, réel tangible et mesurable, limité. Et ce que l’on perçoit dans l’obscurité de la nuit, instinct ressenti et clairvoyant, infini. Le réel est t’il vraiment de voir dans le clair du jour ou est-il de voir en nous les perceptions de nos instincts abstraits? Je comprends mieux ce que j’aime à l’art de Soulages. 

La nuit pour moi est bien plus limpide que le jour et ce qu’il nous impose dans sa clarté physique. Elle nous laisse à voir en nous ce que le jour nous empêche à voir, en portant l’éclairage à l’extérieur de nous. 

Le jour, une image est reflétée de l’extérieur, passe par nos yeux, pour s’imprimer au fond de notre cerveau. Mais la nuit, dans la solitude et l’obscurité, fait refléter en notre esprit la lumière de nos âmes.

Que trouve t-on de joli à ce monde? 

Pour moi, c’est le silence dans le mouvement. 

Il y a des moments où je ne vois plus le beau. Où tout me paraît insignifiant. C’est des moments de tristesse terriblement dévastatrice. Je cherche souvent, à ces moments là, d’où viens mon manque de vue et l’abandon de mon enthousiasme naturel enfuit au fond de mon être. Comme une flamme oppressée depuis si longtemps, dont le chemin pour y accéder est devenu presque impénétrable.

Ne m’en veut pas de ne pas trouver en moi le sens d’être aimée. J’ai été trop abîmée. Je suis entrain d’éduquer mon cœur à la réception de l’amour. Il y a en moi un puit profond d’insécurité. Il faut du temps et de la patience pour le remplir. 

Silence.

La dernière fois que j’ai eu ma mère au téléphone, je me suis rendu compte qu’après tant d’années de distance, elle me parlait comme si elle s’adressait à une personne qui m’est étrangère. Je ne le suis plus, cette personne avec qui elle parle, ou je ne l’ai jamais été. Je suis partie si tôt…

Et je vois là à quel point nous nous somme vidées l’une de l’autre progressivement. 

Le temps. 

Éloignement. 

Gouffre. 

Mais au fond, j’étais au fond de son ventre. Elle me connais. Elle a juste oublié ou je l’ai juste trop blessée, éloignée de moi.

A chaud le froid m'a envahi, glacée au milieu du feu de mon ventre. Un sentiment profond de déracinement insécurisant. 

J’ai longtemps cru que c’était un état irrémédiable. 

Temps. 

Puis le temps, cet ennemi ou ami, je ne sais où il croise la frontière, m’a montré qu’il est mouvement dans l'espace. 

La perception du temps, c'est le sentiment dans le mouvement. 

Dans la foulée de cette pensée qui me traverse dans le métro, je vois ce mouvement de train par la vitre à travers les néons de lumière superposant le reflet des visages des gens assis de l’autre côté. Et je perçois une vague image de leurs âmes.

L'art abstrait passe par la perception des sens. 

N’aies pas peur de briller m’a crié, un jour lointain, une femme étrangement étrangère. Elle était debout sur le quai du métro. J’en sortais et elle y entrait. Elle était couverte de paillettes de la tête au pied. Venant d’elle, j’ai trouvé ça un peu exagéré. 

Je suis actuellement entrain d’éduquer mon être à briller, à ne pas avoir peur d’exister comme il est, au moment où il est.

Boire de cette source fraîche. La source de l’instinct. Très présente chez moi l’enfant, puis tourmentée chez l’adolescente. Cette source longtemps opprimée par le conditionnement humain et puis, par la suite, par moi même. Moi qui pensais avoir l’esprit libre de tout conditionnement, je pense l’être, un peu, au fond. Ou du moins, je m’efforce à le déjouer aussitôt que le vois commencer à s’installer. 

Je me suis rendu compte à la clarté instantanée de cette source, que j’avais plongé dans le labyrinthe habilement organisé, sans m’en rendre compte. Je re-émerge.

Un jour, mon grand frère que j’aimais profondément. Celui qui me portait sur son dos quand j’avais 5 ans avec nos deux cartables parce que j’étais fatiguée pour marcher jusqu’à l’école. Symbolisant dans mon esprit innocent, et certainement dans le siens aussi, la pureté absolue de l’amour fraternel. Quelques années plus tard, ce frère inconditionnellement aimant est venu me voir dans la nuit pour m’utiliser à ses désirs obscurs. 

J’avais douze ans. 

Pré-adolescence. 

Conscience. 

Grandir. 

Se construire.

Outil. 

Puis il est revenu la nuit suivante, puis il est venu dans mon nid d’intimité presque toutes les nuits pendant une année durant. Jusqu’à ce qu’il s’en aille de chez mes parents pour faire ses études supérieurs. Il avais 18ans. Et j’ai dormi dans son lit dans son absence.

Libération. 

Il a planté en moi des milliers de clous et des blessures que je ne cesse de soigner encore aujourd’hui, vingt-trois années plus tard. 

Temps.

Il a planté en mon innocence les clous de la honte, de la culpabilité, de la solitude, du secret et des non dits.

Filtres. 

Fragilité.

Et j’ai fais semblant de dormir.

Aujourd’hui il y a encore dans ma vision de moi des cicatrices ouvertes. Mais je vois la vie à travers les filtres de l’espoir, la confiance, l’optimisme, la compassion, la compréhension et l’émerveillement. Il n’a pu toucher à ces profondeurs.

Ma nature est sauvage et les blessures, elles, sont prisonnières.

L’amour en moi n’est pas mort. Cet amour porteur, se laisse enfin porter sainement. Tant d’années à croire que je ne le méritais pas. 

Temps. 

L’amour est fluide. Il n’a jamais rien de figé. Ardent et si indispensable à la vie. Où tout est mouvement.

La pensée vierge des mille et un conditionnements. Voilà la lutte intime dans la quelle je me suis mise au gré des basculements et bouleversements intérieurs, de la dépression. 

Le combat est long et ma résistance s’use parfois et me laisse perdue sans elle. 

Voilà que j’ai tout décousue et me voilà sur le terrain psychique neuf que j’ai convoité. Mais maintenant je ne sais quoi en faire. Le processus est en route, sauvage et libre de mes pensées. 

J’aimerai tant comprendre les rouages de l’esprit. Je suis aveugle, comme à chaque objectif de déprogrammation atteint. La suite fait son cours sans moi. Mon désir de contrôle en pâti. 

Comme le mouvement est vie, rouler à vélo est équilibre, j’aimerais ne plus tomber à chaque fois que je laisse tomber une croyance destructrice, ou alors apprendre à mieux tomber.

Aimer, créer et agir. Vivre n’est pas une épreuve et pourtant ça le devient. Comment sortir de cette épuisante maladie de l’esprit? Je lutte. Mais je crois profondément qu’il n’y a pas à lutter. 

Vivre.

Lutter pour l’équilibre, lutter pour le vivant. Une société ultra conditionnée, bombardée d’influences imagées, tellement préoccupée de se faire voir et d’être considérée comme ce que l’on voudrait que ce soit. Oublier qui l’on est pour être ce que l’on voudrait paraître. Ou paraître comme ce que l’on attendrait de nous que ce soit.

Vidés de notre essence originelle. Que somme nous? Somme nous bourreaux de notre propre existence?  Une pathologie contemporaine déconcertante. Pourtant le beau se manifeste toujours. Discret, mais présent à ceux qui veulent bien le voir.

Agir par l’être et dire dans l’agir.

Être, agir, dire.

On agit par notre être et on dit par nos actions.

Un fonctionnement primitivement automatique. Le stress pour se protéger. Hyper vigilance. Transmission ancestrale, pour être prêts face à un éventuel danger. Oui, mais le quel? Nos actions sont elles érigées par la peur? Peur de quoi? 

De ne pas être aimés…

Le rejet ou l’abandon, ne sont t’ils pas nos premières expériences de la souffrance? Ils surgissent en chacun de nous, déjà, à la naissance. On doit vivre l’expérience d’être expulsés de notre premier foyer qu’est l’utérus. C’est d’une violence…

Et j’ai fais semblant d’être mort-née.

Être rejeté signifie ne pas être aimé, être abandonné. La peur la plus primitive qu’un être humain expérimente inévitablement. 

La présence originelle de l’être humain sur terre, n’est elle pas la conséquence du premier rejet?

Alors se dessine la trame de l’existence. 

On doit obéir pour conserver l’amour à notre égard. Puis s’invente la punition pour nuancer la colère face à la bêtise. Pour faire en sorte que la trame à suivre soit respectée justement. 

Justice. 

Pour la sécurité et le maintien de l’amour. La paix.

Et donc la paix intérieure… protégée du sentiment de rejet ou d’abandon. L’amour comme juge… et pourtant, il n’y a pas de jugement dans l’amour. 

Paradoxe.

                                                          As B

Je ne réponds qu'à une partie de votre message. J'ai lu la totalité du message, je ne peux que le laisser m'impressionner, et laisser l'impression aller son chemin.

Je ne réponds que sur la question de l'inceste.

Les conséquences de l'inceste restent indéfinissables. Il est possible aujourd'hui de dire ou d'écrire cet évènement comme vous le faites, comme j'ai pu le faire. Une fois dit, une fois revécu dans le regard de celles et de ceux qui écoutent avec bienveillance, nous restons néanmoins seul.e.s. Même la bienveillance des autres reste aveugle, même quand ces autres ont vécu eux-mêmes l'inceste, car ils restent eux aussi confrontés à l'indicible (ce ressenti dont vous parlez parfois).

La collision intérieure, lorsque nous sommes enfants (vous 12 ans, moi 11 ans) est d'autant plus indescriptible que l'incestueux nous l'avons d'abord aimé avec une âme d'enfant, avant qu'il n'interprète cet amour pour autre chose que ce qu'il était pourtant.

Modifié par chekhina
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Membre, 55ans Posté(e)
Auger Membre 8 430 messages
Maitre des forums‚ 55ans‚
Posté(e)

Très beau texte, très douloureux.

Que dire ? Rien... ou qu'il faut vivre malgré tout, se reconstruire ou pas, aimer ou pas, comprendre ou pas, accepter ou pas, pardonner ou pas : faire juste ce qu'on peut.

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Membre, Posté(e)
JacKK Membre 652 messages
Mentor‚
Posté(e)

Je ne réponds à rien, mais simplement à l'évocation des corbeaux blancs.... mais visiblement on est très loin de ce que cela m'inspirait. 

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Membre, 35ans Posté(e)
as.a.bird Membre 6 messages
Forumeur Débutant‚ 35ans‚
Posté(e)
Il y a 10 heures, chekhina a dit :

Je ne réponds qu'à une partie de votre message. J'ai lu la totalité du message, je ne peux que le laisser m'impressionner, et laisser l'impression aller son chemin.

Je ne réponds que sur la question de l'inceste.

Les conséquences de l'inceste restent indéfinissables. Il est possible aujourd'hui de dire ou d'écrire cet évènement comme vous le faites, comme j'ai pu le faire. Une fois dit, une fois revécu dans le regard de celles et de ceux qui écoutent avec bienveillance, nous restons néanmoins seul.e.s. Même la bienveillance des autres reste aveugle, même quand ces autres ont vécu eux-mêmes l'inceste, car ils restent eux aussi confrontés à l'indicible (ce ressenti dont vous parlez parfois).

La collision intérieure, lorsque nous sommes enfants (vous 12 ans, moi 11 ans) est d'autant plus indescriptible que l'incestueux nous l'avons d'abord aimé avec une âme d'enfant, avant qu'il n'interprète cet amour pour autre chose que ce qu'il était pourtant.

En effet se construire, se résilier avec ça est tellement complexe, sans parler des épreuves et conséquences qui s’en suivent tout au l’on de notre existence, qu’il n’y a que la personne touchée qui comprend, ou parfois même pas, ce qu’il lui arrive dans son cerveau, son cœur et ses tripes. Courage a toi aussi! Et merci pour ton commentaire. La lumière n’est jamais loin on doit juste nous bagarrer 100 fois plus que la normale pour survivre.

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Membre, 55ans Posté(e)
chekhina Membre 317 messages
Forumeur forcené ‚ 55ans‚
Posté(e)
Le 11/02/2024 à 21:12, as.a.bird a dit :

En effet se construire, se résilier avec ça est tellement complexe, sans parler des épreuves et conséquences qui s’en suivent tout au l’on de notre existence, qu’il n’y a que la personne touchée qui comprend, ou parfois même pas, ce qu’il lui arrive dans son cerveau, son cœur et ses tripes. Courage a toi aussi! Et merci pour ton commentaire. La lumière n’est jamais loin on doit juste nous bagarrer 100 fois plus que la normale pour survivre.

Je ne retiens pas ces mots, résilience, construction, courage...quand je suis seul.e avec moi-même.

Je dois me battre contre les significations.

Le sexe, dans son expression brute, n'est jamais qu'une chorégraphie ténébreuse, il n'est rien sans les significations qui lui sont attachées.

Nous devons faire avec les significations, qui ne sont pas les mêmes vu que vous êtes une fille et moi un garçon.

Se débattre et combattre sans trop tenir compte des dires des spectateurs, même bien intentionnés.

Eviter d'être son propre spectateur et de reprendre les mots du spectacle, tels que victime ou agresseur.

Il n' y a pas de victimes, il y a une mise au tapis temporaire, il reste à se relever, peut être retourner au tapis, puis se relever. Jamais rester dans ce que le spectacle attend de nous : être victime, le spectacle attend l'égaiement. 

 

Nous sommes là à lutter  contre des spectres qui nous combattent avec des significations d'autant plus dangereuses qu'elles portent des significations civilisationnelles. 

A un moment nous nous rendons compte que nous devons lutter contre notre propre civilisation. Et qu'il n' y aura jamais de paix.

 

Modifié par chekhina
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