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L'orage et l'eau dans mes chaussures


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Carter Cook Invité 2 messages
Baby Forumeur‚ 26ans
Posté(e)

Dans l'allée la plus profonde du cimetière, tes os tinteront dans ton tombeau.
Pendant qu'au-dessus de toi des corbeaux ricaneront.

Lorsque l'orage est arrivé au-dessus de nos têtes
Nous marchions ensemble, main dans la main.
Sous la pluie dans le frais cresson bleu.
Dans la forêt, nous avancions avec l'amour sur nous.
Sur les chemins verts des cimes couvrant les collines
Nous avions trouvé ici un peu de repos.
Comment aurait-il pu en être autrement ?
Vers le lac, nous étions allongés dans l'herbe.
Le vent froid fouettait nos visages.
Nous sommes partis pour nous abriter de l'orage.
Le cœur serré par nos voyages, près du seuil
Nous nous sommes arrêtés aux portes d'une maison.
Au milieu du sentier, dans l'allée d'arbres coulaient des ruisseaux.
Dans notre dernier élan, nous nous sommes enlacés.
Nos vêtements étaient trempés, encore plus froid avec les bourrasques
Nos larmes se mélangeaient à la pluie contre notre volonté.
Ainsi nous sommes partis dans un baiser fluvial,
Mais nous ne sommes plus retourné après ça.
- Je t'aime, eh quoi, toi est-ce que tu m'aimeras ?
Mon cœur, sera-t-il seul pendant l'éternité ?
Il s'en est allé en même temps que toi au crépuscule.
Même si quelqu'un d'autre vient te faire des avances
Il ne saura pas trouver assez d'espace dans le ciel.
Pour te dire autant que moi combien je t'aime
Et pour plonger avec toi dans la demeure d'une paix éternelle,
Dans un paradis oublié où nous serons plus que deux.
C'est dans un gouffre obscur et sombre qu'il nous attend.
Il liera nos âmes écorchées dans un abîme immense.
C'est lui qui projette ses émanations noires dans le néant.
Dans les trous que nous creusons pour enfouir nos os,
Dans un tunnel, nous marchons aveuglés par la lumière.
Nous avançons jusqu'au bout du chemin de l'univers.
Ce tunnel se conclut dans un immense flash.
Il nous laisse à l'éternité, sans futur.
En passant cette ultime épreuve de nos vies,
Nous sommes apparus plus fort dans la lumière.
Dans notre chaumière, nous avons passé la nuit.

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Blaquière Membre 6 465 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)

Je trouve ça remarquable. A la fois poétique et hors de la poésie !

(Y'a juste un truc qui me gène c'est :

"Mais si quelqu'un d'autre vient te faire des avances"

"Mais si un autre vient te chercher" ça aurait suffi je crois.)

En tout cas le "baiser fluvial"  c'est surprenant et... magnifique : On ne voit pas ça tous les jours !

Et le titre aussi : "l'orage et l'eau dans mes chaussures" je suis admiratif.

Modifié par Blaquière

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Carter Cook Invité 2 messages
Baby Forumeur‚ 26ans
Posté(e)

LE BATEAU IVRE


Il descendait sur les Fleuves impassibles,
Il ne se sentit plus guidé par les haleurs ;
Des Peaux-Rouges nus les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués aux poteaux de couleurs.

Il était insoucieux des équipages,
Porteur de blés ou de cotons.
Quand avec ses haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves l’ont laissé descendre où il voulait.

Dans les clapotements des marées,
Lui, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Il courut ! Les Péninsules démarrées,
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.


La tempête a béni ses éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon il a dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’œil des falots.

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures,
L’eau pénétra sa coque de sapin
Des taches de vins et des vomissures
Le lava, dispersant gouvernail et grappin.

Dès lors, il s'est baigné dans le poème
De la mer, infusé d’astres, et latescent,
Dévorant les azurs bleus où, flottaison blême
Ravie, un noyé parfois descend,

Teignant les bleuités, délires
Rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs de l’amour.

Il sait les cieux crevant en éclairs, et les trombes,
Les ressacs, et les courants, il sait le soir,
L’aube ainsi qu’un vol de colombes,
Ce que l’homme a cru voir.


Il a vu le soleil taché d’horreurs mystiques
Illuminant des figements violets,
Pareils à des acteurs de drames antiques,
Les flots roulant leurs frissons de volets ;

Il a rêvé la nuit aux neiges éblouies,
Baisers montant aux yeux avec lenteur,
La circulation des sèves inouïes
L'éveil des phosphores chanteurs.

Il a suivi des mois, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
Sans songer que les pieds des Maries
Pussent forcer le muffle aux Océans poussifs ;

Il a heurté, le savez-vous ? d’incroyables Florides,
Mêlant aux fleurs des panthères, aux peaux
D’hommes comme des brides,
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux ;

Il a vu fermenter les marais, nasses
Où pourrit dans les joncs un Léviathan,
Des écroulements d’eaux aux bonaces,
Vers les gouffres cataractant !


Glaciers, soleils, flots, braises.
Échouages des golfes bruns
Où les serpents dévorés des punaises
Choient des arbres, avec des parfums.

Il aurait voulu montrer ces dorades
Du flot, ces poissons, ces poissons chantants.
Des écumes ont béni ses dérades
D'innefables vents l’ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer faisait son roulis doux
Montait vers lui ses fleurs jaunes
Il restait à genoux,

Presqu’île, ballottant les querelles
Les fientes d’oiseaux blonds,
Il voguait, lorsqu’à travers ses liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons.

Or lui, bateau sous les cheveux des anses,
Jeté dans l’éther sans oiseau,
Lui dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau,


Libre, fumant, brumes violettes,
Lui qui trouait le ciel comme un mur
Qui porte aux poètes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur,

Qui courait taché de lunules électriques,
Plante folle, des hippocampes noirs,
Quand les Juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux entonnoirs,

Lui qui tremblait, sentant à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur des immobilités bleues,
Il regrette l’Europe aux anciens parapets.

Il a vu des archipels ! Et des îles
Sont ouverts au vogueur :
— Est-ce que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, il a pleuré ! Les aubes navrantes,
Toute lune atroce et tout soleil amer.
L’âcre amour l’a gonflé de torpeurs enivrantes.
Oh ! que sa quille éclate ! Oh ! qu'il aille à la mer !


Si il désire une eau, c’est la flache
Noire où, vers le crépuscule embaumé,
Un enfant, plein de tristesse, lâche
Un bateau comme un papillon de mai.

Il ne peut plus baigné, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil et les flammes,
Ni nager sous les pontons !

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