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Les castrats


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sovenka Membre 939 messages
Forumeur accro‚ 37ans
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LES CASTRATS

Leur voix évoquait la musique des anges. Ils étaient choyés, adulés, vénérés, d'un bout à l'autre de l'Europe, de Lisbonne à Saint-Pétersbourg, et jusqu'en Amérique du Sud. Ils ont tenu les premiers rôles pendant les XVIIème et XVIIIème siècles.

Contrairement à des idées véhiculées, ils n'incarnaient pas des personnages féminins, mais bien des personnages on ne peut plus virils comme des dieux de l'Olympe, des héros de la mythologie, des conquérants... Ce qui peut évidemment prêter à sourire : une petite voix de flûte s'élevant d'un tas de muscles hypertrophiés...

Or bien des inepties courent sur eux. Le film Farinelli de Gérard CORBIAU, n'y est pas pour rien...

Rien que le terme "castrato" est erroné : en Italie, il désigne le mouton, et l'on employait les mots soprano ou dessus, ou musico, ou divo, pour un castrat.

Des femmes chantaient d'ailleurs dans les mêmes distributions qu'eux, si ce n'est à Rome et dans les Etats du pape où il était formellement interdit d'exhiber des femmes sur scène.

En ce cas, que pouvait donc rechercher un public dans ces voix de castrats, que des femmes ne pouvaient satisfaire ? Était-ce l'occasion de renouer avec une androgynie perdue que d'aller les écouter, un peu comme dans les années 80 où la mode voulait que les deux sexes cultivent la confusion ? Ou était-ce pour le plaisir musical extraordinaire que procurait leur voix si particulière ?

Une voix à la délicieuse ambiguïté de nos jours substituée par des hautes-contre, contre-ténors et voix blanches de garçons, la castration ayant été abolie pour des raisons humanitaires au siècle qui succéda à la Révolution française. Ce au grand dam de gros égoïstes tels que BALZAC, STENDHAL et ROSSINI, tous d'accord en ce que la fin des castrats appauvrirait l'art vocal et allait dessécher le champ du plaisir... Un gain en morale contre une perte en bonheur !

Il faut quand même préciser qu'au Vatican, on a continué à châtrer jusqu'en 1870 pour le bon plaisir des papes et parce qu'il fallait fournir des sopranos à la chapelle Sixtine, interdite aux femmes.

La pratique remonterait au XVème siècle.

C'est justement dans les Etats du pape, où les femmes étaient persona non grata sur les planches, que prit corps cette idée "d'améliorer" des petits garçons, autrement dit de les mutiler pour leur conserver leur timbre d'argent.

Jean-Jacques ROUSSEAU, dans son Dictionnaire de la Musique, écrivit à ce propos : "Il se trouve en Italie des pères barbares qui, sacrifiant la nature à la fortune, livrent leurs enfants à cette opération, pour le plaisir des gens voluptueux et cruels qui osent rechercher le chant de ces malheureux !"

Des gens voluptueux et cruels dont il faisait partie ! Nous tenons en effet de ses Confessions qu'il s'était pâmé, à Venise, en écoutant, du fond de sa loge du théâtre San Crisostomo, le castrat Giovanni CARESTINI. Un ravissement, une extase ! Quel hypocrite ce Rousseau !

En vérité, la castration telle qu'elle était pratiquée ne consistait qu'à couper les canaux déférents, sans plus, ce qui épargnait le mécanisme physiologique du plaisir et la possibilité de prendre et de donner de la volupté.

Les castrats, stériles mais pas impuissants, étaient des partenaires très demandés par ces dames qui pouvaient évidemment en user et en abuser sans conséquences fâcheuses. Les hommes ne crachaient pas dessus non plus.

Hormis l'illustre Farinelli, issu d'une famille aisée, les castrats étaient fils de paysans de l'Italie du Sud, où l'espérance de vie était limitée à 25 ans. Quand un garçon était remarqué par le curé du village, il était pris en charge par un noble ou un prélat puis envoyé dans l'un des quatre conservatoires de Naples. Si le talent n'était pas au rendez-vous, il devenait prêtre, ce qui lui assurait au moins une existence deux fois plus longue qu'il n'eût eu au milieux de ses cailloux natals.

LE POUVOIR DE FARINELLI

Carlo Maria Michele Angelo Broschi, surnommé Farinelli ou encore Farinello, est un castrat né à Andria (province de Bari, alors intégrée au Royaume de Naples), le 24 janvier 1705.

La reine Elisabeth d'Espagne le fit venir à Madrid où le roi Philippe V se laissait dépérir de neurasthénie.

Caché derrière un rideau dans la chambre royale, Farinelli chanta quatre airs qui tirèrent le souverain de sa somnolence.

Il recommença chaque soir et Philippe V reprit peu à peu goût à la vie et à la politique.

Pendant 14 ans, tous les soirs, Farinelli chanta ainsi quelques airs pour le roi. Un rituel qui dura jusqu'à la mort de ce dernier.

Par la suite, ce fut pour son héritier Ferdinand VI, affecté de la même maladie que son père, et qui le fit chevalier de l'Ordre de Calatrava, la plus haute dignité, jusque-là réservée aux gentilshommes ayant pu prouver la noblesse et l'ancienneté de leurs familles.

Plus tard, en 1759, le nouveau roi Charles III le renvoya en Italie sur ce mot quelque peu aigre : "Je ne veux de chapons que sur ma table."

Le Divo se retira à Bologne, où il vécut entouré de ses collections magnifiques de tabatières, bijoux et tableaux de maîtres.

Jusqu'à sa mort, en 1782, l'Europe entière, du jeune Mozart au vieux Casanova, afflua pour lui rendre hommage et, longtemps, des pèlerins de la musique vinrent l'honorer comme le plus grand chanteur de tous les temps.

En 1813, l'ultime castrat connu, VELLUTI, chanta dans l'Aureliano in Palmira de ROSSINI, dernier grand compositeur à écrire pour des castrats.

Rossini qui, en 1864, dédia sa Petite Messe solennelle aux "chanteurs des trois sexes".

(Bibliographie : Dictionnaire amoureux de l'Italie, Dominique FERNANDEZ de l'Académie française, éd. Plon)

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Maxence22 Membre 7 479 messages
Forumeur alchimiste‚
Posté(e)

À voir le biopic sur Farinelli !

 

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