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Hermès, la maison en mouvement


January

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January Modérateur 62 439 messages
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Hermès n’est autre que le gardien des voyageurs dans la mythologie grecque. Pour une maison fondée en 1837 dont l’un des premiers objets fabriqués a été une selle, autrement dit un siège mobile, l’homonymie est heureuse. Le logo de la maison, adopté dès 1943 et déposé en 1945, évoque quant à lui un perpétuel départ. Née sous le signe du voyage, la maison de luxe en a fait une tradition, tradition dans laquelle réside la condition de sa modernité. Le petit-fils du fondateur, Émile-Maurice Hermès, l’a démontré à l’envi.

L’histoire d’Hermès commence avec un pas en avant. Celui que fit Thierry Hermès au début des années 1820 pour se rendre à Paris à pied, quittant définitivement sa contrée natale située sur la rive gauche du Rhin, en Rhénanie-Westphalie. La ville de Krefeld, d’où il est originaire, se situe sur un territoire qui a été conquis par les troupes de la première République Française avant d’être le théâtre de campagnes napoléoniennes visant à vassaliser l’Europe centrale. Né en 1801, Thierry Hermès est sujet de la patrie des droits de l’homme, dont il parle la langue. Fils de cabaretier, il grandit dans le va-et-vient des voyageurs et de leurs montures altières, la musicalité du bruit sec des sabots et du claquement des cuirs sanglés, la chaleur ruminante et nerveuse des robes équines et l’éclat métallique des harnais. Orphelin vers l’âge de 13 ans, il est hébergé par des membres de sa famille maternelle, cultivateurs, et doit patienter jusqu’à l’âge de 20 ans pour devenir maître de son destin.

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Paris est alors une place en vue pour les harnacheurs selliers qui s’épanouissent à nouveau sous la Restauration, après avoir connu des années sombres : la période révolutionnaire avait banni les carrosses, symbole d’une aristocratie aussi opulente qu’opprimante, les batailles napoléoniennes avaient quant à elles saigné à blanc la cavalerie ; 20 000 chevaux étaient tombés pendant la seule bataille de la Moskova aux côtés de 70 000 soldats. Mais la France n’entend pas se laisser damer le pion par l’Angleterre qui a pris le pas en matière de transport à cheval. Dès les années 1820, Paris retrouve sa suprématie et le prestige de la ville repose à nouveau sur le savoir-faire d’exception de ses artisans selliers, harnacheurs et carrossiers. Thierry Hermès n’a d’autre rêve que d’appartenir à ce monde-là. Poursuivant une vocation nourrie par des souvenirs d’enfance, il entreprend le voyage de sa vie. Les premières années sont passées à Pont-Audemer, où il se forme au travail des peaux. Sa profession de sellier est attestée en 1828 à Paris sur son acte de mariage. Il exerce pour d’autres pendant près d’une décennie avant de fonder sa propre maison en 1837 rue Basse-du-Rempart (disparue dans les réaménagements haussmanniens) près de la Madeleine. Dès lors, le nom d’Hermès circule dans les élégants salons de la capitale pour l’excellence de sa facture. Celle-ci est d’ailleurs distinguée à l’Exposition universelle de 1867.

Le génie d’Émile-Maurice Hermès

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La deuxième génération – en la personne de Charles-Émile Hermès – qui prend le relais en 1860, poursuit l’œuvre du fondateur et diversifie l’activité de l’établissement qui se met à proposer des articles d’équitation et des casaques de course en soie. C’est également la deuxième génération qui installe l’atelier 24 rue du faubourg Saint-Honoré en 1880, un emplacement idéal pour regarder passer les équipages et recevoir la riche clientèle qui en descend. Mais c’est quand l’appel du large s’empare des Hermès que la manufacture de selles connaît ses avancées majeures. Le voyage mène Émile-Maurice Hermès, petit-fils du fondateur, jusqu’aux confins des steppes russes. Le jeune homme n’est alors pas destiné à jouer un rôle crucial dans l’entreprise familiale. La tradition veut que les manufactures se transmettent de père en fils par ordre de primogéniture, et le frère d’Émile-Maurice, de onze ans son aîné, est déjà associé de l’entreprise lorsque le cadet entreprend à 28 ans ce voyage long et difficile. Ses parents n’encouragent que tièdement une aventure qui leur paraît aussi vaine que risquée. Paris n’est-elle pas le centre du monde en ces années où la Belle Époque n’a jamais aussi bien porté son nom ? Tous les Russes qui comptent n’y séjournent-ils pas régulièrement, apportant le comble du raffinement slave au cœur même de la capitale française et rendant le voyage inutile ? Émile-Maurice, anglophone, ne cède pas à l’illusion de ses contemporains pour qui la suprématie de la France, dont la langue est encore parlée par les élites européennes, semble inébranlable en cette année 1899. Le jeune homme tient tête : il veut aller au devant du monde. Son parrain Gustave Mühlbacher, issu d’une illustre famille de carrossiers dont les équipements représentent le “fin du fin” des voitures et des attelages depuis le Second Empire, lui a donné quelques noms de clients à visiter, parmi lesquels de nombreux parents et proches du tsar. Lourde pelisse sur les épaules, Émile-Maurice traverse la Belgique, les Pays-Bas, la Pologne, s’embarque à Odessa et gagne un pays, qui, se réveillant après plusieurs siècles de léthargie, amorce sa modernisation. Emblématique, la construction du transsibérien à travers l’immensité russe (9 298 km, onze fuseaux horaires) engendre l’un des plus grands chantiers jamais entrepris.

Suite : http://www.histoire-...n-en-mouvement/

Pour ceux qui voudraient lire l'histoire de cette entreprise de façon romanesque, je recommande le livre de Jean Diwo, "La Calèche".

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