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Ennio Morricone : une œuvre vaste comme un continent


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Ennio Morricone : une œuvre vaste comme un continent

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“Ennio est mon meilleur scénariste”, disait de lui son copain de classe et son plus céle...

“Ennio est mon meilleur scénariste”, disait de lui son copain de classe et son plus célèbre sparring-partner, Sergio Leone. En contrepoint, John Boorman, pour lequel Morricone avait écrit en 1977 la partition de L’Exorciste II – L’hérétique, avançait qu’en composant, le maestro italien réagissait “en spectateur”. Quant à tous ceux qui prétendent qu’une bonne musique de film est une musique que l’on n’entend pas, ce petit homme sévère leur a adressé pendant plus de cinquante années un joyeux bras d’honneur.Car on entend la musique d’Ennio Morricone, on n’entend parfois qu’elle, obsédante, omniprésente, chavirante ou agaçante, indissociable en tout cas des films qu’elle a souvent contribué à rendre inoubliables. Et elle survit aussi, pour ceux qui s’y intéressent hors contexte, à des films dont on a tout oublié ou que l’on ne verra jamais.Plus de cinq cents BOA 85 ans (il est né le 10 novembre 1928), Morricone trimbale aujourd’hui son grand orchestre, ses choristes et ses solistes pour des représentations de prestige (Bercy cette semaine), ne composant plus ou très peu, confiant les clés à son fils Andrea pour les affaires courantes et encaissant les dividendes d’une vie de soutier qu’il aura passée enfermé dans son studio romain quasiment sans voir le jour. Si de son œuvre colossale il est impossible de tenir une comptabilité exacte (on parle de plus de cinq cents BO auxquelles il faut ajouter sa musique personnelle, symphonique ou expérimentale, l’écriture et les arrangements de chansons ou les commandes institutionnelles), on parvient vite à l’usage à en tirer les lignes de force qui ont fait son succès.Elles tiennent notamment à l’intérieur du large spectre évoqué par Leone et Boorman, dans cette faculté intuitive d’ubiquiste de Morricone, qui parvint souvent à se caler en amont des intentions du cinéaste tout en anticipant les émotions du spectateur. Sa musique aura rarement été un simple accompagnement, même lorsqu’il abattait à flux tendu des partitions pour des séries B d’épouvante et des comédies légères ou érotiques, pour des maîtres ou des tâcherons. Dans le meilleur des cas, elle fut un adjuvant essentiel à la mise en scène (les trouvailles, tensions, dilatations et gimmicks de la série des Il était une fois...), et, même en vitesse de croisière, elle possédait toujours un caractère, une manière de traiter les instruments, de les maltraiter parfois, qui la rendait reconnaissable entre mille.Tourner le dos à la traditionC’est probablement grâce à son attirance initiale pour la musique sérielle, après des études à l’Académie Sainte-Cécile de Rome, que Morricone aura, en s’orientant au début des années 60 vers la musique de film, développé un antiacadémisme forcené, tournant le dos à la tradition purement illustrative (voire décorative) de Cinecittà. Il est de ceux, à l’image d’un Michel Magne en France, qui procèderont au carambolage entre la musique de recherche et la musique de genre, incorporant au gré des saisons et des modes des éléments puisés aussi bien dans le jazz que dans la pop, le psychédélisme ou la bossa-nova tout en les retravaillant comme des mécanismes d’horloge de précision, rarement en les plaquant comme de vulgaires artifices.La double compilation L’Essentiel d’Ennio Morricone, qui sort à l’occasion du concert parisien, offre une vue panoramique exemplaire sur l’incroyable éclectisme d’une œuvre folle et d’une beauté parfois à s’arracher le cœur, surtout à l’adresse de ceux qui cantonnent Morricone aux seules musiques des westerns italiens et à celle du Professionnel – voire de la pub Royal Canin ! Si pour le programme de ses concerts, le vieil homme privilégie certaines de ses partitions ronflantes comme Mission au détriment de sa bouillonnante face pop ou expérimentale, le tableau qu’il réserve généralement à sa collaboration avec Leone demeure à couper le souffle (quiconque ne verse pas sa larmiche sur les thèmes d’Il était une fois en Amérique possède autant d’humanité que Bachar al-Assad), tout comme flamboient encore certains incunables tels Le Clan des Siciliens, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon ou le trop méconnu et pétulant Disons, un soir à dîner qu’il daigne revisiter depuis quelques années.Humilier le rock ?Il faut dire que l’intérêt porté au travail de Morricone, en dehors du cercle des amateurs de musiques de films, est un phénomène relativement récent. Au début des années 90, New Order s’était cassé les dents en frappant à la porte du compositeur pour une demande de collaboration qu’il balaya d’un revers de baguette. The Jesus & Mary Chain en fut aussi pour son humiliation lorsqu’il tendit la même perche. Plus récemment (et plus iconoclaste), les Marseillais d’IAM furent tout près de réaliser leur rêve de gosse en s’octroyant les services du farceur octogénaire sur tout un album (carrément baptisé Morricone) avant de se faire à leur tour renvoyer les mains vides sur la Canebière. Danger Mouse est parvenu à monter son projet-hommage, baptisé Rome, dans les propres studios du maestro, mais sans qu’il n’apparaisse autrement qu’en fantôme sclérosant. Seuls les Pet Shop Boys, en 1987, virent leur demande aboutir le temps d’un titre, It Couldn’t Happen Here, où Morricone ne foula toutefois pas son génie.L’algarade la plus récente est celle qui a opposé le compositeur à l’un de ses plus grands fans, Quentin Tarantino, qui recycle quasiment dans tous ses films de vieux thèmes morriconiens et sollicite aussi son héros pour des compositions originales, comme sur Inglourious Basterds. Après une embrouille autour de Django Unchained, Morricone a simplement fait savoir qu’il ne travaillerait plus jamais avec l’impétueux Américain, lequel, selon lui, “place la musique dans ses films sans aucune cohérence”. Sur ce genre de choses comme sur le reste, Ennio Morricone ne plaisante pas.



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forum Source: Inrocks - Musique

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