Aller au contenu

La révolution de l'amour


babrius

Messages recommandés

Membre, 53ans Posté(e)
babrius Membre 283 messages
Baby Forumeur‚ 53ans‚
Posté(e)

Luc Ferry (que je n'apprécie pas plus que ça) vient de sortir un ouvrage intitulé "la révolution de l'amour".

Il y développe l'idée d'un passage progressif à l'amour comme valeur de référence du sens du monde, après la religion et le progrès.

Je ne suis pas certain que ce soit si nouveau que ça, bien que le développement philosophique promet de s'appuyer sur plus qu'une simple analyse déjà faites de l'apparition de nouvelles valeurs depuis l'amour courtois au XIIe siècle.

Le mariage d'amour (remis en cause par un récent ouvrage de Bruckner), l'amour libre, la divorcialité contemporaine, les multiples sexualités et états amoureux ne sont pas oublié, certes, mais l'analyse philosophique peut-elle suffire lorsqu'elle conclut à peu près sur une valeur éthique et politique, nouvelle et qui ouvre à de nouvelle perspective ?

En effet, qui aime ? Qui est aimé ? Ces questions essentielles, sociologiques et anthropologiques ne sont en revanche jamais abordées ou presque.

Pourquoi ?

Parce qu'il est désagréable de devoir imaginer une inégalité sur ce terrain, comme sur les autres, voire même plus que sur les autres.

Aimer n'est pas difficile... Etre aimé l'est en revanche radicalement, surtout si il s'agit d'être aimé en retour de son propre amour. L'amour s'étage aussi, le plus souvent dans une relation au toucher de l'autre. Une relation parentale peut compléter ce besoin d'amour, la validation de cette valeur..

Mais la relation sexuelle reste centrale dans la manifestation amoureuse. Les amours platoniques sont de moins en moins magnifié à mesure qu'on s'éloigne de religieux, et ne l'ont jamais été que de façon hypocrite pour se conformer à une idéologie dominante. Une femme moderne aimée platoniquement par homme lui vouera très vite essentiellement du mépris pour ne pas dire plus (même si nombreuse seront celle qui déguiseront encore ce sentiment violent).

La révolution de l'amour n'est-elle pas surtout l'expression de la révolution du désir, infantile ? De l'individu relâché par la consommation et sorti de la communauté traditionnelle qui veut répondre à ses désir et s'outille pour cela... ?

Soin du corps, maquillage, vêtement.. aucune époque n'a été consommatrice à ce point d'artifice de séduction, rapide, et de critères formels de sélection sur une norme d'apparence pour consommer de l'autre, du sexe comme du sentiment, mais quel sentiment ?

L'amour est avant tout un sentiment humain de satisfaction de besoins, comme se nourrir : n'être pas seul, se valoriser socialement, avoir un accès à la sexualité, en oublie-je vraiment ?

La révolution de l'amour, est surtout une révolution d'amoralité, de fin des collectif, de fin de la société. L'amour est une belle parure verbale pour habiller en réalité le triomphe de la lutte entre tous pour l'obtention d'une satisfaction qui ne doit subir aucun frein. Tous les agrguments, toutes les finasseries seront bonnes :

"je n'ai jamais aimé que toi, je peux aimer dexu hommes en même temps, je peux aimer deux femmes en même temps, nous n'étions pas fait l'un pour l'aure, le destin n'existe pas, nous ne devons simplement pas perdre de temps, la vie est trop courte etc..etc..."

Nous sommes dans le règne du discours de séduction à outrance, hypocrite au dernier degré pour obtenir de l'autre, vu comme un terrain de chasse (ou non) de notre satisfaction, un avantage, toujours temporaire. Hegel comprenait bien cette fin des communautés : l'amour en tant que tel est un guerre..

Mais à sa différence, il faut préciser que ce n'est pas une guerre entre deux individus mais entre tous, en permanence.

Qui n'est pas engager s'il(elle) est repoussé(e) par un être désiré à se lancer de suite à une autre conquête (une de perdue, dix de retrouvée, il faut se remettre en selle, ca passera plus vite que ca me reprendra..). Des phrases pas si neuves et qui qualifient bien notre époque. Et il s'agirait d'amour ? Cette amour lumineux qui donne du sens, qui créé le monde ?

Non ! ou plutôt le sens du monde est-il de plus en plus un sens minimal, en mutation, indéfinissable, car il n'y a plus de temporalité humaine, à l'échelle d'un cycle de vie humaine. C'est la multiplication de micro-cycle qui compose une vie dans une absence de cohérence mais ouverte à toutes les découvertes, l'envie infantile d'être tout à la fois, de tout faire, de toute vivre, mille vies en une seule..

Cette boulimie d'existence entraine inévitablement une perte de repère, entre des principes trop grands (l'Amour : principe abstrait et toujours éternel en soi) et des pratiques petites : cumuler des expériences, se faire la main, ne pas rester sur la touche, être vu avec, ne pas manger seul(e), ne pas dormir seul(e) Mais à du moins quand on le veut, à son bon vouloir personnel..

L'autre n'est en fait plus qu'un accessoire, un objet dont le langage habille (comme tous les autres objets) la déshumanisation.

Mais quelle déshumanisation ? Les animaux que nous sommes ont-ils jamais beaucoup décoller de leur animalité ?

En ont-ils réellement envie ?

Si la valeur était surtout celle d'une ré-animalisation de l'homme aspirant surtout à cette animalité, de la mémoire, des sentiments, des actes...

si être Humain était trop fatiguant ? Si le cerveau s'était trompé de corps, surpuissante existence dans le monde écraser par un corps incapable de l'héberger sans le subir et se révolter contre cette démesure..

Pauvre petit créature, incapable de comprendre ce qu'il veut, incapable en fait de désir autre que fugaces, de quelques minutes à quelques années.. esclave aveugle et vaniteux de ces cycles hormonaux, culturels etc..

Une révolution de l'amour ? Ou une involution fatiguée ?

Lien à poster
Partager sur d’autres sites

Annonces
Maintenant

Archivé

Ce sujet est désormais archivé et ne peut plus recevoir de nouvelles réponses.

×