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La prophétie du rock anglais


Samedi 06 septembre - 17:05

Dix ans après leur séparation, Richard Ashcroft et ses complices se sont réunis pour enregistrer un nouvel album



«Nous avons notre place dans l'Histoire.» Lorsqu'il lance sa prophétie un jour pluvieux de 1993, Richard Ashcroft n'est rien d'autre qu'un petit frimeur du nord de l'Angleterre. The Verve, le groupe dont il est le chanteur, végète dans les eaux troubles de la seconde division du rock anglais. La mode est au «shoegazing», un terme inventé par la presse qui signifie globalement «regarder ses pompes» mais qui désigne un courant bruitiste influencé par le rock psychédélique.

Stars du côté de Wigan, leur ville d'origine, Ashcroft et ses complices (Nick McCabe: guitares, Simon Jones: basse et Peter Salisbury: batterie) ne cassent pas la baraque en dépit de deux albums corrects («A Storm In Heaven» en 1993, «A Northern Soul» en 1995).


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Des singles par millions
Mais, durant l'été 1997, les choses changent. Grâce à l'irrésistible «Bitter Sweet Symphony», The Verve se retrouve en tête du hit-parade planétaire. En quelques semaines, la prédiction d'Ashcroft se réalise. Détail gênant cependant: si les singles se vendent par millions, toutes les recettes vont arrondir le compte en banque de l'ancien manager des Rolling Stones Andrew Oldham. Dans sa précipitation à courir vers l'Histoire, The Verve a oublié de préciser que l'orchestration, qui fait tout le charme de son hit, a été «empruntée» à une version symphonique d'un titre des Stones («The Last Time»). Les rires moqueurs n'ont toutefois pas le temps de fuser. A l'automne 1997, le groupe publie «Urban Hymns», un album somptueux qui renvoie Oasis à ses chères études. L'ambigu «The Drugs Dont' Work» et les superbes «Lucky Man» et «Sonnet» en sont extraits et deviennent des tubes. Dans les mois qui suivent, même les consommateurs qui n'achètent qu'un disque tous les deux ou trois ans font l'acquisition de «Urban Hymns».




Jeu de guitare éblouissant
Ashcroft et ses amis deviennent aussi populaires que U2 et animent la une des tabloïds en saccageant des chambres d'hôtel, en se battant entre eux et en prenant toutes les drogues qui passent à portée de leurs mains. A peine son but atteint, le groupe se sépare donc en 1998 et ses fans vont rester inconsolables malgré les albums solos que Richard Ashcroft va publier au début du nouveau millénaire.


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Cette année, à la surprise générale, The Verve revient dans les bacs avec «Forth». Ce type de retour n'étant en général occasionné que par le manque de liquidités, on a tremblé en apprenant la nouvelle. Pourtant, en dépit de la présence du single racoleur «Love Is Noise», le nouvel album n'a rien d'un coup fomenté par des musiciens has been. Transcendé par le jeu de guitare éblouissant de Nick McCabe, le groupe démontre avec fureur qu'il n'a pas son pareil pour se lancer dans de grandes envolées hallucinogènes traversées par des ondes électroniques ou des ouragans funk. Ecoute après écoute, le disque séduit par ses ruptures de ton, par son écriture audacieuse qui refuse le formatage pop sans renier son importance mélodique. Pas encore historique, mais déjà essentiel.









Jean-Philippe Bernard
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Source: Le Matin




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