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Le Dimanche des Quatre Présences

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Black3011

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Black3011 Membre 735 messages
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LE DIMANCHE DES QUATRE PRESENCES

Ce dimanche-là, Michel s’était levé avec l’idée vague que quelque chose, quelque part, attendait d’être compris. Il ne savait pas encore si c’était Dieu, un plombier, ou simplement la raison pour laquelle son basilic avait l’air de méditer depuis l’aube. La lumière entrait dans la cuisine comme une confidence, et c’est à ce moment précis qu’il aperçut le perce‑oreille.

Il était là, immobile, posé sur le rebord d’un pot de fleurs, avec l’air grave de ceux qui ont lu trop de livres sans jamais rencontrer un seul auteur. Michel sentit qu’il ne s’agissait pas d’un insecte ordinaire : celui-ci semblait réfléchir. Peut-être à l’humidité de la terre, peut-être à la condition humaine, peut-être à la broyeuse qui dormait dans un coin de la pièce comme une bête administrative en hibernation.

Michel se dit que, pour comprendre le monde, il fallait commencer par comprendre ce perce‑oreille. Mais au moment où il s’approcha, un bruit sec retentit : la broyeuse venait de s’allumer toute seule, comme si elle avait senti qu’un texte inédit était en train de naître. Elle ronronnait doucement, prête à avaler n’importe quel manuscrit trop confiant.

C’est alors que Woody Allen entra. Il ne passa pas par la porte — il apparut, simplement, comme le font les pensées qui ont décidé de prendre forme humaine. Il regarda la scène, hocha la tête, et déclara que tout cela était parfaitement logique, puisque il n’y a jamais de plombier le dimanche. Michel voulut protester, mais Woody Allen avait déjà trouvé une chaise et s’était assis, comme si la cuisine était un décor de théâtre et lui un personnage qui refusait de sortir de scène.

Le perce‑oreille, vexé d’être ignoré, se mit à avancer vers la broyeuse, peut-être pour lui demander son avis sur la littérature contemporaine. La broyeuse, flattée, ouvrit sa gueule métallique avec une lenteur cérémonielle. Michel comprit qu’il devait intervenir : on ne laisse pas un insecte philosophe se faire avaler par une machine qui ne lit que les factures.

Il attrapa le perce‑oreille, le déposa délicatement sur le plan de travail, et se tourna vers Woody Allen pour lui demander ce qu’il convenait de faire ensuite. Woody haussa les épaules : « Je ne sais pas, Michel. Je suis venu parce que tu as pensé à moi. Le reste, c’est ton histoire. »

Alors Michel regarda sa cuisine : le perce‑oreille pensif, la broyeuse frémissante, Woody Allen qui attendait une réplique, et l’absence du plombier, qui était devenue une présence à part entière.

Il comprit soudain que le monde n’était pas absurde : il était composé, comme un texte où chaque élément, même le plus improbable, avait sa place. Le perce‑oreille était la question, Woody Allen la parenthèse, la broyeuse la menace, et le plombier l’espoir.

Michel sourit. Il n’avait pas trouvé le sens de la vie, mais il avait trouvé son dimanche, et c’était déjà beaucoup. Et surtout, il venait de trouver un texte réunissant un perce-oreille, une broyeuse, Woody Allen et Dieu. Les quatre mamelles d’un morceau d’extase mystique ineffable, incommensurable, insortable… et injouable.

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