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Blaquière

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Tout ce qui a été posté par Blaquière

  1. L'économe, c'est une petit couteau pour faire des fines épluchures. C'est un couteau métonymique. Pour éplucher des pommes de terre (métonymiques) Quand elles sont nouvelles, c'est pas la peine de les éplucher. Que ceux qui ont des oreilles...
  2. J'en reste à mon langage fasciste. Il l'est deux fois. La langue l'est, déjà, en elle-même, puisque toute ficelée et toute faite quand elle nous parvient : Elle nous est imposée. Et notre discours, ensuite, parlé ou écrit, l'est aussi. Parler, écrire, c'est en premier lieu, s'imposer à l'autre. En même temps qu'il signifie quelque chose et donc, qu'il nous signifie, notre discours signifie à l'autre... et de se taire, et de nous écouter ! Pour ce qui est de la langue qui nous est imposée, d'entrée, a priori, j'ai un exemple terrible. Le provençal. Les néo-locuteurs provençalistes confrontés au génie propre de Frédéric Mistral qui a eu les moyens intellectuels et poétiques, lui, de s'inventer "son" provençal, son propre langage, n'ont su, eux, en fait d'expression, qu'emprunter ce langage mistralien. Si bien que ce sont toujours les mêmes mots qui reviennent à la même place, et pour dire la même chose, Alors que la langue, une langue, dans sa globalité, devrait permettre un choix minimum. Une expression vraiment personnelle. En ce sens, une langue confine à une idéologie. On va dire qu'en philo, c'est moins grave et qu'il s'agit d'exposer une idée le plus clairement possible. (Encore que notre idée, notre pensée soit à 80 % (j'en sais rien !) tributaire du langage ou plutôt de notre langue et de notre connaissance de cette langue. Peut-on penser sans les mots ? Guère. Et ressentir sans les mots ? Oui ! Mais si cette sensation ou ces sentiments sont uniques en soi, puisque vécus, et en nous, pour l'autre, quelle est leur valeur, leur importance objective ?) Mais en littérature, comment donner un équivalent de notre sensation intime, de nos sentiments, vécus, avec des mots usés et toute la gangue de clichés qu'ils trimbalent ? C'est une gageure. A moins qu'on se la joue et qu'on se la raconte un peu sur notre prétendue originalité ; et que nos chagrins, nos joies, nos sentiments, soient tous de l'un à l'autre largement les mêmes, équivalents ou au moins... proches. Oui ! C'est ça qui rend l'écriture (et la parole) possibles, tout de même. Que nous nous ressemblions. Dès lors, je ne peux imposer à l'autre de moi que ce qu'il en a déjà. J'arrête : je vais devenir fou ! Ce n'est pas la parole qui serait fasciste, mais le désir de parler. Le reste suit comme il peut.
  3. Meuh non ! Elle est partante, mais pour se mettre entre les deux !
  4. Blaquière

    Mes mémoires

    Panne d'internet ce matin, c'est parti sans crier gare et j'ai rien pu corriger je reprends le même passage : Au beau milieu de la grande cuisine, au premier étage de la Maison du Mûrier ("a l'Amou(r )ier" comme disait pépé), mémé entretenait un poêle minuscule qu'elle rechargeait de grosses bûches courtes. De ces petits poêles en fonte sur trois pieds, avec deux disques et des cerceaux plats aussi en fonte fine, du plus large au plus petit sur le dessus, qui refermaient les deux ouvertures et que mémé manipulait d'un crochet dans un bruit de ferraille et en donnant des jets d'étincelles. Le tuyau montait à la verticale et faisait un coude presque à angle droit pour rejoindre le canon de la cheminée contre le mur. Souvent, le poêle chauffait au rouge. Le tirage se faisait par une petite porte verticale du devant, qui s'ouvrait sur le petit plateau de base, et se réglait plus précisément à l'aide d'une toute petite porte dans la porte. C'était l'ouverture de l'ouverture. Au dessous, le chat sommeillait entre les pieds du poêle, à quelques centimètres du plateau et se laissait roussir les poils du dos. Sur la surface brûlante, la moindre goutte de salive devenait un micro spectacle. Elle se mettait sur le champ à bouillonner à grosses bulles quelques secondes puis disparaissait encore plus vite en laissant sur le métal une petite tache brune aux bordures blanchâtres. Il doit y avoir du sel dans la salive. Les deux hautes fenêtres de la cuisine donnaient sur la rue. On pouvait voir la large porte de la remise, en bas, en face, de l'autre côté. Mon père et ma mère s'étaient fait prendre en photo, un jour, devant cette remise, et l'on m'avait testé. J'avais trois ans. -- Qui c'est sur la photo ?" -- Papa et maman !" -- A quoi tu les reconnais ?" -- A la porte qui y'a derrière !" Ca avait bien fait rire tout le monde. Evidemment que j'avais reconnu papa et maman à leurs figures ! Ce que je voulais dire c'est que je me souvenais bien de quand on avait pris la photo et que derrière cette porte-là, il y avait la remise, avec dedans la charrette, les charrues, la houe, les magaous aussi et les sarpes plates accrochés à une barre en bois bâtie dans un angle et qu'en passant sur le côté de la charrette, on arrivait par l'ouverture du fond, au poulailler que mémé allait gouverner tous les jours avec son seau en fer galvanisé plein de vieux croûtons de pain, de son, et d'épluchures. Non, mais !... Ca n'était pas qu'une porte, c'était l'entrée d'un monde. Un monde sec de poussière et de fer avec les odeurs qui vont avec. Et pour le coup, c'est papa et maman qui auraient presque été de trop sur cette photo ! Ils empêchaient de voir complètement bien la porte refermée de derrière ! Le fauteuil de pépé regardais de biais vers l'intérieur sous la grande fenêtre de gauche. Entre les deux fenêtres, la table ronde était poussée contre le mur. Un de ses pans était rabaissé grâce à un système de charnières étudié pour, et elle prenait ainsi moins de place dans la cuisine. Une jolie table ronde et fine en noyer qui pouvait s'ouvrir et s'agrandir par le milieu de deux rallonges quand toute la famille était réunie comme pour la Noël. Ou quand Monsieur Bini venait nous voir, un fois l'an. C'était un copain de pépé, de la guerre de quarante. Un parisien. Un passionné de photographie. Un original ! Il avait trois ou quatre appareils sur lui qui ne le quittaient jamais, pendus en bandoulières, les courroies croisées dans tous les sens ; dont un (vous vous rendez compte ?) qui prenait des photographies en couleur ! Parfaitement ! Et avec TOUTES les couleurs ! Plus un flash comme une antenne radar qui faisait exploser ses ampoules ! Plus un trépied pour se prendre au milieu de toute notre famille, comme un pacha. Il était gros, toujours en short, un short bleu et large, avec des chemises à manches courtes et des jambes maigres et "blanquignouas" (pâles). Il était blond ou blanc, les cheveux courts, suant, soufflant, toujours humide, un peu baveux et très gentil. Une sorte de Père Noël sans barbe qui apportait à chacune de ses visites un cadeau à chacun des petits. J'ai eu comme ça la Tour Eiffel dans une boule d'eau en verre avec la neige qui tourbillonnait, et un Pluto fait de petits morceaux reliés par des fils, sur un socle, qui s'effondrait tout raplapla quand on appuyait sur le piston du dessous et cloc ! se redressait d'un coup tout raide et tendu avec la queue qui vibrait quand on le relâchait. Monsieur Bini nous livrait au village, à domicile, la magie parisienne. Il se nommait lui-même "Biniii" en accentuant curieusement le dernier "i" mais pépé, lui, l'appelait normalement : Bîîîni. Ils s'entendaient bien quand même. La guerre, ça fait des bons copains qu'on se douterait pas qu'ils existent. Les quatre pieds de la table étaient posés sur des supports en verre côtelés, comme de petits flans lourds et transparents. C'était pour ne pas mouiller le bois des pieds quand mémé passait la pièce. Entre le poêle et la table, il y avait aussi la Suspension accrochée au plafond. Pour éclairer la pièce. Un système compliqué avec des fils qui pendaient n'importe comment et qui me semblait toujours ou trop haute ou trop basse.
  5. Blaquière

    Mes mémoires

    Au beau milieu de la grande cuisine, au premier étage de la Maison du Mûrier (à l'Amou(r )ier comme disait pépé), mémé entretenait un poêle minuscule qu'elle rechargeait de grosses bûches courtes. De ces petits poêles en fonte sur trois pieds, avec deux disques et des cerceaux plats aussi en fontes fine, du plus large au plus petit sur le dessus qui refermaient les deux ouvertures. Le tuyau montait à la verticale et faisait un coude presque à angle droit pour rejoindre le canon de la cheminée contre le mur de droite. Bien souvent, le poêle chauffait au rouge. Le tirage se faisait avec précision par une petite porte verticale sur le devant, qui s'ouvrait sur le petit plateau de base, plus un toute petite porte dans la porte : l'ouverture de l'ouverture. Au dessous, le chat sommeillait entre les pieds du poêle, à quelques centimètres du plateau et se laissait roussir les poils du dos. Sur la surface brûlante, la moindre goutte de salive devenait un micro spectacle. Elle se mettait sur le champ à bouillonner à grosses bulles quelques secondes puis disparaissait encore plus vite en laissant sur le métal une petite tache brune au bordures blanchâtres. Il doit y avoir du sel dans la salive. Les deux hautes fenêtres de la cuisine donnaient sur la rue. On pouvait voir la large porte de la remise, en bas, en face, de l'autre côté. Mon père et ma mère s'étaient fait prendre en photo, un jour, devant cette remise, et l'on m'avait testé. J'avais trois ans. -- Qui c'est sur la photo ?" -- Papa et maman !" -- A quoi tu les reconnais ?" -- A la porte qui y'a derrière !" Ca avait bien fait rire tout le monde. Evidemment que j'avais reconnu papa et maman à leurs figures ! Ce que je voulais dire c'est que je me souvenais bien de quand on avait pris cette photo et que derrière la porte, il y avait la remise, avec dedans la charrette, les charrues, la houe. Les "magaous" aussi et les sarpes accrochés à une traverse dans un angle et qu'en passant sur le côté de la charrette, on arrivait par l'ouverture du fond, au poulailler que mémé allait "gouverner" tous les jours avec son seau en fer galvanisé plein de vieux croûtons de pain, de son, et d'épluchures. Non, mais !... Ca n'était pas une porte. C'était l'entrée d'un monde. Un monde sec de poussière et de fer et de bois et des odeurs qui vont avec. Et pour le coup, c'est papa et maman qui auraient presque été de trop sur cette photo ! Ils empêchaient de voir complètement bien la porte refermée de derrière ! Le fauteuil de pépé regardais de biais vers l'intérieur sous la grande fenêtre de gauche. Entre les deux fenêtres, la table ronde était poussée contre le mur. Un de ses côtés était rabaissé grâce à une charnière étudiée pour, afin qu'elle prenne moins de place dans la cuisine. Une jolie table ronde et fine en noyer qui pouvait s'ouvrir et s'agrandir par le milieu de deux rallonges quand toute la famille était réunie comme pour la Noël. Ou quand Monsieur Bini venait nous voir, un fois l'an. C'était un copain de pépé, de la guerre de quarante. Un parisien. Un passionné de photographie. Du délire : il avait trois ou quatre appareils sur lui qui ne le quittaient jamais, pendus en bandoulière, les courroies croisées dans tous les sens ! Dont un (vous vous rendez compte ?) qui prenait des photographies en couleur ! Mais avec TOUTES les couleurs ! Et un flash ! Plus un trépied pour se prendre au milieu de toute notre famille, comme un pacha. Il était gros, toujours en short, un short bleu et large, avec des jambes maigres et "blanquignouas" (blanchâtres), blond ou blanc, les cheveux courts, suant, soufflant, toujours humide, un peu baveux et très gentil. Une sorte de Père Noël sans barbe qui apportait à chacune de ses venues un cadeau à chacun des petits. J'ai eu comme ça la Tour Eiffel dans une boule d'eau en verre avec la neige qui tourbillonnait, et un Pluto fait de petits morceaux reliés par des fils, sur un socle, qui s'effondrait tout ra-plat-plat quand on appuyait sur le piston du dessous et cloc ! se redressait d'un coup tout raide quand on le relâchait. Monsieur Bini nous livrait au village, à domicile, la magie parisienne. Il se nommait lui-même "Biniii" mais pépé, lui, l'appelait Bîîîni. Ils s'entendaient bien. Les quatre pieds de la table étaient posés sur des petits supports en verre côtelés, comme des flans. C'était pour ne pas mouiller le beau bois des pieds quand mémé passait la pièce. Entre le poêle et la table, il y avait aussi la Suspension accrochée au plafond. Pour éclairer la pièce. Un système compliqué avec des fils qui pendaient n'importe comment et qui me semblait toujours ou trop haute ou trop basse.
  6. J'ai l'impression qu'on parle tous en parallèle mais pas qu'on débat. Nous nous débattons, plutôt ! Nous nous aveuglons, voudrions nous retrouver en l'autre alors que l'autre est (souvent) déjà en nous, que nous ne sommes que l'autre. Et nous manquons de précision. Il faudrait décortiquer chaque petite idée, et voir en quoi nous sommes d'accord, pas d'accord, ou ne comprenons pas complètement ce que l'autre a voulu dire. (Peut-être que je ne parle que pour moi, là.)
  7. On ne peut en sortir que par la poésie (ou la littérature en général?): "Faire taire les autres en nous" sortir des formules toutes faites du langage tout fait. Redécouvrir (réinventer, reforger) chaque mot, l'emploi de chaque mot. C'est peut-être plus "grave" de dire des diamants que des vomissements. Les diamants (bien taillés), c'est les autres en nous. Et pas nous.
  8. Ouais et puis, quoi ? Coâââ ! En a marre de ces gens qui torturent les grenouilles et ne se mouillent jamais plus haut que les genoux... Pardon, ça m'a échappé. Au delà de l'écriture, ce serait donc le langage en général, (et aussi la parole). qui trahit ce que l'on croit dire, ce que l'on est, qui nous fait "mal penser". J'ai entendu dire il y a quelque jours que Barthes avait dit du langage qu'il était fasciste. ça vous dit quelque chose ?
  9. Considérer l'entropie comme une pulsion, revient à prêter une psychologie aux molécules de carbone, d'hydrogène, d'oxygène (et autres), qui composent les molécules organiques ! Et leur prêter une revendication d'indépendance, de liberté : C'est grotesque ! Alors qu'il ne peut s'agir que d'une propriété naturelle, mécanique, de ces éléments contre laquelle le vivant, le biologique doit lutter (momentanément) pour s'imposer. En dépit de l'importance de l'inconscient, je doute que sa puissance s'étende jusqu'à un contrôle très précis des atomes qui nous composent.
  10. ça fait plaisir de lire ça ! Entièrement d'accord. Et on peut le prouver très simplement par deux principes fondateurs de la psychanalyse. 1) les pulsions sont par définition inconscientes. 2) L'inconscient ne se représente pas la mort. Donc, la pulsion de mort n'existe pas. Ne peut pas exister. Comme Dentelle de Mots l'a dit, le désir inconscient (=la pulsion) de mort vise autre chose que la mort. Certes, il se fourvoie, puisque si la mort survient c'est bien elle qui est atteinte. Mais ce n'était pas ce vers quoi la pulsion tendait réellement. Un autre manière de prétendre que cette pulsion existe, pratiquement comme un phénomène réel, presque une entité (comprenez-moi...), Est d'un point de vue biologique de l'opposer comme un phénomène positif à la pulsion de vie tout autant positif qu'elle. La pulsion de vie est alors considérée, comme une force positive d'organisation du vivant. (Où l'on retrouve un peu l'idée de Spinoza, je crois que tout être tend à persévérer dans son être.) Et la pulsion de mort est alors aussi considérée comme une force positive de désorganisation. J'ai nommé l'entropie. Le retour vers le désordre, la désorganisation de tout système vivant à quoi correspond la mort. Or, Si la pulsion de vie est un "programme" biologique, et peut être considéré comme une volonté, un désir de vivre, L'entropie n'est qu'une inertie vers laquelle tend non pas le biologique mais la matière inerte. Ce que l'on nomme pulsion de mort n'a rien d'une "volonté" ou d'un programme du vivant , ce qu'est forcément une pulsion, mais une absence ou un affaiblissement de la pulsion de vie, et après la déconstruction du vivant, le retour naturel de ses éléments vers la matière inerte. La fin de la vie (la mort) n'est pas l'effet d'un désir du vivant de mourir, mais l'absence de désir du vivant, son effritement. Et dès lors son retour (non voulu mais naturel, logique) vers l'état inerte de la matière. C'est la disparition des liens qui maintiennent la structure vivante unie (très matériellement, leur usure) qui font disparaître cette unité, cette structure du vivant. Cette idée qu'il existerait une pulsion de mort, n'est finalement qu'une persistance de l'opposition archaïque bien-mal. Un manichéisme qui n'a plus lieu d'être à mon avis. Ne croyez pas non plus qu'il s'agisse là d'une sorte de volontarisme qui voudrait nier la mort. C'est tout le contraire ! La mort -la non vie- n'a pas besoin d'une force quelconque pour s'imposer. Elle est l'état normal (habituel) de la matière ! C'est bien la vie qui est exceptionnelle !
  11. Tout l'art de Lacan, c'est de donner à penser, de suggérer qu'il dit une chose alors qu'il dit son contraire. Je me suis fait avoir ! Bien vu ! Il met au défi les gens qu'il ne leur dira rien. Il les met au défi de ne pas les défier en quelque sorte. Il reste au niveau de l'énoncé. En défiant quiconque, il se place au dessus. De manière largement illégitime. C'est juste un effet de panache. En fait, il s'amuse. Au lieu de lire : "Je mets au défi chacun d'entre vous que je ne lui prouve pas qu'il croit à l'existence de Dieu." J'avais lu : "Je mets au défi chacun d'entre vous que je lui prouve qu'il croit à l'existence de Dieu." (Soit "Je vous défie de vous prouver que vous croyez en Dieu.") (C'était l'effet de la négation : "ne...pas" que j'avais prise pour une double négation. Dès lors je donnais à la phrase un sens positif.)
  12. On a peut-être trop tendance à argumenter, à vouloir justifier nos opinions (qui sont en nous déjà bien en place). Ne vaudrait-il pas mieux commencer par observer, plutôt ? Après avoir compris le sens du sujet. "croyance en Dieu et philosophie sont-elles compatibles" Je prends pour base qu'il est question du dieu unique des religions monothéistes (et pas de Mars, Vénus...etc.) Dès lors, en examinant l'histoire, l'avènement hégémonique du "dieu du livre", (si l'on considère la Thora, les évangiles et le Coran comme un seul et même livre) correspond à la chute libre du nombre des philosophes. Depuis le VI ème siècle avant J-C, jusqu'au trois-quatrième siècle après, soit 900 ans, des centaines de philosophes. On les connait. De Thalès à Plotin. Du 4ème siècle jusqu'au 15 ème soit 1100 ans qui correspondent au règne absolu du Dieu unique, trois ou quatre philosophes. Mettons cinq ! St Augustin surtout. Puis, à partir du XVIème siècle, quand la religion (chez nous) a relâché son étreinte, jusqu'à aujourd'hui soit 500 ans, de nouveau des centaines de philosophes. De Montaigne à... BHL !!!!! Alors, oui. "Croyance en Dieu et philosophie sont largement incompatibles !" Puisque la condition première de la philosophie est au minimum une certaine liberté de la pensée. Au plus dur du moyen-âge, je me demande si on n'aurait pas brûlé un Descartes -pourtant croyant. Dans la mesure ou la croyance en ce Dieu unique est du point de vue social (peut-être pas individuel, encore que) un dogme autoritaire, dictatorial. Pour ne pas dire de type fascisant. Je veux dire que si on donne les pleins pouvoir à la croyance en Dieu, la philosophie disparaît. Et qu'on en a les preuves. Autre chose : Et Lacan, il y croyait en Dieu ?
  13. Blaquière

    Mes mémoires

    Y'Anna qui se croient vraiment le centre du monde ! Je ris ! (Bien vu !)
  14. Blaquière

    Mes mémoires

    Je continue en taille de police 5 avec Time new roman. C'est trop gros ? Compte tenu de mon "GRAND âge", moi, ça me facilite un peu ! Et ça fait moins de mots par ligne. Fatigue intellectuelle ? Peut être. Ou besoin de clarté, de simplicité. J'ai pas envie de m'impressionner tout seul avec des gros paragraphes écrits petits. Pour les prénoms, Guipure, ça va, ça vient. Ma belle-mère, quand on a appelé le petit, Julien, elle a dit "ça fait vieux !" Après Julien Clerc, c'était redevenu à la mode... Mémé Anna Mémé Anna c'était la grand mère idéale. Une image de grand mère. Gentille, douce, à l'écoute de tous, toujours prête à se sacrifier. Elle, ça comptait pas. C'était tout pour les autres. Elle ne mangeait jamais les meilleurs morceaux. Rien que le gras des côtelettes. Rien que la peau du poulet. Elle disait qu'elle préférait. Ce qui était sans doute vrai, puisque c'est bien connu, le gras est toujours "lou maï goustous"(le plus goûteux) Et c'est ce qui devait la tuer : les artères bouchées. Mais ne commençons pas par la tristesse... Mémé faisait parler nos doigts en nous prenant la main. Elle commençait pas le pouce : "Aquèou dis qué voou dé pan" (celui-ci, il dit qu'il veut du pain) "Aquèou dis qué n'avèn gès" (celui-ci, il dit qu'on n'en a pas) "Aquèou dis como farèn" (celui-ci, il dit comment ferons-nous) "Aquèou dis como pourrèn" (celui-ci, il dit comme nous pourrons) "E lou pitchoun, fa : "piou, piou, piou, cu travaillo viou" (Et le petit, lui, il dit : piou, piou piou, celui qui travaille, vit.) (A mes petits enfants, elle leur plaît aussi cette comptine : "Fais moi aussi l'autre main !" qu'ils me disent, à la fin.) Quand on s'était fait un petit bobo, elle prenait encore notre main et la caressait en disant la formule magique qui nous mettait (obligé !) de bonne humeur et arrêtait les pleurs : "Péto dé cabro, péto de cabrit, déman sé(r )a tout ga(r )it !' (1) (Crotte de chèvre et crotte de cabri, demain ce sera tout guéri) (1) Le provençal local a cette particularité que les "r" intervocaliques n'étant plus prononcés, le discours foisonne de hiatus et en prend des airs de musique, de gazouillis. La langue idéale pour une grand mère gentille. Pendant ce temps, Pépé pétait dans son fauteuil. Son fauteuil en tissu qui sentait la poussière. Il aimait ma grand mère, c'est sûr. Mais ça ne l'empêchait pas d'être un vrai mufle dans son genre. Imaginez la scène : La nature ayant affublé ma grand mère d'un nez très très crochu, presque à angle droit, il arrivait qu'on en parle, de ce nez si particulier, si remarquable. Après y être allé de son proverbe habituel "jamai gros martèou a gastat pouarto" (Jamais un gros marteau n'a gâté une porte) mon grand père en rajoutait une couche : "mais heureusement qu'il est tordu son nez vous vous rendez compte s'il avait continué tout droit ?" et pour parfaire sa démonstration, il prenait deux règles et en faisant mettre Mémé de profil, il alignait la première sur le haut du nez... Relevée par la bosse, la règle partait presque à l'horizontale ; et la seconde règle alignée sur le dessous partait donc elle aussi à l'horizontale. Et Pépé commentait : "si son nez n'était pas tordu, il ferait au moins un mètre de long !" Mémé se contentait de sourire, un peu gênée, en repoussant doucement sur le côté les deux règles démonstratrices de son pas joli nez. Oui ! Le père Giraud qui se disait si intelligent, pouvait était d'une balourdise effroyable. Pour montrer qu'ils s'aimaient bien, avec sa femme, il racontait parfois devant toute la famille attablée que quand ils étaient jeunes "à midi, après une bonne matinée de travail, nous mangions au cabanon, au milieu de la plaine, et après, (il prenait un air grandiloquent) NOUS NOUS AIMIONS, DANS LES CHAMPS !" Mémé devenait toute rouge et murmurait ; "Tchu, Andrè, qué l'a lei drolés !" (Chut, André qu'il y a les enfants !) Autre scène osée campagnarde racontée par les belligérants : Ma grand mère -jeune-, était montée sur l'amandier du cabanon et cueillait les amandes. Mon grand père, lui, était un peu plus loin, hors de vue ; il pouvait tailler les vignes... Quand il entend sa femme qui l'appelle : "Andrè ! Andrè ! Vèni lèou qué l'a ün pouarc !" (André, André ! Viens vite qu'il y a un cochon!) Mais mon grand père, lui, pense selon toute vraisemblance que le cochon en question ne peut être qu'un sanglier. Il lui répond de ne pas s'en faire : le "cochon" finira bien par s'en aller tout seul. Elle n'a rien à craindre puisqu'elle est "quillée" sur l'arbre. Effectivement, le cochon s'en est allé. Mais un peu plus tard, quand ils se sont retrouvés, elle lui a expliqué que le cochon en question, ce n'était pas un sanglier, mais un homme, qui la voyant jeune et jolie, ("même avec mon nez tordu, grand couillon") sur l'amandier , et la croyant seule, s'était déboutonné et lui avait montré "tout... son Sant Frusquin" ! Et elle riait en racontant ça, mémé, elle riait... Et elle nous prenait à témoins : --"E èou qué vénié pas !" (Et lui qui ne venait pas !) --"E sé m'avié vioulounado ?!" Et s'il m'avait violée ?!) Là mon grand père prenait un air complètement hébété... Le nom de jeune fille de mémé Anna, c'était Juvénal. Ainsi la plus modeste de la famille aurait pu se prévaloir de l'ascendance la plus glorieuse : les Juvénal du village, étant en effet les seuls Juvénal (il existe bien d'autres Juvénal sur terre) à se prétendre descendants du poète latin. Excusez du peu : "Mens sana in corpore sano", c'est de lui !... Une autre légende. Et l'on voit bien que la faculté de forger des légendes est largement répandue et de tous les côtés, dans la famille. Je pourrais dire que "notre" patronyme de Juvénal est vraisemblablement issu de l'adjectif commun latin juvenalis qui signifiant "le jeune" a pu qualifier et devenir le nom de bien des cadets dans les familles... Mais pourquoi détruire la jolie fable ? "Un esprit saint dans un corps saint" n'est pas au fond une si mauvaise règle de vie. Or, cette ascendance vraisemblablement imaginaire mais certainement antique --en tout état de cause--, pourrait avoir son inconvénient... Par exemple quand on voit des petits malins nouveaux venus se pointer qui pérorent leurs intentions de tout bouleverser, de nous apprendre à vivre, (à nous les gens du "cru" !), on aurait un peu tendance à penser que depuis deux mille ans qu'on est là, "pénards", on en a vu d'autres... C'est mal ? Sûrement. C'est une vraie pensée paysanne !
  15. Je reste stupéfait. De n'entendre qu'un cri : "On est tenu de croire" "Et tout le monde croit" (D'accord, ça fait deux cris !) ...Mais pas d'accord du tout! Car je ne crois en rien ! Et pas le moins du monde. A moins que ne donnions même sens à ce mot ? J'intuitionne que oui. L'on n'est point obligé de croire. Et pas du tout ! L'on fera des projets, ou l'on espérera, En tirer son épingle (Ou la belle voisine !) : On aura des désirs, des envies Croira au coup de chance, (Flûte, là je l'ai dit!) Je pensais : espérer, souhaiter ! Ou gagner au loto ! Mais croire ? Vous direz qu'on peut croire en l'avenir meilleur ? Au bonheur ? Ca n'est pas croire ça : c'est encore espérer. Même en l'homme, je n'y crois pas expressément. Car il est ce qu'il est, Peut vivre méchamment. Bien des gens sont mauvais, D'autres sont des gens, bons (!)... D'autres futés-malins D'autres en foule, crétins Des débiles naïfs D'autres écologiqueux. (Je vais plus aux manifs De ces légumineux.) Mais croire ? Peut-être que l'humain un jour se détruira ? Ou se détruira pas. Je crois pas : Wait and see ! C'est l'éternelle scie. Pour l'homme ? Un petit pas ! On peut (modestement) pousser Et selon ses idées, Ou bien son point de vue dans un sens ou dans l'autre, Ou s'en foutre total. (J'en ai ras le bocal) Prends ce coup de canif : Je reprends la manif ! Mais croire ? J'en coasse : Et que je croie pourquoi ? Ridiculissimo ! Non non non ! Pas du tout ridicule m'amis Puisque vous y croyez : Révérence gardée, Inutile plutôt Et bien pis : Malfaisant ! Bouleversant ! Et sinistre. Croire c'est être triste au plus profond de soi et si désespéré, Que la foi, Seul un Dieu... une fée ... Vont vous tirer de ce bourbier. Oui, croire, c'est désespérer. Aide-toi, et le ciel t'aidera ? Que néni ! Ca se saurait depuis longtemps Ces bonbons-boniments. (Qu'on me bâillonne si je mens !) Je dirai tout de go (Nigaud) Aide-toi... et advienne que pourra ! Rira bien celui qui ne croira...
  16. C'est toujours ça de pris. J'étais absent en 68 ... Vous vous rendez compte ? Si j'avais été là, vous auriez peut-être aujourd'hui un "Co(h)n Blaquière" ! ça aurait quand même une autre gueule ! Quoi que... vous l'avez quand même...
  17. Tu as bien fait de le noter : Entièrement d'accord. Un corps vivant est une chose, une nation (j'aime pas : ) un pays en est une autre. Enfin... on voudrait qu'il en soit ainsi. Le défaut des gens gentils (nous) c'est aussi de prendre nos désirs pour des réalités. Non ! c'est pas un défaut c'est un principe général humain. De l'autre côté ils ont dans le même type d'"idéalisme" mais inversé. Ils ont juste un idéal misérable et égoïste. "Qui peut le moins peut le plus", ça s'appelle aussi la sublimation. Même ce "pauvre" J-C s'en émerveillait ! Pour en revenir à la mise en garde de Nietzsche, c'est selon : On mange un bif et on en fait une crotte ou un poème. Un immigré entre et le pays en fait un poète, un prix Nobel ou un intégriste. ...Ou un rappeur ! (ça c'est une question de goût ou de non-goût personnel!) Le mal s'insinue partout, ça me fait rire. Jaune. Dans la réalité, je crois qu'on mange un bif et on en fait une crotte ET un poème. (Et les végétariens, ils font des crottes bio et des mauvais poèmes ?) Manque de calories ! Mais je le reconnais : on est loin du sujet du sexe prison ! Car si on ne peut que constater que toutes nos activités, tous nos désirs ne peuvent être que des sublimations de nos désir sexuels, et de ce fait être considérés comme des névroses, en rester au sexe proprement dit, serait plutôt une libération... Logiquement parlant. (Putain, ce que j'ai pas dit !)
  18. Etudions donc cette fameuse pulsion de vie ? Je la comprends comme une évolution de la surtension (et de la sous-tension) de la cellule primordiale au niveau de sa membrane... Pour réduire la surtension, on pisse, défèque, éjacule, accouche, (procrée), crée... Pour réduire la sous-tension, on boit, mange, se fait "engrosser", apprend... Un tout petit problème "mécanique" de surpression, et sous-pression peut donc nous mener bien loin. La vie, c'est "qui peut le moins, peut le plus" ! J'en reviens toujours pas... L'origine de tout est à chercher dans la membrane ! (Je crois bien que Lacan disait un truc de ce genre?...)
  19. Oui ! Tout le mal vient de Mai 68 ! (En voilà une idée qui est à la mode !) Les gens y ont connement pensé qu'au lieu de vivre sous les contraintes de tous poils Il vaudrait mieux vivre à poil... Non ! C'est pas ça que je voulais dire : les mots m'entraînent où je ne voudrais pas... Ils ont pensé que plutôt que de vivre sous des contraintes perpétuelles, ce serait plus sympa de s'épanouir. Personnellement, individuellement et collectivement. Peut-être que c'est impossible. "Un individu sain dans une société saine" comme disait tonton Juvénal. Peut-être que c'est une folie. Savaient-ils ce que c'était que de s'épanouir ? Je crois que oui. Mais aussi que c'était pas très rentable. Pas très rentable... à qui de droit. Peut-être que seules la contrainte et la souffrance (et le labeur) mènent quelque part ? Et contrairement à ce qu'on voudrait nous faire croire, c'est pas ceux qui labeurent le plus qui vont le plus loin : il faudrait définir qui va pouvoir aller quelque part et qui n'y aura pas droit. On serait moins d'accord. J'ai un peu l'impression que ceux qui disent le plus de mal de Mai 68 sont surtout ceux qui veulent/voudraient profiter du labeur... DES AUTRES... C'est ainsi qu'au lieu de s'épanouir, le beau rêve s'est évanoui. On a tout raté à une lettre près ! Au lieu de se faire "une certaine idée de la France", les gens voulaient se faire une certaine idée des français. D'eux-mêmes. Non, mais, ils se prenaient pour qui ? Poterie et fromage de chèvre !... La "Civilisation des loisirs". Vous vous souvenez ? Au village il nous en est resté "la Maison Du Temps Libre". Mais ça c'était bien vu : y'en a de plus en plus qui en ont du temps libre !
  20. Blaquière

    Mes mémoires

    Bonjour à toi, gamine ! Tu me redonnes du courage. Y'a quelques jours, j'ai relu depuis le début et j'ai trouvé que c'était ni fait ni à faire. Et qu'il fallait tout reprendre, tout reformuler... (ça doit être le syndrome de la première relecture !) (je continue donc encore quelques pages?...) C'est donc du côté de Tonton Camille, (sa soeur était Androline, la mère de mon père que je n'ai pas connue) que peut me venir en plus du goût de la chanson, partagé par un peu tout le monde dans la famille, celui plus précisément de la musique. La musique avec des notes et des cordes (ou des pistons)... De ma grand mère Androline, je sais bien peu de chose si ce n'est que comme toute mère ou grand mère, elle était nécessairement une sainte femme. Très gentille, intelligente, travailleuse. Mais petite, fluette et... bossue ! Et pourtant très jolie ! Et aussi grande amie de Laurence (la Laurence du beau chat) que j'ai un peu plus connue, elle. Mère elle-même de Fernande et de Paul qu'il faudra que je vous raconte. Mais tout d'abord c'est de la maison de Laurence que je dois parler. Elle était à trente mètres de chez nous tout au plus. (Dans la petite rue qui longeait la maison après celle d'Astoin, le coiffeur ; et celle de la mère Michel !) La porte en bois dur et foncé était lourde à pousser avec une poignée ronde en laiton au milieu. Il fallait ensuite suivre un long couloir très sombre d'au moins vingt pas pour arriver tout au bout dans la cuisine ou plutôt la salle à vivre, tout aussi sombre que le couloir. Sombre et encombrée. Mais dès le premier pas dans ce couloir, c'est l'odeur qui vous saisissait. Une odeur puissante, étonnante et complexe... Du jamais senti ailleurs ! Un mélange de foin, d'ail, de cheval, de fumée et de linge propre... (Puisqu'à gauche au bout du couloir, un escalier descendait à l'écurie et un autre montait vers les chambres.) La pièce du fond était obscure, je l'ai dit et très encombrée. Les papiers qui tapissaient les murs pouvaient représenter des motifs géométriques des années dix-neuf cent vingt ? Mais tout était brun, enfumé. jusqu'au plafond. Et la seule fenêtre donnait au nord avec une maison en vis à vis à seulement quelques mètres. Je ne saurais dire si c'était un poêle ou la cheminée qui enfumait et assombrissait tout à ce point. Mais le personnage principal de cette pièce et qui à chacune de mes visites me subjuguait totalement, c'était l'horloge contre le mur. Une grande horloge comtoise, d'un bois brun rougeâtre avec son balancier de cuivre jaune qui claquait lentement. Inlassablement. Comme pour témoigner des heures qui au dehors continuait de s'écouler. Ici, au fond du couloir, le temps s'était perdu et arrêté. Fernande, la fille de Laurence, aux yeux piquants et au sourire brillant et malicieux qui éclairait son visage, était une belle femme. Grande, enfin, pas petite, et plutôt jolie. Et bien en chair. Elle était plus âgée que mon père de quelques années. Mais ils avaient l'un pour l'autre à l'évidence beaucoup d'estime et de complicité. (Et c'est tout ! Je ne sais rien de plus !) Le fils de Fernande, Raymond, surnommé plus tard l'Emir', pour son baratin invraisemblable plus que pour son train de vie malgré tout excessif, était marchand de voiture d'occasion à Toulon. Il sera le parrain de ma soeur et c'est lui qui nous vendra la Vedette Ford alors même que personne de la famille n'avait le permis de conduire !... C'est aussi chez Fernande qui tenait une épicerie au Canadel que nous sommes allés plusieurs années passer des vacances au bord de mer. (Ma mère adorait et la mer et nager.) Avec Jean-Paul, l'autre fils de Fernande nous partions explorer l'extrémité gauche de la plage, où se trouvait la fameuse Grotte Dangereuse. Il nous fallait traverser entre deux rochers, quelques mètres sur des pierres instables avec de l'eau jusqu'aux genoux, au risque d'être déséquilibrés par une vague inattendue. Mais sans oser vraiment regarder sur le côté ce trou sombre où l'on n'avait peut-être pas pied ? C'était de la vraie aventure. Du vrai risque. Puisqu'on nous déconseillait absolument d'aller rôder par là-bas. Le soir, on allait au cinéma en plein air au Lavandou. On suivait la route de la côte à pieds, dans une demie obscurité. Après quelques centaines de mètres et une petite montée, depuis un virage vers la gauche, les lumières du Lavandou étaient soudain visibles en contre bas ("c'est donc si près que ça ?!"). Légère, la nuit d'été n'osait pas s'affirmer, l'air restait transparent et nos pas clappaient étrangement sur le goudron... c'était hier. Il y a soixante ans. Mais il semblerait bien possible d'y retourner à l'instant... Juste pour s'assurer qu'on n'y a rien oublié... Jean-Paul nous avait appris un tour magique pour "endormir" les copains. C'était le même principe que le triste jeu du foulard mais sans (trop) de danger. Il fallait être deux. Ou plutôt trois en comptant celui à endormir. Le magicien meneur de jeu, ne faisait que le laïus : c'était un comparse qui faisait tout le boulot ! On faisait asseoir le "patient" sur une chaise. Le magicien devant lui, lui demandait de respirer trois ou cinq fois bien à fond et de retenir sa respiration. Le comparse qui se tenait derrière, serrait les deux côtés de son cou entre ses avant-bras en partant des coudes et remontait lentement jusqu'au poignets. Quand il arrivait aux poignets, il relâchait son "étranglement". Le "patient" se retrouvait alors plus évanoui qu'endormi. Mais c'était pas très malin puisqu'il s'agit de ralentir la circulation du sang dans le cerveau et de jouer sur son oxygénation. Et l'on doit rester vraisemblablement tributaire de la solidité des vaisseaux sanguins et d'une variation de la pression qu'il vaudrait mieux éviter . L'avantage par rapport au jeu du foulard, c'est que ce ralentissement n'était que sur un temps très limité, le temps de monter des coudes jusqu'au poignets. Je me souviens de l'avoir fait au collège sur un copain Pied Noir qui devait être particulièrement nerveux. Une fois endormi, il avait littéralement fait des bonds et tombé de sa chaise... Preuve s'il en fallait une qu'on ne maîtrise rien dans ce genre d'expérience. Une expérience à proscrire, donc. Impérativement ! Paul Brémond, le frère de Fernande était assez petit et tout rond. La tête, le nez, les joues, le ventre, tout était rond chez lui. Et sa casquette qu'il ne quittait jamais s'était elle-même arrondie sur sa tête. Un vrai de vrais pince sans rire, ce Paul ! Son bon mot préféré, quand je revenais du lycée en fin de semaine c'était : "Alors, Manu, ça se passe bien au séminaire?" Puisque le Séminaire c'était l'endroit où l'on pouvait être sûr que des vrais "rouges" comme nous (de nos deux familles) ne mettraient jamais les pieds !... Mais il m'avait déjà joué un tour bien pire. Et bien plus tôt. Je pouvais avoir trois ans ? quatre au maximum, puisque j'étais ce dimanche là en belle barboteuse... BLANCHE. La fantaisie d'aller voir mes grand parents à leur maison du mûrier en bas, au quartier bas m'avait pris, il faut croire. Qu'est-ce qui peut bien se passer dans la tête d'un petit de trois ans ? (Mais il est à noter qu'un petit de trois ou quatre ans pouvait errer tout seul dans le village sans vraiment courir de danger.) Un peu avant d'arriver cher ma mémé, il me fallait passer devant la remise de Paul qui avait pu faire brûler quelques vieilles bricoles contre son mur les jours précédents. Il était là d'ailleurs Paul, devant sa remise. Il et me dit en me montrant les quelques morceaux de charbon refroidis qui restaient : "Si tu veux faire plaisir à Maman, tu devrais lui apporter un peu du charbon pour allumer la cuisinière !" Vous pensez combien j'ai pu trouver l'idée excellente. Il m'a alors expliqué que le mieux serait de bien bourrer de charbon la poche de ma barboteuse (qui en fait ne pouvait servir qu'à ça). Vous voyez ? Ces poches que portaient sur le devant les barboteuses, à cette époque. J'ai donc suivi les instructions de Paul et suis remonté tout fier à la maison, la poche du devant bien bourrée de charbon, et encharbonné des pieds et des mains, jusqu'à la tête dans ma belle barboteuse blanche du dimanche. On me l'a raconté souvent cette histoire. Paul le premier. Mais je crois bien m'en souvenir, véritablement. C'est simple : ces morceaux de charbon je les revois encore ; et l'endroit très précis où je les prenais... ( Mon petit fils --cinq ans-- adore cette histoire. Il me l'a redemandée, hier. Même s'il ne sait pas trop ce que c'est une barboteuse, le nom lui plaît. Et il comprend bien que le "bébé pépé" avait fait une grosse bêtise. On est repassé dans la rue et il m'a demandé tout excité : "y'en a plus du charbon ?" ) Quand Paul avait passé son Certificat d'Etudes, il y avait une épreuve de dessin. Le sujet cette fois là avait été libre : "Dessinez ce que vous voulez". Ce n'était pas le genre de liberté à donner à Paul, ça : "ce que vous voulez"! Il prend donc sa règle et trace un petit trait de cinq ou six centimètres de longueur, pose sa règle et son crayon et croise les bras. Le surveillant, étonné de le voir les bras croisés vient le voir : "Tu ne dessines pas ?" "J'ai fini !" lui répond Paul. J'examinateur regarde le trait sur sa feuille et lui demande : "C'est quoi ?" Paul lui répond : "Une aiguille à tricoter les bas !" Pour dessiner une aiguille à tricoter ordinaire, il aurait fallu faire un trait avec au moins un point au bout, pour symboliser la petite boule. Ce malin de Paul avait trouvé encore plus simple : l'aiguille à tricoter les bas n'a même pas de boule au bout : juste un trait ! Il va de soi que Paul a réussi à son Certificat d'Etudes.
  21. Eh ? Les filles émancipées ? Tant qu'à vous bagarrer, vous pourriez le faire en bikini dans la boue ?
  22. Quand j'ai vu cette histoire de plug anal, je me suis dit qu'effectivement il ne méritait que le clou pour le crever. Et Quand j'écoute Hildegard Von Bingen, je me dis que c'était vraiment (je parle du plug anal) une oeuvre d'art ! (Je pense être pile dans le sujet !) Anna et Nietzsche ? Pour ce qui est du fou et du tarot, laissez tomber ! C'est juste des conneries ! C'est pas de votre niveau (mille milliards de km en dessous.) Vous fatiguez pas pour RIEN. Vous donnez pas de fausses émotions...
  23. C'est bien ce que vous dites, je voudrais participer, mais j'y arrive pas. Je sais comment je fonctionne. Non ! Je sais, c'est beaucoup dire : juste je constate/ Quand j'arrive au bout d'un truc, quand j'ai fini, je m'effondre. J'ai plus envie de rien, je me sens vide. Comme un accu déchargé. Il faut attendre que ça reparte. Que ça se recharge. Est-ce du sens, un but qui recharge ? ou simplement le temps et un genre d'électricité électrostatique (ce qui revient au même) Au bout d'un temps variable, des fois deux jours, des fois quelques heures, on arrive à focaliser sur ce qui en fait n'a pas été atteint, sur ce qu'on peut améliorer, on fait le tri du réussi et du moins réussi... ou alors sur tout autre chose "d'avant" qui vous rattrape et on peut repartir... Là, j'en suis là je sais rien de ce à quoi je vais m'accrocher demain. Tiens : bonne nuit !
  24. Blaquière

    Mes mémoires

    (Tant que la tête va, tout va. ) Mais oui ! Parce que sa mère, elle l'avait un peu perdu la tête en vieillissant. Je ne l'ai pas connue, elle, mais on m'a raconté qu'elle "épluchait" les oeufs avec un couteau ! Disons qu'elle faisait semblant de les éplucher. En les grattant comme on fait des pommes de terre nouvelles. Et ce faisant, elle improvisait en vers. Elle faisait des rimes. C'était pas du Victor Hugo, plutôt du vers automatique ! Et en provençal. Du genre : "Biou es pas Guiou é Guiou es pas iou !" (Biou n'est pas Guy et Guy n'est pas moi.) Un gazouillis. Si en français ça rimait pas, en provençal ça rimait... vraiment à rien ! Mais on en a gardé la légende que quand on parle en rimes, c'est la preuve qu'on est fou". Donc, Tonton pouvait bien avoir peur de perdre la tête. Par simple raison génétique. Un matin, il entre dans le fournil et il dit à mon père : "Ca y'est, Paul, je suis plus fou !" Il faut dire que le jour précédent, il avait pas mal "déraillé", ce qui ne lui était jamais arrivé. Et pour le coup, en pensant aussi à sa mère (la mère de Tonton), mon père s'était dit " Cette fois, c'est sûr, il est complètement "fadat". "Puisque quand on dit qu'on n'est plus fou c'est qu'on l'est totalement." (Théorème de mon père). Mais Tonton avait insisté : " Non, non ! Si hier, ça n'allait pas du tout, maintenant, c'est fini, tout ba bien !" Et on avait dû se rendre à l'évidence. Tonton était redevenu tout-à-fait normal. On s'est donc mis à chercher ce qui avait bien pu lui arriver. Qu'est ce que Tonton avait bien pu faire la veille qui l'ait mis dans cet état ? Il avait fait une ventrée de cerises. Bon mais ça, ça rend pas fou, les cerises ? Après il avait bu quelques pastis... Voilà ! C'était ça ! A tous les coups ! Boire du pastis sur les cerises, ça rend fou ! Ainsi est née cette autre légende familiale qu'il serait vraiment dommage d'oublier. Personne n'a cherché à savoir COMBIEN DE PASTIS Tonton avait bu pour être dans cet état, non ! La vérité c'est que si vous mangez des tonnes de cerises, et qu'après vous buvez ne serait-ce qu'une seule gorgée de pastis, vous devenez fou. C'est mathématique. Ou chimique. C'est le mélange des deux. C'est pas le pastis. En premier ce serait plutôt les cerises... C'était comme pour mon grand père. Quand il lui arrivait d'être malade, qu'il avait la tête qui tournait et mal au coeur --un genre de crise de foie--... c'est que la veille, il avait attrapé froid EN SORTANT DU BISTRO ! Anna, ma Grand mère l'aurait juré. Pour elle, André, mon grand père, c'était le Bon Dieu. On disait ça dans la famille. Ou alors, c'était peut-être qu'elle était plus fine qu'elle voulait bien le laisser paraître. Puisque lui se disait si intelligent, à quoi bon chercher à le critiquer ? Mais cette idée que de parler en rime serait un signe de folie correspondrait peut-être plus à une tradition populaire et culturelle provençale bien ancrée qu'à une légende familiale. Bellaud de la Bellaudière, au XVI ème siècle, expliquait bien de cette façon son inspiration poétique : "Noun sabi qualo veno mi toumbet dau cerveou, Si bèn qué l'èndéman fagueri sènso péno dé rimaillouns tout un plèn magasin ! (Je ne sais quelle veine me tomba du cerveau Si bien que le lendemain je fis sans peine de rimaillons tout un plein magasin.) Précisons que la veine en question était sensée lui être "tombée du cerveau", au Bellaud, le lendemain d'une bonne cuite... Le père de Tonton était musicien. Musicien professionnel. Il était cornet à pistons soliste, au Casino de Marseille vers la fin du XIX ème siècle. Je me souviens d'une malle ensevelie sous la poussière de "bourres" de platane, pleine de partitions au grenier. On y a retrouvé son cahier de chansons, avec, recopiées de sa main à la plume (forcément), entre autres, les paroles de... l'Internationale ! Ce qui ne l'empêchait pas d'être un joyeux farceur. Voilà qu'un jour, un marchand ambulant, s'arrête sur la placette de la boulangerie. Il envoie deux coups de son cornet (à pistons, bien sûr et vous devinez un peu où je veux en venir !) pour attirer les clients... -- Pouêt ! Pouêêêt ! (Deux notes.) Grand père Brun s'approche : -- C'est quoi votre instrument ? Le marchand fait son savant, du genre qui vient apporter l'intelligence citadine à ces ploucs de village : -- Ca s'appelle un cornet à piston, c'est un instrument de musiciens ! Le grand père : -- On peut essayer ? Le marchant hésite un peu mais finit par lui passer le cornet. A pistons ! Grand père le prend et souffle comme dans un tuyau : -Fffffffffff ! Le marchand ricane et explique : -- C'est pas comme ça ! Il faut pincer les lèvres ! C'est difficile, il faut prendre le coup... Il reprend le cornet, et : -- Pouêt ! Pouêêêt ! Deux notes. Grand père Brun : -- Je peux réessayer ? Vous dites qu'il faut pincer les lèvres ? L'autre lui retend le cornet avec un sourire un peu méprisant. -- Si vous y tenez ! Mais là Grand père attaque un morceau de bravoure de Tchaïkovski ou de Berlioz... "Pali pa pam pali palipalipapam, pa, pali, palipa, pa !..." (Ca c'est mon père qui mime à sa façon, la virtuosité de son grand père au cornet à pistons. Il a mis sa main droite devant la bouche et remue les doigts tendus de la main ouverte, en toute décontraction, pour symboliser leur danse facile sur les pistons : ils n'ont même pas besoin d'appuyer...) Il faut imaginer la tête du marchand. Grand père Brun lui rend le cornet : -- Ah ! Oui ! c'est mieux comme vous m'avez expliqué ! Commentaire final de l'anecdote : "A vi( r )at lou cuou é l'avèm plus pas vist !" (Il a tourné les talons et on ne l'a plus jamais vu.)
  25. Et si la vie ne valait pas la peine ou si peu Qu'on se survive juste par habitude... Et pour quelques menus plaisirs ? Ce serait une mascarade En rade. Au rade ! Non ! Vous savez ce que je viens de corriger ? J'avais écrit : "Qu'on se survive juste par habiture !" Tout est dit ! Le lapsus rêve elle ailleurs. Car ce soir j'ai l'inspiration ! Deux, trois minutes. Inspiration-expiration. Et J'ai pissé dehors ! En liberté. Et j'ai levé le nez dans les étoiles. Vu le Signe au zénith. Les deux étoiles qui brillent à côté C'est quoi ? Véga et Altaïr ? Un con pérore à la télé qu'il est presbyte. Dieu l'entende ! Véga de la Lyre. Gling, gling ! Je tape Véga : la belle étoile ! Elle est entourée d'un disque de débris !... M'en fous ! Altaïr en arabe, c'est l'aigle. Tout moi ! Hic !
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