Le poison de Charles Baudelaire (1821-1867)
Recueil "Les fleurs du Mal"
Le vin sait revêtir le plus sordide bouge
D'un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d'un portique fabuleux
Dans l'or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.
L'opium agrandit ce qui n'a pas de bornes,
Allonge l'illimité,
Approfondit le temps, creuse la volupté,
Et de plaisirs noirs et mornes
Remplit l'âme au delà de sa capacité.
Tout cela ne vaut pas le poison qui découle
De tes yeux, de tes yeux verts,
Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers...
Mes songes viennent en foule
Pour se désaltérer à ces gouffres amers.
Tout cela ne vaut pas le terrible prodige
De ta salive qui mord,
Qui plonge dans l'oublie mon âme sans remord,
Et, charriant le vertige,
La roule défaillante aux rives de la mort !
Ce tableau de pastel est inspiré du poème "le poison de Charles Baudelaire"
Résumé
Le poète parle des différentes manières qu’il a expérimentées pour s’évader de la réalité. Il évoque tout d’abord le vin puis l’opium, avant d’évoquer la femme qu’il aime et qui est pour lui comparable à un poison.
Il s’exprime à la première personne du singulier mais n’intervient que lorsqu’il parle de la femme à laquelle il s’adresse directement (tes yeux). Il utilise le présent et montre ainsi qu’il s’exprime sur ses sentiments actuels.
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Introduction
Baudelaire tente ici d'échapper au spleen " c'est la quintessence de profonds sentiments de découragement, d'isolement, d'angoisse et d'ennui existentiels que le poète des Fleurs du Mal exprime dans plusieurs de ses poèmes." grâce aux paradis artificiels.
La présence de la mort
Le champs lexical de la mort est présent tout au long du texte. On assiste ici à une progression depuis une morne tristesse jusqu'à la mort elle-même : on s'enfonce dans le spleen à mesure que l'on essaye d'y échapper.
1ère tentative : Le vin
Ici prime la luxure, la beauté et le rêve. Le vin amène alors des hallucinations.
Première allusion à la mort et premier échec avec le "soleil couchant" déjà annoncé par le rouge de la vapeur alors que nous sommes en pleine vision miraculeuse. Apparemment, l'effet du vin est positif mais une note sordide apparait en arrière plan.
2ème tentative : l'opium
Ici c'est le champ lexical de l'agrandissement. L'opium est un extenseur de l'espace dans les trois dimensions : "Allonge" en longueur, "approfondit" et "agrandit" en volume. C'est un domaine de non-espace et de volupté, étiré à l'infini. Mais les plaisirs sont "mornes et noirs". La chute est brusque, bien plus terrible que celle du vin, à peine esquissée. On retombe ici brutalement dans le spleen.
3ème tentative : la femme
Domaine de l’érotisme et de la sensualité, la femme prend d'emblée de l'importance : "Tout cela ne vaut pas" mais déjà les yeux de la femme, qui la représente métonymiquement, ces yeux, partie la plus immatérielle du corps de la femme troublent l'auteur et le fait "trembler". Le champ lexical de l'eau à relever présente la femme comme source de mort. Cette eau ne désaltère pas l'auteur, la salive qui "mord" n'est pas sans rappeler la mort. Le "remord" évoque le péché, "l'âme" "défaillante" qui était plongée dans l'oubli en arrive jusqu'aux portes de la mort.
Conclusion
Les paradis artificiels débouchent sur la mort de l'âme. La gradation très Baudelairienne vin->opium->femme n'aboutit qu'à la mort.