Classement
Contenu populaire
Affichage du contenu avec la meilleure réputation le 07/04/2021 dans Billets
-
Nuit. Il fait froid. Les nuits sont si froides, sur la place, qu'à chaque bouche d'égout de grands nuages de fumée s'envolent et s'épaississent. Les volutes montent... On ne voit plus qu'à quelques mètres dans ce brouillard. Les façades des bâtiments deviennent floues. On ne devine plus que la forme générale de la place — le grand carré verdi. Le parc. Le grillage ne fait qu'un mètre, tout autour des buissons; c'est la fumée et la brume qui donnent l'impression qu'il y a un espace enclos — la place dans la place. Aucune lumière; les façades sont gris clair, les buissons sont gris foncé. D'autres plantes, elles, semblent presque noires. — Et pour peindre dans la grisaille: un souffle, une respiration... et l'on y trace de nouvelles formes sur l'air froid. Personne dans les rues attenantes. Êtes-vous seul? Non: impossible. Car certains sons, cachés par-delà le brouillard, semblent presque humains. Des hurlements. Des voix qui forment presque des mots — et trahissent la présence d'au moins une dizaine de personnes. Il faut sauter par-dessus le grillage, s'approcher du centre du parc... Là, un endroit où à d'autres heures les familles nombreuses viennent laisser jouer leurs enfants: quelques bancs de pierre, abrités par de grands chênes, disposés autour d'un grand espace — La zone n'est pas en béton, mais couverte d'une fine poudre claire, un mélange de terre et de sable qui donne ces gravas très fins, presque comme de la craie, et que la ville choisit de déposer dans tous ses espaces verts. C'est là que les jeunes hurlent. Ils ont tous le regard fasciné, fixé vers le centre de la scène. Là, au milieu, deux hommes barbus et malodorants qui se battent. Ils sont échevelés, âgés. Le combat les a déjà à demi-dévêtus: certains haillons traînent sur le sol, couverts de poussière. L'un d'entre eux n'a plus qu'une seule chaussure au pied. Ils se frappent en poussant des grognements animaux. L'odeur est infecte. À la fois la saleté, l'adrénaline, la sueur... et aussi la légère odeur métallique du sang: sur le sol, de grandes flaques et d'innombrables petites gouttes. Le sang est plus noir que rouge, dans la pénombre. Les deux nez sont déjà cassés. L'énergie des premiers coups est déjà passée: maintenant, les crochets sont maladroits et plus lents, dans de grands mouvements circulaires. Le sang dans les yeux et dans la bouche rend les deux clochards furieux, mais ils sont déjà épuisés et à demi-aveugles. — Alors, la foule des jeunes aboie en rythme, pour leur signifier que le combat n'est pas fini. Le public est assoiffé de sang. Ils veulent que les coups fassent plus de bruit, que la frappe fasse plus mal. Ils veulent que l'un des deux gladiateurs modernes soit terrassé. — Finalement, au bout de longues minutes particulièrement déplaisantes, leur souhait est exaucé: l'un des hommes fait une mauvaise chute après avoir reçu un coup de coude au menton, et s'écroule sur le sol plein de poussière et de sang. Son tee-shirt gris n'est plus qu'un lambeau; il ne porte plus qu'un vieux jeans et des chaussettes semblant avoir cristallisé sur son corps. Mais personne ne lui prête plus attention. L'autre homme lève les bras, incapable de penser, encore fou furieux, et hurle à la mort pour célébrer sa victoire. Son visage est tuméfié. Il est en aussi mauvais état que l'autre. Mais lui est le centre du spectacle: la foule le fête dans de grands cris animaux. Il est le vainqueur. Un jeune en jersey et jogging s'approche finalement — il doit avoir 18 ans tout au plus — et lui tend un bout de papier. Un billet. 20€. Derrière lui, on aperçoit aussi que deux autres hommes âgés et hirsutes commencent à faire de grands mouvements pour s'échauffer. Il y aura un second combat, ce soir. Les deux nouveaux ont l'air plus grands, plus costauds, plus vifs; peut-être sera-ce là l'événement principal. Un spectateur musclé traîne le corps inconscient et sanglant pour le dégager du milieu de l'arène, et l'abandonne plus loin, sur le gazon, en position latérale de sécurité — peut-être la seule attention que le gladiateur vaincu recevra le reste de sa nuit. — S'il survit - ou pas - ce sera un autre combat, celui-là qu'il mènera avec lui-même. Les journaux n'en témoigneront probablement pas le lendemain. Les deux nouveaux combattants se font face. Ils sont prêts à en découdre. Ils se montrent déjà les dents. Ils attendent le signal. Le jeune en jersey éructe: — "À ma gauche, Dédé-le-Vif! À ma droite, Jacquot-le-Gredin! Attention, à mon signal, ça va se hagar!" Elle, la Nuit, est toujours aussi froide.1 point
-
Il y a un temps pour tout, il y a un temps pour nous tous de dire adieu à une petite part de nos vies. Il est 21h, un dimanche soir classique, un week end tout ce qu'il y a de plus classique à ce détail près que leurs vies ne sont plus que côtoiement et non partage. Des mots durs, des actes forts, des envies différentes et différées, des peines qu'on ne partagent plus, des joies que l'on veut secrètes...plus rien ne jointe la vie à deux. On se tient par un fil, on se retient pas le fil du rasoir. On tente de recoller mais les bris sont trop nombreux et épars pour savoir par où commencer, par quoi commencer...reste les plaisirs de la chair, les hormones, il ne reste plus que cela de la fusion passée. Mais cela ne suffit plus à faire sens à deux. L'intuition que quelque chose d'irréparable va se passer... Une promenade en fin de week end a priori anodine qui arrive sur la discussion que l'on ne veut pas comprendre : l'une dit que le ras le bol est présent, l'autre n'entend que "rien n'est totalement fini", il ne faut surtout pas prononcer le mot fatidique, celui qui signifie qu'on ne revient plus en arrière mais que les chemins qui se sont croisés doivent se séparer. Rien n'est pire que de ne pas vouloir comprendre que le moment est venu : peur du vide, peur de se retrouver seul à nouveau, peur...peur...peur... Se dire que l'on est jeté alors qu'en fait on se jette mutuellement depuis des mois. Se dire que si on ne veut plus de nous c'est qu'on nous raye d'un trait de crayon d'une vie. On se sent seul, vide, la douleur est infernale, interne, destructrice, incommensurable. On sent qu'il y a quelqu'un d'autre mais comment en être sûr...la solution arrivera très vite : on annonce que le week end d'après un rendez-vous est fixé avec quelqu'un qui est présent dans la vie de l'autre depuis plusieurs mois, à distance...sentiment de trahison qui omet de rappeler au cerveau que l'autre n'est pas tout propre non plus et qu'après tout les signes étaient là depuis des mois...le week end arrive...elle ne rentrera pas le dimanche soir...elle rentrera uniquement parce que le travail est là...ce week end...un autre et puis un autre et encore un autre...une douleur terrible, impossible de mettre les valises dehors parce que les sentiments sont certainement là, présent, moins importants mais présents...l'aime-t-il encore ou est-ce la peur d'être seul qui fait qu'il croit qu'il l'aime encore ? Il n'en sait rien lui-même... Et puis l'histoire s'arrête là...pour elle...le bel l'a mise dehors mais elle n'aurait nulle part où aller...alors...l'autre accepte son retour...en ami...en amant...drôle de situation...drôle de mec...drôle d'histoire...un week end normal, un week end sans rien d'autre que le doute...encore et toujours le doute...croire en une seconde chance mais en se disant que c'est utopique...croire comme un imbécile que rien d'avant ne s'est passé...alors que tout s'est passé, tout est fini...un week end normal où elle part...prendre la décision encore et encore...lui dire qu'il ne tient plus à sa présence non pas parce qu'il ne l'aime plus mais parce qu'il est jaloux de la perdre...alors elle doit partir...mais la violence de la nouvelle la prend de froid...les portes claques, la communication est coupée...se reverront-ils ? Il n'en est pas là...il doit se reconstruire seul...mais il l'a en tête comme un enchantement, une sorcellerie dont on ne se sépare qu'en disparaissant... Une communication un jour...un week end...elle a retrouvé quelqu'un pour quelques fois mais elle ne comprend pas ce qui lui arrive, elle se sent délaissée...alors il vient lui expliquer...l'écouter...la soutenir...au final un week end, ils se rapprochent et se rappellent leurs étreintes passées...mais est-ce bien raisonnable...le doute encore le doute...toujours le doute...alors il est temps de se dire...adieu...un week end...lui dire qu'ils ne se reverront définitivement plus, tout bloquer...se dire adieu définitivement...un week end d'adieu1 point
-
Je suis léger comme l'air qui me porte, je parcours les ciels comme un bolide....je me sens libre et détaché de tout...sentir l'air sur soi c'est ressentir les bienfaits du monde. Je regarde sous moi et je vois la Terre, ce monde vaste m'apparaît aussi petit et frêle que large et infini...sentiment partagé et étrange de pouvoir enserrer le vaste monde sans jamais le faire véritablement, tellement il est vaste...je passe entre deux rochers et je ressens la fraîcheur minérale qui me rappelle que nous tous sommes des autochtones. Je suis léger comme l'air qui me porte et je suis au dessus des océans...je descends jusqu'à frôler les crêtes des vagues qui me rappellent que nous sommes aussi liquides. Mes pattes jouent avec les gouttelettes des écumes mousseuses et blanches. La mer est iodée, délicatement et parfois puissamment. Je suis léger comme l'air qui me porte mais je sens que mon corps lutte avec la pesanteur...je fais l'effort de battre mes grandes ailes puissantes pour me relancer et prendre l'ascendant sur cette physique des corps qui nous empêche presque de nous ressentir vivant. Je vais m'extraire une fois de plus dans un courant chaud pour mieux me suspendre à l'éther. Mais le poids des ans me tire vers le bas, je me souviens alors de ma jeunesse fougueuse passée, cet âge qui vous fait prendre des risques insensés mais tellement vivifiant. Cet âge où le mot danger rime avec défi et vous fait dire que le monde vous appartient. Je sens le poids des ans passés passer. Je vais vers le centre de la terre sans aucun tunnel pour y accéder, je sens en moi la fatigue d'une vie de tumultes, bien remplies mais qui laisse le goût amer des mers inexplorées. Je suis minéral, liquide et iode, je suis dans l'éther et dans la terre, je suis ce que la métamorphose de mes rêves passés veut bien me rappeler. Je suis en décrépitude et incertitude.1 point
-
Elle avait les cheveux blonds couleur d'un champ de blé en juillet, une peau albe comme un cierge de Pâques, des yeux comme des noisettes que l'on ramasse en automne et des mains, oh oui des mains douces et délicates. Ses longs doigts fins se terminaient par des ongles fins comme des griffes d'une tigresse qui avance doucement, dans une jungle épaisse, ne laissant que peu de lumières passées. Elle avance à pas de velours, sans bruit, sans même ébranler une once d'un feuillage. L'air semblait glisser sur elle et ne faisait que faire virevolter les boucles de ses cheveux. Elle apparaissait et le temps suspendait son cours. Sans jamais ne rien laissait paraître de ses attentions envers qui que ce soit mais son regard s'arrêta sur lui. Il était sa proie : elle s'approcha de lui aussi doucement que le félin s'approche d'un pauvre animal qui ne pourra rien faire, tétanisé par la peur de l'inéluctable. Elle s'assit près de lui, posa sa main sur son épaule, plongea son regard dans le sien un long moment puis posa sa joue contre la sienne, glissa doucement vers sa bouche et osa ses lèvres sur les siennes aussi délicatement qu'un papillon se pose sur les pétales d'un iris. Leurs langues combattirent d'abord doucement puis plus ardemment sans laisser la moindre chance à l'air de s'immiscer dans ce combat haletant. Leurs mains s'enfourchèrent et se serrèrent aussi fortement que le fer et le carbone forme l'acier. Tout dans cette étreinte n'était que puissance et symbiose, tout n'était que fusion. La main de l'homme glissa alors le long du visage de la belle pour le caresser puis le long de son cou et descendit doucement vers l'entre-jour de son chemisier qui laissait entrevoir une poitrine délicate et frêle. Il sentit alors son coeur battre sous sa main à l'unisson du sien. Ses doigts parcoururent alors sa peau délicatement fine et cette poitrine qui s'offrait à lui. La proie se prit alors à croire que la tigresse n'était qu'une chatte à amadouer...il se trompait du tout au tout. Elle saisit la main de sa proie, la plaqua contre la table d'une force mésestimée par elle, puis enfourcha cette dernière tout en déboutonnant son pantalon. Il sentit en lui le désir enfler et comprit qu'elle avait le dessus sur lui et qu'il était fait comme un rat dans une cage. Les deux corps commencèrent alors leur étreinte, imbriqués l'un en l'autre. Le rythme cadencé de leurs reins à l'unisson provoquait des cambrures que seul le plaisir de la chair est capable de provoquer. Les peaux se mirent à goutter de la chaleur que cet ébat insufflait. Les bouches s'humectaient des langues qui les parcouraient et se pliaient des dents qui les mordaient. Rien, pas une seule parcelle de leurs corps ne s'échappait à la passion : ces corps n'en avaient nullement l'intention tellement ils étaient en fusion, plus rien ne pouvait arriver qui les détournerait de leur but. La jouissance. La tigresse enfonça ses griffes dans la chair de sa proie comme pour mieux l'agripper et l"avoir à elle seule. Plus rien ne l'empêchera maintenant de dévorer sa capture : cette dernière connu des soubresauts mais finit par succomber aux derniers coups de rein de la féline. Alors qu'elle n'était toujours pas rassasiée par son étreinte, infatigable et insatiable féline. Elle se leva délicatement comme un navire jette l'ancre d'un quai trop longtemps accosté. Elle se rhabilla puis se rechaussa de ses talons si fins qu'il ploierait sous le poids de n'importe quelle autre. Puis elle s'éloigna aussi voluptueuse et comme une volute de cigarette. Elle disparut à l'horizon du visible et ne resta plus qu'un souvenir pour cette proie. Un souvenir, rien d'autre. Elle avait gagné l'esprit de sa proie, elle avait gagné tout court. Une belle, un jour, blonde comme un champ de blé en juillet...1 point
Ce classement est défini par rapport à Paris/GMT+01:00
