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Affichage du contenu avec la meilleure réputation le 05/04/2021 dans Billets

  1. J'ai 4 ans et demi et je déteste me coucher. Je dors dans une mezzanine alors que je souffre du vertige. De fait, chaque soir, lorsque je regarde l'échelle que je vais devoir escalader pour me coucher, et bien forcément j'appréhende. Et j'ai beau le faire tous les soirs, ça n'empêche que j'ai horreur de ça. J'essaie de trouver comment faire pour repousser le plus possible l'heure du coucher. En parler? Je n'ai rien à dire si ce n'est que je ne veux pas me coucher, et la formule n'est pas des plus efficaces. Dire que je veux rester avec les tontons? Trop incertain, ça ne fonctionne que rarement et jamais bien longtemps. Regarder un film avec papa? Il parait que je ne devrais même pas regarder ces films, je pourrais faire des cauchemars. Je suis plus inquieté par le fait de me coucher que par le fait de continuer à regarder, mais bon. Non, ce qui me permet vraiment de gagner du temps, ce sont les histoires que l'on me lit. Ma mère est persuadée que le fait de me lire des histoires me rendra plus intelligent, alors elle le fait relativement régulièrement et chaque fois qu'elle le fait, cela retarde le temps du coucher de façon conséquente. Le problème, c'est qu'elle n'a pas toujours envie de lire, d'autant moins lorsqu'il y a du monde à la maison, ce qui arrive assez souvent quand même. J'ai beau sortir les livres et les garder ouverts devant moi, pour signifier qu'il faudrait me nourrir l'intelligence, ça ne fonctionne pas vraiment. Au diable la dépendance, on n'est jamais mieux servi que par soit même. Cela me prend du temps, c'est parfois compliqué, mais je lis. Et plus je lis, plus je découvre que j'aime le faire par moi même, les mots s'inscrivent mieux sur ma rétine et les images dans mon esprit. Quand elle se rend compte que je lis, ma mère n'ose même plus me déranger, pour ne pas prendre le risque que tout s'écroule, comme s'il s'agissait plus d'un heureux accident que d'une succession d'efforts. Pourquoi sur-articulait elle chaque syllabe si ce n'était pas pour que je comprenne? Enfin bref, trop heureux ou trop peureux, personne n'osait m'interrompre pour me dire qu'il était temps d'aller dormir. Alors, chaque soir, sans exception, je lisais. Le problème, c'est qu'à lire chaque soir, rapidement, je n'eu plus assez de livres. Il me faudrait donc lire les livres de papa, même s'ils contiennent beaucoup moins d'images. Cela m'a demandé un temps d'adaptation, mais entre l'angoisse de l'échelle et le regard admiratif de mes parents, je ne pouvais que continuer mes efforts. En plus, les livres de papa étaient tellement plus intéressant! Je savais désormais comment il faisait pour savoir tant de choses, en fait, c'était caché là, dans ses livres. Il y en avait beaucoup sur les animaux. Non seulement ils me faisaient découvrir des animaux incroyables aux noms parfois tellement improbables et drôles, comme le aye-aye ou le cagou, mais en plus ils parlaient aussi de tous les pays du monde. D'autres encore parlaient du corps humain, ils avaient des dessins rigolos qui montraient ce qui est en nous et qu'on ne peut pas voir. Et encore une fois, il y avait des mots amusant, surtout les noms des os. L'occiput, l'humérus, le péronnée... Je me demandais toujours comment ces mots avaient été choisis. Il y avait aussi des livres fantastiques qui parlaient de légendes du monde entier, de mythologie. Ceux là étaient mes préférés et je connaissais mieux les périples d'Héracles et les facéties de Loki que les personnages de dessins animés qui passaient à la télé. Maman avait raison, ces livres me rendaient plus intelligent, je commençais seulement à les lire que déjà je répondais mieux aux questions de mon robot 2XL. Et durant tout le temps où j'ai pu lire les livres de mon père, je ne m'inquiétait que moins du coucher. Souvent, je finissais par m'endormir dans les bouquins et je n'avais donc pas à monter à l'échelle. Tout était parfait. Jusqu'à ce que je termine le dernier livre disponible. Je n'avais plus d'excuse pour ne pas me coucher, plus de prétexte pour rester sur le canapé. Et les angoisses revinrent d'autant plus féroces que je n'y étais plus habitué. Même si parfois mon père achetait de nouveaux livres, ça ne me protégeait que d'une poignée de nuits, dans le meilleur des cas. Il fallait que je trouve quelque chose, une méthode qui me permettrait de tenir une éternité. C'est là que je réalisai qu'il y avait bien un livre que je n'avais pas encore lu. Je l'avais déjà arpenté, pour m'aider dans mes lectures, mais je ne l'avais jamais lu, en lui-même. Et je compris rapidement pourquoi. Lire le dictionnaire s'avérait absolument fastidieux. Des enjeux pour ainsi dire nuls, une répétitivité effroyable et bien trop peu de découverte. Imposant comme il était, l'ouvrage semblait être parfaitement idéal, mais sa lecture était en fait parfaitement insupportable. Mon dernier rempart était intenable. A force de réflexions, j'eu une idée extraordinaire, qui non seulement me rendrait la lecture du dictionnaire possible mais qui en plus démultiplierait le temps qu'il me faudrait pour l'achever. Désormais, chaque soir, je me contenterai de la lecture d'une poignée de mots seulement, par contre, ces mots me serviraient. Il me faudrait les utiliser pour raconter mes propres histoires, mes propres légendes, mes propres explications du monde. Dès lors, la lune devint ma plus fidèle confidente, et aujourd'hui encore, même si je ne dors plus dans une mezzanine et que je ne souffre, de toutes façons, plus du vertige, même si les méthodes se sont succédées et ont changé, il n'est pas une nuit qui ne serve de support aux élucubrations de mon esprit.
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  2. Je suis léger comme l'air qui me porte, je parcours les ciels comme un bolide....je me sens libre et détaché de tout...sentir l'air sur soi c'est ressentir les bienfaits du monde. Je regarde sous moi et je vois la Terre, ce monde vaste m'apparaît aussi petit et frêle que large et infini...sentiment partagé et étrange de pouvoir enserrer le vaste monde sans jamais le faire véritablement, tellement il est vaste...je passe entre deux rochers et je ressens la fraîcheur minérale qui me rappelle que nous tous sommes des autochtones. Je suis léger comme l'air qui me porte et je suis au dessus des océans...je descends jusqu'à frôler les crêtes des vagues qui me rappellent que nous sommes aussi liquides. Mes pattes jouent avec les gouttelettes des écumes mousseuses et blanches. La mer est iodée, délicatement et parfois puissamment. Je suis léger comme l'air qui me porte mais je sens que mon corps lutte avec la pesanteur...je fais l'effort de battre mes grandes ailes puissantes pour me relancer et prendre l'ascendant sur cette physique des corps qui nous empêche presque de nous ressentir vivant. Je vais m'extraire une fois de plus dans un courant chaud pour mieux me suspendre à l'éther. Mais le poids des ans me tire vers le bas, je me souviens alors de ma jeunesse fougueuse passée, cet âge qui vous fait prendre des risques insensés mais tellement vivifiant. Cet âge où le mot danger rime avec défi et vous fait dire que le monde vous appartient. Je sens le poids des ans passés passer. Je vais vers le centre de la terre sans aucun tunnel pour y accéder, je sens en moi la fatigue d'une vie de tumultes, bien remplies mais qui laisse le goût amer des mers inexplorées. Je suis minéral, liquide et iode, je suis dans l'éther et dans la terre, je suis ce que la métamorphose de mes rêves passés veut bien me rappeler. Je suis en décrépitude et incertitude.
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