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Affichage du contenu avec la meilleure réputation le 27/02/2014 dans Billets
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Avant tout, je tiens à manifester mon mécontentement envers le titre qui constitue un piètre choix tant il est ambigu. Je sais très bien qu’avec une annonce pareille, je vais en décevoir plus d’un en précisant qu’il ne sera pas question de juger de l’esthétique d’un décès. Je ne déballerai pas le ridicule des morts les plus grotesques, alors laissez Claude François tranquille et repaissez-vous plutôt des Darwin Awards, bande de vampires ! En outre, loin de moi l’idée de voir l’exercice d’un talent artistique dans les coups de faux patauds de l’anorexique morbide qui, bien que tout ne soit pas bon chez elle, n’a littéralement rien à jeter tant elle tient à ses os sur lesquels elle n’a même plus un lambeau de peau. Ce serait tellement absurde d’y voir autre chose qu’une sentence aveugle frappant au hasard. « Les nominés dans la catégorie de la mort la plus cruellement ironique sont… Pierre Desproges pour son irrespect perpétuel envers le cancer qui l’a finalement emporté, Tupac Shakur pour la supposée prédiction de sa mort à quelques mois près, Georges Brassens pour son trompe-la-mort qui ne s’est pas exhumé du caveau sitôt la farce jouée et Michael Jackson pour le projet This is it au titre prémonitoire. » Non, vraiment, ça n’a pas de sens. Toutefois, je vote pour Michael Jackson. Je ne parlerai pas non plus des malheureux qui ont trébuché en franchissant la marche vers l’autre côté. Bien que certains mettent un point d’honneur à réussir leur mort — il n’y qu’à voir combien d’essais il a fallu à Loana 1 pour trouver le décès à la hauteur de son talent —, je considère qu’il n’y a pas plus de mérite à calancher comme soldat sur le champ d’horreur que comme tueur en série à la retraite sur la chaise électrique. Certes, les militaires luttent plus efficacement contre la surpopulation, mais n’encourageons pas la culture du chiffre. N’importe quelle crevure décérébrée dotée de pouces opposables et d’une mitraillette peut réaliser un véritable carnage, pourvu qu’elle soit bien dressée, sans quoi on ne peut pas même lui demander d’aller chercher le bâton. En revanche, ce n’est pas donné à tout le monde d’être un tueur en série. Ça demande un esprit particulièrement original et artistique, une grande intelligence émotionnelle et une modestie sans égale — contrairement à un casanova, on entend rarement un tel tueur se vanter de son tableau de chasse. À moins que ce ne soit une grande discrétion. N’oublions pas que ces intermittents du spectacle doivent être extrêmement prudents pour échapper à la police car, vous l’ignorez peut-être, l’assassinat ne fait pas encore l’unanimité, sauf bien sûr si c’est au nom de l’ONU. Il est encore moins question de tenter de duper la Faucheuse pour qu’elle nous ramène ceux qu’elle nous prit trop tôt. Ce serait peine perdue, j’ai déjà tout essayé. Sans doute un peu naïf, supposant qu’elle n’avait pas la télévision, qu’elle n’allait pas voir les concerts, qu’elle était tout bonnement inculte, je m’imaginais qu’elle n’y verrait que du feu si je faisais passer du premier prix pour un produit de luxe. Alors, je lui proposai de m’échanger Freddie Mercury contre Lady Gaga 2, Jacques Villeret contre Samy Naceri 3, Pierre Desproges contre Manuel Valls 4 ou Dieudonné 5 — je ne sais plus bien lequel des deux est humoriste. En la voyant froncer les sourcils — ce qui est d’autant plus impressionnant de la part d’un crâne dépourvu du moindre poil —, je réalisai qu’elle n’était peut-être pas si ignorante que ça, alors je tentai le tout pour le tout en y allant au bluff : « Je t’échange David Guetta, sa femme, son chihuahua et Fergie des Black Eyed Peas en prime contre Brassens. » Tu parles ! la fumée d’un roseau ou un grand chêne en bois brut, elle me fit vite comprendre de quoi elle chauffait ses vieux os. Ce que je voulais évoquer depuis le début avant d’être grossièrement interrompu par moi-même, c’est l’aplomb de la Camarde qui ose toucher jusqu’à nos souvenirs pour réussir l’illusion cruelle de faire passer les trépassés pour des braves types sitôt qu’ils ont cassé leur pipe, sans doute pour que leur disparition n’en soit que plus douloureuse. Tenez, mon grand-père, avant de retourner à la terre, il fut curé, collabo, pédé, par moment les trois à la fois ; autant vous dire que ce n’est pas le sujet de fierté de la famille. D’ailleurs, c’est tout naturel, je lui en voulais beaucoup d’avoir pérennisé le gène gay dans la famille, d’autant que c’est le genre de saloperie qui saute une génération. Malgré tout, quand on m’a appris qu’il venait de clamser, renversé par une poussette en excès de vitesse, oubliant tout ressentiment, je me suis effondré et laissé aller aux larmes ; j’avais le sentiment de n’avoir plus que les genoux de ma concubine pour pleurer. Au-delà de mon connard de grand-père, la Faucheuse a assuré à elle seule la postérité de bien des artistes. Amy Winehouse 6 serait-elle devenue autre chose qu’une banale junky si elle n’avait eu la bonne idée de lui tenir la faux à 27 ans ? Connaitrait-on le nom de Van Gogh 7 s’il avait été immortel ? Honorerait-on la mémoire d’Hitler 8 s’il ne s’était pas suicidé jeune ? Je crie honte à vous, mélomanes nécrophiles qui avez attendu la mort de l’ex-toxicomane susnommée pour télécharger illégalement ses albums ! Aussi vrai que les résidents des cimetières n’entendent ni les louanges ni les reproches, ils n’ont que peu faire de votre enthousiasme posthume. Fustigeons donc la médiocrité indépendamment de l’avancement du travail des asticots et encensons les morts talentueux, mais de leur vivant ! 1 Feue nageuse olympique spécialisée dans le dos courbé, puis reconvertie dans le plongeon. 2 Mannequin de charme représentant la marque Charal. 3 Acteur à ses heures perdues, mieux connu pour son activité de peintre. Pardon, j’avais mal lu, il est renommé pour ses frasques, pas ses fresques. 4 Représentant blancos de l’UMP, défonceur de la liberté d’expression. 5 Chef cuisto militant pour la démocratisation de la quenelle et de l’andouille. 6 Si, vous savez, c’est elle qui a chanté… euh, qui a chanté… qui a chanté bourrée. 7 Barbouilleur monolobite. 8 Piètre pianiste de l’entre-deux-guerres. P.-S. : Six références à des chansons de Brassens se sont glissées dans ce texte. Saurez-vous les trouver ?2 points
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J'étais né homme, je suis mort con. Et c'est vrai qu'au fond, je n'avais pas si mal commencé : une petite enfance tranquille, une adolescence à se taire et une vie à décrire le martyr d'un mal que je ne connais pas. Vraiment, dans le genre, il existe pire. Mais, comme vous le savez, tôt ou tard, cette innocente pensée s'incruste pour ne plus se laisser extraire. "Merde", que je me suis dit, à son arrivée. Comment qu'elle était clinquante, celle-là! Il me fallait l'adopter, ce que j'ai bien entendu fait. Ce fût peut-être une bêtise, qu'en sais-je, moi qui suis mort? (Je me suis toujours demandé, d'ailleurs, pourquoi certains souriaient : ils pensaient surement à quel point nous étions naïfs, nous les vivants, à batailler pour nos carcasses encore garnies quand tout restait une question de temps ; ou bien, cela signifiait plutôt quelque chose comme de la moquerie pour notre condition d'ignare) En tous les cas, elle était là, dès à présent, cette envie de prendre mon envol. Il faut dire que le désir de concurrencer les oiseaux n'est pas un désir très novateur dans l'histoire humaine. Il suffit de songer un instant à ce pauvre Icare qui alla trop tôt provoquer l'orgueil des dieux, ou à ce bon vieux Leonard et son hélicoptère antique. Bref, autant dire que j'avais quelques siècles, sinon millénaires, de retard. Cependant, je m'interrogeais, et longuement, sur la sensation d'un courageux qui a été capable de monter haut, assez haut, lourd comme un homme, pour tenter de remettre en cause une nouvelle fois la physique et ses lois. Je ne quêtais donc pas l'au-delà, je quêtais l'extase. Personne n'irait se risquer à penser et annoncer cela après mon retour sur terre, mais je dois vous avouer qu'à ce moment-là, cela m'importait relativement peu. D'ailleurs, contrairement à la croyance commune, ce n'est pas si aisé que cela : l'ascension est certes motivée et déterminée, mais ces qualités s'usent grandement à mesure que les mètres se font sentir dans les jambes. Et c'est vrai que plus le défi est haut, moins il est facile d'expliquer pourquoi l'escalier plutôt que l'ascenseur. Probablement une maladresse fâcheuse face à une velléité qui s'est vêtue de volonté. Mais enfin, la fin se montre toujours. Faut éviter d'être pressé, et tout passe mieux. Paraît qu'il faut mâcher consciencieusement pour digérer comme un roi. C'est un peu la même chose, avec la vie : vient un jour où, t'as beau la mâcher, la digérer sans maux d'estomac, ça finit par sortir. Pour le coup, c'est le cas de le dire, tu es dans la merde. Donc j'étais sur le toit de l'immeuble, le vent soufflait pas trop mal. Une aubaine, en quelque sorte. Qu'exiger en plus, sinon deux ou trois plumes sous les bras? C'en aurait sans doute rassuré plusieurs parmi ceux qui ont fini par reculer. Je me suis approché de la liberté, le coeur un peu tendu, l'esprit complètement aspiré. En cet instant, j'avais compris tout le sens de la contemplation d'une vue magnifique vers un au loin majestueux. Ils se faisaient lâches devant ce qu'ils s'imaginaient impossible. Pourquoi croyez-vous que le vertige force au recul? S'ils ne le faisaient pas, ils iraient. Quand l'esprit tergiverse, le corps veut. Ne vous inquiétez pas, néanmoins, toutes ces réflexions ne m'avaient pas envahi à cette occasion-ci : seules la beauté et la conviction me portaient. Peut-être est-ce là le secret de ceux qui nous font jalouser nos kilos en trop : un brin de légèreté, un autre de folie. Celle de la grandeur, celle de l'infini.1 point
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