Chapitre I. DO (1)
Chapitre I.
DO
Le jardin descendait en terrasses étroites jusqu’à un petit bassin de pierre où l’eau stagnante retenait quelques feuilles sombres. À cette heure du jour, la lumière ne frappait plus les allées de face ; elle glissait entre les branches basses des érables et venait se perdre contre les pierres chaudes du muret.
Takuan Sōhō était accroupi près d’un pin rabougri dont il coupait lentement certaines pousses trop longues. À côté de lui reposait un bol d’argile où s’entassaient quelques outils noircis par le temps.
On n’entendait guère que le frottement de la lame, le frisson léger des branches, et, plus loin, un oiseau invisible obstiné dans son cri.
Lorsque Musashi franchit le portail de bois, le maître ne leva pas aussitôt la tête. Il poursuivit encore quelques instants son ouvrage, puis dit :
— Tu marches plus lourdement que d’habitude. As-tu subi une blessure au cours de tes combats ?
Musashi se tut. Il avait traversé la cour sans même ôter la poussière de ses sandales. Son visage portait les traces d’un voyage rapide. Mais ce n’était pas la fatigue du chemin qui durcissait ainsi ses traits.
Le maître coupa encore une petite branche.
— Depuis combien de jours ne dors-tu presque plus ?
Musashi esquissa un geste d’agacement.
— Vous posez toujours des questions dont vous connaissez déjà la réponse.
Le vieil homme posa enfin son outil.
— Non. Je connais seulement certaines conséquences. Les yeux parlent parfois mieux que les mots.
Un silence passa entre eux. Le vent remua faiblement les bambous derrière le mur du jardin.
Musashi regarda le bassin, puis dit enfin ce qui le tourmentait avec une sorte de nudité rude.
— Elle est partie.
Le maître inclina la tête, comme s’il avait entendu une évidence usée. Pas d’étonnement. Pas de compassion visible. Seulement cette attention calme qu’il portait aux choses lorsqu’il attendait qu’elles se disent d’elles-mêmes.
Mais Musashi ne poursuivit pas. Il semblait lutter contre autre chose que l’absence elle-même.
— Ce n’est pas son départ qui me trouble le plus, dit-il en prenant une inspiration.
Le vieil homme le regardait attentivement.
— C’est ce qu’il révèle de moi.
Le moine guerrier se releva lentement, prit le bol d’argile et se dirigea vers le bassin pour y rincer ses mains.
— Si ce départ t’a donné l’occasion de voir un peu plus clair en toi, tout n’est pas perdu… et qu’as-tu découvert ?
Musashi hésita avant de répondre. Le fait que Takuan se détourne de lui sans interrompre les tâches qui lui semblaient insignifiantes l’irrita davantage encore.
Modifié par Don Juan

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