La prescience du Créateur et la mort précoce
Dans la conception de la Religion du Bien, le Créateur est à l'origine de tout ce qui constitue le Bien et les Conditions Favorables, tandis que la Souffrance constitue une réalité distincte qui peut détourner ou utiliser les êtres contre leur formation harmonieuse.
L'enfant occupe une place particulière dans cette conception. N'ayant pas encore développé les mécanismes, les intérêts ou les influences susceptibles de l'éloigner des Conditions Favorables, il peut être considéré comme naturellement orienté vers celles-ci. Sa foi éventuelle dans le Créateur peut donc être sincère, sans pour autant garantir que toute sa trajectoire future restera harmonieuse.
Le point essentiel est alors la prescience du Créateur : le Créateur sait à l'avance ce qui se produira dans le futur. Il ne connaît donc pas seulement l'état présent d'un être, mais également les conséquences futures de son existence et les trajectoires auxquelles celle-ci peut conduire.
Ainsi, un enfant peut être parfaitement innocent et ne nourrir aucune volonté de faire le mal, tout en étant destiné, dans une trajectoire future connue du Créateur, à devenir involontairement un instrument de la Souffrance. Celle-ci pourrait l'utiliser à son insu, par ses faiblesses, ses choix, son environnement ou les circonstances, jusqu'à provoquer un mal considérable.
Dans cette hypothèse, une mort précoce ne serait donc pas nécessairement une punition, ni la conséquence d'une faute commise par l'enfant. Elle pourrait constituer une neutralisation préventive d'une trajectoire future, lorsque le Créateur sait à l'avance qu'aucune autre issue ne permettrait d'empêcher une quantité de souffrance beaucoup plus importante.
Le paradoxe apparent — « pourquoi le Créateur permet-il la mort d'un enfant innocent ? » — se transforme alors en une autre question : si le Créateur connaît parfaitement le futur, peut-il préserver un être innocent d'un mal futur qu'il sait devoir devenir, malgré lui, un vecteur de la Souffrance ?
Dans cette perspective, la mort ne représente pas nécessairement un échec du Bien. Elle peut être comprise comme un pivot dont le sens ne peut être évalué à partir de l'événement immédiat seul. Ce qui doit être considéré est la totalité de la trajectoire et de ses conséquences, connues du Créateur mais non accessibles à l'être humain.
Enfin, « redevenir le Créateur » signifie ici que la mort n'est pas comprise comme une disparition absolue de l'être, mais comme le retour à sa source. L'enfant ne serait donc pas rejeté par le Créateur : il serait préservé d'une trajectoire future que le Créateur savait à l'avance susceptible de le conduire, malgré son innocence, à servir la Souffrance.
Cette conception ne prétend pas démontrer que chaque mort précoce possède nécessairement cette cause. Elle constitue une hypothèse métaphysique permettant d'intégrer la mort innocente dans un système où le Créateur est parfaitement bon et connaît à l'avance l'ensemble de la trajectoire future.

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