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La fièvre contemplative.


Circeenne

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S’il est bien des vagues dans l’âme auxquelles on ne peut résister, c’est l’amour du beau. Celles-ci n’ont point de masse, ne sont en rien des trompes d’eau qui s’abattraient sur un rocher dénudé avec férocité, non. Celles dont je parle ici, ne sont que des fragrances de douceur qui vous affaissent aussi promptement que ne le fait le soleil avec la glace. De votre force, il n’en reste qu’une sueur perlée à mesure que monte l’ivresse, vos membres se lient au charme de l’image et progressivement la langueur a tôt fait de s’emparer de toutes vos parties. Possédés, dénués de liberté, vous êtes figés et livrés à la contemplation de l’objet qui émet son parfum dans le rayonnement vibratoire de ce qu’il dégage. Indolore, vous êtes happés par l’exhalation qui pénètre tous vos sens, insidieusement. Votre peau revêt alors une texture ampoulée, votre regard scintille de candeur, le goût en est suave et lourd, l’ouïe, aveuglé, n’entend rien sous le chant mélodieux de l’odorat dont l’humeur colorée fait de l’illusion une réalité parfumée. Une enveloppe d’orchidée achève de resserrer se sphincter autour de vos hanches, une ceinture, en légère pression, qui se ressent dans le creux du ventre comme une main qui presse tout doucement. De vous, il ne reste que la sensation d’exister dans l’écho de vos sens, vous glissez lentement vers un devenir impersonnel. Il, est un vous, là où je est un autre soi. Et vous n’êtes que le spectateur de votre évaporation dans les méandres de ce vénéfice délicieux. Cela fait naître une question, qu’est-ce que le réel ? Une beauté qui ne se voit qu’avec le cœur dirait Saint Exupéry car, il est vrai, la cécité touche ceux qui ne voient qu’avec leurs yeux. A la surface de tout, ils habitent des cavités où l’ombre est une lumière. Comment verraient-ils une nuit étoilée, mille soleils chaque année à l’horizon, où chacun se couche en différents endroits, des millions de saisons, des myriades de fleurs dont la renaissance est une philosophie, les visages de l’homme et le baume des cœurs, l’huile aromatique qui fait l’ivresse des poètes, l’arôme des parfums. Adieu, il me faut m’anéantir l’âme dans ce plaisir divin, ce chant des oiseaux, ce secret des cieux, cette ambre des lunes, cet arbre des amours fleuri.

Cigüe dulcifiée, je bois de ta coupe et me jette dans l’allégresse de tes pétales où j’embrasse le sommeil éternel. Je t’aime, Dieu.

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