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De l'art de gouverner

Jedino

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Il est des gens comme des bêtes : un coup de trique et ça se remet en marche. L'autre stratégie, plus vicieuse et moins radicale, c'est d'aguicher la proie comme on appâte un poisson : une promesse, et vous voilà devenu prophète, homme à mener ses fidèles jusqu'à la Voie Sainte. Bref, il suffit de manier quelques tours de main pour arriver à ses fins.

Il est autre chose de chercher à vraiment faire le Bien. Celui des philosophes et des sages, vous savez. Bien pour tous, et tous par un. Autrement dit, il s'agit de trouver celui qui, par un hasard de l'expérience, en est venu à transcender son être avec une idée ô combien supérieure à lui. Un anti-dictateur, en quelque sorte, qui sait incarner les idées bonnes et les mettre au mieux en application. C'est d'un tel homme que je vais, ce soir, vous parler.

Notre philosophe-roi, comme nous pourrions le nommer, se levait ce matin tout à fait joyeux. En effet, il allait commencer aujourd'hui à répandre sa bénédiction sur tous les gens qui lui ont accordé sa confiance, et même, à ceux qui se sont méfiés de lui. Son altruisme naturel l'avait donc mené à réformer massivement toute la journée, et toute la semaine durant. Les gens l'acclamaient, et la confiance qu'ils lui louaient ne cessait de grandir.

Mais les pays voisins aux rois parfaitement installés commençaient à sentir les conséquences d'une telle réussite : les populations demandaient la même chose et le revendiquaient progressivement, les obligeant à sortir le bâton plus qu'à l'accoutumée. En outre, ils faisaient écrire par leurs journaux libres combien ce chef d'Etat était ridicule et sans éloquence. Ce personnage grossier, venant d'en bas, ne méritait pas son titre.

Le bien-être de son pays continua cependant à grimper. Alors ils prirent la décision qui s'imposait : une fermeture des liens qui unissaient autrefois les nations afin d'endiguer le mal et, surtout, de le réduire jusqu'à le détruire. S'il le fallait, ils iraient songer à désinfecter complètement cette plaie. Il suffirait pour cela de faire quelques exemples, et les troupes se mettraient en rang d'elles-mêmes.

Ils n'avaient toutefois pas tort : bien que sage, il n'avait pas l'élégance et la subtilité des hommes anciens. Il ne connaissait que la vérité de la terre et la saleté de l'usine. Il ne s'habillait jamais comme il faut, laissant les costumes à ceux qui avaient besoin du paraître pour arriver à taire le non-être de leurs actions.

Un jour qu'il rencontra ses semblables à l'occasion de l'ultime discussion avant la guerre, il refusa de revenir en arrière sous-prétexte de nuire à des carrières. Finalement, faute d'avoir été soutenu par autre chose que le peuple qu'il avait rendu heureux, le monde retrouva son état intermédiaire entre le pire et le meilleur, préférant rester dans l'incertitude que d'affronter le poids d'une certitude, fusse-t-elle positive. C'est pourquoi il termina son mandat devant un juge, condamné à avoir tenté de créer un déséquilibre profond dans le monde et à avoir sans cesse négligé la hauteur de sa fonction pour la railler de par son attitude.


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