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"Avoir le droit de vie et de mort dans le creux de sa main"

Jedino

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Trois heures du matin. Ils étaient quatre. Quatre amis installés autour d'une table, à jouer. Un verre chacun. Il le fallait bien. Nul ne parlait. L'ambiance n'était pas au rire, mais au sérieux, à la maitrise de soi. Chacun voulait gagner, c'est-à-dire ne pas perdre. Aucun, pourtant, ne pouvait contrôler son destin. Il était et serait.

L'un des hommes saisit le revolver et y inséra la balle dans l'une des chambres. Ensuite, il fit tourner le barillet, donnant au seul hasard le droit de choisir qui, parmi eux, méritait encore de vivre ou devait mourir.

Ils se toisaient les uns les autres, comme cherchant celui dont les yeux noirciraient déjà. Tous craignaient leur tour. Personne ne faisait mine d'exprimer sa peur. Quitte à se suicider, autant le faire dans la dignité. Se montrer capable de la braver, de l'assumer. D'aller au-delà. Seulement, pas un seul ne souhaitait en finir aujourd'hui. Ils cherchaient simplement à exacerber cette vie morne qu'ils subissaient depuis trop longtemps par la folie, par cette assurance qu'il n'y aura que trois élus.

Lorsque le premier se lancera, l'incertitude tombera dans un déterminisme inconnu des hommes, mais bien présent. Le spectre de la mort prendra dans ses bras celui qu'il ôtera du monde. Son angoisse, arme à la main, sera, sans qu'il ne le sache, fondée. Cependant, de l'inévitable, il n'en saura jamais rien.

Commencer, voilà le plus dur. Qui voudrait, le premier, prendre le risque, malgré l'intuition d'une mort davantage certaine à chaque échec? Mieux vaut fuir. Fuir la peine. La retarder. Car cela est plus facile. Car ceci est préférable.

Le troisième homme, dans un excès de courage, prît son heur dans la paume et le pointa sur son mal : il allait faire son jugement.

Le doute, lui, tenta vainement de faiblir cette apparente confiance. Pour lui, gagner la vie ne nécessitait pas de braver la mort. Mais il n'avait plus rien à dire depuis que, par la brume, le désespoir avait épris et conquis le coeur de l'ordinaire. La souffrance a toujours su dominer d'autorité et de force l'once d'éclairci qui, autrefois, avait essayé d'y construire le royaume de la joie.

Chaque seconde l'approchait de l'inéluctable. Il ne pouvait plus reculer. Il ne devait pas se montrer lâche. Aller au bout de son choix.

Ses mains tremblaient. Si lui l'ignorait, son corps savait.

L'avenir lui donna raison.



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6 Commentaires


Commentaires recommandés

Etrange. Pas certain d'avoir compris ce qui se passe dans ce texte : j'ai l'impression que la situation de départ (les 4 hommes, l'arme) n'est qu'un prétexte pour humaniser des mots (exemples : doute, souffrance, désespoir) et les rendre plus réels que les personnages (qui ne sont qu'esquissés). J'ai bon ?

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Quand j'écris, je le fais sans but. En gros, je pense à une situation et, à partir de là, je déroule ce qui me vient. En ce sens, c'est, je pense, parfois déroutant, effectivement. Du coup, tu as sûrement raison. Je l'ignore moi-même.

Maintenant, il n'est pas rare, en effet, que je m'attarde largement sur des mots précis à travers des personnages.

Et, je ne décris jamais, ou presque, les personnages. Jamais un détail, jamais une information. Ils sont flous, méconnus. Et ça, c'est voulu

Donc oui, tu as sûrement raison, les personnages sont ici largement secondaires, alors même qu'ils sont les acteurs centraux. Je n'y avais pas même pensé moi-même, et l'idée me séduit carrément.

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En fait, si j'ai pensé à ça, c'est aussi parce que tu uses de l'ellipse sans trop te prendre la tête : dans ce texte, tu es passé du premier au troisième homme en zappant le second, j'étais un peu perdu, et c'est en relisant que je me suis dit que ces hommes n'étaient finalement que des excuses pour parler d'autre chose.

Donc OK, tu pratiquerais une forme d'anthropomorphisme des concepts, là où d'autres font la même chose avec des animaux ou des objets. C'est intéressant, tu pourrais même pousser la technique plus loin, et faire par exemple dialoguer entre eux le doute et le désespoir. :-)

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En effet, c'est un truc qui se fait. Je ne saurais pas te dire, en revanche, si je l'ai déjà fait.

Et, effectivement, je ne suis pas avare en ellipse. Mais, en réalité, la scène n'évolue pas vraiment, ou plutôt, de très peu : il y a une situation, un fait, au départ, que j'explique longuement, et la décision de l'un, à un moment donné. Ce sont les seules véritables actions.

Et ton interprétation est intéressante, vraiment, parce que je ne partais pas du tout sur l'idée de mettre en avant des mots. C'est simplement ma façon d'écrire et de décrire les choses qui font que c'est le cas. Ou ma difficulté à raconter une histoire, ce qui revient finalement au même.

Merci de ta lecture!

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