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La peine de mort

Grenouille Verte

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La question de la peine de mort a très largement été traité dans la littérature. Je citerais 3 oeuvres sur le sujet : Claude Gueux et Le dernier jour d'un condamné de Victor Hugo. Et L'Etranger d'Albert Camus.

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Dans ce billet, je souhaite aborder deux aspects souvent délaissés de la peine de mort :

  • la capacité pour un humain à juger objectivement quand la mort est en jeu
  • La perte d'information causée par la peine de mort

I Objectivité et rationalité du jugement

La question est de savoir si un tribunal, un juge ou un juré peut décider de donner ou pas la peine de mort avec la même sérénité, la même rationalité qu'une peine de prison.

La mort est un concept qui fait appel à l'irrationalité de m'être humain. On le constate au travers de la psychanalyse et des différentes croyances sur notre avenir post-mortem. La question de la mort est centrale dans la construction de l'individu. Le concept de mort est lié à tout un ensemble de croyances plus ou moins rationnelles dans l'imaginaire collectifs (fantômes, résurrections, réincarnations, transmigration des âmes, au delà, etc.). Le rapport à la mort étant complexe et difficile chez l'être humain, un homme qui doit juger de la peine de mort jugera de manière moins sereine, moins rationnelle, donc de manière moins juste, favorisant ainsi les erreurs de jugement. Je pense sur ce point que la plupart des individus n'ont pas les capacités intellectuelles nécessaires pour rester objectifs et froidement rationnels quand ils doivent décider de la mort ou de la vie de quelqu'un d'autre.

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L'irrationalité de la condamnation à mort se retrouve dans l'étranger de Camus : le personnage principal est condamné à mort par un procès qui est tout sauf rationnel. Albert Camus entends ainsi dénoncer les principes aberrants de la Justice de son époque. Comment condamner à mort quelqu'un sur des bases aussi fantaisistes ?

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Dans le Claude Gueux de Victor Hugo, on retrouve aussi cette problématique. Claude Gueux dit "juger un homme" avant de l'assassiner, c'est-à-dire le condamner à mort (et ensuite de se faire lui-même condamner à mort). Les raisons de ces condamnations semblent ubuesques et surtout évitable : il eu été possible que nul ne meure. Victor Hugo remet ainsi en cause les jugements menant à la peine capitale.

Pour le Claude Gueux "historique" (celui qui a inspiré Victor Hugo), les raisons de la mort étaient, là aussi bien futile (humiliation, homosexualité...).

Le risque d'erreur judiciaire est donc plus grand dans le cas de la peine de mort. Certains parlent même de 68% d'erreurs judiciaires aux USA sur les personnes exécutées entre entre 1973 et 1995 (chiffre à confirmer).

La condamnation à mort semble donc moins fiable et moins juste que la condamnation à de la prison.

II Perte d'information

Condamner à mort a une conséquence inévitable : le savoir du condamné est définitivement perdu.

Il ne sera plus possible de l'interroger sur une autre affaire (il y a quelques années, un détenu belge condamné à une longue peine de prison a été déterminant pour identifier un autre criminel dans une autre enquête). Le tuer, c'est donc risquer de ne pas retrouver d'autres criminels, et donc de laisser d'autres tueurs en liberté.

Autre exemple : En Irak, Sadam Hussein a été tué avant d'avoir livré toutes les informations utiles à la justice. Certains hauts responsables irakiens ont probablement échappé à la justice grâce à la rapide exécution de l'ancien président irakien. Pire, Sadam Hussein ne nous as toujours pas avoué où étaient ces fameuses armes de destruction massives. :dev:

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Cette perte d'information pose un dernier problème : la quasi impossibilité de réviser le procès pour corriger une erreur judiciaire.

Une fois le condamné mort, un témoin capital a été tué. Les autres protagonistes peuvent donc sans trop de crainte raconter n'importe quoi. Si le condamné était innocent, il sera plus dur de s'en rendre compte et de le prouver. Pire : si on s'en rend compte, on pourra difficilement réparer les dégâts. Alors qu'en cas de peine de prison, il est possible de donner une réparation (certes partielle) aux accusés à tord, comme ce fut le cas à Outreau.


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